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Full text of "Annales [du congrès]"

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ANNALES DE LA 


Fédération Archéologique & Distorique de Belgique 


XII CONGRÈS - MALINES 1897 








mun 


Eur 


us 


Fédération Archéologique & Historique 
de Belgique 


SOUS LE HAUT PATRONAGE DE S. M. LE ROI 


ANNALES DU XIF 


Congrès Archéologique 


& HISTORIQUE 


Malines - 1897 


Louis STROOBANT, Secrétaire général 


MALINES 
L A A. GODENNE, Imprimeurs - Editeurs 


28, Grand” Place, 28 


1898 









au u 1920 ° 
LIBRARN 


À 6 OTE ouh 





Fédération Archéologique et historique 
de Belgique 


STATUTS 


1° La Fédération est fondée en vue de créer des 
relations étroites et permanentes entre les Sociétés qui 
s'occupent, à un point de vue quelconque, de notre 
histoire nationale. 

Son but est de rechercher les meilleures méthodes 
à suivre dans les études archéologiques et historiques, 
d'imprimer plus d'unité à ces études, d'intéresser la 
généralité aux recherches locales, et de vulgariser les 
résultats acquis. 

2° La Fédération comprend les Sociétés adhérentes 
appartenant à la Belgique actuelle et aux localités 
ayant fait partie du territoire des dix-sept provinces des 
Pays-Bas et du pays de Liège. 

3° La Fédération affirme chaque année son existence 
par un Congrès tenu dans une ville belge, sous la direc- 
tion d'une ou de plusieurs Sociétés locales adhérentes, 
désignées dans la dernière Assemblée générale de la 
session précédente. 








— D — 


Si la Société désignée se trouvait dans l'impossibilité 
de remplir sa mission, elle en aviserait, le plus tôt pos- 
sible, le Comité du Congrès précédent, qui s'entendrait 
avec les Sociétés adhérentes, pour fixer un autre lieu de 
réunion. 

4° Font partie du Congrès : 

Sans cotisation, un délégué de chacune des Sociétés 
adhérentes et les membres du Comité d'organisation. 

Au prix d'une cotisation de cinq francs, les membres 
de toutes les Sociétés adhérentes qui souscrivent par 
l'intermédiaire du bureau de leur Société. 

Au prix d'une cotisation de dix francs, tous les autres 
souscripteurs. | 

59 Le Congrès a sa session chaque année, à une 
époque à déterminer par la Société organisatrice. Sa 
durée est de deux à quatre jours. 

6° Les comptes-rendus des séances sont rédigés par le 
Secrétaire du Congrès, assisté du Comité d'organisation ; 
ils peuvent se confondre avec les publications de la 
Société qui organise le Congrès: mais des tirés à part, 
destinés aux archives des cercles adhérents, aux membres 
du Comité, aux délégués et aux souscripteurs, sont 
publiés dans un format uniforme in-8°, sous le titre 
de : Annales de la Fédération Archéologique et Historique 
de Belgique. 

7° Les présents statuts ne pourront être revisés que 
sur la proposition de vingt membres au moins, et dans 
la session qui suivra celle dans laquelle la proposition 
de revision aura été déposée. 





3 — 


Règlement des Congrès 


1° La Société, chargée de la direction du Congrès, 
nomme son Comité général d'organisaticn, composé 
d'un Président, d'un ou plusieurs Vice-Présidents, d'un 
Secrétaire-général et d'un Trésorier. 

2° Le Comité fait les convocations, sollicite les sub- 
sides, assure au Congrès des locaux convenables, élabore 
le programme et prend les mesures nécessaires à la rédac- 
tion du compte-rendu. 

3° Le compte rendu est publié au moins un mois avant 
l'ouverture de la session suivante, afin que les intéressés 
puissent en prendre connaissance et que les réclamations 
auxquelles il peut donner lieu soient présentées à la 
première séance de cette session. 

4° Après que les réclamations ont été présentées, le 
Comité de la session précédente remet ses pouvoirs au 
Comité local qui lui succède. 

5° La séance d'ouverture est consacrée à la nomination 
des Présidents, Vice-Présidents et Secrétaires des sec- 
tions, après entente préalable du Comité d'organisation 


avec les délégués des Sociétés adhérentes. 


6° Les sections peuvent être au nombre de trois, 
savoir : 

1" Section : Etude des époques préhistoriques. 

2° Section : Histoire, Géographie historique, Sciences 
populaires, Institutions civiles, religieuses et mi- 
litaires, Glossaires, Traditions, Légendes et 
Superstitions locales, Sagas, Chansons populaires, 
Costumes, etc. 

3° Section : Histoire de l'art, Archéologie, Diplo- 
matique, Epigraphie, Numismatique, Arts in- 
dustriels. 

Les sections peuvent être réunies ou subdivisées, 


— 4 — 
7° Le Congrès se réunit en séances générales et en 
sections. 

Les séances générales sont consacrées aux questions 
d'intérêt général, à la lecture des rapports sur les discus- 
sions qui ont eu lieu dans les sections, et au vote sur les 
propositions et vœux émis par elles. 

Ainsi arrêté et adopté en séance générale du Congrès. 


Anvers, les 28-29 septembre 1885. 


Le Secrétaire de l'Académie, Le Président, 
P. HENRARD. Ep. REUSENSs. 


Le Secrétaire-général du Congrès, 


P. GÉNARD. 


REGLEMENT SPÉCIAL 


pu 


CONGRÈS DE MALINES 


8-11 Août 1897 


Arr. 1“. — Les présidents des différentes sections régle- 
ront l'ordre du jour de chaque séance. La priorité est 
donnée aux questions figurant au programme arrêté par 
le bureau. 

Il est tenu, dans chaque section, une liste de présence, 
que les membres sont instamment priés de signer. Cette 
liste est transmise au secrétaire-général, avec le procès- 
verbal de la séance. 

Le rapporteur et le secrétaire s'entendent pour se par- 
tager la tenue des notes assez complètes et détaillées, 
pour que les procès-verbaux, rédigés par eux, aussitôt que 
possible, puissent être imprimés dans le volume des 
Actes du Congrès, sans nouveau remaniement. Ces procès- 
verbaux sont transmis au secrétaire-général du Congrès, 
sans retard. 


_6 — 


Le rapport, présenté en assemblée générale, pour le 
vote des vœux, peut être repris par le rapporteur, à fin 
de révision, s'il le désire; mais il doit aussi être rentré 
avant la fin du mois. 

ART. II. — Les orateurs qui font une communication 
en section, ne peuvent occuper la tribune pendant plus 
de vingt minutes; et ceux qui interviennent dans une 
discussion, pendant plus de dix minutes, à moins d’une 
décision contraire de l’Assemblée. La même personne 
ne peut parler plus de deux fois sur le même sujet, à 
moins que l'Assemblée n'en décide autrement. 

Les membres du Congrès qui prennent la parole dans 
une discussion, doivent remettre aussitôt, au secrétaire de 
l'Assemblée, un résumé sommaire des observations qu'ils 
ont présentées. Des feuilles imprimées spéciales sont 
mises à leur disposition à cette fin, dans toutes les salles 
de réunion. A défaut de ce résumé, le procès-verbal du 
secrétaire en tient lieu, ou bien la mention de la com- 
munication figure seule au procès-verbal. 

ART. III. — Aucune proposition, vœu ou amendement 
ne peut être soumis au vote en section, s’il n'est remis 
par écrit au président. Toute proposition adoptée est 
signée par le président et le secrétaire de la section et 
remise aussitôt au secrétaire, pour être jointe à son pro- 
cès-verbal, ou au rapporteur, pour être lue en Assemblée 
générale, si la section l’a ainsi décidé. 

ART. IV. — Tout membre désireux de traiter une 
question qui ne figure pas au programme du Congrès, 
doit la faire connaître avant la séance, au président de 
sa Section, afin qu'il puisse régler l’ordre des discus- 
SiOnS. 

ART. V. — Aucune proposition ni communication ne 
pourra être présentée en séance générale, sans avoir été 
préalablement admise par le bureau du Congrès, ou 
examinée et appuyée par une Section. 

Tout vœu soumis à la ratification de l’Assemblée géné- 


— 7 En 
rale ou toute proposition destinée à lui être faite, n'est 
proposé au vote que sur un texte libellé par écrit. 

ART. VI. — Les rapports et mémoires qui n'ont 
pu être présentés en séance, à défaut de temps, sont 
remis par les rapporteurs au bureau du Congrès. Celui- 
ci examine s'il y a lieu de les publier dans le compte- 
rendu. 

Le bureau se réserve le droit de demander des réduc- 
tions aux auteurs de mémoires ou de communications, 
et de décider même, le cas échéant, que le titre seul en 
figure dans les publications du Congrès. Il décide 
également s’il y a lieu de publier les planches jointes auX 
mémoires. 

Art. VII. — Aux termes du contrat conclu avec l'im- 
primeur, les frais des corrections modificatives et des 
remaniements sont à charge de la Commission. Les 
auteurs sont donc invités à revoir avec soin leur manus- 
crits, afin qu'il n’y ait plus à faire, dans les épreuves, que 
la correction typographique et orthographique. Si les 
auteurs jugent d'autres corrections indispensables, ils 
tâcheront de se borner à remplacer les mots supprimés 
par des modifications égales en longueur, afin d'éviter 
des remaniements dispendieux dont ils devraient d'ail- 
leurs supporter les frais. | 

ART. VIII. — Les membres du Congrès reçoivent une 
carte d'identité, à leur nom. Cette carte doit être portée 
d'une manière apparente, pour donner accès aux séances 
ct à toutes les réunions, conférences, excursions, fêtes, 
etc., auxquelles les membres du Congrès sont conviés. 
Cette carte, qui est personnelle, ne peut être prêtée, sous 
peine d'annulation immédiate. 

ART. IX. — Tous les frais de voyage, excursions et 
banquet, sont à charge des membres du Congrès qui 
veulent y souscrire. 

Les membres qui ne feront pas connaître leur adhésion: 
en temps opportun, sont exposés à ne plus pouvoir être 


c'' 


_ 8g— 


admis aux excursions, banquet, etc., ou du moins à ne 
les suivre qu'à leurs risques et périls, sans que le Comité 
leur garantisse, en aucune façon, les moyens de trans- 
port, repas, etc. 

Art. X. — Tous les cas non prévus dans le présent 
règlement, seront décidés par le bureau du Congrès. 


Ainsi arrêté en séance du Comité organisateur, du 


10 juin 1897. 


Le Président, Le Secrétaire-général, 
Cran. G. VAN CASTER. L. STROOBANT 


HORAIRE DU CONGRÈS 


Dimanche 8 août 


10 heures. — Réunion du Comité organisateur et des 
délégués des académies, cercles et sociétés adhérentes, 
au Palais de Justice (Ancien Palais de Marguerite 

’Autriche). — Entrée par la rue de l'Empereur. ° 

Présentation des Candidatures aux fonctions de Pré- 
sidents, Vice-Présidents et Secrétaire des sections. 

10 1/2 heures. — Réunion de tous les adhérents du 
Congrès, au Palais de Justice, d'où ils se rendront en 
corps à l'hôtel de ville. 

Réception par l'Administration communale. 

rr heures. — Séance solennelle d'ouverture au théâtre. 
— Remise des pouvoirs du Comité exécutif de 1896. 

Discours inaugural par M. le Chanoine van CASTER, 
Président du Congrès. 

Désignation des bureaux des Sections. 

3 heures (15 h.). — Visite des monuments : 

Ancienne Maison Echevinale (Vieux Palais), Dépôt 
des Archives, Halles, Musée communal, Palais du 


Grand Conseil, Maisons anciennes de la Grand’ place et 
du Marché-aux-Souliers (r). | 

6 heures (18 h.). — Banquet. 

Les Congressistes désireux d'y assister, sont instam- 
ment priés d'envoyer la formule d'adhésion ci-jointe à 
M. Magnus, rue de la Station, 42, à Malines, avant le 
3r juillet. Passé ce délai, le Comité ne pourra plus 
garantir de place aux retardataires. 

9 heures (21 h.). — Concert à la Grand’ place, donné 
par le Cercle Mozart. — Illumination. 


Lunot 9 août 


g heures. — Réunion des Sections au Palais de 
Justice. 

11 heures. — Visite des monuments : 

Eglise Métropolitaine et Tour de Saint-Rombaut, 
Chapelle de la Table du Saint-Esprit(Bureau de Bien- 
faisance), Maison Concordia. 

2 heures (14 h.). — Réunion des Sections au Palais 
de Justice. 

4 12 heures (16 1/2 h.). — Visite des monuments : 
Bailles de fer, Ancienne Maison des Archers, Grand- 
Pont, Quai-au-Sel, Quai-aux-Avoines, Maison de la 
Grande Arbalète, Haute Porte, Eglises Notre-Dame au- 
delà de la Dyle et Notre-Dame d'Hanswyck. 

8 heures (20 h.). — Audition de musique ancienne, au 
théâtre. 

Le programme sera publié ultérieurement. Il com- 
prendra l'exécution d'œuvres du XVI" et XVII": siècle, 
interprétées par des chœurs mixtes et chœurs d'hommes, 
avec le concours de M, Van Waefelghem, de Paris, 


(1) Un Guide de Malines, comprenant 60 pages de texte, 4o phototypies 
et un plan de la ville, sera offert à tous les membres qui se rendront au 
Congrès. 


— II — 


et de M. Kefer, de Bruxelles, qui joueront de la viole 
d'amour et du clavecin. 

L'entrée du concert sera exclusivement réservée aux 
adhérents du Congrès. 


fardi 10 août 


9 heures. — Réunion des Sections. 

11 heures. — Visite des monuments : 

Ancien Palais de Marguerite d'Autriche (Tribunal), 
Eglise des Saints Pierre et Paul, Ancienne Maison 
Prant (Collège Saint-Rombaut). 

1.17 heure (13.17 h.). — Excursion à Lierre. Réunion 
à la gare du chemin de fer, à 1 h., départ à 1.17 h. (chan- 
gement de train à Contich); arrivée à Lierre, à 2.1 h. 
14.1 h.). 

Réception à l'hôtel de ville. 

Visite des monuments de Lierre : Maison Colibrant, 
Collégiale St-Gommaire, Chapelle St-Pierre, Eglise de 
l'Hermitage, Hôtel de ville et Beffroi, Musée communal, 
etc., etc., sous la conduite de M. Mast, échevin. 

Retour à Malines, à 5.18 h. [17.18 h.| (changement de 
train à Contich), arrivée à Malines, à 6.18 h. (18.18 h.) 
Une notice sur les monuments de Lierre sera distribuée 
aux excursionnistes. Les membres qui désirent prendre 
part à l’excursion, sont priés de renvoyer le bulletin de 
souscription ci-joint, avant le 31 juillet, à M. Magnus, 
rue de la Station, 42, à Malines. Prix de l’excursion 
(2% classe en chemin de fer) : 2 fr. 

7.30 heures (19.30 h.) — Concert à la Grand’ place, 
offert aux Congressistes, par la musique du 2° Régiment 
d’Artillerie. 

8.30 heures (20.30 h.). — Concert de carillon, avec 
intermèdes de chœurs et sonneries de trompettes et de 
cors, exécutés au haut de la tour. 





Après le concert, illumination au feu de bengale, em- 
brasement de la tour. | 

Le jardin de M. Wittmann, rue A B, est mis à la 
disposition de MM. les Congressistes étrangers, pour 
l'audition du concert de car#lon. Le programme en 
paraîtra ultérieurement. 


MDercredi 11 août 


9 heures. — Réunion des Sections au Palais de 
Justice. 

11 heures. — Visite des monuments : 

Hôtel Busleyden, Eglise des Saints Jean-Baptiste et 
Evangéliste, Ancien Refuge de Saint-Trond (Cercle 
Militaire), Ancien Refuge de Tongerloo (Gendarmerie), 
Eglise Sainte-Catherine et Eglise du Béguinage (Saint- 
Alexis). 

3 heures (15 h.). — Assemblée générale de clôture. 


LE COMITÉ ORGANISATEUR : 


President, Secrétaire général, 
CHaNoixE G. van CASTER. Louis STROOBANT. 
Vice-Présidents : | T'résorier, 
Coroner. BRUYLANT, | L. VAN DEN BERGH. 
Dr H. LE BLUS. 
Membres : 
H. CONINCKX, "_J. ROSIER, 
H. CORDEMANS, V. VAN DE WALLE, 
E. ve MARNEFFE, Dr G. VAN DOORSLAER, 


CHEVALIER J. nu TRIEU pe TERDONCK, J. WILLEMS, 
E MAGNUS, 

















DÉVELOPPEMENT & CONCLUSIONS 


DES 


Questions soumises au Congrès 


1" Section : Etudes prébistoriques . 


L — Quelles sont les races qui ont concouru à former 
la population de l’ancien Belgium, et surtout des parties qui 
constituent la Belgique actuelle > 


Les premières races humaines qui ont paru dans 
l'Europe occidentale, ne paraissent pas avoir pu figurer 
parmi les ancêtres des Belges modernes. Les hommes 
des alluvions, antérieurs à la dernière expansion des 
glaces, ont été chassés par le renouvellement de ce 
phénomène. Leurs successeurs, habitants des cavernes, 
ont dù fuir devant un autre phénomène, également 
exclusif de la présence de l'homme, le développement 
des forêts, qui, pour de longs siècles, ont envahi 


l'Europe centrale et occidentale, refoulant les habi- 
tants le long des côtes. Ils ont pu y végéter en France, 
mais le littoral belge traversait alors une phase de 
transformations qui le rendait inhabitable et inac- 
cessible du côté de la mer. 

Les Néolithiques, représentés par la petite race bra- 
chycéphale brune (Ligures de M. d'Arbois de Jubain- 
ville), sont arrivés, en remontant le Rhône, la Saône 
et la Meuse, sur un sol vierge d'habitants, et n'ont 
pu se fixer que sur les points où l'aridité du terrain 
avait maintenu des clairières. Leur isolement leur 
a fait conserver l’industrie de la pierre pendant une 
grande partie de l’âge du bronze de France et d'An- 
gleterre. Ils n'ont progressé réellement qu'après avoir 
reçu des habitants du Jura, l’industrie sidérurgique, 
due à des populations ouralo-caspiennes (Période 
d'Hallstatt). 

Les mouvements ethniques qui, à partir du VIII": 
siècle, ont eu leur point de départ vers le Caucase et 
peut-être plus loin encore, ont amené jusque sur les 
côtes de Gaule, des populations germaniques. Elles 
ont suivi deux routes, l’une méditerranéenne, l’autre 
baltique, qui côtoyaient la zône forestière. 

Les nouveaux venus semblent avoir expulsé ou 
submergé les premiers occupants du pays, et depuis 
lors il y a eu, le long du Rhin, une infiltration constante 
de tribus germaines; les Romains l'ont suspendue 
pour un temps, mais elle a repris au [V** siècle, avec 
les Francs. 

Ceux-ci sont du reste les derniers établis en Bel- 
gique, et les populations étrangères qui ont eu après 
eux des rapports politiques avec les Flandres, ont plus 
influé sur les mœurs que sur la race. 

(Voir, pour le surplus, le mémoire inséré dans les 
annales du Congrès de Gand). 

F, DE ViILLENOISY. 





— 15 — 


iments concernant la présence de l'homme 
le long du littoral Belge. 


dir passé successivement en revue les diffé- 
uvertes de silex faites le long du littoral 
malées dans les annales de plusieurs asso- 
entifiques, l'auteur décrit à son tour deux 
faites dans les mêmes parages. L'une d'elles 
-e dans des circonstances particulièrement 
\yant mis à profit l'exploration d’une coupe 
écessitée pour la construction d'un mur 
1888, à Ostende, il a pu recueillir « in 
eau grattoir au sein de la tourbe. 
1 de ces intéressants objets est donc établi 
certaine. 
ensuite les travaux publiés par différents 
rancais, et relatifs aux trouvailles d'objets 
es dans les tourbières du nord de la 
le Dr RAEYMACKERS les compare à celles 
les mêmes couches et sur notre sol. On 
zt, que Belpaire fut un des premiers à 
tension de cette masse tourbeuse, depuis 
i1squ'aux côtes du Danemark. Il en arrive 
nuler certaines conclusions, qu'il compte 
dans un mémoire qui sera présenté au 


Dr RAEYMACKERS. 


es sont, en Belgique, les découvertes relatives 
ites de Hallstatt, marnienne, de la Téne? — 
thumation, à incinération. — Armes, vases, 


ers divers? 
Ep. FoURDRIGNIER. 


inaft-on, en dehors des oenochoés, dites 
trouvailles de vases de bronze au type 


_ ib — 


historié de ceux de la Haute-ftalie? des ceintures estampées 
d'Haguenan? des torquês creux de la Marne? 
Ep. FOURDRIGNIER. 


V. — Comment sont ornementés les vases de terre? 
Y a-t-on remarqué une forme typique? des traces de 


peintures ? 
Ep. FoURDRIGNIER. 


VL — Y aurait-il à faire un rapprochement entre les 
noms de Skaldes, des musiciens qui se faisaient entendre à 
la cour du roi de Suëde olaf Skôtkonung, et le nom Scaldis 
de l'Escaut ? 


L'influence orientale, admise comme ciassique autre- 
fois, est maintenant assez contestée. Ses adversaires 
s'appuyent sur de rigoristes observations, c'est pour- 
quoi la classification méthodique des découvertes 
s'impose, pour établir l'équité de leurs revendications. 

Il faut plus que des faits isolés. Leur nombre, leur 
localisation, puis les matériaux employés, les procédés 
de fabrication comparés à ceux d’autres civilisations 
nettement connues, peuvent seuls offrir des témoi- 
gnages, soit d'importation, soit d'influence ou de 
spontanéité. 

Dans toute la région occidentale de l'Europe, si peu 
connue de l'antiquité classique, dès l'apparition des 
métaux et surtout celle du fer, les différences fla- 
grantes qui existent entre l’industrie du nord et celle 
du littoral méditerranéen, certains synchronismes, la 
linguistique et bien d'autres considérations, laissent 
craindre que la chronologie admise pour les époques 
d'Hallstatt, de la Marne, de la Tène n'aient bientôt à 
subir de profondes modifications. 

C'est plus particulièrement sur cette période que 
nous désirons attirer l'attention. 


Si les sépultures variées à inhumation, à combustion 
offrent déjà une première indication, de bien plus 
précieuses sont fournies par l'étude de leurs mobiliers. 

Depuis longtemps, nous avons été frappés de l’ha- 
bileté technique qu'au commencement du deuxième 
millenaire avant notre ère pratiquaient les Scandi- 
naves dans leurs œuvres de bronze, où l’art de la fonte 
domine presqu'exclusivement avec une si remarquable 
perfection. Fait à retenir, la soudure y est tout à fait 
inconnue. 

Cette perfection si surprenante n'a pu arriver à ce 
point qu'après de longs essais, de bien avant l'âge de 
la pierre : quand le bronze n'était encore qu'un métal 
fort recherché. Il faudrait donc remonter de plusieurs 
siècles pour atteindre l'aurore de cette industrie, 

Après la fonte, l'art du martelage ne se manifeste 
que bien longtemps plus loin, tout au plus vers le 
VII" siècle. Et c'est sans doute de ce moyen industriel 
qu'est advenue l'utilisation du fer, que nous voyons 
apparaître, en effet, peu après, se substituant dans les 
objets usuels à ceux de bronze, comme lui-même avait 
été substitué à la pierre. 

Cet art du martelage du bronze, suivi de près par 
l'estampage, nous le retrouvons dans tout son éclat 
imagant les situles historiées des vallées du Haut 
Danube, à l'époque Hallstattienne; dans les cistes à 
cordons de l'Italie, de l’Austro-Hongrie, de la Bour- 
gogne et des bords du Rhin. En Alsace, à Haguenau, 
cêtte industrie se constate sur des plaques, où la 
zoomorphie fait place au dessin rectiligne, puis aussi 
sur d’autres exemplaires de la Franche-Comté. 

Dans la Champagne, l'estampage se révèle sur les 
cocardes du casque et les esses du char de la Gorge- 
Meillet, sur l’écusson à trois têtes humaines de Marson, 
et surtout sur les torquès creux à dessins rectilignes, 


imitant des tissus. Mais dans la Marne, nous consta- 
| à 


— I8 — 


tons, en même temps que ces ceuvres estampées, des 
bronzes coulés très abondants, qui sont représentés 
par les nombreux bracelets et les torquès à boutons, 
où l’ornement en S et à méandres particuliers domine. 

Or, ces sépultures à inhumation au type marnien, 
dont laire géographique est circonscrite entre la Seine 
et la Marne, remontent les vallées de la Somme et de 
la Meuse, se retrouvent dans le Hainaut, les Ardennes 
et jusqu'à la rive gauche du Rhin, s'étendant donc 
bien au-delà vers le nord. 

Nous nous sommes demandé si ces deux moyens 
d'ouvrer le bronze, le coulage, puis le martelage, ne 
s'étaient pas propagés successivement en descendant 
des régions septentrionales, pour recevoir le choc de la 
culture méditerranéenne, où alors cette industrie prit 
tout son essor au contact des populations plus élevées 
de la Haute-Italie et de la Thrace. 

Sans vouloir insister sur les considérations qu'il y 
aurait à retenir sur cet exposé, qui demanderait un 
tout autre développement, rappelons qu'un mouvement 
similaire s'est produit à l'époque mérovingienne, où 
nous voyons des civilisations du nord venir en contact 
avec Byzance, s'y caractériser, pour devenir ce que 
nous les retrouvons au moyen âge et presque jusqu'aux 
temps modernes. 

Pour l’art de la terre, dont le transport des œuvres 
est plus difficile, la matière utilisée, la cuisson plus 
ou moins parfaite, sont à voir : car bien que la terre 
employée par les potiers se trouve presque semblable 
partout, au feu elle se teint différemment, puis l’ana- 
lyse microscopique de la surtace donne bien des in- 
dices sur une importation ou une production locale. 

Les vases de terre sont plus nombreux que les pro- 
duits métalliques; la conservation de la terre cuite est 
considérable et la facilité du travail permet de repro- 
duire bien plus certains types. Certaines formes, 


certains ornements localisés sont encore de précieux 
révélateurs. 

Ainsi, les vases carénés de la Marne ne se rencontrent 
ni à Hallstatt, ni à la Tène : ce qui déjà, dans une 
certaine mesure, peut déterminer ces gisements. Nous 
les retrouvons cependant dans la Somme, les Ar- 
dennes, certainement dans le Hainaut et jusque près 
de Bruxelles. 

Voilà donc une forme caractérisée qui nous renseigne 
jusqu'où s'étend le type marnien proprement dit, que 
l’on veut, malgré cette première différence, identifier 
avec la Tène. 

Mais en plus de cette absence de vases carénés, un 
examen sérieux révèle d'autres observations, qui nous 
amènent à donner aux sépultures de la Marne, une 
antériorité différente, car la Tène est presque contem- 
poraine de l'occupation des Gaules. 

Dans un exposé aussi restreint, bien des questions 
de détail, ayant toutefois leur importance, doivent 
être délaissées à regret : telles que celle de l'ambre, du 
corail, de la pâte de verre des perles, de la coloration 
artificielle des poteries, où persistent parfois les traces 
intentionnelles de dessins. Enfin, pour la métallurgie, 
Ja question du fer et tout ce qui peut nous en révéler 
l'analyse chimique. | 

Les mensurations anthropologiques ont une place 
toute marquée, dont l'importance dans ce débat est 
trop évidente, pour avoir à insister sur leur valeur. 

Tous ces problèmes, sans espérer qu'ils soient de 
suite complètement résolus, peuvent être singulière- 
ment élucidés par la liste méthodique des découvertes, 
leur pointage sur les cartes et surtout la reproduction 
photographique des objets, ou tout au moins leur 
figuration, bien plus puissante pour en faire ressortir 
l'intérêt que toute description. . 

Le résultat d'une telle enquête, rigoureusement 


menée, peut nous témoigner ce qu'il y a à retenir sur 
| « influence orientale », que revendique avec une 
autorité menaçante l’« influence septentrionale », ques- 
tion si considérable pour l’histoire de nos origines. 


ÉDOUARD FOURDRIGNIER. 


VII. — Il a été trouvé récemment, au cimetière romain, à 
l’est de Tongres, une importante sépulture franque, et à 
proximité de celle-ci, plusieurs autres. La grande sépulture 
contenait des vases remarquables, les débris d’une lance et 
un beau bâton de commandement. 

À propos de cette trouvaille, on demande quels ont été 
les chefs ou rois francs de la Thuringie ou Tungrie, ayant 
résidé à Tongres, et quels sont les principaux caractères de 
sépultures franques de la Thuringie. 


| 
Les Francs se sont installés timidement au III” | 
siècle, le long du Démer. | 

Sous la conduite de leur chef, ils ont occupé défini- | 
tivement à Tongres, après l'invasion des Vandales, 
c'est-à-dire après 406, les fortifications abandonnées 
des Romains, et le chef franc et ses successeurs ont 
occupé, pendant une partie du V”* siècle, à Tongres, 
un Stein, villa ou forteresse qui porte encore leur nom. 


HuUYBRIGTS. 





2% Section : Bistoire 


L — Quelles sont les cours féodales ou censales qui ont 
existé dans la ville de Malines et dans son territoire extra- 
muros ? 

Leurs propriétaires primitifs étaient-ils de la race des 
Berthout? 

( 

Les cours féodales et censales de Malines qui ont 
laissé le plus de traces, sont : 

La Cour de Duffel. Le siège en était situé à l'endroit 
où se trouve actuellement la rue d'Egmont. Elle était 
tenue, en 1519, de Guillaume II de Merode, seigneur 
de Duffel. 

La Cour de Cortenbach, Marché aux Grains. Un acte 
par lequel fut vendu, en 1648, l'hôtel appelé actuel- 
lement l'auberge Frankfort, dit que cet immeuble était 
tenu en fief du seigneur de Cortenbach. 

Il est certain que ces deux cours provenaient des 
Berthout, dont les familles de Merode et de Corten- 
bach étaient issues. 


La Cour de Milsen, dont la dénomination existe en- 
core. Il conste du livre censal de 1438, qu’elle appar- 
tenait alors à Jean d'Oyenbrugge. Ce livre renseigne 
comme mouvant de cette cour, des cens hypothéqués 
sur plusieurs maisons des rues Haute, Notre-Dame, 
Hanswyck et de Bruxelles. 

La Cour d'Aa. On n'en connait l'existence que par 
la vente de l’hôtel de Gottignies, en 1647 (actuellement 
propriété de M. Jules Wittmann, fils), qui la renseigne 
censive du seigneur van der Aa. 

Cette famille très ancienne à Malines possédait un 
hôtel rue du Bruel (les n° 55-57 actuels), probablement 
siège de cette cour féodale. 

La Cour de Bautershem, au sud de la ville, et la Cour 
de Hooybergen au nord. 

Son registre de 1564 à 1719, mentionne des cens sur 
différentes maisons des rues des Béguines, des Draps, 
de Beffer, etc., et sur des terres dans la partie extra- 
muros. 

Les châteaux de Bautershem et de Hooybergen, ou 
Blauwensteen, ont été démolis au commencement de ce 
siècle. 

Le bien de Bautershem est actuellement possédé 
par la D" Gillès de s'Gravenwezel, née de Broeck- 
hoven de Bergeyck, et celui de Hooybergen, par le 
vicomte Helman de Grimberghe, baron de Wille- 
broeck. | 

La Cour de Beffer, qui finit par être établie à l’inté- 
rieur de la ville, n'y exerçait aucune juridiction. 

Elle était chef-banc du Pays de Malines, mais 
absolument étrangère à la ville et à la seigneurie de 
ce nom. 


AD. REYDAMS. 





— 23 — 


IL. — Quelles sont les plus anciennes monnaies frappées 


a Malines? 
L. VAN DEN BERGH. 


II. — Faire connaître les médecins Malinois et leurs 
écrits, et établir par leur biographie et une bibliographie rai- 
sonnée, la part qu'ils ont prise dans le progrès des sciences 
médicales. 


L'histoire générale de la médecine belge reste en- 
core à faire. Elle comprend deux parties : l’une est 
l'histoire matérielle, qui s'occupe des hommes, des 
dates, de la chronologie médicale; l’autre est l’histoire 
philosophique, qui s'attache aux systèmes et apprécie 
leur influence. 

L'on n'y parviendra qu'en rassemblant les diverses 
histoires médicales locales. - 

Afin d'atteindre ce but, il serait désirgble que chaque 
ville trouvât son historien. Déjà les docteurs Broeckx, 
De Meyer, De Mersseman, Burggraeve, Van Meer- 
beeck, D'Avoine et autres, ont apporté leur pierre à 
l'édifice. 

Tout archéologue peut collaborer à la partie maté- 
rielle de ce travail, en adressant aux sociétés archéolo- 
giques locales, les notes médicales éparses, recueillies 
pendant ses recherches. 

Il serait également utile de publier, comme cela 
s'est fait pour l’université de Cologne, les registres 
d'inscriptions de l’ancienne université de Louvain. 


D' G. VAN DOORSLAER. 
IV. — Bibliographie Malinoise. — Origine de l’imprime- 


rie à Malines. 
H. CORDEMANS. 


— 24 — 
V. — Le peintre Frans Hals est-il originaire de Ma- 
lines? 


Aucun document officiel n'établit le lieu de nais- 
sance de Frans Hals. 

Différents actes de naissance de ses enfants, à Haar- 
lem, disent que F. Hals était d'Anvers, sans spécifier 
qu'il y était né. 

D'autre part, les biographes anciens disent que 
F. Hals est un geboren maanblusscher, sobriquet donné 
aux Malinois. 

La destruction d'une grande partie des registres 
paroissiaux de Malines n'a pas permis de rechercher si 
réellement Hals est originaire de Malines. 

Nous avons, à l’aide des actes scabinaux, dressé 
une généalogie des Hals de Malines, et nous l'avons 
rapprochée de la généalogie du peintre Frans 
Hals. , 


Il résulte de l'étude comparative de ces deux docu- 
ments : 

1° Que le premier fragment généalogique s'arrête 
là où le second commence; 

2° Que le nom de Hals disparait des registres scabi- 
naux de Malines, vers l'époque de la naissance de 
Frans; 


3° Que la similitude des prénoms et d’autres détails 
permettent d'établir que le second fragment est bien 
la continuation du premier; 


4° Que Frans Hals est peut-être né accidentellement 
dans une autre ville (comme Rubens est né à Cologne), 
mais que l'affirmation des anciens biographes lui don- 
nant une origine malinoise, doit être admise comme 
exacte. 





25 — 


D'ailleurs, la tradition veut que la famille Hals, ainsi 
que beaucoup d'autres familles malinoises, a émigré 
dans la seconde moitié du XVI” siècle, à cause des 
troubles, 

L. STROOBANT. 


VI. — Quelle est l’origine des Grimberghe et des Bert- 
hout, qui en sont issus, et quelle était leur condition sociale 
et politique ? 

J.- Tu. pe Raapr et E. DE MARNEFFE. 


VII. — La situation des peuples qui habitaient la Bel- 
gique, à l'arrivée de César, correspond beaucoup plus 
exactement qu'on né le suppose généralement aujour- 
d’hui, avec les divisions ecclésiastiques de notre pays au 
moyen âge. 


La situation des peuples qui habitaient la Bel- 
gique, à l’arrivée de César, correspond beaucoup plus 
exactement qu'on ne le suppose généralement, aux 
divisions ecclésiastiques de notre pays au moyen 


âge. | 
À l'époque de la création de nos évêchés, les Morins 


habitaient le territoire de l'évêché de Thérouanne, les 
Atrébates celui d'Arras, les Ménapiens celui de Tour- 
nai, les Nerviens celui de Cambrai, les Taxandres et 
Tongrois celui de Maestricht-Tongres-Liège, les Tré- 
vires celui de Trèves, les Bataves et Frisons celui 
d'Utrecht, les Gugernes, Ubiens et Sicambres celui de 
Cologne, etc. 


A l'arrivée de César, ce tableau de répartition 
était sensiblement le même, sauf que : 


ie Le territoire des Taxandres et Tongrois était 


— 26 — 

occupé par les Aduatiques et les Eburons, ceux-ci 
s'étendant jusqu'au Rhin; 

2° Que les Ménapiens habitaient, outre le terri- 
toire du diocèse postérieur de Tournai, la Flandre 
Zélandaise et les îles de la Zélande, jusqu’au-delà 
du Rhin. 

N. B. On est prié de ne pas confondre les évêchés 
du moyen âge avec ceux créés depuis 1560, et de bien 
se pénétrer de leur étendue et de leurs limites. 


Juzes FREDERICHS. 


VIIL — La question des avoueries en Belgique, mise au 
concours par l’Académie Royale, en 1834, à laquelle répon- 
dit M. le baron de Saint-Génois, par un mémoire couronné, 
publié après remaniement, en 1837, a-t-elle fait quelque pro- 
grès depuis cette époque? On cite bien un discours de 
M. De Mol, à Saint-Trond, en 1856; peut-être existe-t-1l 
d'autres travaux. Ne serait-il pas utile de reprendre cette 
question ? 

À. DELVIGNE. 

IX. — Peut-on formuler certaines régles en vue de l'ex- 
plication étymologique des noms de lieux? 

E. DE MARNEFFE. 


X. — Comment faut-il publier les textes anciens? 
E. pr MARNEFFE. 


XL — Quels sont les plus anciens sceaux armoriés en 
Europe? 
J--TH. DE Raapr. 
XIT. — Rectification des armoiries communales inexactes. 


J.-TH. DE Raapr. 





— 27 — 


XIIL — Il est désirable que dans tous les établissements 
d'enseignement moyen, les cours d'histoire et de géogra- 
phie soient confiés à des spécialistes possédant le diplôme 
de docteur en philosophie et lettres. | 

A. CAUCHIE. 


XIV. — Quel rôle les chapitres ecclésiastiques ont-ils 
exercé dans les Pays-Bas sur organisation. de l’enseigne- 
ment ? 


Un capitulaire adressé en 787, par l’empereur Char- 
lemagne à Baugulf, abbé de Fulde, à tous les évêques 
et à tous les monastères, ordonne l'institution d'écolâ- 
tres capables près des cathédrales et des monastères. 
Des chapitres, composés de prêtres, avaient été fondés 
en bon nombre dans les provinces belges. La plupart 
organisèrent des écoles publiques, sous la direction de 
l'écolâtre. | 

L'action de ces chapitres sur l’organisation de l'en- 
seignement ne se limita pas à la localité où ils sié- 
geaient. On demande de signaler les documents qui 
déterminent la mesure dans laquelle les chapitres 
travaillèrent en Belgique à étendre l'instruction en 
dehors du siège de leur établissement. 


ERNEST MATTHIEU. 


XV. — Sur les emprunts faits par les villes de la province 
de Flandre, de 1550 à 1665, pour subvenir aux frais de la 


guerre. 
C'° G. DE HAUTECLOCQUE. 


XVI. — Quelle est l’origine du conseil des finances des 


anciens Pays-Bas? 
EuG. LAMEERE. 


— 28 — 


XVIL — De la publication sur fiches de la Bibliographie 
courante de l’histoire de Belgique. 
Euc. LAMEERE. 


XVIIL — De l'institution de cours populaires et locaux 
d'histoire et d'archéologie de Belgique. 


Euc. LAMEERE. 


À 


3" Section : Archéologie 


IL. — De Ja publication par fiches des inventaires archéo- 
logiques. 

Il est superflu de rappeler combien de fois on a 
réclamé la publication d'inventaires des œuvres d'art 
contenues dans nos collections publiques et particu- 
lières. L'utilité du but n'échappe à personne, mais tout 
le monde aussi se rend compte des difficultés nom- 
breuses inhérentes à la rédaction et à la publication 
d'un catalogue général et détaillé, de toutes les ri- 
chesses que le passé nous a léguées dans les différentes 
branches de l'art, 

Difficultés de la rédaction. — Personne ne possède des 
connaissances assez encyclopédiques pour assumer la 
responsabilité d'un pareil travail. Il faut donc évidem- 
ment recourir à la coopération des spécialistes, et c'est 
ici qu'apparait nettement l'utilité des sociétés d'ar- 
chéologie. 

Difficulté de la publication. — Cet obstacle est peut-être 
plus important encore. A raison de l'étendue du sujet, 
des mois, des années s'écouleront avant que toutes les 
notices soient rédigées et classées dans un ordre mé- 
hodique. Un tel inventaire exige, en effet, que toutes 


— 30 — 


ses parties soient non seulement à pied d'œuvre, mais 
complètement achevées, avant d’être livrées à l'impri- 
meur. Au bout de peu de temps, l’activité des collabo- 
rateurs se ralentit; les notices dorment dans un carton, . 
sans utilité pour personne. Pour y remédier, je pro- 
pose de publier les catalogues sous forme de fiches 
libres, indépendantes. Chaque fiche est consacrée à 
un objet, dont elle donne un croquis, accompagné d’un 
texte rédigé par un homme compétent en la matière 
spéciale dont 1l s’agit; les fiches sont signées et datées, 
ce qui leur confère une valeur propre et déterminée. 
La fiche, dont l'utilité n'est contestée par aucun tra- 
vailleur, a des avantages immenses. Grâce à elle, on 
peut commencer tout de suite à imprimer. Le classe- 
ment se fait au gré de chacun et non plus suivant 
un plan uniforme, qui peut être excellent, mais qui 
ne répond jamais aux exigences de tous les spécia- 
listes. | 

Si de nouvelles découvertes viennent infirmer les 
assertions d’une description, inutile de le mentionner 
dans des errata que personne ne lit. On réimprime la 
fiche et on supprime l’ancienne. Le texte doit être 
concis et clair, et indiquer avec soin la bibliographie 
du sujet. 

Voir, comme spécimen, les deux premières livraisons 
de l’Znventaire archéologique, publié sur le plan proposé 
par M. A. Heins et moi, par la Société d'histoire et 
d'archéologie de Gand. 

Paur BERGMANS. 


IL — A quelle époque la flèche à renflements apparaît- 
elle dans les mouveinents de l'architecture des Pays-Bas ? 

Quel a été le rôle des architectes malinois dans sa propa- 
gation? 


La flèche à renflements ou flèche bulbeuse date des 


— 31 — 


derniers temps de l'art ogival et a été adoptée ensuite 
par les constructeurs de la Renaissance. Les Kelder- 
mans cn ont été les plus grands propagateurs; on en 
trouve dans beaucoup d'édifices bâtis par eux. Examen 
détaillé de chaque exemple. 

PAUL SAINTENOY. 


II — Le fac-similé du plan, publié en 1843, par R. Cha- 
lon, comme étant celui de Sainte-Waudru à Mons, n'est-il 
pas plutôt celui de la tour de Saint-Rombaut à Malines? 

Pourrait-on achever notre tour d’après ce plan? 


Dans la réponse à la première question, nous pro- 
cédons par comparaison. Le plan visé reproduit pres- 
que fidèlement tout ce qui existe de la tour malinoise. 
La tour Ste-Waudru, au contraire, a avec lui une dis- 
semblance indéniable et notez qu'elle devait s'accentuer 
à mesure que la tour montoise serait arrivée à une 
plus grande élévation : le contre-fort du milieu faisant 
défaut. 

Nous nous appuyons d'autre part sur des extraits 
des registres de la fabrique d'église de Ste-Waudru, qui 
donnent clairement les démarches faites à Malines 
pour obtenir le plan de la tour malinoise. 

Nous finissons par dire qu'il est parti de chez nous 
et que plusieurs siècles après, une erreur d'archéologue 
l’a affublé d'un nom erronné. 

Pourrait-on achever la tour? Nous répondons afhr- 
mativement. Nous examinons le sol et-les fondations, 
nous calculons la pesanteur actuelle, le poids de la 
flèche absente, et nous disons que, compte fait de tout 
ce qui pourrait infirmer la stabilité du monument, le 
sol travaillerait avec un coefficient de sécurité suffisant. 
Nous appuyons nos données sur des exemples. 


Pr. VAN BOxMEER. 





— 32 — 


IV. — Examiner la gravure de la tour de Saint-Rombaut 
à Malines, faite par Wenceslas Hollar, en 1649, et reproduite 
dans l'ouvrage Brabantia, et la publication de Renier Chalon, 
sous le titre de fac-similé du plan original de la tour de 
Sainte-Waudru à Mons; comparer ces dessins aux deux 


tours et celles-ci entre elles. 
J. Huserr. 


V. — Quelles considérations devraient présider à la res- 
tauration des Halles et du Palais du Grand Conseil, à 
Malines ? 


Dans la restauration des antiques monuments en 
question, il est de‘nécessité primordiale de conserver 
l'intégrité de la conception première à chacun d'eux : 
le Palais du Grand Conseil et les Halles. On ne pour- 
rait faire disparaître l’un pour compléter l’autre, ni 
faire subir à l'un ou à l’autre une transformation afin 
d'obtenir une note harmonique quelconque, étrangère 
à cet accouplement essentiellement hétérogène. 

Plusieurs projets mis en avant jadis, péchaient par 
là. 

Une seconde considération, d'un ordre non seule- 
ment archéologique mais encore économique, doit 
nous guider dans la restauration. Il faut que le monu- 
ment reçoive une destination, et celle-ci doit bien s’ac- 
commoder de l'ordonnance des bâtiments; les façades 
restaurées doivent servir de physionomie à des salles 
dont ils reflètent plus ou moins l'usage. C'est ainsi que 
derrière les lourds barreaux de fenêtres opaques, on 
ne pourrait trouver, par des stratagèmes quelconques, 
des appartements inondés d’un soleil détourné. Il ne 
s'agit évidemment pas de ressusciter le Grand Conseil 
et ses membres éminents, ni nos vieux marchands de 
drap; mais le même esprit de gravité ou de supréma- 


— 33 — 


tie, de négoce ou de civisme, devrait respectivement 
occuper ces lieux. 

Le monument restauré devrait avoir une enseigne 
vraie, sinon, contentons-nous de le préserver des ou- 
trages du.temps. Ces murs rongés, dans leur saveur 
antique, au moins ne mentiront pas : ils diront loyale- 
ment à la postérité dans quel but et par quels génies 
ils virent le jour. | 

PH. VAN BoxMEER. 


VI. — Quel est l'auteur des fresques qui décorent une 
des salles de l'hôtel Busleyden, à Malines ? 


Les fresques de l'hôtel Busleyden furent exécutées 
pour Jérôme, seigneur de ce nom, entre les années 
1505 et 1517. Leur auteur est inconnu. Certains indices 
permettent de les attribuer à Mabuse. Le docteur 
Gurlitt, en décrivant les fresques de l'ancien cloître 
du « Paulinum kloster », à Leipzig, signale qu’une 
partie de celles-ci fut peinte par un certain Hans, alors 
au service du prince électeur Frédéric. Ce prince 
voyaga dans les Pays-Bas, en compagnie de son peintre, 
et 1/ passa par Malines, où 1l laissa quelques tableaux de la 
main de Hans. Le docteur Gurlitt présume que ce 
peintre n'est autre que Jean de Mabuse. 

N'y a-t-il pas une corrélation entre ce voyage et 
Pexécution des fresques de Busleyden ? 


Hyac. CONINCKX. 


VII. — Que connaît-on de l’ancienne industrie Malinoise 
si renominée, de la fonderie des cloches, clochettes, carillons, 
sonnettes, mortiers et pièces d'artillerie ? 


C'° pe Marsy. 
3 


VIII. — Mesures à conseiller pour la conservation des 
dentelles. 


. Les dentelles anciennes méritent d'être bien entre- 
tenues, puisque leur valeur augmente en raison de leur 
conservation, non seulement pour leur beauté, leur 
rareté, mais aussi parce qu'elles sont travaillées en fil 
de lin, tandis que les modernes se travaillent en fil de 
coton. 

Il faut donc observer toutes les conditions néces- 
saires à cet entretien, soit : 

les tenir en lieu sec; 

en ôter tout apprêt; 

éviter le blanchissage; mais lorsqu'il est indispen- 
sable, le faire à l'eau de pluie et au savon blanc; pas 
amidonner, ni apprêter avec n'importe quel ingré- 
dient; | 

ne jamais repasser au fer, mais épingler les dentelles 
sur un tambour, en relever et en glacer les fleurs, au 
moyen de petits outils en os ou en ivoire; 

dans les écoles et dans les communautés religieuses, 
donner un cours relatif à la connaissance et à l'entre- 
tien des dentelles; jadis c'était un bon métier, et les 
femmes faisaient artistement le blanchissage et la ré- 
paration des dentelles. 

Dans les villes principales, il y a encore des ateliers; 
mais le travail dégénère au contact de toutes les den- 
telles de pacotille dont on fait usage aujourd’hui. 

Utiliser les vieux débris de dentelles précieuses hors 
d'usage, pour en reconstituer des spécimens. 

Dans les inventaires des trésors d'églises, de mu- 
sées, etc., etc., marquer en coton rouge les n* sur les 
dentelles, afin d'éviter les erreurs, renseigner au n° 
correspondant la provenance, la valeur, etc., afin 
d'aider les gardiens à reconnaitre le beau, le vrai, du 
faux | M"° DAIMERIES. 





— 35 — 
# . 
IX. — Quelles sont les règles à suivre dans la polychro- 
mie des églises, surtout au point de vue esthétique ? 


La polychromie des églises a déjà fait l’objet de bien 
des débats. Elle a notamment été discutée pendant 
plusieurs années dans les divers congrès de la Fédéra- 
tion archéologique et historique de Belgique; et dès 
1889, le congrès d'Anvers-Middelbourg adopta les deux 
vœux suivants : 

« 1° La polychromie est l'achèvement désirable des 
édifices; néanmoins, la sage application de la polychro- 
mie aux monuments anciens qui ne conservent plus de 
traces suffisantes d'une polychromie antérieure, étant - 
d'une très grande difficulté, il n'y a lieu de la décider 
qu'avec une très grande circonspection. | 

» 20 Le congrès émet le vœu que le gouvernement 
veille non seulement à la conservation des restes des pein- 
tures murales découvertes dans les anciennes églises, 
mais qu'il prenne la généreuse initiative de restaurer 
celles qui offrent pour l'art un véritable intérêt. » 

Cette même question de la polychromie a fait aussi 
l'objet d'un remarquable rapport de M. Jules Helbig, 
de Liège, à la section d'art de l'assemblée générale des 
catholiques, tenue à Malines, le 8 septembre 18or. 

Tout en maintenant les vœux précédemment adop- 
tés par la Fédération, ne pourrait-on y ajouter certaines 
prescriptions générales dont il y aurait lieu de tenir 
compte, surtout dans la restauration des monuments 
anciens? En fait de règles matérielles, M. Joseph Nève, 
dans sa brochure intitulée : « Quelques remarques à 
propos de la restauration des monuments d'art ancien», 
propose les suivantes : que toute restauration de peinture 
primitive doit d'abord être précédée d'un lvl exact ct complet 
des parties anciennes et ensuite de la production d'une 
esquisse détaillée de tout le projet de restitution. 

Au point de vue esthétique, n'y aurait-il pas lieu de 


— 36 — 


prescrire des conseils semblables et d'émettre les con- 
clusions suivantes : 

1° Dans les édifices où une coloration naturelle peut être 
tirée de l'effet produit par les matériaux eux-mêmes, par les 
Pierres, les marbres, les briques, 1l est désirable qu'aucun 
autre travail de décoration picturale n'inlervienne. 

20 Tout travail de peinture ou de décoration polychrome 
doit être en harmonie parfaite avec l'œuvre architecturale, 
tant au point de vue du système de coloration que du style 


du monument. G. ZEecu-Du Brez. 


X. — Dans une église gothique ou romane, ayant un 
mobilier renaissance, faut-il, en cas de restauration, rempla- 
cer ce mobilier par un a: tre, conforme au style de l’édifice, 
ou bien faut-il restaurer l’ancien? | 


Cette question, comme la précédente, faisait partie 
du programme soumis aux délibérations du congrès 
de Gand. Le temps fit défaut pour en aborder la dis- 
cussion. 

Dans l'intervalle des deux congrès de Gand et de 
Malines, M. le chanoine Van den Gheyn l'a traitée 
dans une des séances du Cercle historique et archéolo- 
gique de Gand, et son rapport a été inséré dans le 
bulletin de ce Cercle. 

Peut-être le congrès de Malines ferait-il œuvre utile 
en reproduisant ce travail parmi ses documents. 

Je suis d'accord sur plusieurs points avec M. le 
chanoine Van den Gheyn, sur d'autres, je ne partage 
pas son opinion. 

Différentes hypothèses peuvent se présenter. 

Si, dans l’église qu'il s'agit de restaurer, le mobilier 
a une réelle valeur artistique, il est à désirer qu'il soit 
conservé. 

S'il est dépourvu de tout caractère d'art, si surtout il 
est médiocre, le meilleur parti à prendre est de se débar- 





rasser du tout de la façon la plus avantageuse et de le 
remplacer par un mobilier du même style que l'édifice. 

D'autres conditions sont possibles : entre autres, 
supposons une église romane possédant un maître- 
autel renaissance avec retable à sculptures et sujets 
d'une réelle beauté et vraiment remarquable. Il faut 
nécessairement le conserver; mais comment faut-il l’en- 
cadrer ? Les stalles sont en mauvais état, la clôture du 
chœur est déplorable, Parce que le maître-autel est en 
renaissance, doit-il commander au reste et faut-il que 
les autres meubles soient en renaissance, ou bien faut- 
il adopter le style roman pour les autres parties du 
mobilier ? 

Il y a certes encore bien d'autres cas qui peuvent 
surgir, mais voilà entre autres un point que je laisse 
aux discussions du congrès le soin d'éclaircir. 

G. ZecH-Du Bizz. 


XI. — Quel est le meilleur système à suivre pour la 
réparation des églises et autres monuments anciens; par 
exemple, pour rétablir l'intérieur d'une église romane ou 
gothique dans son état primitif, doit-on faire disparaître 
tout ce que les siècles y ont accumulé ? 


L'auteur de la XI* question estime qu’il y a lieu de 
ne pas faire disparaître tout ce que les siècles ont 
accumulé dans l'intérieur d'une église, dont on fait la 
restauration; et au lieu de réduire l'intérieur de l’église 
à la nudité de son état primitif, conserver tout ce qui a 


une valeur artistique ou historique. 
CH. CASATI, 
Délégué officiel du Gouvernement l'rauçais. 


XIT. — Recherches et étude de quelques peintures de 
Van der Weyden, en France. 


Il existe à Abbeville, dans une maison particulière, 





— 38 — 


plusieurs panneaux peints, au nombre de sept (autre- 
fois huit), qui par leurs sujets et par la manière, 
surtout, dont ils ont été traités, appartiennent, à n'en 
pas douter, à l'Ecole flamande primitive de la seconde 
période. 

Ces panneaux, au nombre de quatre, mais peints de 
chaque côté, ont été rayés en deux dans leur épaisseur; 
trois représentent la Cène, U’ Ascension et la Pentecôte, 
le quatrième représentait, dit-on, la Passion, il a dis- 
paru; les quatre autres représentent les figures en 
pied, ou bien à peu près de grandeur naturelle, /a 
Vierge, S. Jean, S. Stuguer, évêque de Lincoln, et 
S. Honoré. 

Ils proviennent, d'une manière certaine, d'après des 
documents irrécusables qui seront fournis, de l’ancienne 
Chartreuse qui existait au faubourg de Thuison-lez- 
Abbeville, et à qui ils ont été donnés, selon toute 
vraisemblance, par Philippe-le-Bon, duc de Bour- 
gogne. 

Ces panneaux, d'une exécution fort remarquable, 
paraissent se rattacher, sinon à l’école de Van Eyck, 
au moins et d'une manière plus vraisembable, à leur 
disciple Van der Weyden. 

Cetté assertion s'appuie sur la comparaison avec les 
peintures du même maitre, qui se trouvent à Berlin 
et dans plusieurs villes de la Belgique, et particulière- 
ment avec celles qui existent en France, au Musée du 
Louvre et à l’hôpital de Beaune. 

C'est cette étude comparatrice que l’auteur se pro- 
pose de présenter dans l'étude indiquée. 





EM. DÉLIGNIÈRES. 


ALI — L'abeille au point de vue de l'archéologie et du 


folklore. 
_ |. DE SOIGNIES. 





— 39 — 
XIV. — Communication de M. le comte G. DE HAUTE- 


CLOCQUE, à propos d’un tableau, provenant de Malines, qui 
se trouve actuellement à la cathédrale d'Arras. 


XV. — Communication de M. HiLbEBRAND, délégué offi- 
ciel du gouvernement Suédois, au sujet d’un retable flamand 
acquis récemment pour le musée de Stockholm. 





NOTICE 


SUR 


la Ville & les Monuments de Lierre 


‘HISTOIRE de Lierre et de ses monuments reli- 
gieux les plus anciens se lie intimement, pour 
les premiers temps, à celle de saint Gommaire, 
% à qui la ville doit sa naissance et pour lequel 
ses habitants professent encore aujourd'hui la plus pro- 
fonde vénération. 

C'est à la vie de ce saint, écrite par le moine Théobald, 
qui vécut au XII‘ siècle et dédia son œuvre à Siger, pre- 
mier prévôt du Chapitre, que nous devons la connais- 
sance d’un grand nombre de particularités concernant 
l'origine et les premiers accroissements de notre ville. 

Le traité de Meersen, conclu en 870 et partageant le 
royaume de Lotharingie entre Charles le Chauve et son 
frère Louis le Germanique, est le premier acte public où 
il est fait mention de notre ville, appelée alors encore 
Ledi. 

Il serait difficile de préciser l’époque à laquelle elle 





omm 42 — 

obtint ses plus anciennes franchises, confirmées, pour la 
première fois, en 1174, par Godefroid III, duc de Bra- 
bant. Henri [“, fils de Godefroid, éleva Lierre, vingt ans 
plus tard, au rang de ville et lui octroya, ainsi que ses 
successeurs, de nombreux et importants privilèges. Dès 
ce moment, Lierre acquit une importance d'autant plus 
grande qu'elle devint une résidence de prédilection pour 
les premiers ducs de Brabant. Ces princes y avaient hors 
des murs, une maison de chasse, et dans l'enceinte de la 
ville, un palais, où ils firent de longs et fréquents séjours. 
L'acte par lequel Henri II confirme la donation, faite par 
Wautier Berthout, à l’église Notre-Dame de Leliendaal, 
à Malines, est daté du palais de Lierre : Actum apud 
Lyram in domo mea 1242. 

Butkens rapporte que le duc Jean I”, gravement blessé 
dans un tournoi, le septantième auquel il avait assisté, se 
fit transporter à Lierre, endroit réputé pour sa salubrité, 
et y reçut la visite de Gui de Dampierre, comte de 
Flandre, qui vint lentretenir au sujet du mariage de sa 
fille avec le fils du roi d'Angleterre. 

C'est particulièrement sous le règne d'Antoine, duc de 
Bourgogne, à qui échut la souveraineté du Brabant, 
en 1405, que notre ville atteignit un haut degré de pros- 
périté. Le duc Antoine résida souvent à Lierre, pour y 
profiter du bon air. En 1411, il y vint, accompagné de sa 
femme Elisabeth, fille de Jean de Luxembourg, et cinq 
fois, de 1407 à 1415, il y réunit les Etats-Généraux du 
Brabant. De leur côté les Lierrois se montrèrent tou- 
jours prêts à seconder le duc chaque fois qu'il fit appel 
à leur dévouement. 

Antoine de Bourgogne trouva la mort à la bataille 
d'Azincourt, au mois d'octobre 1415. Trois ans après, 
son fils Jean IV fit sa joyeuse entrée à Lierre, et témoi- 
gna pour notre ville les mêmes bonnes dispositions que 
son père. À son exemple, il y convoqua plusieurs tois 
les Etats du Brabant et confirma, en 1426, la dernière 





fois qu'on le vit à Lierre, tous les droits et franchises de 
la ville. Quelques années plus tard, le palais des ducs de 
Brabant fut cédé, comme refuge, à l'abbaye de Saint- 
Bernard. Il fut remplacé par une construction nouvelle 
à laquelle se rattache un grand événement historique : 
c'est là que, le 20 octobre 1496, l'évêque de Cambrai, 
Henri de Berghes, bénit le mariage de Philippe-le- 
Beau et de Jeanne de Castille, deuxième fille du roi 
d’Espagne. 

Déjà au XITIT° siècle, sous l'égide des libertés obtenues, 
on vit se fixer à Lierre différentes industries en même 
temps que plusieurs établissements religieux et chari- 
tables. De cette époque datent le Béguinage, un des 
trois plus anciens du Brabant; la célèbre abbaye de 
Nazareth, incendiée en 1576, reconstruite en 1610 et 
vendue comme bien national, en 1797; quatre des prin- 
cipaux hospices et l'hôpital Sainte-Elisabeth, qui prit 
naissance en 1130 et fut transféré, en 1236, dans l’en- 
ceinte de la ville, à la suite d'un incendie qui l'avait 
détruit de fond en comble. Les bâtiments de l'hôpital, 
souvent modifiés et aujourd’hui convertis en établisse- 
ments scolaires, n'offraient dans leur ensemble plus rien 
de bien remarquable; quelques salles pourtant avaient 
conservé intacte leur ordonnance primitive et renfer- 
maient un mobilier de nature à intéresser vivement les 
archéologues. Plusieurs de ces meubles et notamment 
deux anciens vitraux à médaillons, magnifiques spéci- 
mens de la meilleure époque de la peinture sur verre, 
ont été cédés à l'Etat et sont allés enrichir le musée de 
la Porte de Hal à Bruxelles. D’autres objets intéressants, 
tels que des panneaux de portes sculptées, des châssis 
et des volets de fenêtres garnis de belles ferrures, des 
carreaux en terre cuite de différentes couleurs, une grille 
dormante à œils pratiqués alternativement dans les mon- 
tants et les traverses, etc., etc., se conservent à la maison 
de ville et attirent l'attention des connaisseurs. 


Ann A a 


mmm 44 mn 

C'est surtout au XV* siècle, après que la ville se fut 
étendue par l'établissement d'une seconde enceinte em- 
brassant un espace à peu près double de celui circonscrit 
par les murs primitifs, alors que l'industrie des draps, 
largement protégée par nos souverains, était la plus flo- 
rissante, que Lierre se développa rapidement. D'après 
un recensement de 1496, la ville comprenait à l'intérieur 
de sa première enceinte, 553 maisons, entre les deux 
murailles 344 et sur son territoire hors des portes, 196 
habitations. Sa population dépassait 7000 âmes. 


Dôtel de ville et Betfroi 


De toutes les constructions élevées au XIII et au 
XIV: siècle, une seule, le beffroi, accolé au côté gauche 
de l'Hôtel de ville, a survécu jusqu'à nos jours. 

La fabrication du drap, particulièrement favorisée par 
l'établissement du marché qu'octroya Jean III, en 1338, 
avait pris une telie extension dans notre ville et ses envi- 
rons, qu'il était devenu urgent de bâtir une halle aux 
draps, devant, comme cela se pratiquait alors générale- 
ment dans toutes les villes, servir en même temps de 
lieu de réunion pour le Magistrat. On tarda à donner 
suite à ce projet jusqu’en 1367, lorsque les travaux de 
bâtisse furent mis en adjudication; en 1369, on posa les 
dernières ardoises sur le toit, pendant que l'on s’occupait 
encore à voûter les caves et à daller la salle échevinale. 
Une gravure de 1717 nous donne une idée de cette 
ancienne halle bâtie en pierres et d'une ordonnance fort 
simple. A la naissance du toit, entièrement privé de ces 
riches décorations dont au XIII‘ et au XIV* siècle on 
ornait les combles, régnait sur toute la longueur du bâti- 
ment, une balustrade crénelée; plusieurs fenêtres de diffé- 
rentes grandeurs et toutes de forme carrée, éclairaient 


‘l'étage et le rez-de-chaussée, auquel on avait accès par 





— 45 — 


une double porte, dont le couronnement était soutenu 
par des colonnes prenant naissance sur un large perron, 
bordé d'une rampe en pierre. Au-dessus de la porte, on 
voyait une niche ornée d’une statue de la Sainte Vierge, 
ayant un ange à chaque côté. Ces statues, ainsi que la 
porte, étaient tout à fait dorées. Au côté gauche s'élevait 
le beffroi que M. Schayes, dans son Histoire de l'archi- 
lecture, décrit dans les ïignes suivantes : « Le beffroi de 
» Lierre, qui flanque le côté gauche de l'Hôtel de ville, 
» jadis la Halle aux draps, fut commencé en 1269, mais 
» la bâtisse, longtemps interrompue, ne fut terminée 
» qu'en 1411. C'est une tour carrée, longue, étroite et 
» percée de quelques ouvertures en forme de meurtrières. 
» Ses quatre angles sont surmontés de quatre clochetons 
» hexagones, en pierre de taille comme la tour, et qui 
» posent en encorbellement sur des arcatures ogivales et 
» trilobées, Un eordon de modillons ou corbeaux orne 
» leur base et contourne la tour en guise de machicoulis. 
» Une flèche et une lanterne en bois, octogones, pyra- 
» midales et couvertes en ardoises, comme le sont toutes 
» nos flèches en bois, sert de couronnement à ce beffroi, 
» qui retrace, à s'y méprendre, un véritable donjon de 
» château ». | 

L'ancienne halle ne conserva que peu de temps sa 
destination primitive; dès 1418, elle fut abandonnée par 
les drapiers et exclusivement affectée au service du Ma- 
gistrat. Fort délabrée et ne suffisant plus aux besoins 
du temps, l'administration communale résolut sa démo- 
lition en 1741. Sur ses ruines on éleva Hôtel de ville 
actuel, sous la direction de l'architecte Van Baurscheit 
fils, qui, au même moment, était chargé de la construc- 
tion de l'hôtel du seigneur de s’ Gravenwezel, aujour- 
d’hui le palais du Roi à Anvers. Bâti dans un style plus 
simple que ce dernier, l'Hôtel de ville de Lierre, isolé 
de toute autre construction, n'en présente pas moins un 
aspect imposant. Sa façade principale, construite en 


— 46 — 
pierres de grès et en pierres de taille, est sobre d'or- 
nements. 

A l'intérieur, toutes les salles ont une décoration con- 
forme au style du monument. Dans le vestibule, on 
remarque un élégant escalier tournant, à rampe en bois 
sculpté. Un des tableaux que l'on y conserve a une 
grande valeur historique pour la ville. Il représente 
Lierre avec ses rues et ses monuments, en 1595, au mo- 
ment où Heraugière, gouverneur de Breda, tenta de s'en 
emparer pour compte des Provinces-Unies. La ville fut 
prise, mais, grâce à la valeur de ses habitants secourus 
par ceux de Malines et d'Anvers, fut reprise le même 
jour, ainsi que le rappelle l'inscription suivante qui se 
trouve en tête de ce tableau : 


EN DECIMO QUARTO OCTOBRIS 
OUOD FACTA TULERUNT 
HosTIBUS EXPULSIS, CAPTA, 
RECEPTA LIRA EST 
D. O. M. 

ET LIBERATÆ CIVITATIS MEMORIÆ 
S. P. OQO. L. 


FIERI FECERUNT. 


Comme nous l'avons dit, c'est à l'Hôtel de ville que se 
conservent quelques objets d'art, premier noyau d’un 
musée communal appelé, espérons-le, à s'enrichir chaque 
Jour. 


Collégiale Saints Gommatre 


L'église collégiale Saint-Gommaire, dont la construc- 
tion, commencée en 1377, a duré au-delà d'un siècle, 
appartient à cette belle époque de l'art ogival où nos 
pères, fermes et ardents dans la foi, élevèrent un grand 





nombre de ces magnifiques monuments, qu'on ne se 
lasse jamais d'admirer. Son plan présente la forme d'une 
croix latine dont le sommet, figuré par le chœur, est 
tourné vers lorient. Le chœur à chevet pentagonal est 
entouré d’un collatéral donnant accès à onze chapelles, 
dont sept également bâties sur plan pentagonal et les 
autres sur plan carré. Deux de ces dernières, celle de la 
Sainte Vierge, au nord, et celle du Saint-Esprit, au sud, 
communiquent en outre avec les transepts. À partir des 
transepts jusqu’à l'entrée principale de l’église, celle-ci 
se compose d'une grande nef et de deux bas-côtés, dont 
celui du sud est bordé de six petites chapelles et celui 
du nord de deux chapelles plus profondes. La tour, qui 
fait partie de la façade principale, estsoutenue à l'intérieur 
de l'église, par deux grandes piles faisant corps avec les 
premières colonnes des travées, et est précédée par un 
porche extérieur à plate-forme. Un léger campanile sur- 
monte la grande voûte, couronnant le centre de la croix 
formée par le chœur, les transepts et les nefs. Cette voûte, 
qui se ne distingue des autres que par son développe- 
ment, est supportée, ainsi que les grands arcs entre 
lesquels elle se trouve renfermée, par quatre colonnes 
montant sans interruption du sol au faîte de l’église et 
placées aux angles séparant le chœur et la grande nef 
des transepts. Les arcs des travées de la nef principale 
et du chœur portent sur des colonnes toutes uniformes 
à fûts cylindriques, s'élevant sur des socles de formes 
octogonale. Une double rangée de feuillages sculptés 
orne les chapiteaux. | 

A l'extérieur, les grands arcs-boutants qui soutiennent 
la nef et le chœur, ainsi que les doubles balustrades qui 
terminent les murs des nefs, sont du plus bel effet. La 
tour, d'une élévation d'environ 80 mètres, se trouve 
masquée à sa base par un portail à plate-forme, qui la 
précède et cache en partie la grande fenêtre éclairant la 
nef. Le premier étage, percé dans chacune de ses faces 


| 








— 48 — 


de deux fenêtres ogivales, est couronné d'une balustrade. 
Le second étage faisant retraite sur le premier, est octo- 
gonal ; il est percé de huit fenêtres et également orné 
d'une galerie. Autrefois, la tour se terminait par une 
flèche de 126 pieds d'élévation. Celle-ci, entièrement 
détruite par le feu, en 1609, et réédifiée peu de temps 
après, fut de nouveau incendiée par la foudre, en 1702. 
C'est après ce désastre, rappelé par le joli chronogramme : 
teM pestate CeCIDIt, que fut construit le disgracieux cou- 
ronnement actuel. 

L'harmonie parfaite qui règne entre toutes les parties 
de l’église, l'unité et la pureté de style que l'on admire 
dans son ensemble, ne laissent aucun doute qu'elle n'ait 
été construite d'après un plan primitif et complet. Mal- 
heureusement, l’auteur en est inconnu; tout ce que l'on 
peut dire avec certitude, c'est que dès le principe, les 
architectes les plus en renom, Henri Mys, Jean, André 
et Rombaut Keldermans, Herman le Vieux et son fils 
Dominique De Waghemakere, ont été chargés de la di- 
rection des travaux. 

Contrairement à la pratique suivie pour la plupart des 
églises anciennes, la construction de celle de Lierre a 
commencé par la tour; cette particularité s'explique 
aisément : il y a quatre ou cinq siècles, lorsque nos an- 
cêtres projetaient leurs magnifiques bâtisses, ils n’avaient 
pas comme aujourd'hui à faire la justification des res- 
sources qu'ils possédaient; confiants dans l'avenir, ils 
comptaient sur la probité de ceux qui devaient exécuter 
leurs plans. Aussi ne faisaient-ils ni devis, ni cahiers des 
charges; un simple contrat de quelques lignes, auquel 
la bonne foi servait de base, déterminait les conditions 
des adjudications les plus importantes; les subsides de 
l'Etat, de la province ou de la commune, qui, à notre 
époque entrent pour une si large part dans les moyens 
de faire face aux dépenses, leur étaient inconnus; les 
seules ressources dont ils disposaient, se bornaient aux 








revenus annuels, consistant principalement dans les 
offrandes périodiques des fidèles. Lorsque celles-ci ve- 
naient à faire défaut ou à être insuffisantes, les travaux 
se trouvaient forcément arrêtés et souvent pour de 
longues années; dans ces conditions l'on ne peut mé- 
connaître que c'était une mesure très sage de construire 
d’abord le chœur des églises. Celui-ci une fois terminé, 
plus rien n'empêchait de procéder aux offices divins et 
l'on pouvait, armé de cette patience qui était un des 
caractères distinctifs de cette époque, attendre des temps 
meilleurs pour achever ce qui restait encore à faire. 
Ainsi, nous voyons dans la plupart des monographies 
des anciennes églises, qu’il n'était pas rare qu’une partie 
de ces monuments fût consacrée et livrée au culte avant 
leur achèvement complet. Mais à Lierre, on n'avait à se 
préoccuper d'aucune considération pouvant hâter ou 
retarder la célébration des services divins, puisqu'on y 
disposait de l’église primitive, bâtie près de la chapelle 
Saint-Pierre et qui, bien que fort délabrée et menaçant 
ruine depuis de longues années, ainsi qu'il résulte des 
comptes, n'a été démolie qu'en 1475. On avait tout inté- 
rêt à la conserver le plus longtemps possible et à ne 
construire le nouveau chœur, occupant une partie de 
l'emplacement de l’ancien, qu’en tout dernier lieu. 

Tout porte à croire que, d'après le plan primitif, la 
tour faisait avant-corps à l'église ; elle n'y a été incorporée 
que plus tard, lorsque les nefs latérales ont été prolongées 
jusqu’à la façade principale. En admettant cette suppo- 
sition, la tour, comme celle de Saint-Rombaut à Malines, 
formait vestibule à l'église; c'était là qu'anciennement 
se trouvait le jubé, qui n’a disparu que longtemps après 
la construction de celui placé à l'entrée du chœur. Mais 
quand les bas-côtés ont-ils été prolongés et alignés avec 
la tour et quand a été construit le porche ou péristyle 
qui précède la façade principale? Les archives n'en disent 
rien; mais un simple examen suffit pour se convaincre, 


4 


— do — 
que ces constructions sont des additions faites postérieu- 
rement au monument, qui en conserve toutes les traces. 
Si, en effet, les nefs latérales n'avaient pas été prolon- 
gées après l'achèvement de l’église, pourquoi les parties 
adossées à la tour différeraient-elles par leur structure 
de toutes les autres et pour quelles raisons offriraient- 
elles, tant à l’intérieur qu'à l'extérieur, un aspect si irré- 
gulier? Pourquoi ces parties de murs, que l'on voit à 
l'intérieur de l’église aux deux côtés de la tour, munies 
de plinthes exactement conformes à celles qui entourent 
tout le bâtiment à l'extérieur, tandis que d’autres parties 
en sont dépourvues ? Cette dernière circonstance. seule ne 
prouve-t-elle pas à l'évidence que, primitivement, ces 
portions de murs se trouvaient à l'extérieur et faisaient 
partie des angles rentrants formés par l'église. et la tour? 
N'en résulte-t-il pas que, dans le principe, cette dernière 
était dégagée, au nord et au sud, de toute espèce de con- 
struction? Pour ceux qui considéreraient ces raisons 
comme insuffisantes, nous pourrions encore signaler à 
leur attention les montants et les arcs de forme grossière 
séparant les bas-côtés des parties que nous estimons être 
ajoutées. Ces montants et ces arcs, de même que les 
fenêtres, trahissent clairement une construction posté- 
rieure à celle des nefs. Mais que penser des larges ouver- 
tures donnant passage de la grande nef sous la tour aux 
bas-côtés? Rien n'indique au juste quelle a été la dispo- 
sition primitive, mais on ne peut douter qu'il s'est fait 
là une modification importante. A l'appui de cette opi- 
nion, nous citons ici un extrait du mémoire historique et 
archéologique de M. Redig, où 1l est dit que les arcs 
surmontant ces ouvertures « sont d’une grossièreté toute 
» rustique et dont on ne trouverait d'exemple que dans 
» les barbares essais des temples grecs; tellement on a 
» poussé l'oubli de toutes les conditions de l'art, en con- 
» struisant des arcs que nulle moulure ne décore et ne 
» tend à en diminuer la pesanteur », Ailleurs, le même 


— br — 

auteur fait voir que tout ce qui tient à ces arcs et aux 
piliers qui les supportent, se ressent des modifications . 
exécutées dans cette partie de l’église. Comment, en 
effet, concilier ces imperfections avec le fini de style 
qui distingue partout ailleurs ce bel édifice, si l'on 
n'admet pas des changements notables à l'entrée pri- 
mitive? 

Quant au porche qui s'élève au-devant de la tour, il est 
tout aussi difficile de croire qu'il faisait partie du plan 
primitif; l'on ne peut raisonnablement supposer que l’ar- 
chitecte, parvenu à produire une œuvre telle que l'église 
Saint-Gommaire, aurait négligé, pour une construction 
rarement ajoutée aux temples gothiques, un des plus 
beaux effets de lumière qu'on rencontre dans la plupart 
de ces monuments. Que primitivement une vaste fenêtre, 
ménagée dans la façade principale, éclairait la grande 
nef, nous en trouvons l'assurance dans la chronique de 
Van Graesen. D'après les renseignements puisés par cet 
écrivain dans les comptes de 1426, qui malheureusement 
sont perdus, la grande fenêtre sous la tour, au-dessus du 
portail, fit l'objet d'une entreprise spéciale dont se char- 
gea Lambert Van den Eynde, pour la maconnerie, et 
maître Claes de Louvain, pour le placement des verres. 
Des circonstances aussi détaillées font supposer un tra- 
vail d'une importance toute particulière et beaucoup plus 
grande que ne le comportait la construction de la fenêtre 
existante, de moindre dimension que toutes les autres. 
On peut donc à bon droit soutenir que la disposition 
actuelle n'est pas conforme à l'idée première et que la 
fenêtre, telle que nous la voyons aujourd'hui, a subi de 
notables modifications, occasionnées, croyons-nous, par 
la construction du porche. Si nous ne craignions de nous 
engager trop loin dans le champ des suppositions, nous 
émettrions encore l'opinion qu’alors, également, on rem- 
plaça l'arc en ogive, qui probablement terminait la fenê- 
tre dont parle Van Graesen, par un couronnement en 


— 52 — 


plein cintre, afin de compenser ainsi l'effet de lumière 
. perdu dans l'élévation. 

Nous citons encore ici trois lignes de l'ouvrage de 
M. Redig, qui nous confirme dans cette idée : « On ne 
» peut s'expliquer la présence de cette forme romane que 
» par une restauration postérieure à l'achèvement de 
» l'édifice. A l'appui de cette opinion, on peut invoquer 
» quelques traces de changements que l'on voit encore 
» dans la maçonnerie qui environne les fenêtres ». 

Les diverses considérations que nous venons d'exposer 
permettent de supposer qu'il s’est fait à une même époque, 
un ensemble de travaux résultant l'un de l’autre et com- 
prenant la prolongation des nefs latérales, l'ouverture 
des arcades sous la tour, la construction du porche et la 
transformation de la grande fenêtre. : 

En 1435 et les années suivantes, on travailla, sous la 
direction de Jean Keldermans, à la construction des 


piliers de la grande nef et des arcs ogives qu'ils sup-. 


portent. La pierre employée pour cet ouvrage, ainsi 
que celle dont on se servit plus tard pour les transepts, fut 
tirée des carrières d'Afflighem. Les chapiteaux des co- 
lonnes furent taillés à Malines, et transportés par eau 
jusqu'à Lierre. | 

La construction des transepts remonte à l’année 1460. 
Ainsi que cela eut lieu pour la tour et les nefs, la bâtisse 
des transepts fut partagée en différentes parties, que l’on 
adjugea publiquement. La chapelle Sainte-Catherine, se 
trouvant au côté nord, dans l’angle formé par le transept 
et le bas-côté, a été construite en 1463, tandis que sa 
voisine, d’abord dédiée à Notre-Dame de Montserrat et 
servant aujourd’hui de baptistère, n'a été construite qu'en 
1577. La fenêtre éclairant cette dernière chapelle, était 
autrefois pourvue d'un magnifique vitrail, où se trou- 
vaient représentés les portraits des donateurs. 

En 1473, commencèrent les travaux du chœur, qui ne 
furent achevés qu'en 1515; ils se firent sous la directior. 


— 53 — 


des célèbres architectes Herman et Dominique De Wa- 
ghemakere. 

Vers cette même époque, on placa un grand nombre 
de verrières remarquables, à en juger par les fragments 
que l'on conserve encore. Plusieurs étaient l'œuvre du 
fameux verrier Rombaut Keldermans. 

En 1517, l'empereur Maximilien se trouvant à Lierre, 
avec son petit-fils Charles, plus tard Charles-Quint, fit 
don à l'église, de trois des cinq vitraux qui ornent encore 
les fenêtres du chevet du chœur, A cette même occasion, 
plusieurs autres verrières furent offertes par les seigneurs 
et prélats de sa suite. 

De 1530 à 1540, on construisit le magnifique jubé, 
richement sculpté en style flamboyant, qui précède le 
chœur. Ce chef-d'œuvre de délicatesse et de travail, pour 
lequel on prit comme modèle le jubé de l'église de Nec- 
kerspoel près de Malines, se compose de trois arcades 
de face et de deux arcades de côté, retombant sur des 
colonnes en faisceaux, au-dessus desquelles s'étend une 
suite de niches ornées de groupes représentant les scènes 
de la Passion. Une croix triomphale, entre les statues 
de la Sainte Vierge et de saint Jean, était susperdue à 
la voûte au-dessus du jubé, sur lequel on plaça, lors de 
sa restauration, en 1850, une tourelle travaillée à jour, 
mais qui n'est pas à sa place sur l'ambon. C'est de là que 
l'évangile se lisait autrefois au peuple. 

Dans le chœur, au côté de l’évangile, fut élevé, en 
même temps que le jubé, un tabernacle en pierre, con- 
forme à celui de l'église Saint-Pierre à Louvain. On con- 
serve dans les archives, le livre des comptes de ces deux 
remarquables constructions, œuvres d’un architecte ma- 
linois, Frans Mijnsheeren, qui, avec Jean Wischaven, de 
la mêmé ville, entreprit les travaux, y compris la livrai- 
son et la taille des pierres. L'inspection du travail était 
confiée au célèbre architecte de Bruxelles, Henri Van 


Pede. 


by — 


Le 9 avril 1580, l'église Saint-Gommaire devint la 
proie des gueux. Tous les autels furent détruits, les sta- 
tues mutilées, les boiseries arrachées, les tableaux dé- 
chirés et leurs débris jetés sur d'énormes brasiers allumés 
dans l’église même. 

En 1668, on trouva les ressources pour faire exécuter 
par Wirick Somers, orfèvre-ciseleur à Anvers, la riche 
châsse de saint Gommaire, pesant 1536 onces d'argent, 
et qu'on paya 5058 florins. 

L’autel, érigé au chœur après les pillages du XVI*siècle, 
fut remplacé en 1707, par l'autel actuel, qui a le défaut 
de n'être pas dans le style de l’église et qui n’a pas été 
fait pour elle. On sait qu’il a été acheté au Chapitre de 
Saint-Bavon, à Gand. Le mérite qu’il peut avoir ne com- 
pense certainement pas l'effet malheureux qu'il produit à 
la place qu'il occupe; sa disparition mettrait en évidence 
le chevet exceptionnellement beau de l'église, qu'il offus- 
que complètement. Espérons qu'un jour on pourra le 
remplacer à son tour, par un retable conforme aux tradi- 
tions du moyen âge, permettant de voir du chœur les 
belles verrières qui décorent les fenêtres de l’abside. 
Avant l'enlèvement des objets d'art par les commissaires 
français, en 1794, le maître-autel renfermait le tableau 
de Jordaens : Le Christ en croix, actuellement à l'église 
Saint-André à Bordeaux. En 1809, Corneille Cels, artiste 
distingué, né à Lierre, peignit la décollation de Saint Jean- 
Baptiste, pour remplacer l'oeuvre de Jordaens. 

L'admirable triptyque de l'autel Saint-Christophe : les 
épousailles de la Sainte Vierge, ainsi que les volets de l’au- 
tel Saint-Gommaire, œuvres marquantes du XV: siècle, 
dont malheureusement on ne connait pas les auteurs, 
font partie des rares objets échappés à tous les désastres 
de l'église, M. Genard, dans une savante dissertation, 
insérée au Bulletin de l'Académie royale de Belgique, a fait 
ressortir toute la valeur artistique du premier de ces 
tableaux. | 


_ 55 — 


Chapelle Sainte Pierre 


L'église appelée la chapelle Saint-Pierre, est certaine- 
ment l'édifice le plus ancien de Lierre, mais aussi celui 
dont l’histoire est la moins connue. Il est le seul en style 
roman que possède la ville. 

Ce monument cst redevable de son origine, à saint 
Gommaire qui, à la place qu'occupe encore aujourd'hui 
cette église, bâtit une chapelle en bois, près de laquelle 
il fonda un couvent de religieuses. Dans la seconde moi- 
tié du IX° siècle, après la terrible invasion des barbares 
du Nord, dont notre pays eut tant à souffrir, la chapelle 
Saint-Pierre, qui, grâce à lintercession de son saint 
patron, échappa miraculeusement à ces désastres, fut 
reconstruite en pierre. 

Quelques restes de la chapelle primitive demeurent 
peut-être encore debout; néanmois, c'est au XII° siècle 
qu'il nous semble devoir attribuer la bâtisse de la nef et 
du chœur. 

Le chevet de la nef est plat; une charmante petite 
abside en demi-cercle le termine. Cette dernière partie 
est éclairée par quatre baies romanes et ornées, à lexté- 
rieur, de colonnes engagées. 

Au côté sud s'élève un joli porche du XIII“ siècle, à 
fronton triangulaire; sa profondeur est d'un mètre et 
demi environ. 

Les bas-côtés ne remontent qu’au XVI‘ ou XVII“ siècle. 

Suivant l'historien Van Graesen, la toiture et la tourelle 
dateraient de 1523, les voûtes de 1477, et le chœur de. 
1475. Quant à cette dernière date, on doit y rapporter 
une restauration ou un remaniement, qu'accuse une 
fenêtre du XV* siècle, percée au côté de l'évangile. La 
charpente est primitive. 





_ 56 — 


L'intérieur du petit édifice est tout aussi irrégulier. 
Remarquons-y, encastrées dans le mur au-dessus de l'en- 
trée méridionale, deux têtes sculptées, culs-de-lampes 
fort anciens. 


Eglise de l'bermitage 


Nous lisons dans la vie de saint Gommaire, qu'après 
avoir quitté la cour du roi Pepin le Bref, il entreprit, 
avec plusieurs de ses vassaux, un pèlerinage à Rome, aux 
tombeaux des saints Apôtres, et, qu’arrivé aux bords de 
la Nèthe, à l'endroit où se trouve aujourd’hui l'église de 
"Hermitage, il choisit cette place pour lieu de repos. Ses 
serviteurs y dressèrent leurs tentes et, pour les soutenir, 
coupèrent un chêne croissant dans le voisinage. Cet acte 
irrita si violemment le propriétaire du champ où l'on 
s'était arrêté, qu'aucune des offres faites pour le dédom- 
mager ne fut agréée. Ayant épuisé tous les moyens 
humains de conciliation, saint Gommaire leva les yeux 
au ciel et pria Dieu de venir à son aide. Sa demande fut 
exaucée : un ange lui apparut dans la nuit et l'avertit de 
rajuster la partie coupée de l'arbre sur celle maintenue 
au sol et de lier l’une à l’autre au moyen de son ceintu- 
ron. Dès le lendemain, l'arbre avait repris sa croissance 
et son ancienne vigueur. Quatre cents ans après cet évé- 
nement, Théobald affirme avoir vu encore ce chêne en 
pleine végétation et portant les empreintes de la ligature. 

C'est à la place où eut lieu ce miracle, qu'en 12172, 
l'on construisit une chapelle démolie en 1410, et rem- 
placée par l'église actuelle de Hermitage. Bâtie en 
1413, elle n'offre rien de remarquable comme monument. 
Son vaisseau est partagé en trois nefs, par deux rangs de 
colonnes cylindriques, portant sur des bases de forme 
octogonale. Les moulures des arcs qui couronnent les 
travées naissent directement du fût des colonnes dépour- 





vues de chapiteaux. Le chœur, sans collatéraux, n’a été 
construit qu'en 1419 et surélevé, vers 1605, au même 
niveau que la nef principale. En tête de l'église surgit 
une tour en style gothique, construction moderne, dis- 
proportionnée avec l’église, qui, auparavant déjà, avait 
perdu considérablement de son effet, par l’exhaussement 
du terrain sur lequel elle se trouve. 

Au nombre des objets mobiliers, on montre un arbre 
en fer forgé, dont la confection remonte à 1470 et mérite 
toute l'attention. Fait en mémoire du miracle que nous 
venons de relater, cet arbre représente un chêne à large 
‘couronne, garni de feuilles et de glands, dont la tige 
soutient une statue de saint Gommaire. Il se trouvait 
primitivement au milieu du chœur, sur une dalle portant 
pour inscription : 


Dit is de plaatse, ter goeder trouwen, 
Daar St Gummar dede den boom afhouwen. 


En 1766, on transféra cet arbre du chœur au milieu 
de la grande nef, et on élagua ou raccourcit quelques- 
unes de ses branches interceptant trop la vue. Il occupa 
cette place jusqu'au moment où on le plaga devant un 
pilier; 1l s'y trouve encore. 


Maison Colibrant 


Parmi les maisons privées les plus anciennes que pos- 
sède la ville, il en est une fort remarquable ct qui date 
de la fin du XIV‘ ou du commencement du XV* siècle. 
Bâtie par la famille Colibrant, dont plusieurs membres 
ont pris part à l'administration de la ville, elle porte 
encore aujourd'hui un cachet de rare élégance. Sauf la 
porte, qui a été déplacée, la façade de ce bâtiment a 
entièrement conservé son caractère primitif. Le premier 
étage est éclairé par quatre fenêtres que couronne un arc 


— 58 — 


ogival trilobé. La porte et les baies du rez-de-chaussée 
sont de même structure que les fenêtres de l'étage; au- 
dessus de ces dernières se trouve une troisième rangée 
de fenêtres à linteau horizontal, de même largeur que 
celles des étages inférieurs. Il est à remarquer que toutes 
celles à l'extrémité droite sont plus larges que les autres. 
C'est évidemment de ce côté qu'à l'origine se trouvait 
l'entrée de la maison, dont le faîte se termine en pignon 
à angle aigu. A l'intérieur, où de nombreux changements 
ont été opérés, on remarque encore les supports en style 
gothique, d'une cheminée et, au grenier, les volets de 
deux lucarnes richement sculptés et garnis de ferron- 


neries. 
(Extrait de la notice de M. Mast.) 


LISTE DES 
Académies et Sociétés affiliées 


A LA FÉDÉRATION 


BELGIQUE 


Anvers 


1. Académie Royale d’ Archéologie de Belgique. 
Délégués : MM. le baron de Vinck de Winnezcele et F. Don- 
net. 


2. Académie Royale des Beaux-Arts. 
Délégués : MM. F. Donnet et T'h. Smekens. 


3. Comité des membres correspondants de la Commission Royale des 
monuments. 


4. Commission directrice du Musée d'antiquités. 
Délégués : MM. F. Donnet et baron de Vinck de Winnezeele. 


+ Sociélé des architectes anversois. 
Délégués : MM. J. Schaeps et J. Van Riel. 


un 


10. 


II. 


— 60 — 


. Société des bibliophiles anversois. 


Délégué, M. F. Donnet. 


. Société Royale de géographie d’ Anvers. 


Délégués : MM. Th. Smekens et F. Donnet. 


. Commission chargée de la publication des inscriptions funéraires et 


monumentales. 


Arlon 


. Institut archéologique du Luxembourg. 


Délégué, M. Tandel. 


Commission provinciale des monuments du Luxembourg. 
Bruges 


Société archéologique. 
Délégué, Monseigneur F. baron Béthune. 


. Société d’Emulation pour l’Etude de l’histoire et des antiquités de 


la Flandre. 
Délégué, M. le chanoine À. de Leyn. 


. Commission provinciale des monuments de la Flandre Occidentale. 


Bruxelles 


. Académie Royale des sciences, des leitres et des beaux-arts. 


Délégué, M. Marchal. 


. Commission royale des monuments. 
. Commission royale d’ Histoire. 
. Institut cartographique militaire. 


. Socièté d'archéologie de Bruxelles. 


Délégués : MM. P. Combaz, baron A. de Loë, P. Plisnier. 


Société d'anthropologie. 
Délégué, M. le Dr V. Jacques. 





26. 


27. 


28. 


29. 


30. 
31. 
32. 


—_ Ör — 


. Commission provinciale des monuments du Brabant. 
. Commission directrice du Musée royal d'antiquités. 


. Société royale de numismatique. 


Délégué, M. F. Vermeylen. 


. Société centrale d'architecture de Belgique. 


Délégué, M. P. Saintenoy. 


. Société nationale pour la protection des sites el monuments en Bel- 


gique. 
Délégué, M. P. Saintenoy. 


. Société royale belge de géographie. 


Délégué, M. A. Houzeau. 


Société belge de géologie, de paléontologie et d'hy trologie. 
Délégué, M. le baron de Loë. 


Société belge de folklore. 
Délégué, M. E. Monseur. 


Charleroi 


Société paléontologique et archéologique de Charleroi. 
Délégués : MM. J. Kaisin et L. Wauthy. 


Enghien 


Cercle archéologique d’Enghien. 


Délégués : MM. H. de Cordes, E. Matthieu et Z. De Frenne. 


Gand 
Académie royale flamande. 
Messager des sciences historiques. 


Cercle historique et archéologique. 
Délégués : MM. le baron de Maere et P. B:rgmans. 





33: 


34. 


35: 


36. 
37: 


38. 


39- 


40. 


46. 
47: 


. Sactélé d'art et d'histoire. 


. Commission provinciale des monuments de Liège. 


— 62 — 


Commission provinciale des monuments de la Flandre occidentale. 
Délégués : MM. O. de Grave et E. Varenbergh. 


Chambre Syndicale provinciale des arts industriels. 
Geer 


Cercle Archéologique du Geer. 


Hasselt 


Commission provinciale des monuments du Limbourg. 
Société Les Mélophiles. 
Délégués : MM. le Dr Bamps et H. Van Neuss. 


Huy 


Cercle des Sciences et Beaux-Arts. 
Délégué, M. Emile Wigny. 


Liège 


Institut Archéologique liëgeois. 
Délégués : MM. J. Helbig et E. Pâques. 


Société d'émulation pour l'encouragement des lettres, des sciences et 
des Arts. | 
Délégués : MM. Ch. Comhaire et Ch.-J. Comhaire. 





. Société des bibliophiles liégeois. 


| 
. Société de littérature wallonne. 
. Société géologique de Belgique. | 

| 


Délégué, M. G. De Walque. 
Société Royale des sciences. 


Associalion des ingénieurs. 





— 63 — 


48. Les amis dü vieux Liège. 
Délégués : MM. Ch.-J. Comhaire et G. Jorissens. 


d 
| 


Louvain 


49. Séminaire historique de l’Université. 


Délégué, M. l’abbé Cauchie. 
so. Cercle littéraire de l'Université de Louvain. 


s1. Gilde archéologique et artistique de Saint Luc. 
Délégué, M. C. Goffaerts. 


Malines 


s2. Cercle archéologique, liltéraire et artistique de Malines. 
Mons 


53. Commission provinciale des monuments du Hainaut. 
Délégué, M. J. Hubert. 


$4. Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut. 
Délégués : MM. E. Hublard et A. Wins. 


55- Cercle archéologique de Mons. 


Délégués : MM. L. Devillers, le comte Alb. d’ Auxy « de Launois, 
et Em de la Roche de Marchiennes. 


56. Société des bibliophiles Belges. 
Délégués : MM. L. Dolez et L. Devillers. 


Namur 


57. Commission provinciale des monuments de Namur. 
Délégué, M. Boveroulle. 


58. Socièté archéologique de Namur. 
Délégué, M. Boveroulle. 


Nivelles 


59. Société archéologique de l'arrondissement de Nivelles. 


br. 


62. 


63. 


64. 


65. 
66. 


67. 
68. 


— 64 — 


Saint-Nicolas 


. Cercle archéologique du pays de Waes. 


Délégués : MM. J. Verwilgen et C. De Bock-Bauwens. 
Soignies 


Cercle archéologique du canton de Soignies. 
Délégué, M. A: De Meuldre. 


Termonde 


Cercle archéologique de la ville et de l'ancien pays de Termonde. 
Délégué, M. J. Broeckaert. 


Tongres 
Société artistique et hittéraire. 
Tournai 


Société historique et archéologique de Tournai. 
Délégués : MM. E. Soil et A. d'Herbomez. 


Cercle artistique. 


Commission directrice des musées de tableaux et d’antiquités. 
Verviers 


Caveau verviëtois. 


Œuvres des soirées populaires. 











PAYS ÉTRANGERS 


FRANCE 


1. Le Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. 
Délégué, M. Ch. Casati de Casatis. 


Abbeville 


2. Société d’Emulation. 
Délégués : MM. Em. Delignières et J. Vayson. 


Amiens (Somme) 


3. Société des antiquaires de Picardie. 
Délégués : MM. R. Guerlin et Aug. Janvier. 


Arras (Pas-de-Calais) 


4. Académie des sciences, lettres et arts. 
Délégué, M. le comte de Hauteclocque. 


s. Commission départementale des antiquités du Pas-de-Calais. 


Avesnes (Nord) 


6. Société archéologique. 





10. 


II. 


12. 


13. 


14. 


18. 


— 66 — 


Beauvais (Oise) 


. Société académique d'archéologie, sciences et arts. 


Délégués : MM. le chanoine Marsaux et l’abbé Marielle. 


Caen (Calvados) 


. Société Française d’archéologie pour la conservation des monuments 


historiques. 
Délégué, M. le comte de Marsy. 


Cambrai (Nord) 


. Société d’ Emulation. 


Compiègne (Oisc) 


Société historique de Compiègne. 
Délégué, M. A. Sorel. 


Douai (Nord) 
Société d'agriculture, des sciences et arts du département du Nord. 
Société académique des sciences et lettres. 


Dunkerque (Nord) 


Comité Flamand de France. 
Délégué, M. A. Eeckman. 


Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres 
et des arts. 


Lille (Nord) 


. Société pour l'encouragement des sciences, de l'agriculture et des arts. 
. Société d'histoire du département du Nord. 


. Société de géographie. 


Nancy (Meurthe et Moselle) 


Académie Stanislas. 


Délégué, M. des Robert. 





20. 


21. 


22. 


23. 


24. 


25. 


26. 


27. 


28. 


29. 


— 67 — 


. Société d'archéologie Lorraine. 


Déiégué, L. Germain. 
Paris 


Direction des Musées nationaux et de l’école du Louvre. 
Délégué, M. F. de Villenoisy. 


Société de l'histoire de France. 

Société des antiquaires de France. 
Société d'anthropologie de Paris. 

Société bibliographique de Paris. 

Société centrale des architectes Français. 


Reims (Marne) 


Académie nationale de Reims. 


Roubaix (Nord) 


Société d’Emulativn. 
Délégué, M. le Dr A. Faidherbe. 


Saint-Omer (Pas-de-Calais) 


Société des antiquaires de la Morinie. 


_ Délégués : MM. l’abbé Bled, F. de Monnecove, C. Legrand, 
Sturme et A. Boitel. 


Saint-Queuntin (Aisne) 


Société académique des arts, des sciences et des belles-lettres. 


30. 


31. 


32. 
33 


34. 


35 


36. 
37° 


38. 


— 68 — 


Senlis (Oise) 
Société archéologique. 


Valenciennes (Nord) 


Sociélé d'agriculture, sciences et arts. 
Délégué : MM. A. Richez et A. Doutriaux. 


HOLLANDE 
Amsterdam 
Université. 
Koninklijk oudheidkundig genootschap. 


Bois-le-Duc 
Provinciaal genootschap van kunsten en wetenschappen. 

Leeuwarden 
Genootschap van geschied-, oudheid- en taalkunde. 


Leide 
Université. 


Maatschappij der nederlandsche letterkunde. 
Délégué, Dr J. ten Brink. 


Maestrictit 


Société historique et archéologique du Limbourg. 





Middelbourg 


39. Zeeuwsch genootschap der wetenschappen. 


Utrecht : 


40. Universilé. 





41. Genvotschap van kunsten en wetenschappen. 


LUXEMBOURG 


42. Institut grand-ducal d'archéologie. Section historique d’s sciences. 
Délégué, M. C. Arend. 


ALLEMAGNE 


Düsseldorf 


43. Düsseldorfer Geschichtsverein. 


ESPAGNE 


Madrid 


44. Académie royale d'histoire d’Espagne. 
Délégué, M. Eug. Dognée. 


— 70 — 


SUÈDE 


Stockholm 
45. Académie de Belles-lettres, histoire et antiquités. 


Délégué, M. H. Hildebrand, conservateur en chef des antiqui- 
tés du royaume, délégué officiel du gouvernement Suédois. 


PORTUGAL 


Lisbonne 


46. Association archéologique de Lisbonne. 
Délégué, M. J. Leite de Vasconcellos. 





LISTE DES 
Membres du Congrès de Malines 


1897 


A 

MM. 
Adriaenssens, Charles, conseiller communal, rue A B, Malines. 
Aerts, À., libraire, rue Conscience, 4, Malines. 
Aerts, Guillaume, peintre, Marché au bétail, 74, Malines. 
Aerts, P.-J, (Mgr), doyen du Chapitre, rue des Vaches, 54, Malines. 
Alberdingk-Thym, professeur à l'Université de Louvain, Kessel-Loo. 
André, Alfred, ingénieur, rue du Canal, 9, Malines. 


Andries, Raymond, docteur en médecine, conseiller communal, rue Léo- 
pold, Malines. 


Appelmans (abbé), professeur au Grand Séminaire, Malines. 
Arend. Chules, Luxembourg, Grand-Duché de Luxembourg. 
Arnould, Arnould, propriétaire, Boussu-lez-Walcourt. 
Aubry, Camille, rue Tasson-Snel, 19, Bruxelles. 


Backx, Joseph, ruc du Poivre, 44, Malines. 
Ballion, Jean, chaussée de Courtrai, 367, Gand, 
‘Etudes prébistoriques (1). 


Bamps, Constant, docteur en médecine, ancien échevin, rue Maegden- 
dries, 11, Hasselt. 


L'histoire et l'archéologie de l'ancien Pays de Looz, — L'histoire naturelle de la méme région. 


(2) Les indications en caractères italiques sont les études anxquelles se livre spéciale 
ment l'adhérent, 


— 72 — 


Baudelet, Adhémar, peintre, rue du grand Cerf, 2, Bruxelles. 
. Bayet, Louis. ingénieur, Walcourt. . 
Beernaert, A., Ministre d'Etat, Président de la Chambre des Représentants, 
Président d'honneur. 
Behaegel, Albéric, attaché au Ministère des Affaires étrangères, rue Tra- 
versière, 23, St-Josse-ten-Noode. 
Bekaert, Maurice, Docteur en droit, attaché à l'inspection des Beaux-Arts, 
rue Belliard, 45, Bruxelles. 
Bequet, Alfred, propriétaire, rue Grandgagnage, 8, Namur. 
Archéologie el histoire. 
Berdal, Frangois, architecte de la ville, rue de la Station, 78, Menin. 
Bergmans, Paul, docteur en philosophie et lettres, chef de bureau à la 
bibliothèque de l'Université, chaussée de Courtrai, 97, Gand. 
Bibliograpbie. — Histoire lilléruire de la Belgique. — Musicologie. 
Bernaerts, Florimond (abbé), professeur à linstitut St-Louis, Bruxelles. 
Béthune (Mgr le baron Félix), archidiacre, rue d'Argent, 40, Bruges. 
Béthune (le baron François), professeur à l'Université de Louvain, place 
de l'Université, ro, Louvain. 
Béthune (le baron Joseph), châlet de Rouxhove, Courtrai. 
Biermans, professeur au Petit-Séminaire, rue de la Blanchisserie, Malines. 
Bilmeyer, architecte, rue Appelmans, Anvers. 
Blanchaert, Léopold, sculpteur, St-Denis-Westrem, Maltebrugghe. 
Art chrétien du moyen âge. 
Blancquart, Camille, lieutenant-Colonel du 2° régiment d'Artillerie, rue 
Conscience, 29, Malines. 
Bled, O. (abbé). rue St-Denis, St-Omer (Pas-de-Calais). 
Histoire locale. 
Blomme, Arthur, président du tribunal civil, Termonde. 
Blomme, Léonard, architecte provincial, rue du Roi, 17, Anvers. 
Blondeau, Zénon, boulevard des Arbalétriers, Malines. 
Bogaerts, chanoine, rue des Béguines, 29, Malines. 
Bogaerts, professeur au Grand Séminaire, Malines. 
Boghaert-Vaché, publiciste, chaussée St-Pierre, 98, Etterbeek. 
Boissonnet (le baron Ernest), ancien magistrat, avocat. rue des Wetz, 3r, 
Douai (Nord). 


Art, archéologie et bistoire locale. 
Boitel, Auguste, rue du Lycée, 17, St-Omer (Pas-de-Calais). 
Boon, chanoine, inspecteur, rue de la Blanchisserie, Malines. 
Bosteaux-Paris, archéologue, maire de Cernay, rue Chanzy, 16, Cernay- 
lez-Reims (Marne). 
Paléontologie et archéolugie des époques gauloise, gallo-romaine et franque. 
Bouillet, Auguste (abbé), correspondant du comité des sociétés des Benux- 
Arts, rue Corot, 4, Paris-Auteuil. 
Archéologie du moyen âge. 





Bouton, Victor, rue de Maubeuge, 15, Paris, membre honoraire. 
Histoire du XIV siècle, 
Boveroulle, P., architecte provincial, rue Grandgagnage, Namur. 


Brahy-Prost, Edouard, rue Feronstrée, 114, Liège. 
Archéologie. 


Branders, Arthur, rue Ste-Catherine, 11, Malines. 


Brassine-De Boeck, décorateur, rue de la Cuiller, 3, Bruxelles. 
Peintures murales. — Restauration des monuments anciens. 


Broeckaert, Jean, greffier au tribunal de rr° Instance, Termonde. 
Histoire et littérature flamande. 

Broers, Franz, avocat, vieille chaussée de Bruxelles, 14, Malines. 

Bruffaers, Ant., rue du Bruel, 53, Malines. 

Brusselmans, Jules, docteur en médecine, marché aux Grains, Malines. 


Bruylant, Colonel commandant le 2° régiment d’Artillerie, rue des Vaches, 
95, Malines, Vice-président du Congrès. 


Bruylant (Me®), rue des Vaches, 95, Malines. 
Bruylant, Jean, étudiant, rue des Vaches, 95, Malines. 
Buedts, Edgar, marché au bétail, Malines. 

Buisseret, Paul, industriel, Wavre. 

Burls (Mr), rue Van Brée, 25, Anvers. 


C 


Campers, P..A.. rue du Nord, 12, Ledeberg (Gand). 
Carly, Jules, juge de paix, Florenville. 
Etudes prébistoriques et bistoriques. 
Carly, L.-F., chanoine titulaire, rue long fossé aux Poils, 85, Malines. 
Casati de Casatis, Charles, conseiller honoraire à la Cour de Paris, délégué 
du ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts de France, rue 
Alfred de Vigny, 16, Paris. 


Etudes juridiques et archéologiques. 
Casier. Joseph, président de l'association Belge de Photographie, rue des 


Remouleurs, gr, Gand. 
Vitraux. 


Cauchie, Alfred, professeur à l'Université, directeur du Séminaire histo- 
rique, Collège du St-Esprit, Louvain. 

Ceulemans, chanoine, professeur au Grand Séminaire, Malines. 

Charles, Edouard, rue du Persil, 16, Bruxelles. 

Chevalier, Jules, avocat, rue de Naples, 16, Ixelles. 

Chevalier (Mn: Jules), rue de Naples, 16, Ixelles. 

Chevalier (Mit: Pauline), rue de la Loi, 230, Bruxelles. 

Clabots, Guillaume (abbé), rue sous la Tour, ro, Malines. 

Claerhout, Julien (abbé), directeur des écoles, Pitthem (Flandre occ.). 

Pbilologie, toponymie, archéologie. 


| — 74 — 
Claes, François, rue de Beffer, ro, Malines. 
Claes, Louis, chanoine, rue des Vaches, 18, Malines. 
Claes, curé à Molenbeeck-St-Jean. 
Claeys, Prosper, avocat, rue Haute, 15, Gand. 
Etudes historiques. 
Clair, R.-P.-Charles, rue des S' Pères, 76, Paris. 
Estbélique, bistoire de l'art chrétien dans ses rapports avec la liturgie. 
Clercx, Achille, notaire, rue de Charleroi, 53bis, Gilly. 
Cleynhens, François-Hubert, curé de St-Joseph, avenue Moretus, 2, Anvers. 
Cloquet, L., professeur à l'Université de Gand, rue St-Pierre, 2, Gand. 
Cluydts, Edmond, juge au Tribunal de 1° Instance, rue d' Egmont, 19, 
Malines. 
Cluydts, François, notaire, échevin, marché aux Cuirs, 7, Malines. 
Cluytens-Suetens, peintre, rue de la Chaussée, 54, Malines. 
Coemans, Eugène, major retraité, rue Conscience, 1, Malines. 
Coene, Ernest, chaussée d'Hombeek, Malines. | 
Coenen, Léon, étudiant en droit, Weerde. 
Cogels, Paul, président de la société des Bibliophiles Anversois, château de 
Boeckenbergen, Deurne-lez- Anvers. 
Colens, Jules, conservateur des archives de l'Etat, rue Haute, 2, Bruges. 
Histoire et archéologie. 
Coolen, Edouard, pharmacien, conseiller communal, rue de l'Empereur, 
Malines. 

Coolen, François, docteur en médecine, rue de l'Empereur, Malines. 
Combaz, Paul, major du Génie en retraite, rue de la Banque, ro, Bruxelles. 
Archéologie en général; archilecture, constructions militaires; sciences prébistoriques. 
Comhaire, Charles, vice-président du tribunal civil, boulevard de la Sau- 


venière, 116, Liège. 
Histoire de Liège au moyen áge. 


Comhaire. J.-Ch., archiviste de la société Les Amis du Vieux Liège, boule- 
vard de lx Sauvenière, 116, Liège. 
Pré- et profobistaire; archéologie ; folklore. 
Coninckx, H.-J.-B., professeur à l’\cadémie des Beaux-Arts, rue du Ruis- 
seau, 23, Malines. 
Archéologie; histoire; folklore. 
Coninckx (Mme Vve), rue du Ruisseau, 23, Mulines. 
Coppens, Edmond (abbé), professeur à l'Athénée Royal, rue de la Bian- 
chisserie, 4, Malines. 
Cordemans, Henry, libraire, rue du Gentilhomme, 10, Bruxelles. 
Cordemans (Mr° H.), rue du Gentilhomme, ro, Bruxelles. 
Cortyl, Eugène, docteur en droit, rue d'Y pres, 46, Bailleul (Nord). 
Etudes bistoriques. | 
Coucke, Samuel, peintre verrier, rue courte des Foulons, 16, Bruges. 


Crets, Joseph, étudiant en droit, rue des Lépreux, 14, Malines. 





Cron, Julien, greffier, rue de la Chaussée, 56, Malines. 
Croquet, Jean-Baptiste, curé, Maulde. 
Cumont, Franz, professeur à l’Université de Gand, rue Montover, 79, Bru- 
xelles. 
Archéologie antique. 
Cumont, Georges. avocat à la Cour d'appel de Bruxelles, rue de l’Aque- 
duc, 19, Bruxelles (St-Gilles). 
Numismatique, préhistorique, archéologie en général. 
Cuvelier, Charles, chanoine, chaussée de Tervueren, 8, Malines. 
Cuyx, Jean-Arnold, curé, Capelle-St-Ulric, Ternath. 


d'Acy, Ernest, boulevard Malesherbes, 40, Paris. 
Etudes préhistoriques. 
Daimeries, Anthyme, ingénieur, profess. à l’Université libre, rue Royale, 4, 
Bruxelles. 
Géologie, minéralogie, cristallographie, archcologie préhistorique, technologie mi- 
névale. 
Daimeries (M=), propriétaire, rue Royale, 4, Bruxelles. 
Dentelles anciennes. 
- Daimeries, P., propriétaire, rue Royale, 4, Bruxelles. 
Daniels, Polydore (abbé), à Vogelsanck (Zolder). 
Etudes historiques, archéologiques, numismatiques. 
d’Auxy de Launois (comte Albéric), vice-président du Cercle d'archéologie 
de Mons, boulevard Dolez. 13, Mons. 
L'époque belgo-romaine ct franque. 
De Bavay, Gustave, conseiller à la Cour de cassation, rue des Palais, 32, 
Schaerbeek. 
de Baye (baron Joseph), membre de la société nationale des Antiquaires 
de France, avenue de la Grande Armée, 58, Paris. 
Archéolrgie préhistorique, gauloise. Epoque des invasions barbares du Ter au XIe 
siecle de notre cre, 
de Behault de Dornon, Armand, indicateur du commerce et des consulats 
au ministère des affaires étrangères, rue de Turquie, 56, Bruxelles, 
Epoque franque. — Fortifications du mayen âge. — Artillerie des flandres sous 
les ducs de Bourgogne. 
de Bertouch, Grand Veneur de S. M. le roi de Danemarck, rue porte de 
Bruxelles, Malines, membre honoraire. 
De Bie, Auguste, professeur au collège St-Rombaut, Malines. 
de Bisschop, Alphonse, licencié en sciences morales et historiques, rue de 
Lille, 82, Ypres. 
Histoire. 
De Blauw, François, rue de la Chaussée, 19, Malines. 
De Bock-Bauwens, C., candidat notaire, conservateur du Musée, Saint- 
Nicolas. 





de Bonnault (le baron Xavier), inspecteur de la Société française d'archéo- 
logie, château d'Hailles par Montreuil (Somme). 
de Bonnault (Mm°), château d’Hailles par Montreuil (Somme). 
De Bruyn, Ministre des Beaux-Arts, rue de la Loi, Bruxelles, Président 
d'honneur. 
De Camps, Alex.-Joseph, curé, Harmignies-lez-Mons. 
de Cannart d'Hamale, Art., avenue de l'Hippodrome, 45, Bruxelles. 
de Cannart d'Hamale, Léon, major au 2° Chasseurs à pied, boulevard Do- 
lez, 21, Mons. 
De Ceuleneer, Adolphe, professeur à l'Université de Gand, rue de la Con- 
fréric, 5, Gand. 
Histoire romaine, des beaux-arts, géographie. 
De Clerck (Mgr), Vicaire-Général, rue de Stassart, Malines. 
De Coca, Fritz, rue d'Hanswyck, Malines. 
De Cordes, Henri, juge de paix, rue d'Hoves, 116, Enghien. 
De Coster, Jean, chanoine, supérieur du Petit-Séminaire, rue de la Blan- 
chisserie, Malines. 
De Crane, Léon, rentier, rue Conscience, 62, Anvers. 
de Formanoir de la Cazerie, Aug. général d'Artillerie, en retraite, rue des 
Jésuites, 49, Tournai. 
de Ghellinck d'Elseghem (comte Amaury), Elseghem, près Audenaerde. 
Histoire, généalogie. 
de Graux, ingénieur, boulevard des Arbalétriers, 32, Malines. 
de Graux (Mn°), boulevard des Arbalétriers, 32, Malines. 
De Grave, O., délégué de la Chambre Syndicale provinciale des Arts indus- 
triels, Gand. ’ 
De Grave, René, magistrat, rue du Sud, 57, Furnes. 
Etudes historiques. 
de Hauteclocque (le comte G.), rue Meaulens, 2, Arras. 
Etudes historiques. 
De Herdt, curé, Bollebeeck. 
d'Herbomez, Armand, rue Beyaert, 53, Tournai. 
de Jamblinne de Meuse (le baron Théophile), capitaine commandant aux 
Carabiniers, square Ambiorix, 48, Bruxelles. | 
De Jode, Victor, avocat, rue des Augustins, 132, Malines. 
De Kegel, Félix, rentier, rue de la Station. 52, Soignies. 
De Kock, A., longue rue des Bateaux, Malines. 
De Kock (Melle Alice), quai au Sel, 9, Malines. 


De Kock (Mme L.), quai au Sel, 9, Malines. 
De Kock (Melle Martha), quai au Sel, 9, Malines. 


Delacre, Ambroise, rue du beau Site, 24, Bruxelles. 
Delacre (M"°), rue du beau Site, 24, Bruxelles, 





de la Grange, Amaury, propriétaire, rue Victor Hugo, 197, Bois-de-Co- 
lombes par Paris. 
Etudes historiques et archéologiques. 
Delaite, Julien, docteur en sciences naturelles, rue Hors-château, 5o, Liège. 
Etudes wallonnes et folklore. 


de la Roche Marchiennes, Emile, propriétaire, Harvengt par Harmignies. 
Préhistoriques ct belgo-romaines. 


de Latre du Bosqueau, Amaury, propriétaire, rue de Joncker, 9, Bruxelles, 
Efoques gallo-romaine et franque. 
Delbeke, Léopold, artiste-peintre, rue de Grenelle, 38, Paris. 
Etudes archéologiques d'architecture, de peinture et sculpture. 
Delessert, Eugène, ancien professeur, Ville-la-Rive, Cally (Suisse). 
de Leu de Cécil, commandant d'Artillerie, château de Beaulieu, chaussée 
de Battel, Malines. 
de Leuze, Amand, docteur en théologie, curé de Graux-St-Gérard (Namur). 
Etudes historiques el généalogiques. 
De Leyn, Alphonse, chanoine, docteur en droit, rue du Marécage, 52, 
Bruges. 
Hagiographie et biographie. 
Delhaire, Emile, industriel, rue des Ramars, Gosselies. 
Delignières, Emile, avocat, officier de l'instruction publique, rue des grandes 
Ecoles, 3, Abbeville. 
Etudes artistiques, historiques el archéologiques. 
de Limburg Stirum (le comte Thierry), sénateur, rue de la Loi, 116, Bru- 
xelles. 
de Loë (le baron Alfred), secrétaire général de la société d'archéologie de 
Bruxelles, rue de Londres, 4, Bruxelles. 
Palethnologie, antiquités belgo-romaine et franque. Ethnographie. 
Delpy, Adrien, architecte, rue du Congrès, 47, B:uxelles. 
Delvaux, notaire, rue Louise, Malines. 
Delvaux, Charles, étudiant, rue Louise, Malines. 
Delvaux, Emile, géologue, avenue Brugman, 216. Uccle. 
Geologie stratigraphique. — Paléont logie. — Anthropolrgie. 
Delvigne, chanoine, rue de la Pacification, 14, St-Josse-ten-Noode. 
de Maere (le baron Aug.), président de la société d'archéologie et d’his- 
toire de Gand, rue de la Vallée, 70, Gand. 
de Maesschalck, P.-G., Termonde. 
Etudes archéologiques et artistiques. | 
de Marneffe, Edgard, sous-chef de section aux archives du royaume, bou- 
levard des Capucins, 163, Malines. 
Etudes historiques. 
de Marneffe (Mrs Edg.), boulevard des Capucins, 163, Malines. 
de Marsv (le comte), directeur de la société française d'archéologie, ruc 
de la Sous-préfecture, 6, Compiègne, président d'honneur. 
Histoire et archéologie du moyen áge. 








ee ere 


en ev me ee 


— 78 — 
de Mélotte de Lavaux (le chevalier Victor), ingénieur, aux Awirs, par Ergis. 


Demeuldre, Amé, ancien notaire, président du cercle archéologique, rue 
Neuve, Soignies. 
Etudes historiques. 


Demeuldre (Mme Amé), rue Neuve, Soignies. 

de Nadaillac (le marquis), correspondant de l’Institut de France, rue 
Duphot, 18, Paris. 

Anthropologie. — Ethnographie. — Economie politique. 

Denis, avocat, bourgmestre, rue Conscience, Malines, président d’hon- 
peur. 

Denis, lieutenant d'Artillerie, château de Battel, Malines. 

De Noyette, Modeste, architecte, rue de l'église, Ledeberg. 

De Pauw, Ch.-G., chanoine, me de Stassart, 24, Malines. 


De Pauw, Louis, conservateur des collections de l'Université et de la so- 
ciété d'Anthropologie de Bruxelles, chaussée St-Pierre, 74, Etterbeek. 
l'o:tlles romaines, franques, gauloises. 


de Pauw, Napoléon, avocat-général à la Cour d'appel, rue des Violettes, 
279, Gand. 
Ancien droit flamand, histoire Belgique, généalogie ct héraldique. 
de Pierpont, Edouard, château de Rivière par Profondeville. 
Anthropologie, cthnographie, géologie. 
Depoin, Joseph, secrétaire général de la société historique du Vexin, rue 
Basse, 50, Pontoise. 
Histoire et archéologie du moyen áge, généalogie, dudes sociales. 
De Pratere, Florent (l'abbé), professeur d'histoire à l'Institut St-Liévin, 
rue d'Argent, 1, Gand. 
Histoire. 


De Puydt, Marcel, vice-président de l’Institut archéologique Liégeois, 
boulevard de la Sauvenière, 108, Liège. 
Archéologie préhistorique. 
De Puydt, Oscar, organiste, rue des Vaches, Malines. 
de Raadt, Théodore, avenue Ducpétiaux, 53, St-Gilles (Bruxelles). 


de Radzitzky d'Ostrowick (baron Eug.), propriëtaire, rue de Stassart, r, 
Malines. 


Derboven, V., conseiller communal, rue Neckerspoel, Malines. 
De Rees, Auguste, instituteur, rue des Tanneurs, 4, Malines. 
De Ridder, Paul. rue Joseph II, 96, Bruxelles. 


de Royer de Dour (le baron Hyppolyte), commissaire d'arrondissement, 
avenue Louise, 114, Bruxelles. 


De Sch yver, Simon, vice-consul de Venezuela, rue Delocht, 16, Bruxelles. 
Desclée, René, avocat, rue St-Jacques, 41, Tournai. 
de Selys Longchamps, Walter, sénateur, Halloy près Ciney. 


Desmaisières (le vicomte Albert), château de Heers par Looz (province 
de Limbourg). 


De Smet, Aloïs, maitre de chapelle, rue du Bruel, Malines. 





De Smeth, Léon, notaire, quai des Salines, 7, Tournai. 
De S-neth (Ms), quai des Salines, 7, Tournai. 
De Smedt, R. P.S. J., Bollandiste, rue des Ursulines, 14, Bruxelles. 
De Soignie, Jules, directeur hoaoraire du Gouvernement du Hainaut, rue 
Traversière, 13, St-Jnsse-ten-Noode. 
Economie rurale. 
Desilve, Isidore, vice-doyen-curé, Quaroubles par Onnaing (Nord). 
Histoire et archéologie. 
Despret, Félix, notaire, rue de Bouchaine, 16, Ath. 
Mobilier civil et arts décoratifs. 
des Robert, Louis-Emile-Ferdinand, de l’académie de Stanislas, rue Villa 
de la Pépinière, Nancy. 
Campagnes de Charles IV en Flandre (1645-1654). 
Destrée, Joseph, conservateur aux Musées Rayaux, chaussée St-Pierre, 
109, Bruxelles. 
Deswatines, Gustave, juge de paix, Antoing. 
Archéologie. 
de Valois, Jules, propriétaire et maire, Aumâtre (Somme). 
Sépultures, 
de Vasconcellos, Joachim, Porto. 
De Villers, Léopold, conservateur des archives de l'Etat, Parc, 24, Mons. 
Archives, histoire, archéologie. 
de Villenoisy, François, attaché aux Musées nationaux de France, bi- 
bliothécaire-adjoint du musée du Louvre, rue Washington, 32, Paris. 
Archéologique prébistorique, géograpbie physique et bydrograpbie souterraine, 
de Vinck de Winnezeele (le baron), président de l'Académie Royale d'ar- 
chéologie de Belgique, avenue des Arts, 139, Anvers. 
De Vos, Alphonse, conseiller communal, rue de la Mélane, Malines. 
De Vries, Emile (abbé), professeur au Petit-Séminaire, rue de la Blanchis- 
serie, 5, Malines. 
De Walque, Antoine, préfet des études à l’Athénée Royal, Malines. 
De Walque, Gustave, professeur émérite à l'Université de Liège, rue 
de la Paix, 17, Liège. 
Etudes prébistoriques. 
De Wandeleer, Guillaume, rue de la Constitution, Malines. 
de Wargny, Gaspard, rue du Bruel, Malines. 
de Wargny, juge d'Instruction, place Ragheno, Malines. 
De Weerdt, chanoine, professeur au Grand Séminaire, Malines. 
de Witte-Lousbergs, industriel, vice-consul de Portugal, rue Mélane, 4, 
Malines. 
de Witte, Alphonse, rue du Trône, 49, Bruxelles, 
Numismatique. 


— 80 — 
de Witte, sous-lieutenant d' Artillerie, rue des Béguines, 26, Malines. 


de Wouters de Bouchout (le chevalier Joseph), boulevard des Arbalétriers, 
28, Malines. 


Diegerick, Alphonse, conservateur des archives de l'Etat, boulevard de la 

Citadelle, 14, Gand. | ° 
Histoire, bibliographie. 

Diercxsens, Léon, avocat, rue du Bruel, 76, Malines. 

Dierickx-Beke, imprimeur, rue de la Chaussée, Malines. 

Dieudonné, Henri, docteur en médecine, rue Notre-Dame, Malines. 

Dognée, Eug., Madrid. 

Donnet, Fernand, secrétaire de l'Académie d’archéologie de Belgique, rue 
Longue-Lozane, 28, Anvers. 


Donny, Léopold, secrétaire de légation de S. M. le Roi des Belges, rue 
d' Arlon, 42, Bruxelles. 


Doppler, Pierre, docteur en philosophie et lettres, conservateur-adjoint 
des archives de l'Etat, Maestricht. 


Dosveld, Louis, architecte de la ville, rue de la grosse pomme, ro, Mons. 
Archeologie monumentale. 

Doutriaux, André, rue d'Oultreman, 12, Valenciennes. 
Archéologie du moyen âge (Xe au X VIe siècle). 

Driesque, J.-H., huissier, rue du Bruel, Malines. 

Drion, Victor, rue Ducale, 19, Bruxelles. 

Dubois, Jean, rue du Bruel, 37, Malines. 

Duclos, Adolphe, chanoine, curé, Perwyse. 


Du Fief, Jean, professeur honoraire d'Athénée, rue de la Limite, 116, Bru- 
xelles. 


Géographie universelle el historique. 


Dupont, Henri, général major du Génie, en retraite, rue Charles Quint, 3r, 
Gand. 


Duthil, Jules, critique d'art à La Dépêche, rue du curé St-Etienne, Lille. 
Art flamand, peinture et architecture. 

du Trieu de Terdonck, Joseph, rue du Poivre, Malines. 

du Trieu de Terdonck (Mme ].), rue du Poivre, Malines. 

Dutry-Van Loo, Jules, négociant, rue des Champs, 14, Gand. 


E 


Eeckman, Alexandre, membre de la Commission des monuments histo- 
riques du Nord, rue Alexandre Leleux, 28, Lille. 
Archéologie préhistorique, romaine ct franque; Histoire et céographie de la 
Flandre. 
Elsen, cu:é, doyen, Anvers. 
. Evenepoel, Albert, rue Royale, 26, Bruxelles. 


F 


Faidherbe, Alexandre-Joseph, docteur en médecine, rue de Hospice, 38, 


Roubaix. 
Histoire médicale, surtout en ce qui concerne la Flandre ancienne. 


Favier, Alexandre, propriétaire, rue Saint-Jean, 18, Douai. 
Travaux d'art el d'archéologie. 

Festraets, Pierre, orfèvre, rue du Bruel, Malines. 

Filet, Alexandre, curé, place, Montreœul-au-bois. 
Archéologie. 


Flahault, R., abbé, Dunkerque. 
Hagiograpbie de la Flandre maritime. 


Fourdrignier, Edouard, archéologue, Grande rue, 112, Sèvres. 
Archéologie el numismatique gauloise et mérovingienne; industrie et art céramique des 
périodes mycénienne et bellénique; musique ancienne. 
Francart, Adolphe, avocat, rue Grande triperie, 34, Mons. 
Francq, Paul, rentier, rue Conscience, Malines. 
Frans, capitaine commandant d’Artillerie, rue des Vaches, Malines. 
Fraipont, Julien, professeur à l'Université de Liège, rue Mont-Saint-Mar- 
tin, 33, Liège. 
Paléontologie, anthropologie et archéologie prébistorique. 
Frédérichs, Jules, professeur d’histoire et de géographie à l’Athénée Royal, 
rue de la Chapelle, 49, Ostende. 
Histoire et archéologie. 
Fréson, Jules, conseiller à la Cour d'appel de Liège, rue de l'Ouest, 15, 
Liège. 
Histoire et archéologie. 
Fris, Victor, avocat, membre de la Chambre des Représentants, rue d'Eg- 
mont, Malines. 
Fris, chanoine, inspecteur diocésain, Boulevard des Arbalétriers, Malines. 
Fris, P., notaire, rue des Vaches, 51, Malines. 
Fromes, Armand, substitut du procureur du Roi, rue de la Station, 43, 
Malines. 


G 


Gabaret, Alphonse, pharmacien, rue du Neckerspoel, 36, Malines 
Gaillard, Jos., curé de Geer (par Rosaux-Goyer). 
Galand, Cyprien-Joseph, instituteur, Latinne par Braives. 
Galloo, Auguste, ancien notaire, propriétaire, Radinghem (Nord). 
Etudes d'histoire et de langue flamande en ce qui concerne notamment les arrondissemenis 
de Dunkerque et Hazebrouck. 
Gautier (Mgr), prélat domestique, rue Louise, Malines. 
Geefs, Eugène, architecte, rue Léopold, 45, Anvers. 


Architecture. 


— 82 — 


Geens, employé au chemin de fer, Boulevard des Capucins, 198, Malines. 
Geerts, Joseph, ingénieur, St-Nicolas. 

Geirnaert, Henri, architecte, rue Nieuwpoort, 10, Gand. : 

Gendebien, Léon, avocat, Thuin. 

Genonceaux, Pedro, rue Conscience, 60, Malines. 


Germain de Maidy, Léon, secrétaire perpétuel de la Société d'archéologie 
Lorraine, rue Héré, 26, Nancy. 


Histoire et archéologie de la Lorraine, blason, épigrapbie et iconograpbie chrétiennes. 
Geudens, Albert, artiste-peintre, rue de la Chèvre, 29, Malines. 
Geudens, F.-A.-Edmond, archiviste aux hospices civils d'Anvers, rue de 
l'Empereur, 3o, Anvers. 
Archéologie, bistoire. 
Geuens (M'!°), supérieure du Béguinage, rue des Nonnes, Malines. 
Giard, Georges, rue des Famars, 92, Valenciennes. 
Questions d'histoire locale. 
Gielis, Franz, docteur en médecine, rue des Vaches, 33, Malines. 
Giddelo, H., commis des télégraphes, rue Conscience, 27, Malines. 


Gillès de Pélichy (le baron Ch.), licencié en sciences morales et histo- 
 riques, château d'Iseghem. 


Histoire, archéologie, paléontologie. 
Gillis, Emmanuel, docteur en médecine, rue Léopold, Malines. 
Gobbe, receveur des contributions, Mélane, Malines. 
Goblet d’Alviella (le comte), recteur de l'Université de Bruxelles, au château 
de Court-St-Etienne. 
Histoire des religions; archéologie. 
Goblet, Alfred, avocat, rue Saint-Jacques, 6, Tournai. 
Histoire. 
Godenne, Alexandre, éditeur, grand’ place, 28, Malines. 
Godenne, Léopold, éditeur, grand’ place, 28, Malines. 
Goffaerts, Camille, président de la St-Lucas-kunstgilde, Voer des Capucins, 
20, Louvain. 
Archéologie religieuse au moyen âge. 


Goidts, Gust., curé des SS. Jean-Baptiste et Evangéliste, rue des Vaches, 
Malines. 


Goossens, Edmond, juge de paix, rue Léopold, 22, Malines. 
Goossens, Léon, entrepreneur, rue du Bruel, 92, Malines. 


Goovaerts, Alphonse, archiviste-adjoint du royaume, avenue Marie-Clo- 
tilde, 4, Watermael. 


Gosse, Hippolytc-Jean, professeur à l’Université de Genève, conservateur 
du musée archéologique, rue des Chaudronniers, 7, Genève (Suisse). 


Grachet de Lary, rue Blanche, 5, Paris. 
Graftiau, Firmin, ingénieur-directeur de sucrerie, Trognée (Avernas), 
Grootaert, Ernest, ingénieur, rue des Tisserands, 15, Gand, 





— 83 — 
Guerlin, Robert, président de la société des antiquaires de Picardie, ruê 
Lemerchier, 23, Amiens. 
Guillaume, Frangois, chef de bureau aux chemins de fer, rue aux herbes, 
33, Malines. 
Guilmot, Edgar, docteur en médecine, rue Hôtel des monnaies, 62, St- 
Gilles (Bruxelles). 


Guinard de Butteville, Ludovic-Léopold, vice-président de la Société 
d'histoire naturelle de Loir et Cher, château de Sans-Souci, à Chouzy 
(Loir et Cher). 


Etudes historiques, gallo-romaine, belgo-romaine, franque, mérovingienne; blason, béral- 
dique ancienne. 


Habets, Alfred, docteur en philosophie et lettres, professeur à l’Athénée 
Royal, Ostende. 
Halflants, Paul, collège du St-Esprit, Louvain. 
Hankar, Paul, architecte, rue de Facqz, 63, St “Gilles (Bruxelles). 
Antiquités prébistoriques et franques. 
Halkin-Bailly, Joseph, docteur en philosophie et lettres, rue Dothée, 50, 
Liège. 
Etudes sistoriques, moyen âge. 
Hambye, Adolphe, notaire, rue du Mont de piété, 24, Mons. 
Hamy, Ernest, membre de l'Institut, professeur au museum d'histoire 
* naturelle, rue Geoffroy-St-Hilaire, 36, Paris. 
Anthropologie et etbnograpbie, anatomie bumaine, géograpbie. 
Hanon de Louvet, Alphonse, propriétaire, échevin, rue St-Georges, 9, 
Nivelles. 
Etudes archéologiques, pbilologiques, littéraires, etc. 
Hansen, C.-J., rue du Lion de Flandre, 1, Anvers. 
Haverland, Eug., rue de France, 124, Roubaix. 
Prébistorique, art du moyen âge. 
Haubrechts de Lombeek, château de Lombeek-Notre-Dame. 
Hecq, Gaëtan, capitaine commandant aux Grenadiers, rue de la Limite, 68, 
St-Josse-ten-Noode. 
Heins, Armand, artiste peintre, rue de Brabant, 9, Gand. 
Archéologie pittoresque. | 
Hellemans, Louis, président du Tribunal de 1'° Instance, rue de 'Empreur, 
36, Malines. 
Helbig, Jules, artiste peintre, rue de Joie, 8, Liège. 
Helsen, curé-doyen, Londerzeel. 
Henrion, lieutenant d’Artillerie, marché aux Cuirs, 33, Malines. 
Hermans, Victor, archiviste communal, rue des Vaches, Malines, 
Hertsens, Alphonse, entrepreneur, Tuileries, 7, Malines, 


Hippert, Théodore, vice-président du tribunal civil, rue de la Loi, 56, 

Bruxelles. 
Iconographie Bruxelloise, gravure sur bois et métal. 

Hildebrand, Hans, délégué officiel du Gouvernement Suédois, antiquaire du 
royaume de Suède, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Belles 
Lettres, d'histoire et des antiquités de Stockholm, membre d'honneur de 
plusieurs sociétés savantes. 

Hock, Adrien, ancien commissaire d’arrondissement, rue Léanne, ro, 
Namur. 

Etudes prébistoriques. 


Hochsteyn, J.-B., directeur de service honoraire à l'administration des 
chemins de fer de l'Etat, rue d'Artois, 61, Bruxelles. 


Hocquet, Adolphe, archiviste de la ville de Tournai, chaussée de Wille- 
mean, 35, Tournai. 
Houbanckx, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 
Houzé, Emile, docteur en médecine, professeur d'anthropologie à l’Uni- 
versité de Bruxelles, boulevard de Waterloo, 98, Bruxelles. 
Anatomie comparée des races humaines et plus spécialement élude des races de la Belgi- 
que. 
Houzeau de Lehaie, A., sénateur, Mons (Hyon). 
Hubert, Joseph, architecte et ingénieur, rue de la terre du Prince, 21, Mons. 
Archéologie monumentale. 
Hublard, Emile, docteur en sciences naturelles, boulevard de l’Industrie, 
27, Mons. 
Prébistoire, archéologie franque. 
Huybreghts, Auguste, vicaire à St-Rombaut, rue de Stassart, 4, Malines. 
Huybrigts, François, conducteur principal de 1" classe des Ponts et chaus- 
sées, Tongres. 
Antiquités Romaines à Tongres et aux environs; mobilier funéraire romain; monnates 
germaniques et romaines. 
Huyghebaert, J., négociant, rue Sainte-Catherine, Malines. 


Hymans, Henri, conservateur à la Bibliothèque Royale, rue des deux 
églises, 15, Bruxelles. 


I 


Iserentant, Pierre, professeur à l’Athénée Royal de Malines, Bruel, 84, 
Malines. ‘ 


J 


Jacques, Victor, docteur en médecine, professeur à l’Université de Bru- 
xelles, rue de Ruysbroeck, 36, Bruxelles. 
Folklore, études prébistoriques, antbropologie. 
Jacops (Mgr), chanoine titulaire, rue des Vaches, 56, Malines, 








— 85 — 


Janssens, professeur au Collège St-Rombaut, marché au Bétail, Malines: 


Janssens, Ach., marché au Bétail, 38, Malines. 
Janssens, C., contrôleur des Contributions, rue Léopold, 53, Malines. 
Janssens, sous-lieutenant d’Artillerie, Malines. 
Janvier, Auguste, boulevard du Mail, 73, Amiens (Nord). 

Histoire de la province de Picardie, plus particulicrement À miens et l'amienois. 
Jeghers, Oscar, professeur au Petit-Séminaire, Malines. 

Archéologie religieuse. 
Jorissenne, Gustave, docteur en médecine, boulevard de la Sauvenière, 130, 

Liège. 


K 
Kaisin, Joseph, propriétaire, rue de l'église, Farciennes. 
Archéologie et Histoire. 


Karsseleers, curé-doyen, Hal. 


Kempeneer, Albert (abbé), professeur au Collège St-Jean Berchmans, place 
de Meir, Anvers. | 


Kempeneer, J.-B., avocat, rue des Vaches, Malines. 
Archéologie, histoire. 
Kennis, H.-Th., aumônier de la prison, rue des Ciseaux, ro, Malines. 
Kintschots, curé des SS. Michel et Pierre, Anvers. 
Kock, Auguste, rue de la Chaussée, 18, Malines. 
Kremer, Léon, pharmacien, Couillet. 
Kumps, G., notaire, rue du Lièvre, zo, Malines. 


L 


Lacave-Laplagne, Jean, avocat à la Cour d'appel de Paris, rue Pas- 
quier, 8, Paris. 
Archéologie, archictecture. 


Lacquet, Ernest, membre de la Commission locale des monuments, rue 
Haut Port, 10, Gand. 


Laenen, H.-M., curé à Berg-lez-Tongres. 
Laenen, Jos., docteur en médecine, Wavre Ste-Catherine. 
Laenen, Jos. (abbé), rue de la Princesse, 26, Anvers. 
Laenen, P.-]., grand’ place, Malines. 
Laenen, R., docteur en médecine, Putte. 
Lagrange, Eugène, professeur à l'École militaire, rue des Champs-Élysées, 
602, Ixelles. 
Lahaise (Mgr), prélat de l'Abbaye, Grimbergen. 
Langerock, Pierre, architecte, place St-Jacques, Louvain. 
Restauration des anciens monuments. 


— PT TE Aa. rein 


— 86 — 


Lavalette- Weinknecht, Victor, rentier, avenue Van Beveren, Uccle. 
Archeologie, 
Lafollye, Paul, architecte, rue Condorcet, 34, Paris. 
Archeologie religieuse. 
Lair (le comte Charles), inspecteur divisionnaire de la société Française 
d'archéologie, château de Blou. 


Lameere, Eugène, docteur en philosophie et lettres, chaussée de Char- 
leroi, 119, St-Gilles (Bruxeiles). 


Lambo, Aloys (abbé), professeur au Petit-Séminaire, Malines. 
Nundèmatique. 


Lauwens, Alphonse, marché au Bétail, 25, Malines. 
Lauwers, Edouard, professeur, rue de Beffer, 12, Malines. 


Lauwers, Louis, professeur au Petit-Séminaire, rue de la Blanchisserie, 5, 
Malines. 


Lauwerys, chanoine, professeur au Grand Séminaire, Malines. 


Le Blus, Hector, docteur en médecine, conseiller provincial, longue rue 
des Bateaux, Malines, Vice-Président du Congrès. 


Le Blus (Mn° H.), rue des Bateaux, Malines. 

Le Bon, Henri, avocat, juge suppléant, Nivelles. 

Lebrun, Albert, capitaine-commandant, place du Trône, 4, Bruxelles. 

Lebrun, F., conseiller communal, rue Haute, 7, Malines. 

Lechat, Emile, commandant d'Artillerie, Neckerspoel-Nieuwendyck, 18, 
Malines. 

Lefèvre, Gabriël, bourgmestre, Landen. 

Lefebvre, Léon, imprimeur, rue de Tournai, Lille. 

Legrand, C., St: Omer. 


Le Grelle (le comte Oscar), conseiller communal, rue des Finsons, 17, 
Anvers. 


Leite de Vasconcellos, José, professeur à la Bibliothèque nationale de'Lis- 
bonne, directeur du musée Ethnologique Portugais, Bibliothèque natio- 
nale, Lisbonne. 

Ethnologie et philologie Portugaises. 


Leman, Charles, rue Lurlebio, 3r, Compiègne. 
Lemesle. chanoine, directeur du Collège St-Rombaut, Malines. 
Lemonnier, Aifred, ingénieur, boulevard d'Anderlecht, 60, Bruxelles. 


le Sergeant de Monnecove, Félix, ancien député, rue St-Florentin, 4, 
St-Omer. 
Recherches sur Phistoire du Nord de la France, critique d'art. 
Lesneucq-Jouret, Théodore, secrétaire communal, Lessines. 
Archéologie et histoire. 
Le Tellier, Abel, rue de la grande Triperie, 3o, Mons. 
Gravures de l’école flamande et hollandaise du XVIe et X VIIe siecle. 


Leys, chanoine, professeur au Grand Séminaire, Malines. :: 








— 87 — 


Lhoest, Emile, avocat, rue de Suisse, 12, St-Gilles (Bruxelles). 
Faiences d forcelaines. 
Libotte, François, propriétaire, rue de Spa, 69, Bruxelles. 
Licot, architecte provincial, Schaerbeek. 
Lievevrouw-Coopman, chaussée de Swynaerde, 21, Gand. 
Lievevrouw-Coopman (Mme), chaussée de Swynaerde, 21, Gand. 
Lion, D., marché aux Grains, Malines. 
Loes, François, curé, Hondelange (Arlon). 
Lombaerts, Edmond, avenue des Arts, 146, Anvers. 
Numismatique ct sigillographie. 
Loncin, Armand, secrétaire à l'archevêché, cimetière Notre-Dame, 
Malines. 
Loncin, Eugène, docteur en médecine, rue Louise, 33, Malines. 
Lopès, Joaquim-Mauricio, consul général de Portugal, rue de l'Esplanade, 
30, Anvers. 
Archéologie, histoire. 
Loret, Léopold, receveur Provincial, rue de la Raquette, 16, Mons. 
Littérature, philologie. 
Losset, Auguste, directeur honoraire de l'octroi municipal, Enclos du 
Béguinage, 18, Valenciennes. 
. Archeologie, histoire locale. 
Losseau, Léon, avocat, docteur en sciences politiques, rue de Nimy, 37, 
Mons. 
Sociologie dt droit, bibliographie. 
Louchart, J., rue des Vaches, 69, Malines. 
Lourdault, Achille, organiste, rue du Cornet, 150, Etterbeek. 
Louveaux, Charles, docteur en médecine, rue d'Hanswyck, Malines. 
Lucas, Charles, architecte, expert près le tribunal civil de la Seine, rue de 
Dunkerque, 23, Paris. 


Lyon, Clément, publiciste, ancien officier de l’armée, rue de Montigny, zr, 
Charleroi. 
Etudes historiques sur le pays de la Sambre. 


Lyon (M Clément), rue de Montigny, 11, Charleroi. 
Dentelles, anciens verres liégeois, porcelaines, faïences, etc. 


Maere, René, collège du St-Esprit, Louvain. 
Maertens, Joseph, propriétaire, rue de Flandre, 33, Gand, membre hono- 


raire. 
Etudes de V'archealogie et des archives. 


Maes, Alphonse, professeur à l'athénée, rue Notre-Dame, 19, Louvain. 
Maes, curé-doyen, Lierre. 


— 88 — 


Maeterlinck, Louis, artiste-peintre, conservateur du musée de peinture, 
rue du Compromis, 6, Gand. 
Recherches relatives aux œuvres d'art enlevées à la Belgique à différentes époques. 


Magnus, Edmond, rue de la Station, 42, Malines. 
Magnus, Oswald, rue de la Station, Malines. 
Mahillon, Victor, conservateur du musée du Conservatoire Royal de mu- 
sique, avenue de Watermael, Boitsfort. 
Mahr, Bailles de fer, Malines. 
Mahy, rue de Bodeghem, Bruxelles. 
Malaise, Constantin, professeur, rue latérale, Gembloux. 
Systèmes cambrien et silurien de Belgique au point de vue statigraphique d paléon- 
tologique. 
Malbecq. Edm., curé de St-Libert, Neckerspoel, Malines. 
Malfait, François, fils, sculpteur, rue du Marais, 99, Bruxelles. 
Arts décoratifs et architecture intérieure depuis l’époque romane jusqu’à nos jours. 
Manteau, lieutenant d’Artillerie, Bailles de fer, 15, Malines. 
Marchal, secrétaire perpétuel de l'académie des Beaux-Arts, Bruxelles. 
Marchoul, grand’ place, 12, Malines. 
Marck, Polydore, marché au bétail, 9, Malines. 
Mardulyn, Jean, peintre-décorateur, grand’ pont, Malines. 
Mariage, Edouard, conseiller municipal. place de l'hôpital général, 2 et 4, 
Valenciennes. 
Histoire, topographie et archéologle locales, plus particulièrement au point de vue 
militaire, , 
Marielle (abbé). place Ernest Gérard, Beauvais (Oise). 
Maroy, Richard-Louis, docteur en médecine, rue de la Chancellerie, 18, 
Bruxelles. 
Marsaux, Léopold, H., chanoine honoraire, rue des Jacobins, 68, Beauvais. 
Liturgie, anciennes broderies, histoire locale. 
Martyn-Loncent (Mme Vve), écrivain, rue de Bordeaux, 62, Bruxelles. 
Mast, E., échevin, Lierre. 
Mataigne, Alexandre, propriétaire, rue du pont neuf, 2, Wavre. 
Mathias, N., major d'Artillerie, rue Conscience, 5, Malines. 
Matthieu, Ernest, avocat, Enghien. 
Recherches historiques sur le Hainaut. Histoire de l'enseignement en Belgique. 
Maurin de Nahuys (Mme la comtesse), chaussée de Charleroi, 123, Bru- 
xelles. 
Mees, professeur au Grand Séminaire, Malines. 
Mertens, Pierre, docteur, conseiller provincial, Gysegem. 
Mertens, conseiller communal, rue haute, Malines. 
Mertens, juge au Tribunal de rr‘ Instance, rue d'Hanswvck, Malines. 
Meyns, H. architecte, longue rue des Bateaux, Malines. 


Michel, Edm.-Ch., rentier, Merchtem (Brabant). 
Archéologie monumentale belge du moyen áge. 


Michiels-Moeremans, Ed., marché aux Grains, Malines. 
Miertz, chanoine, président du Grand Séminaire, Malines. 
Moens, Jean, avocat, Lede. 
Archéologie préhistorique. 
Moens, Léon, pharmacien, Grand’ place, Malines. 
Moeremans, Fr., recteur de St-Joseph, chaussée de Tervueren, 18, Malines. 
Moons, Joseph, rue du poivre, 40, Malines. 
Monseur, E., président de la société belge de folklore, rue Traversière, 92, 
Bruxelles. 
Morissens, Guillaume, échevin, rue Coxie, Malines. 
Morren, Prosper, photographe, rue du Bruel, 52, Malines. 
Muls, Henri, rue de la Chaussée, Malines. 
Munz, J., rue de Beffer, 36, Malines. 
Muyldermans, chanoine, boulevaid des Arbalétriers, 47, Malines. 


N 


Neeffs, Prosper, docteur en médecine, rue Notre-Dame, 7r, Malines. 
Nève, Eugène, ingénieur architecte, rue Stévin, 36, Bruxelles. 
Architecture, archéologie. 
Nève, Franz (abbé), rue de Namur, Louvain. 
Etudes historiques, spécialement de la situation de la Belgique depuis 1598 à 1700, 
archéologie. | 
Nève, Joseph, chef de division à l' Administration des Beaux-Arts, rue de 
Namur, 59, Bruxelles. 
Nickers, Joseph, curé, Halanzy. 
Archéologie et paléontologie. 
Niemants, J., juge honoraire, boulevard des Arbalétriers, Malines. 
Niemants (Melle), rue du Bruel, Malines. 
Nobels, Jules, avocat, marché aux Grains, 45, Malines. 
Nobels, Albert, avocat, marché aux Grains, 45, Malines. 
Noefnet, Félix, Grand’ place, Soignies. 
Notelteirs, J., négociant, marché au Bétail, 54, Malines. 
Noyon, Joseph, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 
Nyssens, sous-licutenant d’Artillerie, rue des Béguines, 20, Malines. 


O 


Ocreman, Léon, receveur des Hospices, place d'Egmont, Malines. 
Opdebeeck, Henri, conseiller communal, rue Notre-Dame, Malines. 
Opdebeeck (Melle C.), rue de Beffer, 40, Malines. 

Ortegat, Jules, conseiller provincial, rue des Vaches, Malines. 


Osy de Zegwaert (le baron), gouverneur de la province d'Anvers, Prési- 
dent d'honneur. 


— 90 — 


P 


Paques, Erasme, quai d'Amercœur, zo, Liège. 

Paquet, G., capitaine retraité, chaussée de Forest, 92, St-Gilles (Bruxelles). 

Pardoen, L., industriel, marché au Bétail, 27, Malines. 

Parmentier, V., vétérinaire du 2° régiment d’Artillerie, rue Léopold, 11, 
Malines. 

Paris, Louis, attaché à la Bibliothèque Royale, rue d’Arlon, 39. Bruxelles. 


Pattyn, Désiré-Pierre-Jean (abbé), recteur de Notre-Dame des Aveugles, 
rue des Boiteux, 4, Bruges. 


Peeters, Auguste, docteur en médecine, long fossé aux Poils, Malines. 
Peeters, J., professeur, Luxembourg. 
Peeters, F., chanoine pléban, cimetière Saint-Rombaut, Malines. 
Peeters, Henri, docteur en médecine, Leegheid, 5, Malines. 
Peeters, Louis, rue Leegheid, 18, Malines. 
Pirenne, Henri, professeur à l'Université de Gand, rue neuve Saint-Pierre, 
132, Gand. 
Plisnier, P., avenue de Kersbeek, 46, Forest. | 
Pluys, Edouard, artiste-peintre verrier, rue de Beffer, 35, Malines. 
Pluys, Léopold, artiste-peintre verrier, rue de Beffer, 25, Malines. 
Histoire de l’art, architecture, peinture sur verre. 
Poils, Jean-François, rue de la Source, 59. Saint-Gilles (Bruxelles). 
Poirier, Gustave-G.-G., avocat, rue Scailquin, ro, St-Josse-ten-Noode. 
Poncelet, Edouard, conservateur adjoint des archives de l'Etat, rue de la 


Halle, 12, Mons. 
Etudes historiques. 
Porée, Adolphe, chanoine honoraire d'Evreux, curé de Bournainville par 
Chiberville (Eure). 
Histoire et archeologie. 
Poullain, Henri, conducteur des ponts et chaussées, historiographe, rue 
Stanislas Julien, 29, Orléans. 
Archéologie chrétienne. 
Pourcelet, Julien, ancien notaire, rue de l'église, Ecaussinnes-d' Enghien. 
Etudes histm iques. 
Poutjatine (le prince P.), maréchal de noblesse du district de Vichny- 
Volotchak-Zagorodnoï, 28, St-Pétersbourg (Russie). 
Anthropologie et archéologie préhistoriques. 
Prisse (le baron Edouard), directeur honoraire du chemin de fer Anvers- 
Gand, rue Courtois, 33, Liège. 
Puttaert, Emile, artiste-peintre, rue de l'Etang, ro, Etterbeek. 


Q 


Quarré-Reybourbon, Louis, propriétaire, boulevard de la Liberté, 70, Lille. 
Quoidbach, Fr., boulevard des Arbalétriers, ror, Malines. 

















… ve 


— OI — 
R 


Raeymaekers, Désiré, médecin au 3° régiment d' Artillerie, rue des Augus- 
tins, 18, Tirlemont. 
Géologie tertiaire et archéologie préhistoriques. 
Raeymaeckers, Victor, professeur au Collège Saint-Rombaut, Malines. 
Rampelberg, capitaine en second, adit-major d’Artillerie, rue Léopold, 
69, Malines. 
Ranschyn, Eugène, rue des Palais, 30, Bruxelles. 
Ranschyn (Mel), rue des Palais, 30, Bruxelles. 


Regnier, Louis, rue Chartraine, 59, Evreux (Eure). 
Archéologie monumentale; histoire de l’art et des artistes; histoire de Gisors et du 


Vexin. 
Renard. Alphonse (abbé), professeur à l'Université de Gand, rue de la 
Station, Wetteren. 
Reusens, Edm., professeur à l'Université de Louvain, rue de la Monnaie, 
Louvain. 
Reydams, Adolphe, géomètre du cadastre, rue des Tanneurs, 27, Malines. 
Archéologie d histoire locale. 
Richez, Alfred, architecte. rue de Lille, 71, Valenciennes. 
Archéologie, architecture et histoire locale. 
Roland, Ch.-G., curé à Balâtre, canton de Gembloux. 
Etudes historiques, généalogiques et loponymiques. , 
Rondas, Auguste, docteur en médecine, grand’ place, 1, Wavre. 
Rops, Paul, docteur en droit, château de Thozée (Mettet). 
Etudes historiques, antiquités franques el gallo-romaines. 
Rosel, curé de Saint-Augustin, Anvers. 
Rosier, Jean, artiste-peintre, directeur de l'Académie des Beaux-Arts de 
Malines. 
Rosier (Mee J.), rue Léopold, 4, Malines. 
Rutot, Aimé. conservateur au musée d'histoire naturelle, rue de la loi, 177, 
Bruxelles. 
Archéologie préhistorique, histoire du littoral belge, géologie appliquée à l'archéo- 
locie. 
Ryckmans, Paul, conseiller provincial, rue de la chaussée, Malines. 


Saintenoy, Paul, architecte de S. A. R. le comte de Flandre, rue de l’Ermi- 
tage, 72, Bruxelles. 
Histoire de l'architecture et en général des Beaux-Arts et des arts apphqués. 
Saintenoy (Mee P.), rue de l’Ermitage. 72, Bruxelles. 
Salmon, Georges, professeur au Collège Saint-Rombaut, Malines. 
Sarmento, Francisco-Martinis, rue de D. Luiz, Guimaraes (Portugal). 


Sas, Jules, vicaire, rue Delporte, 48, Tirlemont. 


Scellier, Frédéric, propriétaire, rue Saint-Fuscien, 26, Amiens. 


Schaeps, Jean, architecte, 58, rue de la province, Anvers (Sud). 
Architecture. 


Schaique, médecin de régiment retraité, rue Louise, 34, Malines. 
Schepens, Oscar, directeur de la Société belge de librairie, rue Treuren- 
berg, 16, Bruxelles. 
Linguistique, géographie historique. 
Scheyvaerts, Alphonse, avocat, rue d'Hanswyck, Malines. 


Scheyvaerts, Léon, juge au tribunal de rr° instance, rue Léopold, 4, 
Malines. 


Schippers, Ed., place Ragheno, 25, Malines. 

Schippers, Fr.. place Ragheno, 25, Malines. 

Schôffer, G.-C.-Valentin, particulier, keizersgracht, 319, Amsterdam. 
Schollaert, chanoine, directeur de l’école normale catholique, Malines. 
Schollaert, F.. Ministre de l'Intérieur, Bruxelles, Président d'honneur. 


Schroëter-Aerts, Emile, fabricant de cuivreries d’anciens styles, rue Con- 
science, 26, Malines. 


Schurmans, D. L., curé du Béguinage, rue Hovius, 23, Malines. 
Scrive de Negri, rue Gambetta, 292, Lille. 
Histoire de l’industrie. 
Semet-Francotte, Célestin, rue St-Piat, 88, Tournai. 
Sens, Georges, rue de l'arsenal, 8, Arras. 


Serbat, Emile, propriétaire, Saint-Saulve près Valenciennes. 
Etudes historiques et liftévaires. 


Serdobbel, Ernest, avocat, avenue de la place d'armes, 5, Gand. 
Severo, Ricardo, ingénieur, rua de Bedofeita, 548, Porto, membre honoraire. 


Slotte-De Bert, Hector, avocat et juge suppléant, rue du Mont de Piété, 
19, Mons. 
Etudes historiques. 


Smekens, Th., président du Tribunal de 1re instance, avenue Quentin 
Metseys, 31, Anvers. 


Smits, lieutenant d’Artillerie, rue des Béguines, zo, Malines, 

Sneyers, Emile, avocat-avoué, marché aux cuirs, Malines. 

Sneyers, Pierre, marché aux cuirs, Malines. 

Simon (Mgr), aumônier de la Cour, Laeken. 

Snoeck, César, avocat, rue neuve St-Jacques, 38, Gand. 
Organologie musicale. 

Soenens (le chev. Em.), propriétaire, St-Denis, Westrem. 

Soil, Amédée, rue Cottrel, Tournai. 

Soil, Eugène, juge d'instruction, rue Royale, 45, Tournai. 
Archéologie monumentale, arts industriels, histoire et antiquités de Tournai. 

Sonneville, C., architecte, rue Beyaert, 41, Tournai. 


— 03 — 


Sorel, Alexandre, président honoraire du tribunal civil, Compiègne. 
_ Spillemaeckers, François. docteur en médecine, Boom. 
Stainier, Emile, secrétaire du Comité charbonnier, Châtelet. 
Stevens, Edouard, grand’ place, Malines. 
Stevens, Fr., grand'place, 19, Malines. 
Stevens, G., chanoine, rue d'Hanswyck, Malines. 
Sterckx, Ferdinand, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 
Stroobant, Louis, directeur de la prison cellulaire, chaussée de Lierre, 
2, Malines, Secrétaire général du Congrès. 

Beaux-arts, héraldique, histoire. 
Stroobant (Mn° L.), chaussée de Lierre, 2, Malines. 
Struys, Alexandre, artiste-peintre, boulevard des Capucins, Malines. 
Sturve, Emile, sculpteur, rue de Dunkerque, 110, St-Omer. 

Art el archéologie du moyen áge. 
Suetegs, Isidore, bailles de fer, Malines. ‚ 
Swennen, Gaspard-Joseph, abbé, à Bocholt par Brée (Limbourg). 
Swolfs, Jean, chanoine, avenue Van Beneden, Malines. 


T 


Tahon, Victor-Laurent, ingénieur civil, rue de la Loi, 159, Bruxelles. 
Fouilles belgo-romines d franques, archéologie, mitallurgie. 

Tambuyser, Cyrille, docteur en médecine, rue d'Adeghem, 54. Malines. 

Tamine. Léon, avocat, rue de Bruxelles, Nivelles. 

Tandel, Emile, délégué de l’Institut archéologique du Luxembourg, Arlon. 


ten Brink, Jan, professeur à l'Université, Apothekersdijk, 27 Leyde. 
Histoire de la littérature n'erlandaise européenne, Histoire de la révolution fran- 
çaise. | 


Théodor, conducteur des Ponts et chaussées, boulevard des Capucins, 
Malines. 


Theunissens, L., trésorier de l’Académie d'archéologie, courte rue de l’hô- 
pital, Anvers. 

Thys, chanoine, professeur au Grand Séminaire, Malines. 

Tilman, Charles, étudiant en théologie, rue Rogier, 214, Schaerbeek. 


Torfs, Alphonse, capitaine commandant au 2° régiment d'Artillerie, rue des 
Vaches, 19, Malines. 


Tournay, sous-lieutenant d'Artillerie, longue rue des Chevaliers, zo, 
Malines. 
Travers, Emile, archiviste paléographe, rue des Chanoines, 18, Caen. 
Archéologie, Héraldique, Histoire litléraire. 
Troutowski, Waldemar, président de la société N umismatique de Moscou, 
palais des archives du Ministère des affaires étrangères, Moscou (Russie). 
t'Serstevens-Troye, à la Pasture par Ham-sur-Heure. 


Tulpinck, Camille, artiste-peintre, archéologue, rue Wallonne, Bruges. 
Peinture. 

Tuyls, Joseph, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 

Tysmans, professeur à l'école Normale, rue St-Catherine, Malines. 


U 
Uytterhoeven, J.-E., curé à Wavre Ste-Catherine. 
Vv 


Van Assche, Auguste, architecte, membre de la Commission royale des 
Monuments, rue Ducale, 15, Gand. 
Van Bastelaer, D.-A., vice-président de l'Académie Royale de médecine, 
rue de l’Abondance, 24, Bruxelles. 
Epoque belgo-romaine et franque. Histoire et archéologie. Art ancien. Histoire de 
Charleroi. 
Van Bellinghen, Henri, notaire, rue Notre-Dame, Malines. 
Van Boxmeer, Ph., architecte de la ville, rue Léopold, 80, Malines. 
Architecture. 
van Caster, F., conseiller provincial, Borgerhout. 
van Caster, G., chanoine, rue Notre-Dame, 123, Malines, président du 
Congrès. 
Archéologie, histoire locale. 
van Caster, J., avocat, Anvers. 
Van Craen, Eugène, boulevard des Arbalétriers, 204, Malines. 
Van de Kerckhove, Julien, architecte, rue Royale, 25, Tournai. 
Van De Mert, Jean-Antoine, chef de bureau au télégraphe, rue de la Con- 
stitution, 28, Malines. 
Van den Avond, Ph., directeur de ventes, Bailles de fer, zo, Malines. 
Van den Bemden, Ferd.-M., capitaine retraité, avenue du Jardin Zoologique, 
Gand. 
Archéologie et histoire. 
Van den Bergh, Cyrille, longue rue des Chevaliers, 32, Malines. 
Van den Bergh, Fr., professeur, rue de la Montagne, Malines. 
Van den Bergh, Léopold, longue rue des Chevaiiers, 32, Malines. 
Numismatique. 
van den Branden de Reeth (Mgr), évèque d'Erythrée, Rome. 
van den Branden de Reeth, Gust., rue de la Blanchisserie, Malines. 
van den Branden de Reeth, Raymond, avocat, rue de la Blanchisserie, 
Malines. 
Van den Broeck, Edouard, propriétaire, trésorier de la société royale nu- 
mismatique, rue du Commerce, 50, Bruxelles. 
Nusmismatique bruxelloise, 
Van den Broeck, J., marché au Bétail, 4, Malines. 





— 95 — 


Van den Broeck, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 
van den Corput, docteur en médecine, sénateur, avenue de la Toison d'Or, 
21, Bruxelles. 
Histoire de la médecine, biblio- et biographie, arts appliqués aux sciences. 
van den Corput, Fernand, docteur en droit, avenue de la Toison d'or, 21, 
Bruxelles. 
Van den Eeckhoudt. René, professeur au Collège Saint-Rombaut, Malines. 
van den Gheyn, Gab., chanoine, supérieur à l'institut St-Liévain, rue 
d'Argent, 1, Gand. 
Archéologie. 
van den Gheyn, Joseph, Bollandiste, rue des Ursulines, 14, Bruxelles. 
Linguistique, chnographie, histoire de l'Orient et de l’époque byzantine. 
Van den Hove, Arthur, négociant en vins, rue de la Caserne, 26, Bruxelles. 
Van den Hove, Jules, négociant en vins. rue de la Caserne, 26, Bruxelles. 
Van der Auwera, Aloïs, instituteur, rue de Beffer, 44, Malines. 
Van der Linden, Julien, avocat, membre de la Chambre des représentants, 
rue de la Tribune, 4, Bruxelles. 
Histoire, histoire des arts industriels. 
van der Straëten Ponthoz (le comte François), rue de la Loi, 23, Bruxelles. 
Van Deuren, Victor, orfèvre, rue des Vaches, Malines. 
Van de Walle, C., rue des Tanneurs, 25, Malines. 


Van de Walle, Victor, notaire, boulevard des Arbalétriers, Malines, membre 
honoraire. 


Van de Walle (Mme Victor), boulevard des Arbalétriers, Malines. 
Van Diepenbeeck, Louis, brasseur, rue de Beffer, Malines. 
Van Doorslaer, Georges, docteur en médecine, marché au bétail, 52, 
Malines. : 
Histoire de la médecine. Musicologie. 
Van Doorslaer (Mme G.), marché au Bétail, Malines. 
Van Duyse, Herman, homme de lettres, conservateur du musée d’archéo: 
logie, rue courte des Violettes, 21, Gand. 
Armoirie ancienne et architecture militaire. 
Van Dyck, François, architecte, avenue du Sud, 4, Anvers, ’ 
Van Ertborn (baron), avenue du duc, 38, Boitsfort. 
Van Ermengem, curé de Saint-Jacques, Anvers. 
Van Gele, Auguste-Victor-Louis, professeur, rue des rentiers, 72, Etter- 
beek. 
Van Genechten, chanoine, rue Léopold, Malines. 
Van Hammée, Jacques, rue de Beffer, 11, Malines. 
Van Hammée, curé de N.-D. d'Hanswyck, rue d'Hanswyck, Malines. 
Van Havermaet, Henri, expert, rue des commerçants, 82, Bruxelles. 
Monographie des villes ct communes belges. 


Van Hoey, Gustave, directeur de l'académie de musique, rue des Vaches, 
Malines, 


— od — 


van Hoobroeck de ten-Hulle, Gand. 

Van Hoof, Henri, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 

Van Hoof (Mlle ].), rue de Beffer, 36, Malines. 

Van Hoof, Victor, agent de change, rue des Porcs, 5, Malines. 

Van Hoof, docteur en médecine, rue Sainte-Catherine, Malines. 

Van Hoogenbemt, Eng., marché aux Poissons, 2, Malines. 

Van Hoorenbeeck, J.-Victor, pharmacien, rue des Vaches, 7, Malines. 

Van Hoorenbeeck, vicaire de Sainte-Gertrude, Louvain. 

Van Hove, A. (abbé), au Collège du St-Esprit, Louvain. 

Van Hoydonck, Jean, curé à Brusseghem-lez-Assche. 

Van Keerberghen, Jean, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 

Van Kesbeeck, conseiller communal, boulevard des Capucins, Malines. 

Van Loey, professeur au Collège St-Rombaut, Malines. 

Van Looveren, huissier, rue Léopold, Malines. 

Van Malderghem, Jean, archiviste adjoint de la ville de Bruxelles, rue 
Anoul, 26, Ixelles (Bruxelles). | 

Archéologie et histoire. 

Van Mechelen, Edgar, avocat, conseiller communal, rue Conscience, 
Malines. 

Van Melckebeke, Alfred, notaire, marché aux Grains, Malines. 

Van Melckebeke, Prosper, pharmacien, rue du Serment, 27, Malines. 

Van Nerom, E., avocat à la Cour d'appel, rue du Commerce, 23, Bruxelles. 

Etudes historiques. 

Van Neuss, H., archiviste provincial, Hasselt. 

Van Op den Bosch, curé à SS. Pierre et Paul, Malines. 

Van Opstal, Jean, rue Etroite, Malines. 

Van Riel, Jos., architecte, rue Appelmans, 2r, Anvers. 

Van Roey, Aloys, curé-doyen, Haecht. 

Van Roost, F., curé de St-Antoine, Anvers. 

Van Roost, M., curé de Ste-Marie, rue Seutin, Schaerbeek. 


Van Ryckevorsel, F., secrétaire du « provinciaal genootschap van kunsten 
‘en wetenschappen », Peperstraat, Bois-le-Duc. 


Van Segvelt, Alexandre, négociant en vins, rue de la Chaussée, z, 
Malines. 
Van Spilbeeck, directeur de l'abbave, à Soleilmont, Gilly. 
Iconographie, hagiographie. 
Van Speybroeck, Aug., aumônier chez le comte de Ribaucourt, au châ- 
teau de Perck (Vilvorde). 
Archeologie, histoire, linguistique. 
van Velsen, Raymond, éditeur, bailles de Fer, Malines. 
Van Weddingen, L., chanoine, boulevard des Capucins, Malines. 
Van Wint, J.-B., sculpteur, rue de la province Nord, 171, Anvers. 
Varenberg, Alfred, avocat, rue du Lac, 11, Gand. 





Varenberg, Emile, conseiller provincial, rue du Lac, Gand. 
Etudes archéologiques ct historiques. 


Vayson, Jean-Antoine, manufacturier, chaussée d'Hocquet, Abbeville. 
Beaux-aris el archéologie. 


Verbeek, Joseph, employé, marché au bétail, Malines. 

Verbist, curé-doyen de Notre-Dame, Malines. 

Verhaert (abbé). recteur du pensionnat, Willebroeck. 

Verhaert, vicaire de Saint-Rombaut, Malines. 

Vermeulen, Ernest, docteur en droit, rue du Bruel, 45, Malines. 

Vermeulen, Georges, brasseur, rue des Nonnes, Malines. 

Vermeylen, Frantz, statuaire, rue des Récollets, 49, Louvain. 

Archéologie. N umismatigut. 

Verwilgen, J., commissaire des arrondissements St-Nicolas et de Termonde, 
St-Nicolas. 

Vloeberghs (abbé), rue des Beggards, Malines. 


Voordecker, Alphonse, négociant en vins, rue de la Chaussée, 52, 


Malines. 

Voncken, Prosper, percepteur des télégraphes, avenue Van Beneden. 36, 
Malines. 

Vorsterman-Van Oyen, généalogiste, Geertbrug, 159, Ryswyck près La 
Haye. 

Généalogie heraldique et archéologie, biographie it bibliographie. 
Vrancken, Paul, étudiant au Grand Séminaire, Malines. 
Vrancx, curé-doyen de St-Sulpice, Diest. 


WV 


Wafelaer, Joseph, rue Etroite, 7, Malines. 

Wauters, Alphonse, archiviste de la ville de Bruxelles, rue de Spa, 22, 
Bruxelles. 

Wauters, Ernest, candidat- notaire, rue Léopold, 59, Malines. 

Wauters, Martin, rue longue des Bateaux, 7, Malines. 

Wauthy, Léon, docteur en médecine, quai de Brabant, 35, Charleroi. 

Histoire et archéologie. 

Wauwermans (le général), rue St-Thomas, 36, Anvers. 

Wauwermans de Francquen (Mme), rue St-Thomas, 36, Anvers. 

Weinmann, lieutenant d’Artillerie, rue de la Constitution, 19, Malines. 

Wevts, ingénieur, boulevard des Capucins,-Malihes.… 

Wigny, Emile, Huy. 

Willems, ingénieur, place d'Egmont, Malines. 

Willems, Henri, banquier, boulevard des Arbalétriers, 22, Malines. 

Willems, Joseph, statuaire, boulevard des Arbalétriers, 59, Malines. 

Willems (Mme J.), boulevard des Arbalétriers, 59, Malines. 








— 08 — 


Wilmotte, G., ingénieur architecte, rue André Dumont, 22, Liège. 
Winckelmans, Gustave, au Petit-Séminaire, Malines. 


Winckelmans, Louis, docteur en médecine, rue de Neckerspoel, Ma- 
lines. 


Wins, P.-Alphonse, juge au tribunal de z'e Instance, rue derrière la Halle, 
21, Mons. 
Histoire des anciens métiers. 
Wittamer, Edouard, docteur en droit, rue Jean Stas, 27, Bruxelles. 
Etudes forestières. 
Wittmann, Emile, receveur du Bureau de Bienfaisance, Malines. 
Wittmann, Jules, rue A B. zo, Malines, membre honoraire. 
Wittmann, Jules, sénateur, rue du Sac, 3, Malines, membre honoraire. 
Wittmann (Mn: J.), rue du Sac, 3, Malines. 
Wittmann (Melle M.), rue du Sac, 3, Malines. 


Wouters, L., professeur au collège St-Rombaut, officier de l'instruction 
publique, Malines. 


Wuyts, Joseph, chanoine, place St-Pierre, Malines. 
Wyckmans, J.-B., marché au Bétail, 2, Malines. 
Wydemans, François, candidat-notaire, rue Thérésienne, Vilvorde. 


Zaman, commissaire d'arrondissement. rue Conscience, 44, Malines. 


Zanardelli, Tito, professeur aux cours publics de la ville, rue St-Jean, 4e, 
Bruxelles. 


Zech-Dubiez, G., éditeur, Braine-le-Comte. 
Histoire et archéologie. 
Zech (Melle E.), pré aux Oies, Malines. 
Zech (Mme H.), pré aux Oies, Malines. 
Zech, Maurice (abbé), pré aux Oies, Malines. 
Zech, Paul, étudiant. rue des bas Fossés, Braine-le-Comte, 
Zech, Théophile, Braine-le-Comte. 








AUDITION 


MUSIQUE ANCIENNE 


OFFERTE A 


MD. les Membres du Congrès 


AVEC LE CONCOURS DE 


M. L. VAN WAEFELGHEM, de la Société des Instru- 
ments anciens de Paris; 


M. G. KÉFER, de Bruxelles, claveciniste: 
l'OcTruorR vocAL, composé d'amateurs Malinois; 


quelques membres de la Société chorale L’Aurore, sous 
la direction de leur chef, M. Cyrizze VERELST, 
professeur à l'Académie de musique de Malines, 


à la Grande Salle des Fêtes, rue des Vaches 


le Lundi 9 août 1897, à 8 h. du soir 





La viole d'amour, instrument ancien, a sept cordes en boyau et sept 
cordes sympathiques. Celles-ci ne sont pas ébranlées directement; elles 
vibrent sous l'influence des cordes principales à l'unisson desquelles on 
les accorde. | 


Le clavecin a été mis gracieusement à la disposition du Comité, 
par la Maison PLEYEL, rue Royale, 99, Bruxelles. 


PROGRAMME 


Dremière Partie 


CONSACRÉE AUX MAITRES BELGES 


I. Chœur d'hommes. 
a) Vous qui brillez aux yeux, chanson. . . R. pe Lassus, 


(1520-1504) 
ë) Naer Oostlant willen wy ryden, chanson 


sur thème populaire ancien, harmonisé par FL. Van Duyse. 


II. Chœurs mixtes. : 
a) Signor io t'ho confitto, melodia spirituale . Jac. Prgrmno. 
1586) 


b) Tu veux quitter encore, madrigal . . . . C. pe Rore. 
(1516-1565) 

«) Quand daas l'azur des cieux, madrigal . . Pu. pe Monte. 
(1521-1603) 

III. Pièces pour clavecin, exécutées par M. G. KÉFER. 

a) Caprice . . . . . . . . . . . . « M, VAN-DEN GHEYN. 
(1721-1585) 

b) Gavotte . . . . . . . . . . . . . . Chan. D. Raick. 
(2701-1764) 

€) Allegro « . . . . . . . . . . . . . .]J.-T. BAUSTELLER. 
(2723-1780) 

IV, Pièce pour viole d'amour, exécutée par M. L. VAN 

WAEFELGHEM , . … . . . . . . . . Kd 


V. Chœurs mixtes. 


a) Bonjour mon cœur, madrigal. . . . + . R. pe Lassus. 
(1520-1594) 
b) Le Soir le ciel se voile, madrigal. . MATHIEULE MAISTRE. 
GS -3577) 





— 102 — 


Deurième Partie 


à 


CONSACRÉE AUX MAITRES ÉTRANGERS 


I. Pièces pour clavecin, exécutées par M. G. KÉFER. 


a) Gigue . . . a ee ee « « « J-B. DE Luiz. 
(1633-1687) 


b) Musette en rondeau . . . . . . . . . J-B. Rameau. 
(1683-1763) 


c) Les Tourbillons . . . . . . . … … « … J-F. DANDRIEU. 
(1684-1740) 
II. Chœurs mixtes avec soli. 


a) Air et chœur d'Hippolyte et Aricie . . . J.-B. Rameau. 
(1683-1764) 


b) Ariette et chœur de La Mascarade de 


Versailles . . . . .. … … . . . . « . J.-B. DE Lucy. 
(1633-1687) 


III. Sonate pour viole d'amour, avec accompagnement 
de clavecin, par M. L. VAN WAEFELGHEM. 


a) Cantabile et Allegro | 
b) Adagio 9 + + + + + + + ATTILIO ARIOSTI. 
c) Menuet | (1660-1730) 


IV. Trois sonates pour clavecin, exécutées par M. G. 


KÉFER. . ee ee + « + + D. SCARLATTI. 
(1683-1756) 


V. Pièces pour viole d'amour seule, par M. L. Van 


WAEFELGHEM. 
a) Prélude. . . . … eee ee . . . … « J.-S. Bacu. 
(1685-1750) 
b) Menuet . . .. eee ee eee … . … __MrLANDRE. 
(1768) 


VI. Chœurs mixtes. 


a) Languir me fais, madrigal. . . . . . . Cr. dE SERMIsY. 
(xvie siècle) 


… =3) Bonzorno Madonna, chanson Napolitaine. ANT. SCANDELLO. 
(1520-1580) 


Textes et Notes Biographiques 


CS 


PREMIÈRE PARTIE 


I. A) Roland de Lassus 


Vous qui brillez aux yeux, 

Astres si radieux, 

Qui vous a placés 

Dans la voûte des cieux? 

Et vous, riantes fleurs, 

Fleurs aux belles couleurs, 

Qui vous a parsemées 

Sur nos rives aimées ? 
C'est notre Dieu, le Tout-Puissant, le Créateur 
Dont nous chantons la puissance et la grandeur. 


Roland de Lassus naquit à Mons, en 1520. A l'âge de 12 ans, il 
quitta sa ville natale, pour se rendre en Italie, où il fut nommé maître 
de chapelle À Saint-Jean de Latran. Il conserva ces fonctions jus- 
qu'en 1548. Depuis cette époque, il visita divers pays de l'Europe, 
cntr’autres l’Angleterre et la France. Il partit en 1557, pour Munich, 
où le duc de Bavière l'avait fait appeler, et s’y maria l’année sui- 
vante. Nommé maître de la chapelle ducale en 1562, il resta à son 
poste jusqu’à sa mort, en 1594. 


B) Naer oostlant willen wy ryden, 
Naer oostlant willen wy meê, 
Al over die groene heiden, 
. Frisch over die heiden, 
Daer is er een betere steë. 


Als wy binnen oostlant komen 

Al onder dat hooge huis fyn, 

Daer worden wy binnen gelaten, 
Frisch over die heiden, 

Zy heeten ons willekom zyn. 


Ja, willekom moeten wy wezen, 

Zeer willekom moeten wy zyn; 

Daer zullen wy avond en morgen, 
Frisch over die heiden, 

Nog drinken den koelen wyn. 


Wy drinken den wyn er uit schalen, 

En ‘t bier ook zoo veel ons belieft; 

Daer is het zoo vroolyk te leven, 
Frisch over die heiden, 

Daer woont er myn zoete lief. 


IT. 4) Jacques Peetrino 


MELODIA SPIRITUALE 


EE TEE se I jm ss TE 
s-Ls-s-F pp sis Ces 2 

io tho con - fit - to su ques-ta 
IETS ILT 
mengen Kan dee LE EE SS 

io tho | con-ft -to su ques- 
8-6 ml: ses TST 
zE Ec Sr ST Rr es ITT 
ene sleet: ES tE 

io tho con - fit - to su ques-ta 
LT TR MERE! 
a e — Pngnet Pantit— Jen met res: 





ra Cro- ce e 
— ——— ee me a | — anne en 
Fe A en ser CEE zer es zei sE 
TILL TE TZ tn EEE EEE 
ta du - ‘ - - - ra Cro- ce e- 


TPS serie LT 
EE = sin zeer = zi 








= me a mt ——— — ne mn en cime aimer 


du - - 7 7. Fm - ce e 


End 





an 





ce dal mi-o de-lit-| to dal mio de-lit- to nas-cc dal mi- 
ZIZERZ EZ == hp SR ed 
EES eeb fest 
| ce dal mio de -lit- to dal miode-lit- | to dal mi-o - 
PP 
CERN — pass men — Jen RE AIT TT 
EF D edm Te! 
DEE FT eres SS 
. ce dal mio de-lit- to nas- ce dal mio 





de lit - to - 
(Seigneur, je tai cloué sur cette dure croix, el ta souffrance atroce nait de mon 
iniquité). 


Jacques Peetrino, compositeur malinois, vécut en Italie, à la fin 
du XVI: siècle. Il y publia plusieurs recueils de cantiques, de madri- 
gaux et de chansons. Le cantique « Melodia Spirituale » est extrait 
d’un ouvrage portant comme titre : Di Jacobo Peetrino da Malines il 
primo libro delle Melodie Spirituali a tre voci, scritto da Simone Vero- 
vio. Rome, Martinus Van Buyten, Hollandus, incidit, 1586, in-4°. 





— 107 — 


B) Cyprien de Rore (van Roor) 


Tu veux quitter encore : 

Ta mère qui t'adore, 

Partir sur l'océan; 

Mais vois mon tourment, 

Oui, la mer est trompeusc, 

Car, si tu ne reviens pas, 
Moi. malheureuse, 
Tu seras certes 

La causc de mon trépas. 

O près de moi, reste, 

O mon doux enfant, 

Ta mère t'aime tant! 


Ce compositeur, un des plus grands musiciens du XVIe siècle, 
naquit à Malines, en 1516. Très jeune encore, il partit pour l'Italie. 
LA, ses compositions lui valurent bientôt le surnom de Il divino. Il 
occupa les fonctions de maître de chapelle, successivement à la Cour 
du duc de Ferrare, à Parme, et à la cathédrale de St-Marc, à Venise. 
Il mourut à Parme, en 1565. 


C Philippe de Monte (van den Berghe) 


Quand dans l'azur des cieux, 
Roi de lumière, 

Tu parais radieux, 

Lors la nature entière, 
S'éveille en souriant. 

Des champs et des bois, 
La fleur se colore, 
L'oiseau par sa voix 

Salue aussi la belle aurore. 
Reprends ta lyre d'or 
Barde, chante encore. 


Le maitre flamand le plus estimé après Roland de Lassus, est né à 
Malines, eñ 1521, chanoine et trésorier de l’église de Cambrai. Pre- 
mier maître de chapelle à la cour impériale de Vienne, en 1568, il 
occupa ces fonctions jusqu’à sa mort en 1603. 


F 


_ hosp » 


— 109 rs 
III. 4 __ Mathias van den Gheyn 


Issu de la célèbre famille van den Gheyn, fondeurs de cloches, à 
Malines, Mathias naquit à Tirlemont, le 7 avril 1721. 

U fut nommé organiste de St-Pierre, à Louvain. Il fut aussi le plus 
grand carillonneur du siècle dernier. van den Gheyn est mort à 
Louvain, en 1785. 


B) Dieudonné Raick 


est né à Liège, en 1701. A l’âge de 8 ans, il fut enfant de chœur À 
la cathédrale de N.-D., à Anvers. Nommé organiste en 1721, il fut 
plus tard ordonné prêtre. Il quitta Anvers, en 1727, et obtint le titre 
d’organiste de St-Pierre, à Louvain. Il se fixa ensuite à Gand, où il 
devint organiste de St-Bavon. | 

Il retourna à Anvers, en 1757, et fut nommé chanoine. Il y mourut 
en 1764. 


C) Jean-Conard Bausteller 


Musicien belge du XVIIIe siècle. Il composa plusieurs suites pour 
clavecin et publia aussi quelques sonates pour divers instruments, tels 
que : violon, hautbois, flûte. | 


V. A) Roland de Lassus 


Bonjour, mon cœur, bonjour, ma douce vie, 
Bonjour, mon ciel, bonjour, ma douce amie, 
Hé! bonjour, ma tourterelle, 
Ma mignardise, bonjour! 
Mes délices, mon amour, 
Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle, 
Mon doux plaisir, ma douce colombelle, 
Mon passereau, ma gente tourterelle, 
Bonjour, ma douce rebelle. 


B) Mathieu Le Maistre 


Le soir le ciel se voile; 

Vois-tu scintiller l'étoile ? 

Du sombre et triste manoir 

Entends-tu la cloche du soir ? 
Brim-Bram! 


— IO — 


Le soir la lune brille: 

Au ciel l'étoile scintille ? 

Du sombre et triste manoir 

Entends-tu la cloche du soir? 
Brim-Bram ! 


Mathieu Le Maistre est né à Liège, au commencement du XVIe 
siècle, En 1554, il était maître de chapelle de l’Electeur de Saxe, à 
Dresde. Il composa plusieurs œuvres vocales religieuses et profanes. 
Il mourut en 1577. 


DEUXIÈME PARTIE 


I. 4) Jean-Baptiste de Lully 


fondateur de l'opéra français, naquit à Florence, en 163 3. Ïl vint en 
France, à l’âge de treize ans. Habile violoniste, il abandonna plus 
tard cet instrument pour le clavecin. A l’âge de vingt ans, il jouissait 
d’une grande faveur à la cour de Louis XIV. Il écrivit dix-neuf opéras 
dont le succès fut considérable. Il mourut à Paris, en 1687. 


B) Jean-Baptiste Rameau 


le plus célèbre musicien français du dix-huitième siècle, naquit à 
Dijon, le 25 octobre 1683. A l’âge de sept ans, il lisait et exécutait sur 
le clavecin, toute espèce de musique. Après de nombreuses pérégri- 
nations, il finit par se fixer à Paris, en 1721, et y publia un traité 
d'harmonie, science qui fut créée par lui. Hippolyte et Aricie, fut le 
premier d'une série d’opéras très estimés. Il mourut à Paris, en 1764. 


IT. © Jean-François Dandrieu 


organiste de Saint-Méry et de Saint-Barthélemy, naquit à Paris, en 
1684. Il publia plusieurs livres de pièces de clavecin, d'orgue, et des 
sonates pour violon. Il décéda à Paris, en 1740. 





À) 


B) 


— ii — 


J.-B. Rameau 


Chantons 
Sur la musette, 
Dansons, 
Que l'écho répète 
Nos tendres sons. 
Croissez, 
Naissante herbette, 
Paisez. 
Bondissans moutons. 
Au son de la musette 
Dansons. 
Rossignols amoureux, répondez à ma voix 
Par la douceur de vos ramages, 
Rendez les plus tendres hommages 
À la divinité qui règne dans nos bois. 
Chantons 
Sur la musette 


J.-B. de Lully 


Soyez fidèle, 

Le soin d'un amant, 

Près d'une belle 

Trouve aisément 

Un heureux moment, 

Souvent une âme cruelle 

S'engage en dépit d'elle, 
C'est le grand secret que d'aimer constamment. 
Aux lois d'amour en vain l'on est rebelle, 
Chacun tôt ou tard suit un Dieu si charmant. 

Quand on sait plaire, 

Surtout à la cour, 

Que peut-on faire 

Et nuit et jour 

Sans un peu d'amour ? 

Un jeunc cœur sans affaire 

Ne se divertit guère. 
Que sert de charmer, si l’on n'aime à son tour ? 
N'attendez pas pour n'être point sévère 
Que vos plus beaux ans commencent tour à tour, 





— ÏI12 — 


III. Attilio Ariosti 


naquit à Bologne, en 1660, et s'adonna de bonne heure à l’étude de 
la musique. Il fut plus tard nommé maître de chapelle de l'électrice 
de Brandebourg. Il écrivit pour le théâtre, et à ses talents comme 
compositeur, il joignait le mérite d’être habile exécutant sur la viole 


d'amour. Il mourut à Bologne, vers 1730. 


IV. Dominique Scarlatti 


né à Naples, en 1683, eut pour premier maître son père Alexandre, 
compositeur très estimé. Il devint le plus grand claveciniste de l'Italie. 
Ce fut un compositeur très fécond; ses œuvres se distinguent par 
une prodigieuse variété dans la nature des idées et une grande dith- 
culté d'exécution. II mourut à Madrid, en 1757. 


V. A) Jean-Sébastien Bach 


un des plus grands musiciens de l'Allemagne, naquit à Eisenach, en 
1685. Il occupa les plus hautes fonctions à la cour. Il écrivit beaucoup 
pour l'orgue et le clavecin; la réputation de ses fugues est universelle. 
Il mourut, aveugle, en 1750. 


_ B) Milandre 


musicien attaché à la musique de la chambre de Louis XV, pour la 


viole. Il publia en 1782, une méthode facile pour la viole d'amour. 


D'autres compositions datent des années 1768 et 1776. 


VI. 4) Claude de Sermisy 


Languir me fais sans t'avoir offensée : 

Plus ne m'escrips, plus de moy ne t'enquiers; 
Mais non obstant. autre dame ne quiers : 
Plus tost mourir que changer ma pensée. 


Je ne dy pas t'amour estre effacée, 
Mais je me plains de l’ennuy que j'acquiers, 
Et loing de toy humblement te requiers 
Que loing de toy de moy ne sois faschée, 





— 113 — 


Claude de Sermisy, compositeur français du seizième siècle, est 
désigné habituellement par le nom de Claudin. Maitre de chapelle 
de François Ier et de Henri IL, il publia plusieurs chansons et autre 
compositions vocales, depuis 1528 jusqu’en 1583. 


B) Antonio Scandello 


Bonzorno, madonna, ben vegna, 
Voi sete bella, galante, polita. 
Sarest'anche più bella 

Se voi non fusti tanto vecchiarella 
Tan tan daridon! 


(Bonjour, Madame, soyez la bienvenue, 
Vous êtes belle, galante, aimable, 
Vous seriez encore plus belle, 
Si vous wetiez pas si vieillotte. 
Tan tan daridon !) 


Antonio Scandello, né à Naples, vers 1520. Maitre de chapelle au 
service de l’électeur de Saxe, il remplit ces fonctions jusqu’à sa mort, 
en 1580. 








PROGRAMME 


DU 


Concert donné à la Tour Ste Rombaut 


le 10 août, à 8 1/2 heures du soir 


I. Sonnerie ancienne (1), exécutée du haut de la tour, 
par les trompettes du 2" Régiment d’Artil- 
lerie, sous la direction de M. Courerier. 

IT. Carillon. : 
3°° Sonatine, jouée par M. J. DENYN, carillon- 
neur de la ville. 
a) Moderato 


à Expressivo  Ÿ + + « . + + . . + . IGNACE PLEYEL. 
c) Allegro Rondo (1757) 


III. Chant avec accompagnement d'instruments à 
anches, exécuté par des membres de la société 


L'Aurore, sous la direction de M. Cyrille 
VERELST. 


Ik ken een lied . . . . . . . . . . . . W. Dr Mor. 


(1) L'exécation des sonneries et des chœurs se fera du côté ouest de 1 tour, au-dessus 
du portail _ l'entrée principale. 


— 110 — 
IV. Carillon. 


a) Rose inhumaine . . . . .. . . . . . .  Campra. 
(1710) 
b) Dans notre village (brunette) . . . . . . 2 
(xvrie siècle) 
c) L'amour au mois de mai. . . . . . . . J. LEFÈVRE. 
(1613) 


V. Sonneries anciennes pour trompettes. 
VI. Carillon. 


3° Prélude. . . . . . . . . . MAT. VAN DEN GHEYN. 
(1721-1785) 


VII. Intermède pour instruments à anches. 


VIII. Carillon. Anciennes mélodies flamandes. 


a) Het Visschertje . . . . . . . . . . . …. 
b) Het roosje uit de dalen . . . un a VOLCKERICK. 


IX. Intermède pour cor. 


Chant du veilleur de nuit, de Franciscus . . . … TiINEL. 


X. Chant avec accompagnement d'instruments à 
anches, et variations au carillon. 


Hymne à Ste Cécile. . . . . . . ee 
(xve siècle) 
XI. Sonnerie ancienne pour trompettes. 


XIT. Embrasement de la tour au feu de bengale. 


Retraite et couvre-feu, sonnés par les trompettes du 
2" Régiment d'Artillerie. 








COMPTE-RENDU 


des Hssemblées générales, des Réunions 
et des Séances de section 





Dimanche 8 août 1897 


dix heures, le Comité organisateur et les délé- 
gués des gouvernements, académies et sociétés 
fédérées se réunissent dans le superbe et an- 
S cien palais de Marguerite d'Autriche (actuel- 
lement Palais de Justice). : 

Cette réunion préparatoire est présidée par M. le Cha- 
noine G. van Casrer, Président du Congrès. 

A 10 h. 20, M. le Président ouvre la séance et donne 
la parole à M. L. SrrooBanr, Secrétaire général. 

M. L. SrrooBanr, Secrétaire général. — Mesdames et 
Messieurs, le Comité organisateur a l'honneur de vous 
proposer de voter comme suit la composition des bureaux 
des Sections : 







1e Section : Etudes prébistoriques 


Présidents : M. le comte G. de Hautecloque, délégué 
de l'Académie des sciences, lettres et arts d’Arras; 
M. D.-A. Van Bastelaer, Vice-Président de l'Académie 
Royale de Médecine de Belgique. 


— 118 — 


Vice-Présidents : M. le baron Alfred de Loë, Secrétaire 
de la Société d'archéologie de Bruxelles, délégué de 
plusieurs sociétés savantes; M. le baron Ch. Gillès de 
Pélichy. 

Rapporteur : M. François de Villenoisy, délégué des 
Musées Nationaux de France et de l'Ecole du Louvre. 

Secrétaire : M. J.-Ch. Comhaire, délégué de la Société 
d'émulation pour l'encouragement des lettres, des sciences 
et des arts, de Liège. 


2me Section : Distoire 


Présidents : M. Hans Hildebrand, délégué officiel du 
Gouvernement Suédois et de l’Académie des Belles- 
lettres, histoire et antiquités de Stockholm; M. le baron 
Aug. de Maere, délégué du Cercle historique et archéo- 
logique de Gand. 

Vice-Présidents : M. Jan ten Brink, délégué de la 
Maatschappij der Nederlandsche letterkunde de Leide; 
M. Léopold De Villers, délégué du Cercle archéologique 
de Mons. 

Rapporteur : M. Théodore de Raadt. 

Secrétaire : M. Fernand Donnet, délégué de l'Académie 
Royale d'archéologie de Belgique et de plusieurs autres 
sociétés savantes. 


3m Section : Archéologie 


Présidents : M. Charles Casati de Casatis, délégué 
officiel du Gouvernement Français; M. le général Wau- 
wermans. 

Vice-Présidents : M. Robert Guerlin, délégué de la So- 
ciété des antiquaires de Picardie; M. Henry Hymans. 

Rapporteur : M. Paul Saintenoy, délégué de plusieurs 
sociétés savantes. 

Secrétaire : M. le comte Amaury de Ghellinck d'Else- 
ghem. 





M. le Chanoine van CASTER, président. — Mesdames 
et Messieurs, quelqu'un demande-t-il la parole au sujet 
de ces propositions? Alors, je déclare le vote admis. Il 
sera soumis à la ratification de l'assemblée générale. 

Mesdames et Messieurs, c'était la seule cérémonie qui 
devait avoir lieu ici, par conséquent, je lève la séance 
pour nous permettre de nous rendre à l'hôtel de ville. 


* 
“+ 


L’antique cloche Salvator souligne de ses sons graves 
la Brabanconne, qu'exécute le carillon de la tour Saint- 
Rombaut, tandis que les Congressistes, en un long cor- 
tège, se dirigent vers l'hôtel de ville. Toute la cité est 
en liesse. Ce ne sont partout que drapeaux et oriflammes 
et la population Malinoise examine avec une sympathie 
curieuse, les nombreux étrangers qui se sont donnés 
rendez-vous dans leur coquette ville. 

M. l'avocat Denis, bourgmestre, MM. les notaires 
Van de Walle et Cluydts, échevins, en grand uniforme, 
accompagnés de nombreux membres du Conseil Com- 
munal, reçoivent les membres du Congrès dans la grande 
salle de gala. 

M. le Chanoine van CASTER, président, présente MM. 
les Congressistes : 

« Monsieur le Bourgmestre, Messieurs, lorsque l'an 
dernier, au Congrès de Gand, nous acceptâmes la charge 
d'organiser le XII" Congrès de la Fédération Archéo- 
logique et Historique de Belgique en notre ville, nous 
n’étions pas sans une certaine crainte de ne pouvoir 
mener à bonne fin une si grande entreprise. Aujourd'hui, 
grâce à l'activité et au dévouement des membres de notre 
Comité organisateur, nous pouvons nous montrer satis- 
faits du résultat. Les archéologues, les artistes et les 
amateurs d’art sont venus en grand nombre, et de divers 
pays, pour prendre part à nos travaux. Tout en se réu- 


— 120 — 


nissant ici pour traiter les questions d'un intérêt général, 
ils s'occuperont aussi particulièrement de tout ce qui est 
d'intérêt purement local. Ils visiteront avec satisfaction, 
je n'en doute pas, les anciens monuments de notre ville, 
dont plusieurs rappellent de bien glorieux souvenirs. 

» J'ai l'honneur de vous présenter, Messieurs, les 
membres du XII" Congrès de la Fédération Archéo- 
logique et Historique de Belgique ». 

M. Denis, bourgmestre, souhaite la bienvenue en ces 
termes : 

«- Mesdames, Messieurs, j'ai l'honneur de vous sou- 
haiter la bienvenue dans notre ville. 

» Nous en sommes d'autant plus heureux, que nous 
suivrons avec une attention toute particulière vos dis- 
cussions, qui, non seulement dans leur programme se 
rapportent à la science archéologique en général, mais 
comprennent de nombreux points relatifs à notre ville. 

» Je ne sais, Messieurs, si vous avez voulu quelque 
peu choyer notre amour de clocher, mais quoiqu'il en 
soit, nous vous en adressons tous nos remerciments. 

» J'espère, Messieurs, que le Congrès laissera parmi 
vous, comme pour nous, un sentiment réciproque de . 
bienveillance et de sympathie (Afpplaudissements) ». 

M. Denis, bourgmestre. — Mesdames et Messieurs, 
M. l’échevin Van de Walle désire vous adresser égale- 
ment quelques mots. 

M. VAN DE Warre, échevin. — Mesdames et Messieurs, 
en ma qualité d'échevin de l'instruction publique, spécia- 
lement chargé par mes collègues de tout ce qui concerne 
les arts et les sciences, je me joins à M. le Bourgmestre, 
pour vous souhaiter la bienvenue parmi nous. 

Nous saluons en vous les représentants les plus auto- 
risés et les plus éminents de cette science archéologique 
qui a fait dans les dernières années des progrès si rapides 
et dont l'importance devient de jour en jour plus incon- 
testable. Comme vous l’a dit M. le Bourgmestre, la ville 





— 121 — 


de Malines, avec ses vieux édifices, ses anciens palais, 
ses belles églises, d'une architecture si remarquable, avec 
ses nombreux vestiges du passé, offre un champ fertile à 
votre noble activité. 

Nous souhaitons que le séjour de notre ville vous soit 
agréable. 

Faut-il vous traduire les sentiments qui nous animent ? 
Nous nous intéressons vivement à vos travaux, nous 
avons vu avec une réelle satisfaction que parmi les 
questions — toutes de la plus haute importance — qui 
figurent à l’ordre du jour de votre Congrès, il en est plus 
d'une qui intéresse tout particulièrement Malines, son 
histoire, ses monuments, et nous tenons à vous le dire, 
Mesdames et Messieurs, combien nous sommes heureux 
de cette sollicitude pour la ville que nous avons l'honneur 
de représenter. 

Au nom du Conseil Communal, au nom de la popula- 
tion Malinoise toute entière, nous vous témoignons notre 
reconnaissance bien vive et bien sincère (Applaudisse- 
ments). 

Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur de boire à la 
santé des archéologues éminents ici réunis, et à la réus- 
site du Congrès auquel vous allez prendre part (Applau- 
dissements). 

Le vin d'honneur circule et on boit gaîment au succès 
de la XII" session de la Fédération Archéologique. A ce 
moment, la salle de l'hôtel de ville, où se presse une 
nombreuse assistance, présente un spectacle des plus 
animés. Vieux et jeunes archéologues sont heureux de se 
retrouver et ce ne sont que présentations et serrements 
de mains. Plusieurs sénateurs et représentants de la 
députation de Malines sont là. Nous y remarquons aussi 
M. le général Wauwermans et sa famille, M. Casati de 
Casatis, M. le professeur Hildebrand, M. le prince Pout- 
jatine, M. le colonel Bruylant, M. et M" Guerlin, M. le 
comte de Marsy, M. le baron de Maere, M. et M"° Sain- 


— 122 — 


tenoy, M. le comte EF. van der Straeten-Ponthoz, M. Jan 
ten Brink, M. le Chanoine Van den Gheyn, M. Schôfer, 
M. le comte de Ghellinck d'Elseghem, M. le baron de 
Loë, M. le baron Gillès de Pélichy, M. Henri Hymans, 
M. Clément Lyon, M. P. Bergmans, M. le comte Lair, 
M. Lagrange, M. Hubert, M. le commandant Hecq, 
M. A. Heins, M. T. de Raadt, M. Matthieu, M. le major 
et M"° de Cannart d'Hamale, M. et M" Daimeries, 
M. Cloquet, M"° Burls, M. le Sergeant de Monnecove, 
M. Guinard de Butteville, M. le comte de Hauteclocque, 
MM. F. Donnet, le baron Béthune, le docteur Jacques, 
l'abbé Cauchie, Delignières, Vayson, le Chanoine Mar- 
saux, de Villenoisy, Van Bastelaer, Doutriaux, Leite 
de Vasconcellos et bien d’autres notabilités du monde 
archéologique dont les noms nous échappent. 

A 11 1/2 heures, les Congressistes se réunissent pour 
l'assemblée générale d'ouverture, au théâtre communal. 


Séance solennelle d'ouverture du Congrès 


Le Comité du congrès de 1806, représenté par M. le 
baron de Maere et M. le Chanoine Van den Gheyn, 
respectivement Président et Secrétaire général, prend 
place au bureau. 

M. le baron DE MAERE. — Mesdames et Messieurs, 
en vertu des prescriptions des statuts fédéraux archéo- 
logiques, je suis appelé à l'honneur d'ouvrir la séance 
de ce jour, de remettre à mon successeur, l’honorable 
M. van Caster, la mission qui m'a été confiée l'année 
dernière, et aussi de soumettre à l'approbation des ora- 
teurs du dernier congrès, le compte-rendu des débats 
auxquels ils ont pris part, compte-rendu qui leur a été 
envoyé depuis six semaines. 

Un président, Messieurs, doit être l’esclave des tradi- 
tions. Il en résulte que je suis obligé de terminer cet 


— 123 — 


important congrès, en donnant la parole à M. Van den 
Gheyn. 

M. VAN DEN GHEYN. — Mesdames et Messieurs, c’est 
l'habitude de demander aux membres si le compte- 
rendu du Congrès passé leur est bien parvenu. 

Je crois devoir faire connaître que le deuxième volume 
du congrès, qui a paru le 27 du mois de juin, donc il y 
a un mois, n'a pas été remis à tous les Congressistes. 
A ma grande stupéfaction, j'ai appris que des libraires 
étrangers à la ville de Gand se sont permis de garder les 
volumes qui leur ont été adressés, et c'est ainsi qu'à Bru- 
xelles, je crois, les membres Congressistes n’ont reçu leur 
compte-rendu qu'il y a deux ou trois jours. 

Des Membres. — Hier! 

M. VAN DEN GHEYN. — Eh bien, Messieurs, vous le 


voyez bien, et je vous prie de ne pas en vouloir au 


Secrétaire général. Il y a quinze jours, j'ai été forcé 
d'agir envers ces Messieurs, sinon vous n’auriez pas encore 
reçu de si tôt le volume qui vous était destiné. 

Nous avons cru, Messieurs, prendre la voie la meil- 
leure, en adressant ce volume à un libraire, qui était 
chargé de les distribuer, et ce afin d'éviter les dégâts qui 
auraient pu se commettre à la poste. Malheureusement, 
vous savez que les meilleures volontés sont parfois 
décues. | 

Je vous prie donc, Messieurs, s’il y a encore des Con- 
gressistes qui n’ont pas reçu le deuxième volume, de 
me le faire savoir, afin que nous leur puissions donner 
immédiatement satisfaction. 

Je regrette, Messieurs, ne pouvoir rester au Congrès 
de Malines. J'y aurais certainement posé la question 
que voici : 

Au Congrès de Gand, M. Beernaert a pris l'engage- 
ment formel de vouloir bien user de son initiative par- 
lementaire pour donner suite aux désiderata si souvent 
exprimés et manifestés par les congrès de Belgique. 


Nous avons transmis aux Chambres et au pouvoir 
cxécutif de Belgique, ce qui a été arrêté dans la séance 
du lundi 5 août. Nous avons également rappelé à 
M. Beernaert, la promesse si obligeante qu'il avait bien 
voulu faire. | 

Evidemment, Messieurs, je ne fais pas ici le procès 
aux Chambres ni aux membres si dévoués qui, à Gand, 
ont voulu prendre la défense de nos intérêts; mais puis- 
que le Congrès archéologique se réunit de nouveau à 
Malines, je crois qu'il serait urgent de vouloir insister 
une fois de plus auprès de Monsieur Beernaert, pour 
qu'il donne suite à ces désiderata. 

Je demande donc que de nouvelles et pressantes dé- 
marches soient tentées à ce sujet, par le Congrès de 
Malines; je demande même d'exiger du Comité de ce : 
Congrès, de reprendre la cause de Gand et d'aller trou- 
ver M. Beernaert (Applaudissements). 

M. LE PRÉSIDENT. — Messieurs, quelqu'un deman- 
de-t-il la parole sur la proposition de l'honorable M. Van 
den Gheyn? L'assistance fait-elle siennes ces proposi- 
tions ? | 

De toutes parts. — Oui, oui. 

M. LE PRÉSIDENT. — Il est donc entendu que le Con- 
grès de Malines donnera les suites nécessaires à cette 
proposition. 

Je déclare maintenant le Congrès de Gand définitive- 
ment clos, et je prie l'honorable Chanoine M. van Caster, 
de vouloir ouvrir celui de Malines (Applaudissements). 

MM. le baron de Maere et le Chanoine Van den 
Gheyn cèdent le bureau au Comité organisateur du 
Congrès de Malines. 

Prennent place : MM. le Chanoine van Caster, prési- 
dent; le colonel Bruylant et le docteur Le Blus, con- 
seiller provincial, Vice-Présidents; L. Stroobant, Secré- 
taire général. 

Prennent aussi place au bureau : MM. le comte de 





— 125 — 


Marsy, le baron de Maere, Casati de Casatis, délégué du 
ministère des Beaux-Arts, de Paris, Hans Hildebrand, 
délégué du Gouvernement de Suède, M. H. Hymans et 
les membres du Comité organisateur. 


Discours inaugural de M. le Chanoine van Caster 
Président du Congrès 


MESSIEURS, 


Je suis sans doute le plus surpris de nous tous, en me 
voyant au fauteuil de la présidence. Lorsque l'an dernier 
Malines fut proposée pour la réunion du XII" congrès, 
nous ne voulions pas décliner cet honneur sans avoir 
" examiné si nous étions en état de réaliser ce que l'on 
serait en droit d'exiger de nous. Les statuts accordent 
un délai raisonnable dans ce but. Réflexion faite, nous 
avons cru pouvoir assumer la tâche, et nous avons fait 
de notre mieux pour la remplir. Vous jugerez si nous 
avons réussi. 

L'ordre du jour de cette séance d'ouverture porte : 
Discours inaugural du Président. J'avais trouvé cela un 
peu trop solennel; mais on m'a observé que l'usage le 
voulait ainsi. Je ne vous ferai pourtant pas de discours. 
Je me contenterai de vous dire quelques mots de notre 
bonne ville. 


Malines a un passé glorieux, et il lui reste des souve- 
nirs historiques qui méritent, à plus d’un point de vue, 
d'attirer l'attention des visiteurs intelligents, venus en si 
grand nombre pour assister à ce Congrès. Vous voudrez 
bien me permettre que tout simplement je vous signale 
les monuments qui attendent votre visite. 

Ces monuments sont des souvenirs, justement véné- 


— 126 — 


rables, parce qu'ils portent l'empreinte de leur passé. 
Les visites que vous leur ferez, vous seront, sans doute, 
une agréable distraction pendant les moments de liberté 
que vous laisseront les discussions sérieuses auxquelles 
vous allez vous livrer. 

C'est de la Malines d'autrefois que je veux vous entre- 
tenir. Elle était habitée par une population industrielle 
et commerçante, qui sût s'imposer des sacrifices pour éle- 
ver ces nombreux monuments civils et religieux dont 
quelques-uns se dressent encore devant nous avec une 
majesté que les siècles ont rendue plus respectable, tan- 
dis que d’autres n'offrent plus à nos regards que des 
murs en ruines, témoins de leur ancienne splendeur. 
Mais ces pierres crient, elles espèrent et attendent. 
Nous espérons àvec elles que vous voudrez bien pronon- 
cer, en leur faveur, un jugement favorable, pour que les 
autorités compétentes s'intéressent à leur sort, et nous 
aident à relever de leur état de délabrement les œuvres 
de nos grands architectes d'autrefois. 


* 
x * 


Les constructions anciennes sont nombreuses et fort 
variées. 

Le XIII° siècle nous a laissé un spécimen de nos for- 
tifications, la Haute-Porte, dite Nouvelle Porte de Bru- 
xelles. A cette époque Malines avait douze portes, dont 
sept grandes, d’où partaient les routes de communica- 
tion avec les villes voisines. La Haute-Porte est encore 
là toute fière dans sa majestueuse simplicité (je fais 
naturellement abstraction de la coiffure pyramidale que 
le dix-septième siècle lui a imposée). La vieille herse est 
toujours suspendue dans ses coulisses. Elle y dort d'un 
sommeil séculaire pour ne plus se réveiller. 

Puis, il y a le Grand-Pont dont la construction re- 
monte à 1250 au moins. Les injures du temps lui ont été 








127 — 


beaucoup moins désastreuses que les maladresses de 
ceux qui, en 1728, prétendaient le sauver d'une destruc- 
tion imminente. 

Et nos Halles méritent bien que j'attire sur elle votre 
attention. Elles ont succédé à d’autres, beaucoup plus 
anciennes, dont un seul pan de mur a survécu à tous les 
remaniements. Les halles de Malines sont une imitation 
de celles de Bruges. En 1317, notre magistrat fit quérir 
les plans de ces dernières. Ces plans servirent de guide 
pour la construction que l’on voulait élever ici, et furent 
suivis assez fidèlement. 

Nos halles, en effet, comme celles de Bruges, se com- 
posent de quatre corps de bâtiments entourant une cour 
quadrilatère, mais de moindre étendue. Il y a une dif- 
férence aussi dans les matériaux employés. A Bruges, 
on s’est servi de briques, tandis qu'à Malines, tout le 
revêtement extérieur des murs est en pierre. Nos halles 
devaient avoir aussi leur beffroi, mais cette construction 
a été arrêtée à hauteur du premier étage. La ruine de 
nos draperies en a empêché l'achèvement. 


Il nous reste plus de souvenirs du XV* siècle, mais 
peu d’entre eux attirent encore l'attention des passants. 
A cette série se rapporte une partie des bâtiments de 
l'hotel de ville, et la façade du local où nous sommes réu- 
nis en ce moment. Cette façade est l'unique reste du 
palais que le Magistrat de Malines fit bâtir, en 1480, 
pour Marguerite d'York, veuve du duc de Bourgogne, 
Charles le Téméraire, qui était venue se fixer ici après 
la mort de son époux. Cette habitation, plutôt bourgeoise 
que princière, abrita dans ses murs l’archiduc Philippe 
d'Autriche, qui y résida pendant dix ans. Ce prince y fit 
élever ses enfants parmi lesquels le jeune Charles, qui y 


— 128 — 


demeura jusqu'en 1515, et devint plus tard Charles- 
Quint. La résidence de souverains, commencée par 
Marguerite d'York, et continuée pendant un demi-siècle, 
jusqu'à la mort de Marguerite d'Autriche, avait fait de 
Malines la capitale des Pays-Bas. 


+ 


Le magistrat qui avait si bien abouti dans ses dé- 
marches, lorsqu'il s'était agi d'établir le siège du Parle- 
ment, mieux connu sous le nom de Grand-Conseil, fit 
des sacrifices extraordinaires pour offrir à la tante de 
Charles-Quint, une résidence digne d'elle. Marguerite, 
toute occupée de la construction de l’église de Brou, 
qu'elle faisait élever près Bourg-en-Bresse, d’après le 
désir de l'archiduc Philibert, son défunt mari, ne put 
contribuer elle-même que pour une part fort minime 
dans les dépenses. | 

Le bâtiment d'entrée de ce palais est la première 
construction de Renaissance élevée en Belgique. Je ne 
vais pas vous aligner des dates. Je vous dirai simple- 
ment que le Vieux Louvre ne fut bâti qu’en 1546, et 
que François 1“ n’a commencé le château de Chambord 
qu'en 1526; tandis que l'aile du palais que nous signa- 
lons date de 1517. 

Les comptes de la ville nous donnent avec un soin 
scrupuleux tous les détails désirables. Les dépenses faites 
pour le palais sont la plupart du temps mentionnées en 
chapitre spécial. Il n'y a pas à s'y tromper. Ces faits sont 
acquis à l’histoire depuis un quart de siècle (1). 

Ce beau palais, vous aurez l’occasion de l'étudier à 


(1) Het Keizers hof et het hof van Margareta van Oostenryck, door F. Steurs. 
Mechelen, 1870. 


Le 


4 


— 120 — 


l'aise, et de l'admirer — le comité organisateur du Con- 
grès a obtenu de la Députation permanente du Conseil 
provincial, la faveur d'y tenir les séances des Sec- 
tions, — vous y verrez d’un côté le style national, le vieil 
art qui se meurt, et de l'autre, l'art nouveau, la renais- 
sance du classique. 

Cette nouveauté était due sans doute à l'archiduchesse 
Marguerite, qui avait conservé de sa résidence en Savoie, 
aux. portes d'Italie, des souvenirs artistiques qu'elle cher- 
chait à réaliser ici. Elle trouva dans Rombaut Kelder- 
mans, un artiste hors ligne, le plus grand architecte de 
nos provinces à cette époque. Je n'exagère pas; c'est bien 
à lui que nous devons la plupart des anciens monuments 
de Malines, et nous pouvons ajouter avec une légitime 
fierté, un grand nombre de constructions remarquables 
de la Belgique. Ne lui doit-on pas, en effet, l’ancienne 


Cour de Bruxelles, l'hôtel de ville de Gand, la flèche de 


la tour d'Anvers, la tour de Zierickzée, et enfin le projet 
d'achèvement de l'incomparable tour de Saint-Rombaut ? 
Il était connu et consulté partout. Tous les monuments - 
de la dernière époque ogivale, ici et ailleurs dans le pays, 
se ressentent de son coup de crayon. Il les a au moins 
inspirés, et souvent aidé à les construire. On reconnait 
facilement ses œuvres. C'est l'exagération et le fouillé 
des détails et de l'ornementation. Il oubliait la nature 
de la pierre, et la modelait pour ainsi dire, afin de lui 
donner les formes ogivales les plus variées. Chose éton- 
nante, c’est pendant ce même temps qu'il élève le palais 
de la gouvernante. Il y bâtit simultanément une aile 
dans son style à lui, et une autre d'après le goût nouveau. 
Et dans cette dernière encore (nous voulons parler du 
bâtiment d'entrée), on voit très bien l'influence des tra- 
ditions ogivales. Keldermans, qui était si pénétré de cet 
art ancien, a su admirablement le fusionner avec l'art - 
nouveau. En le faisant, il s'est plié sans doute aux désirs. 
de la princesse, car en 1529, nous le voyons produire le 


9 


— 130 — 


modèle du nouveau palais que la Ville voulait bâtir pour 
le Grand Conseil. On préférait ici le vieux style, qui était 
du reste plus conforme au goût de Keldermans lui-même. 
Le dessin original du maître, exécuté sur parchemin, est 
conservé aux archives de la ville. Ce palais, élevé sur une 
aile des Halles, avait sa façade soutenue par une rangée 
d'arcades. Les trumeaux étaient couverts de faisceaux 
de moulures, et les allèges décorées d'une dentelle de 
pierre entourant gracieusement des médaillons aux eff- 
gies des souverains. Du côté de la place devait se dresser 
une façade à pignon, avec portique et balcon sur toute 
sa largeur. La construction a été arrêtée aux croisiflons 
des fenêtres. Les difficultés du temps sont venues l'inter- 
rompre, et elle est là depuis près de quatre siècles, 
attendant qu'on veuille la relever de ses ruines. 


C'est à ce même maître, Rombaut Keldermans, que 
nous devons le plan dela flèche qui doit couronner la 
tour de notre église métropolitaine. Le plan, publié il y 
a un demi-siècle, comme étant celui de Sainte-Waudru 
de Mons, est bien celui de notre monument. Après les 
études comparatives faites par des hommes compétents, 
cette question pourrait difficilement être mise en doute. 
Mais 1l en est une autre plus importante que je ne veux 
toucher qu'incidemment, c'est celle de l'achèvement de 
notre tour. Et pourquoi donc ne pourrait-on pas parfaire 
cette belle œuvre? Il semble que pour un bon architecte 
la conception d'un plan et la réalisation de celui-ci, sont 
si intimement liées, qu'il ne saurait y avoir de doute 
dans le cas qui nous occupe. Keldermans était un con- 
structeur expérimenté, il connaissait son art à fond; et 
s'il a conçu la belle-flèche destinée à couronner l’œuvre 
commencée par ses prédécesseurs, il a dû apprécier les 





— II — 


moyens pratiques de l’exécution. La question est inscrite 
à notre programme, et elle attend l'avis des spécialistes 
qui voudront bien s'en occuper à la III”* section. 

Je passe à l’église. Comme la plupart des monuments 
religieux, elle est l’œuvre de plusieurs générations, mais 
les dernières venues ont, ici comme ailleurs, porté une 
main dévastatrice sur les souvenirs des ancêtres. L'église 
proprement dite, c’est-à-dire les trois nefs avec les tran- 
septs, était terminée vers 1250. C'est la partie la plus 
ancienne, car il ne reste pas de trace de la première 
église construite par S. Rumold lui-même; mais c'est 
aussi celle qui a le plus souffert, d'abord de l'incendie 
de 1342, et ensuite du mauvais goût qui a gâté tous nos 
édifices religieux au dix-huitième siècle. Lorsqu'il fallut 
faire les préparatifs du jubilé millénaire de S. Rumold, 
notre apôtre et notre premier père dans la foi catholique 
romaine, on fit, en 1774, une œuvre de destruction, dont 
nous avons encore à déplorer les suites. Les chapiteaux 
des colonnes furent couverts de sculptures en bois blanc, 
et les murs décorés de festons. Des cariatides symboli- 
sant les vertus, des cartouches et d'autres ornements dans 
le style de l'époque, avaient transformé la grande nef et 
l’avaient rendue méconnaissable. Un revirement s'opéra 
en 1850. Une restauration intérieure fut résolue. La 
bonne volonté y était sans doute, mais la science faisait 
encore défaut. L'ancien crépi fut remplacé par un nou- 
veau, plus épais; et pour donner à la nef une décoration 
plus en harmonie avec celle du chœur, on couvrit les 
crochets des chapiteaux de choux frisés en plâtre. Au- 
jourd’hui, les crimes de ce genre ne se commettraient 
plus. . | 

Les œuvres d'art n’abondent pas à Saint-Rombaut. 
Quelques triptyques estimés, dont trois de Michel Coxie, 
le Raphaël flamand, provenant d'autels d'anciennes cor- 
porations, et un beau tableau de Van Dyck, en font 
toute la richesse. 





— 132 — 


Un mot pour l'église de Notre-Dame au-delà de la 
Dyle. C'est un monument à grandes proportions, bâti 
au XV": siècle. Le chœur fut commencé en 1500, mais 
l'abside n'y fut ajoutée que 150 ans plus tard. Cette 
partie de la construction est fort médiocre. Dans cette 
église se trouve le fameux triptyque de la pêche mira- 
culeuse, peint en 1618, par Rubens, pour la corporation 
des Poissonniers. 

On conserve dans l'église des saints Jean-Baptiste et 
Jean l'Evangéliste, un autre triptyque du même maitre, 
l'adoration des Mages. Il fut peint pour le maitre-autel, 
en 1616, pour la somme de 1800 florins. Tout le travail 
est de Rubens lui-même. On conserve à la sacristie, la 
quittance originale écrite de sa main. S'il y a signalé 
cette particularité, c'est qu'il lui arrivait assez rarement 
de peindre entièrement lui-même ses tableaux. Quant à 
la valeur de l'œuvre, l’histoire rapporte que Rubens avait 
coutume de dire aux amateurs, et aux artistes qui lui 
parlaient de ses peintures : « Avez-vous vu mon adora- 
tion des Mages à Malines? » 

L'église Sainte-Cathérine est un charmant modèle 
d'église paroissiale, avec sa tour au centre, et sa chapelle 
des fonts baptismaux faisant saillie sur la façade. Les 
fenêtres hautes, autrefois en forme de roues, symboli- 
saient l'instrument du martyre de la patronne. La res- 
tauration de ce petit monument, commencée il y a peu 
de temps, permet déjà de se faire idée de ce qu'il sera 
plus tard. 

Voilà pour nos églises en style ogival. Le XVII" siècle 
en a vu construire trois en style de Renaissance.’ La 
première est celle du Béguinage; importante par ses 
dimensions, mais fort simple. C'est du dessin linéaire 
sans autres ornements que les chapiteaux corinthiens des 
pilastres de ‘la grande nef. La deuxième église est celle 





— 133 — 


des saints Pierre et Paul. Elle est à trois nefs sans claire 
voie. L'architecte n'a pas été heureux dans le plan de la 
facade, où l’entablement du grand ordre corinthien est 
maladroitement interrompu par une fenêtre. L'attique, 
qui forme le pignon de la façade, construit beaucoup plus 
tard, est fort médiocre. | 

Je termine mon aperçu sur les églises par le sanctuaire 
de Notre-Dame d'Hanswyck. Le plan est de Fayd’herbe, 
sculpteur, élève et ami intime de Rubens. Il vécut pen- 
dant trois ans dans la maison de son maître, et fut un 
véritable Rubens dans son art à lui. Mais comme son 
maître aussi, il n'avait pas les connaissances indispen- 
sables pour être bon architecte. Autre chose, en effet, est 
dessiner de l'architecture, autre chose, l’exécuter. N'en 
avons-nous pas encore journellement des preuves dans 
les édifices publics comme dans les constructions privées? 
A Hanswyck, Fayd'herbe n'a pas été à la hauteur, quand 
il s'est agi de réaliser le plan qu'il avait conçu. Les 
supports sont trop faibles, et malgré les renforcements 
de la maçonnerie, et les ancrages, il n’a pu terminer son 
œuvre. D'après son plan, il fallait encore un étage en 
attique au-dessus du tambour existant. Mais les colonnes 
qui portent déjà si péniblement le dôme actuel, auraient 
fléchi sous cette nouvelle charge. Malgré cela, l'effet de 
ce dôme élevé de 34 mètres est saisissant pour le specta- 
teur qui n'analyse point. Les deux immenses haut-reliefs 
de la Nativité et du Portement de croix, qué Fayd'herbe 
a imaginés pour masquer en partie les défauts de sa 
construction, décorent si bien l'intérieur du dôme, qu’on 
Pa cru parfois fait pour eux. 


* 
« * 


J1 me faut encore signaler les habitations privées. 
Les personnages attachés au parlement avaient de 
splendides résidences, dont les hôtels d'Hoogstraeten et 


— 134 — 


de Busleyden donnaient une parfaite idée. Il ne reste du 
premier que la tourelle mutilée, mais le second, affecté 
depuis 1620 au service de Mont-de-Piété, est conservé 
dans son entier. Il fut élevé en 1503, et comprend trois 
ailes de bâtiments. La façade donnant sur le jardin a, au 
rez-de-chaussée et à l'étage, une galerie à colonnade. 
Un des appartements est décoré de peintures murales 
attribuées à Mabuse. 

Je passe aux maisons. Nous en avons déjà vu détruire 
beaucoup; mais le nombre de celles qui nous restent est 
peut-être plus grand que dans bien d'autres villes, et 
incontestablement plus varié. 

Ainsi, la Grand’ Place est décorée de plusieurs façades 
fort intéressantes, parmi lesquelles de très anciennes. 
Quelques pignons ont été restaurés avec intelligence, 
dans ces derniers temps. 

Et les quais? C'est là qu'était la vie autrefois. Le Quai 
au sel, et le Quai aux avoines. Deux noms qui rappellent 
de grands privilèges accordés à notre ville, et que jalou- 
saient fort les commerçants d’une cité voisine. La faveur 
de la vente de poisson, sel et avoine se trouva confirmée 
par les souverains à diverses reprises; et à leur inaugu- 
ration, ils juraient de la maintenir. Les quais, bien ani- 
més autrefois, ne le sont plus autant de nos jours, mais 
ils ont conservé assez de façades remarquables en styles 
divers, qui témoignent du bon goût et de l’aisance dont 
jouissaient ceux qui les firent élever. Les poissonniers, 
qui formaient une des plus importantes corporations, 
bâtirent, en 1530, la nouvelle façade du Saumon. Les 
divers étages sont décorés d'ordres différents. On y a 
suivi la disposition adoptée par l'architecte du Colysée 
de Rome. Les trumeaux sont décorés de demi-colonnes 
doriques au rez-de-chaussée, ioniques au premier étage, 
et composites, un peu fantaisistes, au second. Au Colysée, 
les chapiteaux du second étage sont corinthiens. La dif- 
férence de ce petit détail est négligeable. 





— 135 — 


Les colonnes des étages sont portées en surplomb, par 
de gracieuses consoles, et les tympans des arcades qui 
supportent les entablements, sont décorés de sculptures. 
Cette riche façade, entièrement en pierre, fut restaurée 
et peinte vers 1850. Tout près du Saumon se trouve une 
maifon, bâtie au XVII” siècle. Les bossages qui coupent 
les moulures des arcades, dispositions qu'affectionnait 
beaucoup Luc Fayd'Herbe et que l'on retrouve dans 
toutes ses ceuvres, permettent de supposer que le plan de 
cette bâtise est dû à cet artiste. J'ajouterai à l'appui de 
cette hypothèse, que des membres de la famille Fayd’- 
herbe ont habité cette maison jusqu'au commencement 
du XIX"° siècle. | 

Au XV”: siècle s'était introduit l'usage des maisons en 
bois. Celles dont les façades regardaient le nord ont été 
le mieux conservées. Je me rappelle encore l'époque où 


les propriétaires de ces maisons recevaient 200 frs de 


subside pour les démolir. L'appât de ce petit gain en a 
fait détruire un grand nombre; mais il nous en reste 
quelques-unes, parmi lesquelles la maison vulgairement 
dite des diables. Les consoles en forme de satyres, qui 
portent l'étage en surplomb, lont fait nommer ainsi 
par te peuple. 

Les pignons du XVII” siècle abondent encore. Ils 
étaient fort nombreux aux Bailles de fer; mais quelques- 
uns ont été sacrifiés dans les dernières années, par le 
mauvais goût des propriétaires. Les croisillons des 
fenêtres et les petites vitres gênaient leur curiosité. Les 
plus anciens de ces pignons sont garnis d'enroulements 
entrecoupés parfois d'un gradin. 

Ceux de la seconde moitié du siècle sont d'une aliure 
plus libre, mais aussi moins rationnelle. Ils dépassent 
démesurément la charpente du toit, et l'on a été sou- 
vent obligé de les relier à celle-ci, pour les empêcher 
de perdre leur aplomb et de se précipiter sur les 
passants. 





— 136 — 


Le nombre des façades élevées pendant le XVIII” 
siècle est extraordinaire. On n'en construisit pas moins 
de cent trente, de 1771 à 1775. Cette dernière année était 
celle du millénaire du martyre de saint Rumold. 


* 
+ * 


Vous voyez donc que l'art à la rue n'est pas précisé- 
ment une nouveauté, puisque nos aïeux l'ont exercé 
pendant plusieurs siècles, si bien et si solidement que 
leurs œuvres existent encore. 

Mais l'élan que nous venons de signaler fut arrêté 
bientôt par la révolution française. Les Républicains, 
qui prétendaient tout sauver dans notre pays, ne sont 
parvenus qu'à faire des ruines, et n’ont jamais pu rem- 
placer ce qu'ils avaient détruit. Il s'en suivit, pour l'art 
en général, une période de langueur qui dura longtemps. 
Aujourd’hui, on cherche à mieux faire, on ne se contente 
plus de façades rectangulaires avec portes et fenêtres de 
la même forme, prétentieusement décorées de moulages 
en plâtre ou en ciment. Nous louons fort les architectes 
d'être entrés dans cette voie nouvelle, et nous faisons des 
vœux pour que leurs efforts soient couronnés de succès 
persévêrants. 

Il en sera ainsi, s'ils ne négligent pas la logigue pour 
suivre exclusivement la fantaisie. Qui a des droits, a 
aussi des devoirs. L'art à la rue est peut-être vinculé plus 
que tout autre, parce qu'il doit tenir compte du climat. 
Et s'il le néglige, il aura à lutter avec un adversaire qui 
lui fera payer son étourderie, par la destruction de son 
œuvre à bref délai. 

Mais ce n'est pas le moment de faire de la didactique. 
J'ai voulu, comme je l'ai dit en commençant, vous 
donner une idée de notre ville et de ses monuments. 
J'ai déjà trop longtemps peut-être abusé de votre pa- 
tience. Et pourtant, j'ai encore un petit mot à ajouter. Il 











— 137 — 


a trait au programme, dont quelques points ont pu 
paraitre dictés par esprit de clocher. Eh bien, oui; 
pourquoi ne pas avouer cela? S'il y a faute, elle sera déjà, 
d'après le proverbe, à moitié pardonnée par mon aveu. 
Et puis, je l'espère du moins, la raison que je vais vous 
donner, nous fera pardonner l'autre moitié. Il me semble 
très raisonnable de traiter sur place les questions locales. 
Je pense même que cela vaut mieux, parce que les 
étrangers peuvent plus facilement s'en rendre compte, et 
prendre part aux débats qu'elles pourraient susciter. Je 
suis sûr que vous ne nous en voudrez point d’avoir 
recours à vos talents, et de vous demander avis et 
conseil sur toutes ces questions, qui sont pour nous du 
plus grand intérêt. 

Je termine en vous souhaitant cordialement la bien- 
venue parmi nous. 

Cette éloquente allocution est vivement applaudie. 

M. le Chanoine van CASTER, président. — La pa- 
role est à M. L. Stroobant, secrétaire général du 
Congrès. 

M. L. STROOBANT, secrétaire général. — Mesdames et 
Messieurs, le point suivant de l'ordre du jour de cette 
séance consiste dans la désignation de ceux d’entre vous 
appelés à faire partie des bureaux. 

Voici les noms que nous avons l'honneur de proposer 
à vos suffrages, ensuite de la réunion préparatoire des 
délégués, tenue ce matin. 

Le Secrétaire général donne lecture de la liste ci- 
dessus. 

Ces candidatures sont adoptées par acclamation. 

M. L. STRoOoBANT, secrétaire général, fait ensuite 
connaître que les adhérents du Congrès, dont les noms 
suivent, s'excusent de ne pouvoir assister à la séance 
d'ouverture : MM. le R. P. De Smet, C. Bamps, L. Ger- 
main de Maidy, l'abbé Pattyn, Depoin, Victor Bouton, 
A. Vorsterman-Van Oyen, Gallois, Dewalque, E. Van 


— 138 — 


Overloop, Joseph Nève, A. de Behault de Dornon, 
L. De Smeth, EE. de la Roche Marchiennes, De Maes- 
schalck, Houzeau de Lehaye, C** Goblet d'Alviella. 

Le Secrétaire général dépose une longue liste de tra- 
vaux archéologiques et historiques, offerts au Congrès, 
par leurs auteurs, et propose de voter des remercîments 
aux donateurs {Afpplaudissements). 

Il fait connaître que M. Paul Hankar remplacera 
M. Plisnier, comme délégué suppléant de la société d’ar- 
chéologie de Bruxelles. 

Il informe les adhérents que le guide de Malines, qui 
leur est offert, sera distribué immédiatement après la 
séance, au Palais de Justice, où un bureau de renseigne- 
ments se trouve établi en permanence, pendant toute la 
durée du Congrès. Le 2"* fascicule des documents com- 
prenant la notice sur Lierre, la liste des sociétés fédé- 
rées, des délégués et des adhérents, le programme de 
l'audition de musique ancienne et du concert de carillon 
s'y trouvera également à leur disposition, de même que 
les cartes pour le banquet. 

M. le Secrétaire général termine la séance en faisant 
connaître le programme de la journée. La visite des 
monuments de la ville devant commencer par la Grand’ 
place, il propose à l'assemblée de se réunir au musée 
communal (Marques d'adhésion). 

La séance est levée à midi 30. 


Visite du Musée 


Bien avant 3 heures, les salles du musée communal 
sont bondées de Congressistes, curieux de cóntempler 
les souvenirs locaux. Tous sont porteurs du guide de 
Malines, qui leur a été distribué le matin, par les soins 
du bureau. Ce charmant petit volume, qui sort des presses 
des frères Godenne, de Malines, comprend. 55 pages de 





— 139 — 


texte, 40 phototypies et un plan de la ville, Il obtient le 
plus vif succès, et chacun félicite l’auteur qui n'est autre 
que le Président du Congrès, M. le Chanoine van Caster. 
Celui-ci, ainsi que d'autres Membres du Cercle archéo- 
logique de Malines, servent de cicérone aux étrangers, et 
passent en revue les nombreux souvenirs de nos anciennes 
gildes, dont les magnifiques torchères sont surtout ad- 
mirées. Vif succès également pour la très intéressante 
collection de cuivres gravés, par Joseph Hunin, de 
Malines, l’importante série des anciens poids et mesures 
types en bronze, et les collections d’estampes relatives 
aux jubilés célèbres de S. Rombaut. Le musée lapidaire, 
ainsi que les magnifiques portraits des anciens chefs des 
gildes, excitent aussi une vive admiration. 

Le Musée fut créé en 1844. Les divers objets offrant 
un intérêt historique ou artistique, conservés dans dif- 
férents bâtiments communaux, furent réunis d’abord à 
l’hospice St-Julien, puis à celui de Ste-Barbe et, enfin, 
en 1846, à l’ancienne maison échevinale. Les collections 
s'enrichirent successivement par des acquisitions de tout 
genre et aussi par des dons particuliers. Le bâtiment qui 
les abritrait ayant reçu une autre destination, le musée 
fut transféré aux Halles, au mois de mars de cette année 
1897. Il comprend deux sections; la première est celle 
des objets d'art ou d'industrie qui ont rapport à l’histoire 
de la Ville ou qui sont œuvres de Malinois. Les objets 
n'ayant ni l’une ni l’autre de ces qualités, forment la 
secondé section. 

Les objets de la première section sont exposés dans 
plusieurs salles, dont la première et la principale était 
connue jusqu’à ce jour, sous la dénomination de Salle des 
Géants, parce qu'elle servait autrefois de résidence à la 
famille des Géants, qui figurent dans nos cavalcades 
depuis quatre siècles. Elle est devenue la salle des por- 
traits. On y voit ceux des archevêques : Antoine Perre- 
not, cardinal de Granvelle (1559-1583), Jean Hauchin 


(1583-1589), Jean van Wachtendonck (1667), Humbert 
Guillaume de Précipiano (1690-1711), et Thomas-Phi- 
lippe de Bossu, cardinal d'Alsace (1719-1759); de Grand- 
maîtres de l’ancien ordre Teutonique et de Comman- 
deurs de Pitsembourg, maison du même ordre à Malines, 
de Chef-hommes, sous-chefs et membres des Gildes et 
des Corporations. Parmi ces tableaux, tous intéressants 
pour l’histoire de la Ville, 1l s'en trouve plusieurs qui ne 
manquent pas de valeur artistique. Dans cette même 
salle, se trouvent les torchères des anciens métiers des 
Forgerons (1645), des Maçons (1651) et des Brouetteurs 
(1791). 

Dans la deuxième salle, se trouvent cinq toiles à la 
détrempe, figurant des séances du Grand Conseil : en 
1474, 1593 et 1616, présidées respectivement par Charles- 
le-Téméraire, Philippe-le-Beau et les archiducs Albert et 
Isabelle, l'ancienne potence, le pilori, le cheval d'expo- 
sition, des carcans et des menottes. La même salle ren- 
ferme encore une ancienne cheminée provenant du palais 
de Marguerite d’York, bâti en 1480, de nombreuses 
sculptures en pierre, telles que : gargouilles, chapiteaux, 
fleurons et autres ornements, provenant de l'église mé- 
tropolitaine, des enseignes de maisons, etc. 

Dans les salles II] à VII, situées à l'étage, sont expo- 
sées les œuvres d'artistes Malinois et les portraits mo- 
delés ou peints de plusieurs d’entre eux, les types en 
bronze des anciennes mesures, coulées en 1573, par 
Pierre van den Gheyn, les types des poids officiels da- 
tant de 1664, les poinçons de l’ancienne Draperie et 
ceux des orfèvres; quelques tableaux historiques assez 
originaux, tels que : le Siège de Neuss, où les Gildes 
de Malines se distinguèrent particulièrement par leur 
bravoure, que Charles-le-Téméraire donna à leurs mem- 
bres le privilège d’un insigne particulier, à fixer sur la 
manche de leur tabbart, et la Délivrance de Lierre par 
les Malinois, en 1596; une collection de dentelles en 





— 41 — 
point de Malines, des planches en cuivre, gravées, et 
une quantité d'objets en étain et autres produits d'an- 
ciennes industries locales. 

La huitième salle sert aux réunions du Cercle Archéo- 
logique de Malines. Les visiteurs du musée y ont accès. 

La deuxième section, comprenant les objets d'art : 
tableaux, sculptures et dessins, qui n'ont pas rapport à 
l'histoire locale, occupe les salles IX et X. 


Les Halles 


Une première halle avait été construite’au XIII‘ siècle. 

Il n'en existe plus qu’un pan de mur. Devenue insuffi- 
sante dès le commencement du siècle suivant, le Ma- 
gistrat résolut de construire des Halles spacieuses. 
L'amman et un des 

Maîtres des Halls 

furent envoyés à 

Bruges, en 1320, 

pour y examiner les 

Halles et en rappor- 

ter les plans. Ces 

plans devaient se1- 

vir de guide pour 

la construction pro- 

jetée. Les Halles 

de Malines, comme 

celles de Bruges, 

comprennentquatre 

ailes de bâtiments 

disposés autourd’un 

préau. Le beffroi, 

qui devait s'élever 

au milieu de la façade principale, n'est terminé que 
jusqu'au premier étage. Il est couvert d'un toit pyrami- 
dal, flanqué de deux tourelles octogones, auxquelles les 


— 142 — 
encorbellements des échauguettes primitives servent de 
base. 

Sur l'aile du bâtiment longeant la rue de Befferen, 
fut commencée, en 
1529, la construc- 
tion du palais des- 
tinéau Grand Con- 
seil. Ce splendide 
monument est de- 
meuré inachevé. 
Les travaux, pous- 
sés d’abord avec 
assez d'activité, fu- 
rent interrompus à 
cause des troubles 
politiques et, plus 
tard, on ne songea 
plus à les repren- 
dre. Le plan origi- 
nal sur parchemin 
estconservéauxar- . 
chives de la Ville, 
Il coûta 4 livres, 
dont 2 1/2 pour 
l'auteur Rombaut 
Keldermans, et 1 
1/2 pour son neveu 
Laurent, qui tra- 
vaillait sous ses or- 
dres. Les comptes 
de la Ville nous 
apprennent cette | 
particularité : Item gegeven meester Romont Keldermans, voer 
zyn moyte van d' beworpe van der hallen, ij L. xs. Ende Lau- 
reysen Keldermans (sic) voer zynen arbeyt xxx s. samen ij L. 
Nous donnons ci-dessus une phototypie de ce plan. 


‘ — 143 — 
Grand’ place 


On passe ensuite à la Grand’ place, fort intéressante 
par le grand nombre de façades de diverses époques que 
Fon y trouve en- 
core. Le Pavillon 
Belgeet La Grue, 
du côté nord, et 
une ancienne ha- 
bitation de phar- 
macien, du côté 
sud. Cette der- 
nière est décorée 
de bas-reliefs. Au 
pignon se trou- 
vent ces inscrip- 
tions : « MEDCI- 

NA (sic) SANI- 
TATIS CON- 
SERVATRIX 
— MEDCINA 
MORBORVM 
CVRATRIX. » 

A l'est se trou- 
vent les Halles, 
quenous venons de visiter, et du côté opposé, quelques 
pignons récemment restaurés. 

Au milieu de la place, on remarque un cadran en pierre 
blanche, de dimension colossale. C'est un fac-similé des 
cadrans de la tour de Saint-Rombaut. 


Hôtel de ville (ancien Beyaert) 


L'hôtel de ville actuel se compose de plusieurs bâti- 
ments, dont le plus ancien, comprenant le vestibule, 
date du commencement du XIV" siècle, Le Magistrat 


de Malines en fit l'acquisition en 1383, et y tint ses 
séances; mais le Large Conseil s'assemblait à la maison 
échevinale, bâtie en 1374, et cédée au Grand Conseil, 
un siècle plus tard. 

Le Beyaert fut entièrement transformé en 1715. Les 
nombreuses fenêtres du toit disparurent, pour faire place 
à une énorme corniche. Celles de la façade perdirent, 
avec leurs croisillons, leurs vieux châssis à petites vitres 
plombées. On les décora de faux balcons et de volets à 
jalousies. 

Dans le vestibule se trouvent les statues en pierre de 
Luc Fayd'herbe, par Joseph de Bay, de Michel Coxie, 
par Louis Royer, et de Cyprien Rore, par Louis Groo 
taers. Un escalier à double rampe donne accès à l'an- 
cienne Vierschaere, où l'Ecoutête rendait justice. 

Quelques marches mènent de là à une suite de trois 
salons. Dans celui du milieu se trouve un petit triptyque, 
fait pous la Ville, en 1517, par Jean van Battele. Au 
panneau central est représenté Charles-Quint, en cos- 
tume impérial, et entouré d'un cercle de blasons. Les 
volets sont également couverts d’armoiries. Une inscrip- 
tion rappelle les nombreux titres du jeune souverain. La 
cheminée est décorée de sculptures. Au milieu se trouvent 
les armoiries de Malines, avec la devise In fide constans. 
Aux deux côtés sont des emblêmes chargés de bande- 
lettes, sur lesquelles on lit : Magnificentia, Bellum, Sapien- 
tia, Fortitudo, Pax, Magnanumitas. 

Les murs du dernier salon sont couverts de lambris 
en bois peint et doré. Le plafond est orné de peintures ; 
on y voit des génies supportant les sceaux des souverains 
qui accordèrent des privilèges à la Ville, et tenant une 
banderole avec légende. 

Près de la Vierschaere se trouve l'ancienne chapelle où 
le Magistrat assistait à la Messe, avant d'entrer en séance. 
Le privilège de la Messe avait été accordé en 1380, par 
Gérard de Dainville, évêque de Cambrai. Sous la cha- 





— 145 — 


pelle existe une place voûtée qui a servi au dépôt des 
archives communales, jusqu’à leur transfert au Vieux 
Palais, en 1897. 


Marché aux Souliers 


Au Marché aux Souliers, contigu à la Grand’ place, on 
remarque deux maisons du XVII” siècle. Elles offrent 
cette particularité, d’avoir plus d'un étage; fort peu de 
maisons de cette époque ont cette 
disposition. Leurs façades sont 
bâties aussi en surplomb, sur ar- 
cades portées par des consoles. La 
maison qui fait l'angle du Marché 
aux Souliers et de la Grand’place, 
appelée Suikerhuis, date de 1716. 

C'est là que naquit le peintre de genre, Aloys Hunin, le 
8 décembre 1808. 


Vieux Palais 


(ancienne maison échevinale, actuellement Dépôt des Archives) 


La Maison échevinale, Schepen huys, fut bâtie en 1374. 
Elle est isolée de trois côtés. La facade qui regarde 
la Place de la Boucherie a deux pignons à gradins, au 
bas desquels se trouvaient primitivement des tourelles, 
bâties en encorbellement, et reliées par un chemin de 
ronde qui passait également au pied des versants exté- 
rieurs des combles. Les faces du bâtiment étaient autre- 
fois décorées de niches à dais, placées entre les fenêtres 
de l'étage. Un grand perron couvert donnait accès à 
l'entrée. 

Le Grand Conseil, institué en 1474, fut installé dans 
la Maison échevinale, qui reçut dès lors le nom de 
Palais du Conseil; et lorsque celui-ci eût été transféré, 
en 1618, dans l’ancienne demeure de Marguerite d'Au- 


10 


— 146 — 


triche, la Maison échevinale conserva le nom de Vieux 
Palais. 

En 1654, on y tint la première séance de la Chambre, 
mi-partie composée des envoyés de l'Espagne et de la 
Hollande, chargés de veiller à l'exécution du traité de 
Munster. Les réunions de cette Chambre se prolongèrent 
jusqu'en 1667. 

Les Arquebusiers obtinrent alors l'usage du bâtiment 
délaissé, mais la salle du rez-de-thaussée fut réservée 
aux représentations dramatiques de la société littéraire 
La Pivoine. 

En 1791, on logea au Vieux Palais, les dragons du 
régiment de la Tour, qui dé- 
coupèrent les cuirs dorés de la 
salle des Arquebusiers, et bri- 
sèrent les meubles. Les soldats 
français complétèrent la des- 
truction en 1793. 

L'académie de dessin et de 
sculpture en occupa les locaux 
jusqu'en 1846. On y installa 
alors le Musée, commencé en 
1844, à l'hospice Saint-Julien, et transféré peu après 
dans l'ancienne chapelle de l'hospice Sainte-Barbe. Les 
collections du Musée furent conservées au Vieux Palais 
pendant un demi-siècle. Au mois de mars 1897, elles 
furent transférées aux Halles, pour faire place au dépôt 
des Archives communales et à la bibliothèque de la Ville. 


Archives Communales 


Aux archives, où se rendent ensuite les Congressistes, 
chacun veut voir le célèbre manuscrit ayant appartenu à 
Marguerite d'Autriche. C'est un graduel composé par le 
musicien flamand, Pierre de la Rue. Ses enluminures 
splendides sont attribuées à l'école de Mabuse. 


OTE 


— 147 — 

Nos archives sont des plus importantes. M. Victor 
Hermans, préposé à leur garde depuis 1870, en a fait un. 
classement nouveau et complet, et un catalogue qui 
forme le VIII‘ tome de l’Znventaire des archives de la ville 
de Malines. Ce catalogue, très détaillé, est d’une utilité 
incomparable pour les amateurs, auxquels il épargne des 
recherches inutiles, en leur permettant d’avoir de suite 
sous la main les documents relatifs à l'objet de leurs 
investigations. 

Une série de trois mille registres de formats divers, et 
d'une conservation admirable, se divise en plusieurs 
collections, dont la première, celle des Chartes, est appe- 
lée par Gachard, unique en son genre, au inoins en Belgique. 
Elle se compose de six volumes en parchemin, dans 
lesquels sont transcrits un grand nombre de documents, 
datant de la première moitié du XIII” siècle, jusqu’en 
1702. Après chaque document se trouve figuré le sceau 
appendu à l'original, tel quel. C'est par les soins de 
l’archiviste Daniël-François Cuypers, que ce travail a été 
exécuté aux frais de la ville. Chaque copie de document 
a été revue par l'archiviste susdit, et authentiqué par 
lui. Les Comptes de la ville, de 1311 à 1792, compris 
dans quatre cent soixante-six registres in-folio, offrent 
une lacune de quatorze années, non successives, au XIV”: 
siècle, et une au XV", Quarante livres de Caisse, de 
1572 à 1703, font suite aux Comptes. Nous . pensons 
qu'aucune ville ne possède une collection aussi com- 
plète. Les ordonnances, résolutions, correspondances, 
etc., du Magistrat, sont renfermés dans deux cent et onze 
volumes. Il y en a cent quarante-trois relatifs aux Mé- 
tiers, Gildes et Chambres de Rhétorique. Lés actes de 
mutations de propriétés forment une série de quatre cent 
douze registres, Goedenisboeken, commencée en 1345 et 
terminée en 1796. La dernière moitié de ces volumes a 
une double table alphabétique, contenant les noms des 
vendeurs et celle des acquéreurs. Dans les autres, la liste 


— 148 — 


des noms des vendeurs ne figure point. Vient ensuite la 
Chambre pupillaire, comprenant les états des biens des 
mineurs, de 1510 à 1805, et tout ce qui concernait leur 
administration; documents parfois importants, et très 
intéressants sous plus d'un rapport, conservés dans deux 
cent quarante-six volumes. Une collection de cinq cent 
soixante registres nous fait connaître l'exercice de la jus- 
tice depuis 1421, par les diverses juridictions : Echevins, 
Commune-maistres, Ecoutête, Doyen des Drapiers, Pension- 
naires, Parlement et Grand Conseil. 

Ajoutons, pour terminer ce rapide coup d'œil, les 
quatre cent quarante-six registres aux impôts, et, enfin, 
les deux cent quatrevingt-un volumes relatifs aux tra- 
vaux publics. | 

La Bibliothèque de la Ville est conservée dans le même 
local que les archives. Monsieur Hermans en a fait éga- 
lement un catalogue méthodique, publié en 1881, sous 
les hospices de l'administration eemmunale. 


Le Banquet 


À 6 heures, les Congressistes, au nombre de plus 
de cent, se réunissent pour le banquet, qui termine la 
journée d'inauguration. Celui-ci a lieu aux Halles, dans 
l'antique salle des Géants, garnie d'anciens portraits 
provenant des Gildes et des Corporations. 

La table d'honneur est présidée par M. le Chanoine 
van Caster. A sa droite, se trouvent M. Beernaert, Pré- 
sident de la Chambre des Représentants, M. Casati de 
Casatis, délégué du Gouvernement Français, M. Denis, 
Bourgmestre de Malines, M. le Comte de Marsy, M. le 
Colonel Bruylant, vice-Président du Congrès, M. Guer- 
lin, M. Jan ten Brinck, M. le Sénateur Wittmann. — A 
la gauche du Président, M. Schollaert, Ministre de l'In- 
térieur, M. Hans Hildebrand, délégué du Gouvernement 
Suédois, le prince Poutjatine, M. le baron de Maere, 





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— 151 — 


M. le docteur Le Blus, Conseiller Provincial, vice-Pré- 
sident du Congrès, M. L. Stroobant, Secrétaire général. 

Le menu du banquet est un petit chef-d'œuvre gra- 
cieusement offert au Congrès, par un de nos plus habiles 
artistes, M. J. Rosier, directeur de l'Académie des Beaux- 
Arts de Malines, et membre du Comité organisateur du 
Congrès. Nous donnons ci-contre, une reproduction de 
ce charmant souvenir. 

Le repas, confié à M. Arthur Branders, limonadier du 
Cercle La Loyauté, est déclaré succulent. Un vif entrain 
règne parmi les Congressistes et le coup d'œil est su- 
perbe. Sur la Grand’ place, brillamment illuminée, où 
est situé le local du banquet, se donne en ce moment 
un concert par le Cercle Mozart. Comme à chacune de 
ses auditions, la brillante phalange musicale attire en 


foule la population Malinoise. 


A l'heure des toasts, le Président du Congrès se lève 
et porte la santé du Roi en ces termes : 

« Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur de vous pro- 
poser de boire à la santé de S. M. le Roi, protecteur de 
notre Fédération archéologique et historique (Longues 
acclamations), à la santé de Messieurs les Ministres, 
qui ont daigné s'arracher à leurs multiples occupations, 
pour venir rehausser cette fête de leur présence (Afpplau- 
dissements). 

» À Sa Majesté le Roi! à Messieurs les Ministres! 
(Applaudisscments prolongés) ». 

M. ScrorraerT, Ministre de l'Intérieur. — Je remercie 
M. le Président de la Société d'Archéologie, du toast 
qu'il a bien voulu nous porter; et lorsqu'il a dit que nous 
nous arrachionsAM. le Président de la Chambre et moi, 
à des préoccupations multiples, il a oublié de dire que 
c'était pour nous un véritable bonheur de témoigner nos 
vives sympathies envers ceux qui consacrent leurs soins 
au relèvement de l’art en Belgique. 

Le passé nous a laissé de superbes monuments et, 


— 152 — 


malheureusement, nous n'avons pas su les bien conserver. 
C'est donc à vous autres d'en être les gardiens vigilants. 

Nous espérons que vous continuerez ce dévouement 
dans la voie que vous avez suivie depuis tant d'années, 
et que nous pourrons toujours compter sur votre con- 
cours, pour que de nouveaux actes de vandalisme ne se 
commettent plus. 

Je suis heureux, Messieurs, de trouver également ici 
de nombreux étrangers; je les remercie du fond de mon 
cœur, d'avoir voulu se souvenir de l'hospitalité du sol 
belge. | | 

Je propose à l'assemblée d’acclamer ces étrangers qui 
ont montré de nouveau combien ils avaient de sympathie 
pour notre cher petit pays (Applaudissements). 

Les étrangers qui viennent au milieu de nous, savent 
combien nous avons toujours eu de bonnes relations avec 
eux. J'espère que chaque fois que nos congrès se réuni- 
ront, nous pourrons les voir prendre le chemin de la 
Belgique, pour y apporter le précieux concours de leurs 
connaissances et de leur expérience (Longues acclama- 
tons). 

M. L. SrTrooBaNT, Secrétaire général. — Mesdames 
et Messieurs, chaque année nous voyons la participation 
de Messieurs les étrangers à nos congrès devenir plus 
active. 

Aujourd’hui, nous avons l'honneur d’avoir au milieu 
de nous, les délégués officiels de deux gouvernements 
étrangers : M. Casati de Casatis, représentant de Mon- 
sieur le Président de la République Française, et 
M. Hans Hildebrand, représentant de S. M. le Roi de 
Suède (Applaudissements). 

Je les remercie de la précieuse collaboration qu'ils 
veulent bien apporter à nos travaux, et suis heureux, 
Mesdames et Messieurs, de boire à la santé de Monsieur 
le Président de la République Française et à celle de Sa 
Majesté le Roi de Suède (Vis applaudissements), à leurs 





— 153 — 


délégués (Applaudissements), aux nombreux étrangers qui 
sont ici présents et qui font le succès de notre Congrès 
(Applaudissements prolongés). 

M. CasaTi DE Casaris, délégué du Gouvernement 
Français. — Mesdames et Messieurs, je crois ne pouvoir 
mieux répondre au toast qui vient d'être porté à M. le 
Président de la République Française et à S. M. le Roi 
de Suède, qu’en m'associant à celui porté par M. le 
Président du Congrès à Sa Majesté Léopold II, et en 
offrant mes hommages à ce roi éminent, protecteur des 
arts et des sciences (Vifs applaudissements). 

Je suis heureux, Messieurs, de pouvoir adresser tous 
mes remerciments à M. le Chanoine van Caster et à 
M. Stroobant. Je vous demanderai de les adresser aussi 
aux membres du Conseil Communal, à MM. les Bourg- 
mestre et Echevins, qui nous ont reçu d'une façon si 
charmante, dans cette ville qui renferme tant de précieux 
souvenirs (Applaudissements). 

Je bois, Messieurs, à MM. les Bourgmestre et Echevins 
de la ville de Malines (Afplaudissements prolongés). 

M. Denis, Bourgmestre de Malines. — Mesdames et 
Messieurs, je remercie infiniment M. Casati des bonnes 
et généreuses paroles qu'il vient d'adresser à notre Ville. 

Je ne demande qu'une seule chose à Messieurs les 
Membres du Congrès Archéologique, c'est de répéter 
dans un avenir très rapproché, une nouvelle réunion 
dans nos murs. 

Ils seront reçus à bras ouverts et nous tâcherons alors 
de faire mieux que nous n'avons fait jusqu'ici (Afplau- 
dissements). 

_M. Van DE Warre, échevin de Malines. — Mesdames - 
et Messieurs, je vous propose un toast, qui, bien certai- 
nement, sera accueilli avec enthousiasme par vous tous! 
Je vous propose, en vidant nos verres, de rendre hom- 
mage au président si actif de notre Comité organisateur 
(Applaudissements). | 


— 154 — 


Au savant consciencieux ! 

À l’archéologue distingué! 

Au prêtre largement tolérant! 

Au donateur généreux, qui a si richement doté notre 


musée communal! 


Honneur à M. le Chanoine van Caster! (Longues accla- 
mations). 

C'est de tout cœur, Mesdames et Messieurs, que je 
bois à sa santé précieuse (Applaudissements prolongés). 

M. HiLDEBRAND, délégué du Gouvernement Suédois. — 
Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous dire 
d'abord que je suis étonné de voir inaugurer les tra- 
vaux de ce Congrès par un banquet. Cela ne me semble 
pas juste. On ne peut, dès le premier jour, fêter des 
travaux qui n'ont pas encore eu lieu. 

Toutefois, il y a deux circonstances qui pourront nous 
donner l'assurance de la réussite de ce Congrès. 

La première circonstance, c'est de voir le grand nom- 
bre d'adhérents. Il y a, en effet, plus de sept cents 
membres. 

Ce nombre élevé est la preuve apparente de votre 
succès et démontre que l'étude des arts historiques a 
provoqué dans la Belgique, si riche en monuments et si 
célèbre en faits glorieux, un mouvement des plus heu- 
reux. 
Une autre circonstance, c'est la connaissance que tout 
le monde professe ici pour son histoire. 

Les historiens Belges ont été les historiens de l'art 
et se sont payés, pour les études archéologiques et pré- 
historiques, bien des sacrifices. 

Les savants Belges, Messieurs, ont fait pour l’histoire 
des arts, des choses merveilleuses. 

J'ai l'honneur de boire à la science belge (Applaudisse- 
ments prolongés). 

M. JAN TEN BRINK. — Mesdames et Messieurs, parmi 























— 155 — 


les étrangers, je crois que je suis le seul hollandais ici 
présent. 

Une voix. — Non, non. 

Tout ce que je tiens à dire, c'est que la Hollande et 
la Belgique sont des pays de beaucoup et d'anciennes 
de relations. 

Nous avons ensemble une histoire brillante et nous 
sommes tous unis dans la voie de l’histoire. 

Nous avons toujours le coeur néerlandais qui bat. Votre 
langue est la même que la nôtre. Notre passé est plein 
d'enseignements pour la science et les arts (Applaudss- 
sements). 

Belges et Néerlandais, ce sont les mêmes cœurs qui 
battent ici à l’unisson (Applaudissements). 

De divers points de la table on demanda à entendre 
M. Beernaert. 

M. BEERNAERT, Président de la Chambre des Repré- 
sentants. — Mesdames et Messieurs, c'est en notre nom 
à tous deux, que M. le Ministre de l'Intérieur vous a 
remercié tout à l'heure de l'accueil si cordial que vous 
nous réservez; mais puisque vous voulez que moi aussi 
je prenne la parole, je veux vous proposer une santé bien 
essentielle, et cependant jusqu'ici oubliée. 

Vous avez bu au Roi et à ses Ministres, qui se portent 
très bien, aux étrangers assis à cette table et qui ne sont 
pas moins bien portants, à la ville de Malines, dont mon 
voisin, Monsieur le Bourgmestre de Malines, nous ferait 
reproche de mettre la santé en doute, mais, personne n’a 
songé à ces vieux et vénérables monuments du passé, en 
l'honneur desquels nous voici réunis et dont beaucoup 
souffrent cependant, les uns de la maladie, les autres... 
du médecin (Rires), | 

Et il y a d’autant plus lieu de lever nos verres en leur 
honneur, que nous avons parmi nous le pharmacien en 
chef, M. le Ministre de l'Intérieur, qui dispose presque 
toujours de remèdes infaillibles, sous forme... de sub- 


— 156 — 


sides, pourvu qu'ils soient bien appliqués (Rires et applau- 
dissements). 

… Jadis, il n'y avait pas de pays plus riche que le nôtre 
dans tous les domaines de l'art, le grarid art et l'art de 
tous les jours. L'un avait couvert notre sol de monuments 
merveilleux; l’autre se mêlait sous toutes les formes à 
notre vie domestique. Et nos meubles, nos orfèvreries, 
nos tapisseries, nos cuivres, que sais-je encore, étaient 
au premier rang. — Les musées de l'étranger sont 
remplis — bien plus hélas que les nôtres — de chefs- 
d'œuvre de nos vieilles industries; mais lorsqu'on songe 
aux richesses aujourd’hui éparpillées et qui, il y a un 
siècle et demi, remplissaient notre pays, ne devait-il pas 
apparaître aux étrangers qui le traversaient, comme une 
terre bénie de l’art ? (Applaudsssements). 

Hélas, que de monuments disparus ou dénaturés ! 

Que de prose et de mauvaise prose, au lieu de la poésie 
d'autrefois! 

Que de traditions perdues! 

Mais la réaction s’est faite et il faut bien qu'elle soit 
puissante,puisque voici non seulement des voisins comme 
MM. ten Brinck et Casati, mais des hommes tels que 
M. Hildebrand et le prince Poutjatine, accourus des 
extrémités du Nord, qui nous apportent le concours de 
leur savoir et de leur sympathie (Afpplaudissements). 

Voici qu'on comprend à quel point les monuments d'un 
pays sont liés à sa vie Nationale; qu’on sent à nouveau 
ce qu'il y a de charme dans les vieux murs, qu'on écoute 
ce que racontent ces pierres grises, ces vieilles pierres, 
qui, à un premier regard, semblent dormir du sommeil 
des temps passés, mais qui nous racontent leur histoire 
comme des aïeules, et sont autant de marques qui 
animent la terre dela vie et de la domination de 
l'homme (Applaudissements). 

Et il nous reste encore beaucoup d'édifices, beaucoup 
d'œuvres d'art à sauver, tandis que sur d’autres terrains 





— 157 — 


il faut revenir en arrière et, tournant le dos au laid et au 
trivial qui nous submergent, réintroduire l’art dans la 
vie quotidienne, comme un de nos premiers besoins. 

Voilà, Messieurs, à quoi vous nous aiderez, à quoi 
votre présence nous aide déjà, et c'est de tout cœur que 
je vous remercie de cette sainte croisade entreprise en 
Phonneur de l'art. 

Mais défiez-vous de certains médecins. Il y a des gens 
et parfois d'habiles gens, qui, sous prétexte de restaurer, 
démolissent et reconstruisent, — reconstruisent en per- 
fectionnant, comme pour montrer qu'ils en savent plus 
long que leurs aînés. 

Pour les vieux monuments, voilà des amis aussi dan- 
gereux que des ennemis et je souhaite que M. le Ministre 
de l'Intérieur les protège contre les uns comme contre 
les autres /Applaudissements). | 

Buvons donc, Mesdames et Messieurs, à nos pauvres 
et chers malades, aux impotents, à ceux qui dans la 
bataille des années ont perdu un bras ou une jambe. 
Puissions-nous toujours garder respectueusement ce qui 
en reste et inspirons-nous de leurs modèles (Longues 
acclamations). 

M. A. DE CANNART D HAMALE lit ensuite d'une voix 
vibrante, les odes patriotiques ci-dessous, qui sont vive- 
ment applaudies : 


Fort de son loyalisme, adroit, persévérant, 

Avide de lauriers, le Belge entreprenant 

Excelle dans les arts, les lettres, la science, 

Voit croître tous les jours sa force et son aisance, 
Se plaît dans la concorde. et d'un constant labeur 
Goûte la jouissance au sein de la splendeur. 


Salut doux sol natal, salut terre chérie, 

Salut libre pays, salut belle patrie! 

Fruit d'un antique hymen, indomptable lion; 
Pousse ton cri puissant : ma force dans l'Union! 
Sous l'égide des lois, du culte et des princes, 
Montre au monde éblouis les plus riches provinces. 


— 158 — 


Peuple sensé, croyant, instruit, brave et tranquille, 
Ta gloire est bienfaisante et ton triomphe utile, 
Tes succès merveilleux et ta prospérité 

Prouvent qu'on suit, unis, l'ordre et la liberté ; 

Ta conquête a pour but : régénérer l’Afrique, 
Montrer comment grandit un peuple pacifique. 


Debout, belges, debout! un prince vénéré 
Offre les mille dons d'un sol inexploré. 
Debout, belges, debout, debout pour la patrie 
Frères, agrandi pour notre terre chérie, 

Que le sol libre et franc, la terre du Lion, 
Brille de plus en plus, brille par l'union. 


M. le Comte pr Marcy. — Mesdames et Messieurs, 
après les toasts officiels qui viennent d'être portés, je me 
permettrai d'ajouter un mot au nom de la société d’ar- 
chéologie française, la seule société de ce genre dont Sa 
Majesté le Roi des Belges a voulu être le protecteur 
(Applaudissements). 

Je me sens heureux de porter un toast à l'une des 
sociétés qui, à peine entrée dans sa neuvième annéc 
d'existence, a pu s'assumer la responsabilité de ce 
Congrès. | 

Je bois au Cercle Archéologique de Malines (Applau- 
dissements). 

Je bois, par anticipation, à MM. les Membres du 
bureau, dont le dévouement nous est complètement 
assuré. 

Je bois aussi à Messieurs les Membres du bureau du 
Congrès passé et, particulièrement, à M. le Chanoine 
Van den Gheyn, le zélé Secrétaire général, qui a consa- 
cré des mois au travail du compte-rendu des travaux 
(Applaudissements). 

M. le Prince PouTJATINE. — Comme étranger, Mes- 
sieurs, je ne puis laisser passer ces instants d'agrément 
qui inaugurent nos travaux, sans vous exprimer à mon 





— 199 — 


tour nos sentiments de gratitude pour cette belle Bel- 
gique, si riche en sciences et en arts. 

Oui, nous sommes heureux de nous trouver au milieu 
de vous, pour venir nous fortifier dans cette belle science 
de l’histoire, et nous formons.les vœux les plus ardents, 
pour que vos travaux soient couronnés des plus grands 
succès ({Applaudissements). 


Il est dix heures lorsque les convives quittent la salle 
du banquet. 

C'est le signal attendu pour l'embrascment des fon- 
taines lumineuses et des chandelles romaines, brillant 
feu d'artifice, qui clôture dignement cette belle journée. 


+ 
3 de 
vw 


Zundí 9 août 1897 


De 9 à 11 heures le matin et de 2 à 4 heures l'après- 
midi, ont lieu les réunions des sections au Palais de 
Justice. Nous en rendrons compte sous une rubrique 
spéciale. De 11 heures à midi et de 4 à 6 heures, se font 
la visite des monuments désignés ci-après : église métro- 
politaine et tour de Saint- Rombaut, chapelle de la 
Table du Saint-Esprit, Maison Concordia, Bailles de 
fer, ancienne maison des Archers, Grand’ Pont, Quai au 
Sel, Quai aux Avoines, maison de la Grande Arbalète, 
Haute-Porte, église Notre-Dame au-delà de la Dyle et 
Notre-Dame d'Hanswyck. 

Nous croyons faire plaisir à ceux des adhérents qui 
n'ont pu assister à cette promenade archéologique, en 
donnant ci-dessous quelques notes sur les principaux de 
ces monuments. Ces notes sont extraites du « Guide de 
Malines, par M. le Chanoine vaN CASTER », 


— 160 — 


Eglise métropolitaine de Saint-Rombaut 


L'église actuelle de Saint-Rombaut, tout en étant 
construite entièrement en style ogival, porte dans ses 


différentes parties le caractère de l'époque de leur con- 
struction. 


— 161 — 


Les nefs et les transepts sont les parties les plus 
anciennes. Elles datent du XIII" siècle. On y ajouta 
peu après, les trois premières travées du chœur. L'incen- 
die du 29 mai 1342, qui détruisit une grande partie de 
la ville, n'épargna pas l'église, dont la toiture fut entiè- 
rement consumée par les flammes. Les traces de cet 
incendie sont encore visibles à la partie supérieure des 
murs, dont le revêtement du côté des combles, est calciné 
en beaucoup d'endroits, La quatrième travée du chœur, 
ainsi que la partie absidale, furent terminées dans la 
première moitié du XV" siècle. Au commencement du 
siècle suivant, on ajouta les chapelles qui longent le côté 
nord du vaisseau, à l'exception de celle de la dernière 
travée contre le transept, qui est plus ancienne. 

À l'extérieur, les nefs sont dépourvues d'ornements. 
Le garde-corps au bas du comble est percé de quatre- 
feuilles encadrées. Celui du chœur est formé de deux 
rangées d'arcatures trilobées, entièrement à jour. Les 
pigrions des chapelles qui entourent le chœur, sont aussi 
décorés d’arcatures, et les contreforts surmontés de pina- 
cles avec niches. Les fenêtres rayonnantes des chapelles 
de la 2° et de la 3° travée sont de beaux modèles de genre. 
Il faut en dire autant des grandes fenêtres percées dans 
les pignons du transept. 

À l'intérieur, l'église a conservé un aspect imposant, 
malgré les mutilations de quelques détails. En 1774, les 
chapiteaux des colonnes qui séparent les nefs, furent 


. Chargés de sculptures en bois du plus mauvais goût. Des 


ornements du même genre furent adaptés aux murs, aux 
sommets des grandes arcades, et des cariatides, symbo- 
lisant les vertus, placées à la hauteur du triforium, sous 
les retombées des nervures des voûtes. Toutes ces pré- 
tendues décorations, exécutées par Pierre Valckx, pour 
le jubilé millénaire de saint Rumold, disparurent en 
1850, lorsqu'on enleva le badigeon qui couvrait les murs 
de l'édifice. Il fallait alors songer à la restauration des : 


Il 


_ 162 — 


chapiteaux. Les feuillages et les crochets, demeurés in- 
tacts, semblaient indiquer tout naturellement la voie à 
suivre. On préféra pourtant les choux frisés, afin d'établir 
par ce moyen une espèce d’uniformité de décoration avec 
les chapiteaux du chœur. 

En 1896, on a commencé une restauration mieux 
entendue. La pile nord-ouest du transept, une des co- 
lonnes de la grande nef, et une du chœur viennent d'être 
débarrassées de l'ignoble plâtrage qui les couvrait. 

Il est à remarquer que les colonnes qui séparent les 
nefs sont construites en pierre de Tournai, de grand 
appareil. Parmi les grandes arcades, il y en a de chaque 
côté trois en pierre bleue, tandis que pour les autres 
on a employé la pierre blanche, sauf aux reins, dont 
quelques claveaux sont bleus. On se tromperait, croyons- 
nous, en concluant de cette irrégularité partielle, à la 
nécessité d'un crépi ou d'un badigeon. 

D'abord, le crépi ne peut s'appliquer raisonnablement 
que sur les briques et pour autant que l'on veuille décorer 
un mur au moyen de peintures. Il serait absurde d'en 
couvrir un revêtement en pierre ciselé. Ensuite, les déco- 
rations en couleurs, découvertes après l'enlèvement du 
crépi des colonnes, son appliquées directement sur la 
pierre. Enfin, sous le crépi lui-même, se trouve une 
couche de lait de chaux. 

Or, le badigeonnage de nos églises ne remonte généra- 
lement qu'aux premières années du XVII": siècle. Avant 
cette époque, les murs de nos monuments religieux 
n'étaient décorés que par parties, d'après la dévotion des 
bienfaiteurs généreux, qui en supportaient les frais. Il 
n'y a, pensons-nous, que de rares exceptions à cet usage. 

Rien d'étonnant donc qu’à notre église métropolitaine, 
nous trouvions le premier badigeon appliqué tantôt sur un 
reste de peinture décorative, tantôt sur la pierre nue. Ce 
qu'il importe surtout de constater, c'est qu'en aucun 


endrou de l'église, un crépi quelconque wa été employé 





— 163 — 


primitivement pour couvrir l'appareil de la construction. 

Le triforium mérite une attention spéciale. La partie la 

plus. ancienne se trouve dans le transept, au-dessus des 

entrées des basses nefs. Il n'y a pas d'appui entre les 
pieds droits 
des arcatures 
de ce trifo- 
rium. Celui 
de la grande 
nef est d'une 
construction 
postérieure 
à lincendie 
de 1342, et 
ses appuis 
sont percés 
de quatre- 

feuilles encadrés. Dans celui du chœur, la tablette 

d'appui est soutenue par un arc trilobé. Les meneaux 

y sont prismatiques, mais à la nef ils sont à moulures. 

Au chœur, les écoinçons, formés par les grandes arcades 

des travées, sont décorés de panneaux à quatre-feuilles 

pointus encadrés. Sur les côtés du triforium ét des fe- 

nêtres, ces panneaux portent des arcatures trilobées. 

Les arcatures qui décorent les murs du transept nord 

ont leurs 

écoinçons 

ornés de 

feuillages 

les plus 

variés. 

Dans la 

nef laté- 

rale, côté 

sud, des feuilles de chardon, très fouillées, sont pres- 

qu'exclusivement employées pour cette ornementation. 


— 164 — 


Le maître-autel, œuvre de Luc Fayd'herbe, a été 
construit en 1665, aux frais de l'archevêque André Crue- 
sen. C'est une espèce d’arc de triomphe colossal dont 
l'ouverture sert d’abri à la chasse de saint Rumold, 
et se ferme au moyen de vantaux chargés de sculptures 
dorées. 

Sur l'autel du transept sud on admire la scène du Cal- 
vaire, une des plus grandes compositions d'Antoine Van 
Dyck. Le dessin, d'après J.-B. Descamps, est plein de 
finesse, le Christ, d'une beauté surprenante, et la tête de la 
Vierge, d'une expression admirable. La couleur, quoique 
belle en général, paraît un peu froide. 

L'église métropolitaine renferme cinq triptyques pro- 
venant d’autels d'anciennes corporations. Le premier, 
. fut fait en 1580, par Michel Coxie, le Raphaël flamand, 
pour les Maçons. Il représente la Circoncision de Notre 
Seigneur. La partie architectonique fut peinte par Hans 
de Vries, qui habita Malines pendant plusieurs années. 
Le deuxième, la Résurrection du Sauveur, fut exécuté 
en 1601, par Jean Snellinck, pour les Merciers. Le troi- 
sième, peint par Michel Coxie, pour les Archers, en 1587, 
figure le martyre de saint Sébastien. Le quatrième, fait 
pour les Peintres, par Abraham Janssens, figure saint 
Luc peignant la Sainte Vierge. Cette toile remplace un 
ancien tableau enlevé par l'archiduc Mathias, et trans- 
porté à Prague. Le cinquième, dû encore à l'infatigable 
pinceau de Michel Coxie, fut peint pour le Serment de 
la Grande Arbalète. L'artiste a signé son œuvre : Michael 
de Coxtën, prctor regis me fecit anno 1588, anno atatis 88. 


La Tour DE SAINT-ROMBAUT 


La tour, placée devant la grande nef de l'église métro- 
politaine et que Vauban appelait la huitième merveille 
du monde, fut commencée vers le milieu du XV** siècle, 
et la première pierre fut posée le 1“ mai 1452. La con- 





— 165 — 


struction a été arrêtée à la hauteur d'environ 98 mètres. 
Ze monument colossal a :plus de vingt-cinq mètres de 
argeur, en y comprenant les 
contreforts qui s'avancent de 
chaque côté à une distance de 
4.50 mètres. Les murs, qui me- 
surent à peu près trois mètres 
l'épaisseur, ne sont reliés qu'à 
„eur partie supérieure, par une 
voûte. Au-dessus de celle-ci, 
1 s'en trouve une seconde, en 
1ôme, destinée à servir de base 
À une grande flèche ajourée qui 
levait atteindre une élévation 
1e six cents pieds, mesure de 
Malines (158 mètres). La 
planche ci-contre, d’après une 
gravure de J. Hunin, est une 
réduction au millième de la 
grandeur d'exécution. La tour 
zst évidée jusqu'à la hauteur 
1e la grande nef, à laquelle elle 
donne ainsi un prolongement 
Ie seize mètres. Chacune des 
aces de la tour porte un ca- 
dran de 144 pieds (41 mètres) 
le circonférence. La longueur 
les chiffres qui marquent les 
reures, est de 1.96 mètre, et 
zelle de l'aiguille, 3.65 mètres. 
Les cadrans et leurs acces- 
soires furent faits en 1708, par 
‘horloger Jacques Willemore, 
anglais de naissance mais bour- 
zeois de Malines, et coùtèrent 
à la ville au-delà de dix mille francs, plus une pension de 


© — 166 — 
200 florins, dont l’horloger jouit pendant quatorze ans (1). 
La question de l'achèvement de la tour, qui se trouvait 
au programme du Congrès, est traitée plus loin dans le 
compte-rendu de la 3”° section, où elle a fait l'objet d'une 
intéressante discussion. 


Les CLOCHES ET LE CARILLON 


Il y a dans la tour de Saint-Rombaut six cloches, dont 
la plus grande pèse 8146 kilogrammes. Refondues une 
première fois en 1498, quelques-unes- d'entre elles le 
furent encore depuis lors, à l'exception de la quatrième, 
qui résiste depuis quatre siècles. Elle fut coulée en 1498, 
et porte pour légende : Marta es minen soeten name, myn 
gheluyt sy Gode bequame, meester Symon Waghevens gaf myn 
accoort, M. CCCC. XCVIII. screef men voort. En dehors 


te Dhelug et women wenw 
heariceng voagheueuginre te 
at anuo Joint 3 D % 
cece UJ Inn Ss 


de ces six cloches, mobiles, employées pour les services, 
il y en a encore trente-deux, coulées par Pierre Hemony 








(1) Plusieurs journaux ont publié, en août 1890, sous la rubrique La plus 
grande horloge du monde, des détails sur une horloge que l'on se disposait à 
placer dans la tour de l'hôtel de ville de Philadelphie. et qui, d'après l’au- 
teur de l’article, devait être gigantesque. Le tableau suivant des mesures 
de l’instrument si vanté, mises en regard de celles de notre horloge, prouve 
que le cadran de Malines tient encore toujours la palme. 


Malines Philadelphie 
Diamètre du cadran 13.50 10.00 
Circonférence 41.00 31.00 
Aiguille des heures 3.62 2.50 
Aiguille des minutes absente 4-00 


Chiffres des heures 1.96 pas indiquée. 





— 167 — 
d'Amsterdam, en 1674, et achetées par la ville de Malines 
en 1680, pour remplacer une série de cloches cédées à 
l'église Notre-Dame au-delà de la Dyle. Deux autres 
cloches, coulées respectivement par Henri et Georges 
Waghevens, méritent d’être signalées. La plus ancienne, 
dédiée au Sauveur, date de 1480, et porte cette légende : 
Yhesus est nomen meum. Henricus Waghevens me fecit unno 
domini M.CCCC. LXXX. L'autre porte cette inscription : 
Michael . vocor . et. facta : sum . per. Georgium . Waghevens . 
anno . dni. M. CCCCC. XV. Plus bas on lit encore : 
Yn dit selve iaer waren rentmeesters van der stadt heer Aert 
van Diest ende jan van der Aa en Yacob Robbyns; Yan Staes. 
Plus bas encore se trouve d’un côté : Barbara Avit (peut- 
être le nom de la donatrice), et de l'autre, au-dessus d'un 
cerceuil, une banderole avec légende : 


GA 
kh 


Le carillon de Malines n'est’comparable qu'à celui de 
Bruges. Ce dernier est plus complet de deux notes, dans 
les octaves supérieures; mais celui de Malines l'emporte 
pour les notes basses. Le bourdon pèse environ 3000 kilo- 
grammes de plus que celui de Bruges. Le tambour du 
carillon fut coulé en laiton, par Alexis Julien, dans la 
cour des Halles, le 9 séptembre 1733; on le paya 3244 
florins. Jean de Hondt travailla pendant deux années à 
percer les 16200 ouvertures carrées dans lesquelles on 
fixe les dents qui servent à mouvoir les marteaux des 
cloches, La ville paya de ce chef 4045 florins. 


— 168 — 


La chronique rapporte que, le g décembre 1635, le 
tambour fut traîné, de la Halle jusqu'au pied de la tour, 
par les enfants de la ville, qui reçurent chacun une 
couque et deux liards pour leur peine. La circonférence 
du tambour comprend 164 mesures, dont 108 pour l'air 
de l’heure, 48 pour celui de la demi-heure, et 8 pour le 
quart. Quant au jeu libre, il se fait par les battants des 
cloches, mis en mouvement per les touches d'un clavier. 
Le carillon se fait entendre tous les dimanches et grands 
jours de fête, de rr h. à midi, le lundi, derràtrrh. 1/2, 
et le samedi de rr h. 1/2 à midi. Depuis quelques années, 
ces deux derniers jeux sont supprimés et remplacés par 
un jeu d'une heure complète, le lundi, de 7 à 8 h. du 
soir, pendant les mois de juin, août et septembre. 


Chapelle du Saint-Esprit 

La chapelle du Saint-Esprit est située vis-à-vis de 
l'entrée principale de l'église métropolitaine. Ce petit 
sanctuaire date du XIII" siècle. On y remarque une 
petite fenêtre latérale, divisée en deux faces, par une 
colonnette avec chapiteau et crochets ; à l'intérieur de la 
chapelle se trouve conservée la piscine formée d’une 
niche à arc trilobé retombant de part et d’autre sur une 
colonnette. Cette chapelle appartenait autrefois à la 
Mense du Saint-Esprit (Heilig-Geest Tafel) de Saint- 
Rombaut. Les Pauvres de la paroisse, secourus par cette 
institution de charité, y assistaient à la Sainte Messe, 
les jours auxquels on leur distribuait des aumônes. 


Maison Concordia 


Cette maison, située à l'ancien cimetière de Saint- 
Rombaut, était autrefois la cave franche. Elle paraît 
avoir été bâtie vers la fin du quinzième siècle; mais la 





FT 


— 169 — 
substruction est du treizième, à en juger par les chapi- 
taux des colonnes qui portent les 
i voûtes. 
voisine était habitée 
au XVI" siècle, 
par le médecin 
Jcachim Roelants. 
La façade a été 
entièrement mo- 
dernisée, mais il 
est resté de l'an- 
cienne‘ construc- 
tion, un charmant 
souvenir. C'est une 
absidiole à trois 
pans, percés cha- 
cun d'une fenêtre. 
Sous celle du milieu, il y a une petite niche aux côtés 
de laquelle deux banderoles portent en latin : Venez à 
moi vous qui souffrez et je vous soulagerai. L'image du 
Sauveur, que l'on voit actuellement dans la niche, y a 
été mise il y a une vingtaine d'années. 


A 4 1/2 heures, les Congressistes continuent la visite 
des monuments. 


Bailles de fer 


La place de ce nom est traversée dans sa longueur, 
par un canal sur les bords duquel on plaça, de 1531 
à 1534, les belles rampes cn fer forgé que nous y 
voyons encore. Ce sont de fort beaux spécimens de la 
grosse ferronnerie du XVI" siècle. Le canal fut voùté 
en 1674. 

A l'extrémité nord de la place, on voit la. façade de 
l’ancienne maison des Archers, bâtie en 1728. 


— 170 — 


Le Grand Pont 


Ce pont, construit au XIII" siècle, est formé de trois 
arches en plein cintre. Sur celle du milieu, en amont, se 
trouvait autrefois un crucifix en fer forgé. D'après les 
comptes de la Ville, de 1594-95, ce monument subit 
d'importantes réparations. On plaça sur la croix renou- 
velée, un Christ en cuivre, fondu par Jean Cauthals, 


i 
Li 
d'après le modèle de Jean van Dorme. Des branches en 
fer, attachées à la croix, portaient des lanternes. Le pont 
était primitivement bordé de parapets, qui furent rem- 
placés, en 1728, par les rampes en fer actuelles. A cette 
même époque, on sacrifia les échaugettes et l’on démo- 
lit, du côté amont, les massifs cylindriques qui leur ser- 
vaient de support. On voulut ainsi diminuer la charge 
des piles; mais, expérience faite, on acquit la conviction 
d'avoir mal agi. C'est grâce à ce mécompte que la tête 
du côté aval fut épargnée. Nous y trouvons encore les 
demi-cylindres soutenus par un encorbellement reposant 
lui-même sur l'éperon de la pile. 


L 


— 171 — 


L'arche du milieu mesure, en largeur, 7.86 mètres, 
deux mètres de plus que ses voisines. Elle est aussi plus 
élevée. Les piles ont une épaisseur de deux mètres et se 


trouvent disposées obliquement, par rapport à l'axe du 
pont, mais dans le sens du courant de l'eau. Le tablier, 
d'une longueur de 24 mètres, présente deux pentes. Il 
mesure en largeur, du côté sud, 13.50 mètres, et deux 
mètres de moins du côté nord. 

Du pont, on jouit de très belles vues sur la Dyle. 


Quai au Sel 


La façade n° 5 est en pierre, et paraît remonter au 
commencement du XVII" siècle. Les arcades qui portent 
l'étage, ont leurs moulures coupées par des bandes en 
bossage, décoration particulièrement aimée par le sculp- 
teur Faid'herbe. On pourrait peut-être considérer cet 
artiste comme l'auteur de cette construction, quand on 
sait que des membres de sa famille ont habité cette 
maison jusqu'au commencement du XIX" siècle. 

Le Saumon, n° 9, appelé ainsi depuis bien longtemps, 
lorsque les Poissonniers en firent l'acquisition en 1519, 


— 172 — 
ne fut pas rebâti par cette corporation, comme on l’a 
répété soúvent. Les Poissonniers se contentèrent d'y 
mettre une nouvelle façade en 1530. Les trumeaux des 
tenêtres sont décorés de demi-colonnes doriques au rez- 
de-chaussée, ioniques au premier étage et composites au 
second. De gracieuses consoles leurs servent de support. 
Les tympans 
des arcades, qui 
soutiennent les 
entablements 
des divers éta- 
ges, sont décorés 
de sculptures. 
Un balcon s'é- 
tendait surtoute 
la largeur de la 
façade, au bas 
du pignon; mais 
au commence- 
ment du XVII®* 
siècle,on en sup- 
prima la balus- 
trade, qui menaçait ruine. Le pignon fut modifié à la 
même occasion. 

La façade du Saumon, entièrement en pierre, fut res- 
taurée et peinte vers 1850. Le panneau sous la fenêtre, à 
droite de la porte d'entrée, est ancien; mais ceux placés 
sous les deux autres fenêtres, sont des moulages en 
mastic, reproduisant le premier. 

La maison n° 23, appelée communément Lepelaer, se 
compose de trois étages. La porte d’entrée a un arc 
trilobé au-dessus duquel un écusson entre deux tritons. 
Les fenètres du premier et du troisième sont couronnées 
aussi d'arcs trilobés, reposant sur des colonnettes. Les 
arcades du second sont ondulées. Les tympans sont 
ornés de monstres marins au rez-de-chaussée, et aux 


— 173 — 
étages de menceaux flamboyants. Au-dessus des fenêtres 
de l'étage supérieur, ún groupe de tritons alterne avec 
deux enfants, tenant un 
crâne. Le pignon, autrefois 
à gradins, ne masque plus 
la pente du comble; mais 
il est au contraire couvert 
par le rampant de la toi- 
ture. Comme la décoration 
de cette façade a quelques 
ressemblances de détail 
avec celle du Saumon, on a 
supposé autrefois que la 
maison Lepelaer avait été 
celle des Poissonniers avant 
leur installation dans le 
Saumon. Mais il appert des 
registres de leur corpora- 
tion,qu'avant d'avoir acheté 
cette dernière maison, ils 
n'en possédaient pas à teur 
usage, mais se réunissaient 
tantôt dans une auberge, 
tantôt dans une autre. 
Revenant sur ses pas et poursuivant la route par les 
rues du Serment et des Pierres, on arrive au Quai aux 
Avoines. 


Quai aux Avoines 


Au coin de la rue de la Grue se trouve le Paradis. La 
façade de cette habitation ne comprend que deux travées 
ou entre-colonnements. Les chapiteaux des colonnes 
reçoivent les arcs en ogive très surbaissés, dont les tym- 
pans sont décorés de sculptures représentant : l'arbre de 
la science du bien et du mal, sur le tronc duquel un serpent 


— 174 — 
est enroulé, et Adam ct Eve fuyant devant l'ange au glaire 
Aamboyant. 

A còté du Paradis se trouve une ancienne facade en 
bois, la plus ornée et la mieux conservée des nombreuses 
constructions élevées au XVI" siècle. Les consoles qui 
portent l’encartellement des étages sont décorées de 
satyres. De là le nom de Maison des diables, sous lequel 


cette habitation est actuellement connue. La fagade a 
été restaurée avec beaucoup de sobriété et de bon goût, 
il y a une trentaine d'années. 

La maison voisine, dite Saint-Joseph, est un joli speci- 
men de 1669. Trois arcades portent l'étage. Leurs tym- 
pans sont ornés de cartouches, celui du milieu est décoré 
d'un médaillon : saint Joseph avec l'enfant Jésus. 

Ces belles façades que nous venons d'admirer ont par- 
fois excité la convoitise de nos voisins méridionaux, au 
point qu'ils les ont publiés en lithographie, avec cette 
souscription : Maisons anciennes à Caen! 


L 


— 175 — 
Maison de la Grande Arbalète 


Les membres des Gildes ou Serments formaient, au 
moyen âge, une milice au dévouement de laquelle on 
avait souvent recours, pour maintenir la paix, en préve- 
nant ou empêchant les troubles intérieurs de la cité. On 
les appelait parfois aussi au combat contre l'ennemi du 
dehors. Il y avait à Malines, cinq gildes, qui se distin- 
guaient principalement par l'arme et le costume que 


portaient leurs membres. Les règlements donnés ou 
approuvés par le Magistrat, étaient les mêmes quant au 
fond. 

Les Arbalétriers étaient les plus anciens. Leur organi- 
sation est antérieure à 1315. Ils possédaient un local pour 
l'exercice au tir et une maison pour leurs réunions et 





— 176 — 


leurs fêtes. Ils firent l'acquisition de cette dernière, en 
1604, et en renouvelèrent la façade. La partie ancienne 
du bâtiment, qui remonte au commencement du XVI” 
siècle, est surmontée d'une espèce de belvédère où cham- 
brette, qui servait exclusivement aux réunions du Conseil 
des Anciens, Pendant leurs délibérations, un huissier se 
tenait tout armé sur l'escalier, pour défendre à tout 
profane l'entrée du local. La cage d'escalier, en forme de 
tourelle octogone, s'éleva de plusieurs mètres au-dessus 
du belvédère. | 

Au XV” siècle, les candidats arbalétriers se présen- 
tèrent en si grand nombre, qu'il fallut dépasser le chiffre 
de 60, fixé pour les membres; une seconde gilde fut alors 
organisée en 1431, sous le nom de Petite Arbalèle, au 
chiffre de 40 compagnons seulement. Leur local était 
situé vis-à-vis du précédent. La façade, qui existe encore, 
portait un pignon au milieu duquel se trouvait dans une 
niche, une statue de S. Georges à cheval. Ce pignon fut 
démoli à la suite d’un incendie, en 1843. | 

Les Archers furent réunis en serment, en 1423. Leur 
nombre était limité à 40. Ils se distinguèrent au siège de 
Neuss et reçurent, par octroi du 26 février 1474, l'autori- 
sation de porter comme parement, deux flèches en sau- 
toir, tenues par un briquet. Ils étaient au service de la 
Ville et devaient s'engager pour deux années. Lorsqu'ils 
étaient de semaine, on leur payait 12 gros (30 centimes) 
par jour. Les aides recevaient la moitié et le chef-homme 
le double de cette solde. Les archers avaient leur local 
aux Bailles de Fer et leur jardin d'exercice dans la rue 
aux Herbes. 

Les Arquebusiers ou Couleuvriniers existaient depuis 1453; 
mais ils ne reçurent leurs règlements qu'en 1504. Leur 
nombre, limité d'abord à 28, finit par être porté à 40. 
En temps de guerre, la Gilde enrôlait encore des hommes 
de bonne volonté. En 1477, les Arquebusiers, requis par 
le Magistrat de Lille, pour défendre cette cité contre 








— 177 — 

Louis XI, se distinguèrent par leur bravoure. On conservé 
aux archives, la lettre du Magistrat de Lille, adressée à 
celui de Malines, dont voici quelques passages à la louan- 
ge de nos preux d'alors : Honórables et discrets Seigneurs. 
nous vous tenons bien recors comme à notre pryere..…… vous 
aous.envoyastes de la ville de Malines jusques au nombre de 
XIII compaignons Couleuvrieurs pour nous servir à noz gaiges 
et soldées pour le garde et deffense de ceste ville de Lille et 
depuis aulcuns aultres compaignons de la dicte ville de Malines 
se sont avoulentez de nous venir servir. tous lesquels com- 
paignons estant en nombre de XXXVI ou environ, nous ont 
bien ct loyalement servi et se sont conduits et gouvernez en ceste 
ville bien doulcement et honestement, tellement que ilz en sont 
à louer et recommander, et sommes deulx très content. sul 
est chose que pourfaire puissions à votre sigmfcations, nous le 
ferons de bon cœur ce stet Dieu qui vous donest sa grace. Escrit 
au dit lieu de Lille, ce XXIII jour de février a° (XV) 
LXX VII. 

Les Arquebusiers avaient un local de tir situé le long 
du boulevard, entre la rue aux Herbes et la rue Louise. 

Les Escrimeurs ou Hallebardiers commencèrent à former 
une gilde vers 1500. En 1526, ils se procurèrent un locak 
pour leurs exercices d'escrime, et en 1593, une maison 
pour les réunions et les banquets. 

Les Gildes furent supprimées en 1794, et leurs locaux 
confisqués et vendus. Elles avaient généralement pour 
leurs services religieux, un autel particulier dans une des 
églises de la ville. Les peintures qui décoraient ces autels 
sont conservées pour la plupart. Il en est fait mention 
dans la description des églises où elles se trouvent 
aujourd'hui. | 


Nouvelle Porte de Bruxelles - 


L'ancienne enceinte de Malines était percée de douze 
portes, dont la construction remontait au XIII" et au 


12 











— 178 — 





commencement du XIV"* siècle. Sept d'entre elles s'ou- 
vraient sur les routes de Malines aux villes voisines. 
Quelques-unes de ces portes furent démolies au XVI” 
siècle, d’autres furent sacrifiées comme masures encom- 
brantes, dans la première moitié du XVIII“. La Nouvelle 
porte de Bruxelles a seule échappé à la destruction. Elle 
était primitivement très élevée, comme on peut le voir 
sur l'avant-dernier des 

tableaux de l’histoire de 

saint Rumold, qui se 

trouvent à l'église métro- 

politaine; et comme elle 

dépassait de beaucoup 

toutes les autres, il n'est 

pas étonnantqu'onl'aitap- 

pelée Porta superior, Ouer- 

ste poorte ou Haute porte. 

Elle est flanquée de 

deux tours circulaires du 

côté de la campagne, 

tandis que du côté de la 

ville elle offre une fa- 

gade bâtie en pierres de 

deux nuances, employées 

alternativement, aussi 

bien pour l'appareil du mur que pour les claveaux des 
‘arcs. Cette façade est percée dans sa partie inférieure, de 
trois grandes ogives, et à l'étage de quatre fenêtres à 
croisillons, et deux autres à plein cintre. La vieille herse 
est encore toujours suspendue dans ses coulisses. Au rez- 
de-chaussée de chacune des tours, se trouve une salle 
circulaire voûtée; mais à l'étage, deux salles pareilles 
communiquent avec celle du milieu, située au-dessus du 
passage, et dont la voûte est portée par deux colonnes 
cylindriques. Les chapiteaux de ces colonnes sont ornés 
de quatre-feuilles dont les extrémités enroulées sou- 


tiennent les angles coupés des tailloirs et qui sont sépä- 
rées à leurs bases par de petites palmettes. 

Au commencement du XVII" siècle, la Haute porte fut 
modifiée et réduite:à sa forme actuelle. | 


Eglise de Notre-Dame au-delà de la Dyle 


La paroisse Notre-Dame a été érigée en 1255. L'église 
actuelle date du XV”: siècle. Le chœur fut commencé en 
1500. Au bas du pilier nord-est du transept, on lit cette 
inscription : | 

Anno Domini 1500 
posuit me Egidius 
de: Busco, pastor bujus ecclesiae, 
tempore Dbilippi ÆArchiducis Austriae, 
Baximiliani. regis Romanorum Klit, 


Gilles Van den Bossche, curé de cette église, me plaça, l'an 
du Seigneur 1500, au temps de Philippe, Archiduc d'Autriche, 
fils de Maximilien, roi des Romains. 

Le pignon du transept côté nord, porte à à son sommet 
la date de 1548, celui du sud, celle de 1572. C'est chose 
assez étonnante que l'on ait continué à travailler à l'église, 
en pleine époque des troubles religieux. Il n'est pas moins 
étonnant que le style ogival ait été maintenu, alors que 
la renaissance avait déjà présidé à la construction d’une 
partie du palais de Marguerite d'Autriche et de la façade 
de la maison des Poissonniers, avant 1530. | 

La partie absidale fut élevée de 1642 à 1652. La tour, 
plus ancienne que l’église, est digne d'attention. Elle est 
un peu moins large que la nef, et n'a pas de contreforts 
de ce côté, mais des cages d’escaliers en tiennent lieu. 
Ceux des angles de la façade principale sont très massifs. 
Les façades latérales sont flanquées chacune d'une cage 
d'escalier. Le sommet de la tour est couronné d'un toit 
pyramidal dont la partie supérieure fut tronquée au XVI"° 


— 180 — 


siècle et surmontée-d'une lasterne ‚peur leçplacement d'un 
carillon, dont les cloches furent enlevées. en 1798. 

A l'extérieur de la nef, on voit'les pierres d'attente des 

‘azcs-boutants. 

Les portails la- 

téraux sont 

dignes d'atten- 

tion; celui du 

nord a deux 

portes. Sur le 

trumeau qui.les 

sépare se trouve 

une statue de la 

Vierge. Le por- 

tail sud, sans 

‘trumeau, a son 

tympan décoré 

He trois niches. 

L'intérieur de 

l'église est partagé en trois néfs, par des colonnes cylin- 

‘driques portant ‘des chapiteaux à choux frisés. Au co- 

lonnes du côté sud, le fût reparaît au-dessus du chapi- 

teau, et les moulures des arcades y, prennent directement 

naissance en cet endroit. Les colonnes du chœur sont 

cantonnées de colonnettes engagées, recevant la retombée 

‘des nervures des voûtes, tandis que des espèces de.pi- 

lastres les flanquent sous les intrados des. grandes arcades. 

Cette disposition s'explique par le; peu d'enconbellenrent 

des chapiteaux, qui ne permettrait} pas au-tailloir.de 

porter les moulures des arcades. Un triforium très élevé 

règnesous les claires:voies dans toute l'église. Les tym- 

pans des ‘fenêtres offrent des. dessins très variés. Les 

murs sous les fenêtres des bas côtés:sembleht de simples 

allèges, et- les arcaturesqui les: ornent: paraissent ‘une 

continuation de ‘la fenêtre même, dont les meneaux, 


— 18E — 


passant à travers les tablettes d'appui, coupent les quatre- 
feuilles inscrits dans les écoinçons, et descendent jusqu'au 
banc inférieur. 

La statue de k Vierge à k pile nord-ouest du transept, 
fut faite pour 310 florins, par Luc Faid’herbe, d'après un 
croquis de Rubens. 

Au petit autel de drqjte, à l'entrée du chœur, on admire 
une Mater Dolorosa pleine d'expression, faite en 1626, 
par Antoine Fayd'herbe, oncle de Luc, pour la Confrérie 
de N.-D. des VII Douleurs. L'artiste reçut 70 florins 
pour son travail. 

Le maître-autel est un immense arc de triomphe ‘en 
bois de sapin marbré, fait en 1690, d'après les dessins de 
Pastorana, qui reçut pour ses dessins et son concours, 
une somme de 2065 fl. 3s. 2 d. Il occupe toute la largeur 
du chœur et s'élève jusqu'à la voûte, dont la hauteur est 
de nonante pieds. Au milieu se trouve un tableau de 
Quellyn. Il est signé Erasmus Quelbyn pickor Cesqreae 
M ajestatis 1690. La composition est originale. Les con- 
vives sont assis sur une terrasse, et séparés du premier 
plan par un garde-corps en marbre. Le troisième per- 
sonnage à gauche du tableau, est le portrait de Gilles 
de Wit, curé de 1684 à 1691. La tradition veut aussi que 
Quellin se soit figuré dane le personnage du premier 
plan, au milieu du tableau. L'exécution des parties artis- 
tiques fut confiée aux suilpteurs Malinois : Boeckstuyos, 
Langhmans et van der Meulen. Ce dernier ft toutes les 
décorations feuillées. 

La troisième chapelle du pourtour, côté nord, est 
dédiée à saint Antoine Permite. Le triptyque de l'autel 
est de Michel Coxie, le jeune, qui le peignit en 1607, 
pour les Yardimiers. La‘légende de saint Antoine est figu- 
rée sur le panneau principal. Les volets représentent 
S, Paul visitant S. Antoine, et S. Antoine rendant les der- 
niers deuotrs à son ami. Sous la fenêtre, un bas relief, par 
Luc Fayd'herbe, le Christ éleué en croix. 





— 182 —. 


Derrière le maitre-autel se trouve l'oratoire du Bon- 
Larron ou de ‘Saint-Disme. C'est là que nous avons 
admiré les superbes peintures que P. P. Rubens fit en 
1618, pour la corporation des Poissonniers. Ils payèrent 
1600 florins pour le triptyque et les trois petits tableaux 
placés sous le panneau du milieu. Le registre des comptes 
de la corporation le mentionne en ces termes : Betaelt 
aen. Heer Petre Paulis Rubens, schilder, wocnende tot Ant- 
werpen van het schilderen van ons ambachtstafereel met de 
deuren binnen en buyten, en dry stuckskens in den voet, achter= 
volgens het accoord aen hem besteed door order van de geswoirne 
en ouders, ter presentie vau Heer Philips Van De Kerchovcn 
cn Fan Gootens, volgens syn quiftancie; compt: 1600 guldens: 
Le panneau du milieu représente la Pêche miraculeuse ;' 
sur le volet droit, l’archange Raphaël avec le jeune Tobie; 
sûr celui de gauche, les Apôtres trouvant la monnaie du 
tribut: dans un poisson. S. Pierre et son frère: S. André 
sont peints sur les côtés extérieurs. 

Vis-à-vis de la chapelle du Bon-Larron, au revers du 
maitre-autel, se trouve une magnifique toile de Corneille 
Huysmans, dit de Malines : Le Sauveur avec les. deux 
disciples, Amaon ct Cléophas, à Emmaüs. | 

La chapelle suivante, vers le sud, est ornée d’un trip- 
tyque peint par Jean'le Sayve, le vieux. On y voit le 
Martyre de sainte Cathérine d'Alexandrie, patronne des 
Bateliers; sur les volets : Ste Cathérine devant ses juges, et 
son ensevelissement. 


Eglise de Notre-Dame d'Hanswyck 


Ce monument, dont Fayd’herbe fournit les plans, a 
trois nefs, coupées vers le milieu de leur longueur, par 
une rotonde surmontée d'un dôme. Huit colonnes reliées 
deux à deux par des maçonneries et des tirants en fer 
supportent péniblement tout le poids de la construction. 
Comme l'église n'est pas bâtie en croix, l'architecte s'est 








— 183 — 


vu forcé de remplir par des haut-reliefs d'une dimension 
colossale, le vide laissé sous les arcs de décharge figurant 
les pénétrations que formeraient les voûtes des transepts, 
s'ils existaient. Il n'y a pas de pendentifs proprement 
dits. Ce sont des murs dont les assiscs supérieures, pla- 
cées quelque peu en encorbellement, vont rencontrer.le 
plan circulaire compris entre les sommets des quatre 
grands arcs. Cette partie de la construction est assez 
embarrassée; il a fallu l'étayer par des massifs de ma- 
çonnerie qui s'appuyent jusque sur les murs extérieurs 
de l'édifice et traversent les toitures des bas côtés d'une 
façon fort disgracieuse. Le 
tambour de la coupole est 
percé de douze fenêtres, et 
couvert d'une voûte hémis- 
phérique, percée en son 
milieu d'une ouverture de 
15 pieds de diamètre. Ce 
tambour devait porter en- 
core un étage en forme 
d’attique, un peu en retraite, entouré d'une balustrade, 
et couvert d'une voûte que devaient éclairer une rangée 
de douze fenêtres percées dans l’attique. Cette seconde 
voûte était sans doute destinée à un sujet de peinture, 
l'Assomption probablement, que l'on aurait aperçue par 
l'ouverture de la voûte inférieure. 

A l'intérieur, l'église est belle. L'effet de cette coupole, 
élevée de 34 mètres, est saisissant. Les haut-reliefs sont 
là si bien à leur place, que l'on a cru parfois la coupole 
construite pour eux. L'affreuse nudité des grands écoin- 
cons, servant de pendentifs, contraste avec le reste de 
l'ornementation. Ces énormes pans de mur dévraient 
porter en médaillons-circulaires les figures des évangé- 
listes. C'est là l'usage généralement appl'qué en Italie, 
dans toutes les églises à dôme, Il semble qu'à Hanswyck 


aussi, elles compléteraient la décoration intérieure de 
l'église, sans nuire aux œuvres de Fayd'herbe. - 

Dans les bas-côtés de la rotonde, se trouvent quatre con- 
fessionnaux de J.-Fr. Boeckstuyns. La chaire de vérité 
fut exécutée, de 1743 à 1745, par Théodore Verhagen, 
sculpteur de grand mérite, qui taillait directement le 
bois d'après de simples croquis, sans modelage. On y 
voit le Père éternel, sous forme de vieillard, s'adressant 
à Adam, et lui montrant d'une main le serpent, et de 
l’autre, la Vierge avec l'Enfant Jésus représentés dans un 
médaillon sur le devant de la tribune. L'abat-voix est 
formé par des rameaux d'un arbre touffu entre lesquels 
flotte un nuage. L'assomption de la Vierge le couronne. 
Verhagen avait entrepris cette œuvre pour la somme de 
4000 florins, dont 3000 furent payés par Alex.-Jos. Ru- 
bens, receveur des domaines à Malines, et petit-fils du 
célèbre peintre Pierre-Paul. 


L'audition de musique ancienne 


Cette solennité musicale avait attiré en foule les Con- 
gressistes dans la salle des fêtes de la ville. 

Le compte-rendu que nous en donnons ci-après, est 
extrait du rapport de M. Paul BeraMans (1), le musico- 
logue bien connu, dont la compétence est indiscutable : 

« Le concert a remporté le plus vif et le plus légitime 
succès. Composé avec beaucoup de goût, le programme 
comprenait des chansons religieuses et profanes de nos 
vieux compositeurs, et notamment de Jacques Peetrino, 
Cyprien de Rore et Philippe de Monte, trois maîtres 
Malinois; les compositeurs étrangers étaient représentés 
par une charmante chanson napolitaine d’Antonio Scan- 
dello, un madrigal de Claudin ou Claude de Sermisy, et 
des chœurs de Lully et de Rameau. Tous ces morceaux 


(r) Paul BERGMANS, Rapport sur le Congrès Historique et Archéologique de 
Malines, présenté à la Société d'Histoire et d'Archéologie de Gand. 





5 


— 185 — 


ont été exécutés avec une perfection véritable par un 
Octuor d'amateurs, dirigé par M. Cyrille Verelst. Cet 
artiste distingué a montré qu'il comprenait à merveille 
les beautés de nos anciennes œuvres musicales; il mérite 
tous nos éloges pour avoir fait chanter les œuvres telles 
qu'elles ont été écrites, sans vouloir y introduire les 
nuances de la musique moderne, et sans faire aucune 
concession aux goûts du jour. Cette interprétation simple 
et fidèle fait réellement honneur au bon goût de ce musi- 
cien. La partie instrumentale était confiée à MM. G. Kéfer 
et L. Van Waefelghem. Le premier a exécuté avec virtuo- 
sité des pièces de clavecin de maîtres belges et étrangers, 
notamment de Dieudonné Raick, qui fut, pendant plu- 
sieurs années, maître de chapelle de notre cathédrale de 
Saint-Bavon. M. Van Waefelghem s'est vivement fait ap- 
plaudir en jouant très artistement sur la viole d'amour des 
œuvres de Bach, de Milandre, et une sonate du Bolonais 
Attilio Ariosti. Tout le concert fait le plus grand honneur 
à son organisateur, M. le D'Van Doorslaer, qui n'a ménagé 
ni son temps ni ses peines pour en assurer la réussite. » 


Qu'il nous soit permis de remercier ici à notre tour, 
notre dévoué collaborateur M. Van Doorslaer qui, pen- 
dant de longs mois, nous a secondé avec le plus grand 
dévouement dans l'organisation des festivités du Congrès. 


Mardi 10 août 


_ Après la réunion des Sections, les Congressistes vi- 
Sitent les monuments ci après : 


Palais de Justice (ancien hôtel de Savoie) . 


Marguerite d'Autriche, douairière de Philibert de 
Savoie, gouvernante des Pays-Bas, vint s'installer, en 


— 186 — 


1507, dans l'ancienne habitation où Marguerite d’York 
avait passé les dernières années de sa vie. Cette demeure, 
dont s'était contentée la veuve du Téméraire, ne pouvait 
convenir à la nouvelle, gouvernante pour y établir sa 
Cour. Aussi le Magistrat de la ville s'empressa-t-il d'ac- 
quérir les maisons voisines, et d'élever, en leur place, 
les constructions que nous y admirons encore aujourd'hui. 
Marguerite ne contribua que pour une faible part dans 
les frais, à cause des dépenses que lui occasionnait l'église 
de Brou, élevée en accomplissement d'un vœu de sa 
belle-mère, Marguerite de Bourbon. 

La façade du palais, dans la rue de l'Empereur, fut 
commencée en 1517. Elle est en première Renaissance. 





‘On ignore l’äuteur des plans; mais on sait que Rombaut. 
Keldermans, architecte de la ville, les exécuta. 

Il n'est pas étonnant dès lors d'y voir, au porche, des arcs 
en ogive, à moulures renaissance, et des colonnes à deux 





© — 187 — 


faces, dont l'une rappelle le moyen âge qui s'en va,et dont 
l'autre montre, quoique timidement encore, le nouveau 
style désireux de s'affranchir des règles et des traditions. 

Beaucoup de chroniqueurs ont dit que le bâtiment 
d'entrée, dont nous venons d'apprécier la construction, 
avait été élevé au commencement du XVII" siècle. Ils 
le confondent avec la construction voisine, qui renferme 
la grande salle d'audience du tribunal, et qui fut élevée 
en 1612, après que la Ville eût racheté le palais pour y 
transférer le Grand Conseil. 

Dès 1510, Marguerite put prendre possession des par- 
ties nouvelles de sa demeure, formant l'angle de la rue 
Vooght. Cette même année, la Ville acheta encore deux 
maisons, et les travaux continuërent très activement pen- 
dant une quinzaine d'années. 

En 1517, fut construit le vestibule et l'escalier d’hon- 
neur, éclairés par deux grandes fenêtres ogivales à tym- 
pan; et l'on 
poursuivit l'a- 
chèvement de 
lasomptueuse 

demeure; 

mais en 1526, 
les travaux 
furent arrêtés. 
Ilsavaient du-, 
ré vingt ans. 

Les deux 
grandes ailes 
du palais, lon- 
geant l’une la rue Vooght, l'autre le cimetière Saint- 
Pierre, étaient alors terminées. Les appartements étaient 
princièrement tapissés et décorés. La gouvernante avait 
aussi sa librairie ou bibliothèque, richement fournie. Des 
armoiries garnies de portes à treillis étaient disposées 
contre les parois d'une vaste salle. Un grand siège à haut 


— 188 — 


dossier avec baldaquin était placé à l'une des extrémités. 
Les bustes en marbre de Marguerite et de son époux 
regretté faisaient partie de la décoration (1). L'armure 
complète du duc s'y trouvait dressée sur un support en 
fer étamé (2). 

Tous les plans d'agrandissement projetés pour le palais 
de Marguerite n'étaient pas encore exécutés, lorsque 
l'archiduchesse mourut, le 30 novembre 1530, des suites 
d'une tumeur à la jambe gauche, dont elle souffrait déjà 
depuis une dizaine d'années. Dès.1521, on lui avait fait 
un fauteuil à brancards, parce que la marche lui était 
parfois impossible (3). 

Marie de Hongrie remplaça sa tante dans l'administra- 
tion du pays. Ellerevendit le palais au magistrat de la Ville. 

Charles-Quint aurait voulu y installer le Grand Con- 
seil. Les négociations durèrent jusqu'en 1561, lorsque la 
Ville vendit le palais au nouvel archevêque, Antoine 
Perrenot de Granvelle. La Ville racheta de nouveau le 
palais le 12 septembre 1600, et l'appropria pour le Grand 
Conseil, qui l’occupa jusqu'en 1794. En 1876, la Ville 
céda les bâtiments à la Province, qui en décida la restau- 
ration. Les travaux durèrent 10 ans. 

« L'histoire de ce monument », disait l'Art moderne à 
cette occasion, « n'est bien connue que depuis peu de 
temps, grâce aux travaux constants et aux recherches 
patientes d'un écrivain Malinois, Steurs, qui s'est mis en 
rapport avec l'architecte Blomme, et dont celui-ci, avec 
une modestie et une intelligence exemplaire, a suivi pas 
à pas les découvertes. » 


(1) ’Arltres pièces estant en la librairie, dont la declaration s ‘ensuyt : prc mier, la 
représentation de feu Monsieur de Savoie, que Dieu pardoint, fete de mas bre blanc, de 
la main de maître Conrat. — Son harnast complet, — La représentation de Madame, 
fete de même main marbre que le précédent. 

(2) Ilem van eenen ijzeren voete verlint, daer ’t’s hertogs van Savoye harnasch of 
staet ij s. (Comptes de la Ville, 1522-1523). 

(3) Comptes de la Ville, de 1526-21. Item betaelt Gheerden (van der Veeken) 
voerschreven van ij wagheschoote boomen dienende totten seetele daer Myvrouwen met 
gedragheu wort. — Coste xv d, 





— 189 — . . 
Nous regrettons pourtant la modification que Fon a 
fait subir au pignon principal. Il est hors de doute que 


les enroulements placés dans les angles rentrants ne 
eee 


sauraient être justifiés. Les deux vignettes qui accom- 
pagnent cet article permettent au lecteur d'apprécier la 
justesse de notre opinion. 

Vis-à-vis de l'entrée principale du tribunal, se trouve 
l'ancien palais de Marguerite d'York, actuellement le 
théâtre. 


— 190 — 


Palais de Marguerite d’York 


Le Magistrat de la Ville avait contribué, en 1480, à 
la construction d'un bâtiment avec salle de réception, à 
côté de l'ancien palais de Cambrai, où la veuve du 
Téméraire, Marguerite d'York, s'était retirée après la 
mort de son époux. Il ne reste de cette habitation qu’une 
tourelle, cage d'escalier, et la façade, restaurée en 1893, 
par les soins de l'administration communale. L'histoire 
de cette demeure, qui servit successivement de résidence 
à Marguerite d'York, à son petit-fils, Philippe d'Autriche 
et aux enfants de ce dernier, est succintement rappelée 
dans cette inscription : 


A° Domini . m,.cccc,.Irtr . bas aedes extrusit 
et ad annum usque . m, cccc. lxxvv . inbabitavit 
_ {Margareta Angliae, Caroli ducis $Burgundiae vidua 
Dbilippus archidux Æustriac 
per decennium inibi rescdit 
et anno .m.D.f. liberos educandos misit 
Eléonoram, Elisabeth, ÆMariam 
Catolum principem bimulum 
_quem anno .m.Ogvi. ín tegem bispanarium 
sibi ablatum doluit ÆMecblinia 
ÆMagistratus urbis 
quam tot principum beavit inconsolatus 
unicam quae de eorum domo superest ad viam parietem 
actatum injuria fatiscentem 
ab excidio vindicavit anno .m.Dd,. cccxciff. (1). 


(1) Marguerite d'Angleterre, veuve de Charles, du: de Bourgogne, hâtit 
cette maison en 1480, et l’habita jusqu'en 1485. — Philippe, archiduc d'Au- 
triche, y résida pendant dix ans, et y fit élever ses enfants : Eléonore, Eli- 
sabeth, Marie et Charles, jeune prince de deux ans, que Malines eut la 
deuleur de se voir enlever, pour devenir roi d'Espagne. — En 1893, le ma- 
gistrat de cett : ville, honoré par la résidence de tant de princes, protégea 
contre les injures du temps la façade de leur palais, seul reste de leur 
ancienne demeure. 





Fr 


— 191 — 


Une belle cheminée en pierre blanche, provenant de 
l'ancien palais de Cambrai, se trouve actuellement au 
musée communal, dans la salle II. 

Marguerite d'York n'habita pas longtemps ce palais; 
elle l'abandonna, pour se retirer dans une habitation 
beaucoup plus modeste, située alors derrière l'église des 
saints Pierre et Paul. C'est là qu'elle mourut, le 23 no- 
vembre 1503. 

A côté de l'ancien palais d'York, nous voyons l'église 
des SS. Pierre et Paul. 


Eglise des SS. Pierre et Paul 


près Saint-François- Xavier 


Cette église, bâtie par les Jésuites, fut commencée en 
1670, le 3'décembre, fête de S. François-Xavier, auquel 
on la dédia. Elle fut ouverte au public, le 16 mai 1677. 


Un membre de la Compagnie, Antoine Losson, en avait, 
paraît-il, donné les plans et supporté, avec son frère 
André, les trois quarts des frais de construction, qui 


— 192 — 


s'élevèrent à 132.000 florins. La façade du monument est 
ornée de pilastres et de demi-colonnes d'ordre corinthien, 
supportant un entablement dont la frise est décorée de 
sculptures. Il est regrettable que cet entablement soit si 
disgracieusement interrompu et coupé par la fenêtre du 
milieu. La grande -porte d'entrée est ornée de demi- 
colonnes à bossages, et surmontée d'une niche. Deux 
fausses portes figurent les entrées des nefs latérales. Le 
pignon de la façade, en forme d'attique, couronné d'un 
fronton triangulaire, fut achevé en 1709, aux frais de 
l'archevêque Humbert de Precipiano. Cette construction 
est au moins médiocre. On y voyait autrefois en sculp- 
ture, saint François-Xavier porté sur des nuages. Les 
républicains de la fin du XVIII" siècle firent disparaitre 
cette œuvre d'art, en même temps que les statues figurant 
les quatre parties du monde, qu'ils avaient prises pour 
des images de saints. 

L'intérieur est partagé en trois nefs. De belles boise- 
ries relient les confessionnaux le long des murs latéraux. 
La partie artistique de ces revêtements est due au ciseau 
de Nicolas van der Veken. Au-dessus de ces boiseries, 
se trouvent ro grands tableaux, dont plusieurs sont dûs 
au talent d'artistes distingués. Lorsque l’église fut trans- 
formée en-temple de la Raison, on couvrit les tabteaux 
de placards emblématiques, et c'est ainsi qu'ils échap- 
pèrent à la destruction dont ils avaient été menacés. 

Chacune des nefs est terminée par une abside circu- 
laire, formant le chœur, et deux chapelles. Le maiître- 
autel, en marbre blanc, est d'un auteur inconnu. Deux 
indiens agenouillés soutiennent la table du sacrifice, sous 
laquelle le grand thaumaturge est figuré dans l'attitude 
de la mort. Les autels latéraux sont traités dans le 
genre du XVII” siècle. Dans celui de gauche, on re- 
marque une statue de Ja Sainte Vierge, attribuée à Luc 
Fayd’herbe. 

La chaire de vérité, par Henri Verbruggen, se com- 





pose d'une tribune ornée de médaillons, supportée par 
quatre personnages figurant les quatre parties du monde. 
La rampe de l'escalier est habilement travaillée. Les 
statues des saints Pierre et Paul, placées au bas, furent 
ajoutées plus tard. 

Le banc de communion est divisé en différents com- 
partiments ornés d'arabesques. Les consoles qui les sé- 
parent sont chargées de médaillons, portant des têtes de 
types variés. 

Au-dessus du portail intérieur se trouve le jubé, que 
l'on cite parmi les plus beaux du genre. Il s'étend sur 
toute la largeur de l'église. La construction est appuyée 
sur quatre colonnes de marbre rouge. Le garde-corps est 
formé d'une rangée de balustres en marbre de même 
couleur. 

En sortant de l'église, tournant à droite, nous décou- 
vrons les restes d'une riche habitation du XVII" siècle, 
portant pour enseigne : 


Collège Saint-Rombaut 


(ancienne maison Prant-van Horne, Marché au bétail) 


La fagade, large de 15 mètres, est décorée de pilastres 
à bossages, avec chapiteaux composites. L'entablement 
porte une espèce de stylobate, ou soubassement continu, 
mais divisé, comme la facade, en trois parties, par des 
piédestaux chargés de sculptures. Chacune des trois di- 
visions est percée d'une fenêtre à fronton triangulaire, 
flanquée d'enroulements, et surmontée d'un pignon dont 
le sommet portait primitivement une figure d'animal. 

Les sculptures de cette façade si monumentale, et 
même le parement uni, sont si frustes, qu'une restaura- 
tion complète parait urgente. 

Au-dessus de la porte d'entrée se trouvent les armoiries 
de Côme Prant : d’or à trois chicots brülants, en forme de 


13 


— 194 — 
Rambeaux de sable, issants en pal, bandé et barré d'une 
montagne à trois coupeaux de sinople, et celles de sa femme 
Marguerite van Horne : d’or à la fasce de gueules, accom- 
pagné ser ve + 
En 

Son 
nent 

Car 
Sterc 
lacc 
tion 
hôtel 

y ét 
un C 
épisc 
sous 
cable 
tron 
ville, saint 
Rombaut. 

Les locaux anciens furent remplacés, en 1885, 1895 et 

1896, par des constructions plus spacieuses, d'après les 
plans de M. H. Meyns, qui ont obtenu l'approbation des 
visiteurs. L'architecture en est simple et rappelle le style 
des habitations de la fin du XVI" siècle. 


Excursion à Lierre 


La visite des monuments de Lierre est favorisée par 
un temps superbe. Le départ en chemin de fer a lieu 
à rh. 17, et à 2 h. 1 nous débarquons à Lierre. L'an- 
cienne petite ville a un air de fête et le long cortège, 
comprenant plus de 200 Congressistes, lui donne un as- 
pect des plus animés. 

La réception officielle a lieu à l'hôtel de ville, par 
M. le Bourgmestre Van Cauwenberg, membre de la 





— 195 — 


Chambre des Représentants, accompagné du Collège 
échevinal et des Conseillers. 

M. le Chanoine van Caster présente les Congressistes : 

« Monsieur le Bourgmestre, Messieurs, j'ai l'honneur de 
vous présenter Messieurs les Membres du Congrès. Nous 
avons pensé qu'une excursion à Lierre serait pour eux 
une distraction agréable et utile à plus d'un point de 
vue. Nous ne nous sommes pas trompés. Vous voyez 
qu'ils ont répondu très nombreux.à l'invitation. Je re- 
mercie l'Administration communale de Lierre, de l'hon- 
neur qu'elle nous fait, en nous recevant d'une manière 
aussi solennelle et, au nom du Congrès, nous lui en 
sommes bien reconnaissants ». 

Monsieur le Bourgmestre souhaite la bienvenue en ces 
termes : 

« Messieurs, | 

» Au nom de l'Administration communale de Lierre, 
je vous souhaite la bienvenue dans cette ville. 

» Vous venez y voir des monuments qui, certes, ne sont 
pas de premier ordre et ne peuvent rivaliser avec les 
beaux types d'architecture gothique de France, d'Alle- 
magne et d'Angleterre, mais qui présentent pour vous un 
intérêt sérieux. 

» Ils vous rappelleront, en effet, toute la vie d'une cité; 
depuis cette chapelle primitive érigée par son fondateur, 
au VIII” siècle, et reconstruite après l'invasion normande, 
en passant par ces siècles de prospérité que furent le 
XIV” et une partie du XV”, et qui nous laissèrent le 
beffroi de l'hôtel de ville, l'église de l'Hermitage et la 
magnifique collégiale, jusqu'au XVIII", avec ses mai- 


sons de corporation et modernes églises de cette époque 


jusqu’au nôtre, pauvre en monuments nouveaux, mais 
important par le soin mis à étudier les monuments de 
l'antiquité, à en conserver les moindres reliques, à les 
restaurer avec un soin scrupuleux et un désir sincère 
d'être fidèle à la vérité. 


— 106 — 


» À obtenir ce résultat, vous avez puissamment contri- 
bué, Messieurs les Membres du Congrès, que de progrès 
vous avez faits dans l'étude des vieux monuments durant 
ce dernier demi-siècle, quelle régénération de l'art an- 
cien, que d’études minutieuses, que de résultats obtenus, 
grâce aux travaux des nombreux savants que j'ai l’hon- 
neur de saluer ici. : 

» Dans peu de jours, nous inaugurons la statue d'un 
homme qui a illustré sa ville natale par ses travaux litté- 
raires et historiques. Nous lui devons une bonne histoire 
de notre patrie, et cette œuvre il la commença par ces 
mots : « ne pas savoir ce qui se passa avant notre époque, c’est 
rester toujours enfant »; 1l disait vrai pour l'histoire, il 
disait vrai aussi pour l'archéologie, cette science de l'his- 
toire de nos monuments et de nos mœurs, science fon- 
dée moins sur les traditions orales ou écrites, que sur 
l'étude et l'analyse des monuments vénérables de l’anti- 
quité. | | 

» Vous faites parler les pierres, les témoins muets des 
suites de grandeur passée, vous reconstituez au moyen 
de ces reliques, et nos vieux monuments et la vie de nos 
ancêtres, leurs contemporains. 

» Grâce à vous, nous connaissons mieux l'antiquité, nous 
aimons davantage un passé glorieux et vous donnez une 
impulsion énergique aux études artistiques de l'avenir. 

» Parmi vous, Messieurs, se trouvent plusieurs étran- 
gers de distinction. Je leur souhaite à eux une bien- 
venue toute fraternelle. 

» Les Belges ont toujours été hospitaliers et ils sont 
heureux d'accueillir chez eux les représentants des pays 
amis de leur patrie; je suis heureux de leur exprimer ici 
nos vraies sympathies. 

» Il nous reste, Messieurs, à vous remercier de tout cœur 
de l'honneur que vous voulez nous faire, en venant visiter 
notre humble cité; nous vous réitérons nos souhaits de 
bienvenue, et nous vous prions de bien vouloir nous 





— 197 — 
permettre d'être à votre disposition, pour vous faciliter 
les visites que vous avez projetées » (Afpleudissements).. 

M. le Comte de Marsy, au nom des étrangers présents, 
remercie M. le Bourgmestre de son aimable et cordiale 
réception (Applaudissements). 

L'honorable échevin, M. Mast, qui devait nous piloter 
à travers cette ancienne cité, étant indisposé, c'est M. le 
Bourgmestre Van Cauwenbergh qui le remplace comme 
cicerone et qui nous détaille, avec une bonne grâce ex- 
quise, les beautés des principaux édifices de la cité. Les 
Congressistes visitent d’abord en détail l'hôtel de ville, où 
les deux salons du plus pur Louis XV sont très admirés. 
De l'hôtel de ville ils se rendent à la collégiale et aux 
autres monuments détaillés dans la notice historique 
ci-avant (page 41). 

Et l'on s'attarde dans la contemplation des coins déli- 
cieux que l’on découvre et que le programme n'indique 
pas. Ici c'est une ruelle aux habitations vieillottes, d'une 
couleur étonnante, au milieu de laquelle s'alignént des 
dentellières aux caractéristiques bonnets. Plus loin, un 
ancien fossé de la ville baigne de ses eaux noires un 
débris d'habitation féodale; puis le silencieux bégui- 
nage, si mystique et si beau, avec ses petites maisons 
du XVII” siècle. Tout cela a le charme intime des choses 
mortes et l'on songe aux magistrales descriptions de 
Bruges, par Rodenbach, d'une psychologie si pénétrante. 

Mais les heures passent, et c'est au pas de course qu'il 
nous faut mener la promenade et la visite du musée, 
pour reprendre le chemin de Malines, où nous arrivons 
vers 6 heures. 


Le Concert de carillon 


M. le colonel Bruylant, commandant le 2"* régiment 
d'Artillerie, et vice-président du Congrès, avait eu la 
délicate attention de faire précéder le concert de carillon, 


— 108 — 


qui n'avait lieu qu’à g heures du soir; d’un concert donné 
“à la grand’ place, par l'excellente phalange musicale du 
régiment. | 

Ce concert, très applaudi, est suivi du concert de carillon 
donné à la tour St-Rombaut. Les Congressistes étrangers, 
parmi lesquels beaucoup de dames, se retrouvent dans 
les jardins, discrètement éclairés, de l’ancien hôtel occupé 
par M. Wittmann-Bernaerts. Le succès de cette audition 
est considérable et enthousiasme tous les étrangers qui 
ignorent les qualités harmoniques de notre célèbre caril- 
lon. Devant nous se découpe, noire, dans le ciel étoilé, la 
silhouette hardie de notre antique beffroi. De là-haut 
tombe, vibrante, dans le silence de cette superbe nuit 
d'été, une sonnerie de trompettes T hébaines, annonçant 
le concert. Celui-ci se compose de sonatines, chants avec 
accompagnement de hautbois, anciennes mélodies fla- 
mandes, avec intermède pour cor, dont on trouvera le 
programme renseigné à la page 115. Tous ces numéros 
sont exécutés avec une véritable maîtrise, par l'artiste 
carillonneur malinois, J. Denyn, assisté de M. Coutelier, 
le dévoué chef de musique du 2"° régiment d’Artillerie, 
dont les trompettes exécutent les sonneries. 

Bornons-nous, pour attester le succès de cette audition, 
à citer ici quelques extraits de compte-rendus de cette fêtek 

« Les sons argentins des cloches, si habilement mises 
en branle par l'artiste malinois, s'égrenaient comme des 
perles dans la nuit, alternant avec d'anciennes sonneries 
de trompettes et des chœurs accompagnés de clarinettes 
et de bassons. La sonorité plaintive et pénétrante de 
ces instruments à anche produisait une impression vrai- 
ment étrange, et les voix paraissaient venir de loin, de 
très loin, du pays du mystère (1) . . . . . . . . 


(1) P. BERGMAN, Rapport à la Socicté d'histoire et d'archeologie de Gand, sur le 
Congrès archcologique de Malines. 





Un long frémissement a parcouru la foule massée près 
de la tour, au moment où, dans le majestueux silence de 
la nuit, s'éleva la suave mélodie de Demol : Ik ken een 
lied, et, un peu plus tard, hymne à sainte Cécile. On 
a fait une ovation, à la descente, à M. Cyrille Verelst, 
l'intelligent directeur de la société L'Aurore, dont les 
membres ont exécuté les chants à la tour, ainsi qu'au 
maitre carillonneur, M. J. Denyn (1) » . . . . . . 
« Le concert de carillon, avec intermèdes musicaux, a 
produit sur les étrangers une impression indicible. C'était 
de l'enthousiasme, c'était du délire. Et quand, à la fin, 
l'énorme tour s'est embrasée aux feux de Bengale, éta- 
lant avec coquetterie les fines dentelures dont eile est 
parsemée, les acclamations se sont élevées vibrantes, 
chaleureuses. Le fait est que ces fêtes nocturnes à la tour 
sont attrayantes au possible. Lorsqu'elles seront bien 
connues, lorsque la publicité aura claironné au loin tous 
leurs charmes, la ville de Malines peut être assurée d’un 
succès immense et durable (2). 


RE EU 


Mercredi 11 août 


Après la réunion des sections, les Congressistes conti- 
nuent la visite des monuments de Malines : 


Hôtel de Busleyden (Mont-de-Piété) 


Ce magnifique hôtel fut bâti par Jérôme de Busleyden, 
nommé conseiller et maître des requêtes au Grand Con- 
seil, en 1503. La Ville accorda divers subsides pour 


(1) Le Petit Belge, 12 août 1897. 
(a) Le Soir, 12 août 1897. 


— 200 — 


l'achèvement de cette maison vraiment princière. Jérôme 

de Busleyden fonda à Louvain le collège de son nom, 

appelé aussi CoLLEGIUM TRILINGUE, Collège des trois 

langues. Il mourut à Bordeaux, le 27 août 1517, au retour 

d'un voyage en Espagne, où l'avait envoyé l'Empereur 

Charles-Quint. Sa dépouille mortelle, transportée à Ma- 

lines, fut, d'après son désir, enterrée au chœur de l'église 

métropolitaine, à côté du maître-autel. Son hôtel de 

Malines passa successivement en différentes mains et 
fut acquis, en 1620, pour devenir un Mont-de-Piété. 

L'ancien hôtel de Busleyden comprend 

© 7 7 7 timents. Celle du Sud a, 

in, une façade monumen- 

au rez-de-chaussée et à 

erie à colonnade sur la- 

quelle s'ouvrent les is- 

sues de divers apparte- 

ments. Un petit perron 

couvert donne accès à 

une salle ornée d'une 

grande cheminée. Les 

murs dela place voisine 

étaient autrefois cou- 

verts de peintures mu- 

rales, dont il reste des 

traces. La façade de l'hôtel de Busleyden fut restaurée 

en 1864. Pour conserver le souvenir de cette restaura- 

tion, on plaga cette inscription au-dessus de la porte d'un 

des appartements : CONSTRVCTVM ANNO DOMINI MILLE- 

SIMO QVINTECENTESIMO SEPTIMO. RESTAVRATVM ANNO DO- 

MINI OCTINGENTESIMO SEXAGESIMO QVARTO. En 1875, on 

construisit dans la rue Saint-Jean, une porte grillée, qui 

permet aux passants de voir le monument. Les armoiries 

des de Busleyden figurent au-dessus de cette porte. Une 

croix, chargée des emblèmes de la passion, est placée 

au-dessus de l'entrée principale, dans la rue des Vaches. 


— 201 — 


Elle date de 1620. On voit le même emblème au-dessus 
d'une petite porte qui donne accès aux bureaux du Mont- 
de-Piété, avec cette 
inscription : MONTS (sic) 
PIETAT. 1620. 
Une dépendance de 
l'hôtel de Busleyden a 
été rebâtie en 1884, 
pour servir d'école gar- 
dienne. Il est à regret- 
ter que la-construction 
de ce bâtiment soit si 
mal comprise. Le mur 
qui longe la rue est 
surmonté de créneaux, 
comme un mur d’en- 
ceinte. Il porte, de 
plus, un pignon à gra- 
dins, qui n’a aucune 
raison d'être, puisqu'il 
ne ferme pas decomble. 
Derrière les créneaux 
surgissent des lanter- 
naux, dont la vue contraste singulièrement avec les 
bâtisses du XVI" siècle, qui les entourent. 


Eglise des saints Jean-Baptiste et 
Jean l’Evangéliste 


L'église actuelle était en construction en 1451. Le 
transept fut commencé en 1462, et la consécration du 
monument put avoir lieu en 1483. La chapelle du Très 
Saint Sacrement, bâtie à l'angle du chœur et du tran- 
sept nord, date de 1546. 

. Sous la tribune de l'orgue, sont placés, d’un côté, le 
banc des Maitres des pauvres, et de l'autre, celui des 


— 202 — 


Proviseurs de la Confrérie de la Sainte Trinité. Le haut 
dossier de ces bancs est orné de grands bas-reliefs : la 
multiplication des pains et le rachat des esclaves chrétiens. 

Le tableau de l'autel : saint Roch guérissant les pestiférés, 
est le panneau principal d'un triptique peint par Luc 
Franchoys, le jeune. Les volets et les trois petits tableaux 
de la predella se trouvent plus loin dans l’église. L'artiste 
reçut pour les huits peintures, la somme de 180 florins. 
D'après le contrat fait le 1° septembre 1671, il n'avait 
droit qu'à 136 florins. Sur l'autel se trouve une petite 
statue de la Sainte Vierge, par Antoine Fayd'herbe, faite 
du bois de l'arbre dans lequel fut trouvée la célèbre 
image de N.-D. de Montaigu. On la paya 7 florins. 

Dans la chapelle du Très Saint Sacrement, on re- 
marque, à gauche, un monument funèbre dont le groupe 
en marbre blanc, sainte Anne et la Sainte Vierge, est attri- 
bué à Jérôme Du Quesnoy. 

Le maître-autel, exécuté par Pierre Valckx, d’après les 
dessins de Théodore Verhagen, fut terminé en 1769. On 
y plaça le triptyque de Rubens, dont les panneaux sont 
cités parmi les plus belles productions de l'école flamande. 
La pièce principale est /’Adorañon des Mages; le volet 
droit : le Baptême du Christ, et au revers : la Décollation 
de saint Jean-Baptiste; celui de gauche, saint Jean l'Evan- 
géliste écrivant l'apocalypse dans l'ile de Pathmos, et au 
revers : le même Saint jeté dans l'huile bouillante. Le curé 
de l'église fit la commande de ces tableaux le 27 décembre 
1616. Ils furent placés en septembre 1617; mais il faut 
croire qu'ils n'étaient pas suffisamment achevés, car Ru- 
bens vint plusieurs fois encore leur donner des retouches. 
Le payement du prix convenu, de 1800 florins, se fit par 
à comptes, et en 1624, Rubens donne quittance complète 
de la somme. Cette quittance, entièrement écrite de la 
main du grand artiste, et conservée à la sacristie de 
l'église, est ainsi conçue : 

Ick onderschreven, bekenne in diversche paijen ontfanghen te 





— 203 — 


hebben uit de handen van Mynheer den Pastoir van Sint Jans 
kercke tot Mechelen, de somme van achttien hondert guldens 
ecns, tot volcomen betaelinghe van een autaer tafel met deuren, 
op de voorzeyde kerckens hooghen autaer staende, met myn 
handt ghemaeckt, ende t'oirconde der waerheyt hebbe ick deze 
quiltancie met myn eyghen handt gheschreven ende onderteeckent. 


Tot Antwerpen, dezen 12 Martit 1624. 
Pietro Pauolo Rubens. 


Anciens Refuges de St-Trond et de Tongerloo 
(rue de l'Ecoutête) 


On ignore à quelle époque l'abbaye de Saint-Trond a 

fait bâtir son Refuge à Malines. Le plus ancien docu- 
ment y relatif est un acte | 
de 1611, par lequel les reli- | 
gieux le cédèrent au cha- i 
noine Van Wou. Cette ha- 
hitation a passé depuis lors 
en différentes mains, et di- 
verses œuvres de charité y 
ont leurs locaux de réunion. 
Le cercle militaire est éga- 
lement établi dans une des 
dépendances. La vue des 
bâtiments, prise du pont de 
l'ancre, est connue des áïna- 
teurs et des touristes. 

L'ancien Refuge de Ton- 
gerloo se trouve dans la 
même rue, au coin de la 
rue du Poivre. Il sert de- | 
puis longtemps de caserne pour la Gendarmerie. Les 
religieux prémontrés firent l'acquisition de cette propriété 
en 1483. Les bâtiments qu'ils y élevèrent peu après, sub- 





— 204 — 


sistent encore, et l'on s'occupe de leur restauration. La 
porte d'entrée est remarquable par ses vieilles pentures 
que l'on a appliquées sur de nouveaux ais en chêne, il y 
a quelques années. 


Eglise de Sainte-Cathérine 


Elle fut commencée en 1336 et a dû être terminée, 
ou à peu près, en 1342, puisque les chanoines de Saint- 
Rombaut s'y retirèrent alors, pour célébrer l'office divin, 
jusqu'après la restauration de leur collégiale incendiée. 
La façade fut achevée au moyen des offrandes du jubilé 

de 1451, ac- 
cordé par Ni- 
colas V, dont 
les armoiries 
se trouvent 
au-dessus de 
la fenêtre. 
La chapelle 
des fonts bap- 
tismaux fait 
saillie sur le 
devant. Les 
fenêtres 
hautes de la 
grande nef 
étaient autre- 
fois circulaires, symbolisant la roue, instrument du mar- 
tyre de sainte Cathérine. La tour est placée entre la nef 
et le chœur. 

L'église Sainte-Cathérine eût beaucoup à souffrir, en 
1572, de la part des soldats espagnols, et plus encore, en 
1580, de la part des gueux, qui enlevèrent une grande 
partie du mobilier, ne laissant que ce qu'ils ne pouvaient 
emporter. Elle fut employée comme écurie, jusqu'en 1585. 


— 205 — 


Rendue au culte, elle fut consacrée le 20 août de cette 
année, par Jean Hauchin. Les fenêtres étaient bouchées 
avec du chaume; et des châssis vitrés, placés çà et là, 
éclairaient les nefs. En 1797, l'église fut achetée au prix 
de 205.000 frs, en assignats, et restituée en 1804. 

Les nefs sont couvertes de voûtes en bardeaux. C'est 
une restitution récente à l'état primitif. On ne sait pour 
quel motif, un bienfaiteur, plus généreux qu'éclairé, y 
avait fait mettre des voûtes en briques, en 1771. Elles 
furent enlevées en 1805. 

Cette église renferme une toile de premier ordre, 
l’Adoration des Mages, que Rubens, à en croire une tra- 
dition locale, ne manquait jamais de visiter lorsqu'il 
venait à Malines. L'artiste qui produisit cette peinture 
remarquable n'est pas positivement connu. La tradition 
le nomme Maur Moreels, et ajoute qu'il fit ce tableau 
comme ex voto de reconnaissance pour l'église dans la- 
quelle il avait eu le bonheur de recevoir le baptême. 
Moreels mourut le 15 octobre 163r. Parmi les trésors 
apportés par des Mages, figure un plat au milieu duquel 
est gravé un écusson à deux massues croisées, en abîme, à 
trois têtes de maures : deux en chef et une en pointe. 

Les murs latéraux du chœur sont revêtus de boiseries 
avec bas-reliefs, qui forment le haut dossier des bancs 
du clergé. Ces sculptures comptent parmi les meilleures 
productions de Pierre Valckx. Elles représentent, du côté 
nord : le Bapiëme de sainte Cathérine, et la Sainte Vierge 
présentant l'Enfant Jésus à la Sainte; du côté sud : sainte 
Cathérine disputant avec les pmlosophes, et son martyre. 


Eglise de Saint-Alexis et Sainte-Cathérine, 
au Grand Béguinage 


Ce monument fut commencé en 1629, d'après les plans 
de Francquart. L'archevêque Jacques Boonen posa la 


— 206 — 


première pierre,. le 15 juin, en présence des autorités 
communales, et l'édifice put servir au culte dès 1638; mais 
les voûtes ne furent construites que sept ans plus tard. 

La façade de l'église est d’un certain effet. Le rez-de- 
chaussée est orné de pilastres et de demi-colonnes io- 
niques; l'ordre corinthien fait l’ornementation de l'étage, 
et l’attique qui le surmonte est décoré d'un haut-relief 
représentant le Père éternel, par Luc Fayd’herbe, qui 
avait dirigé les travaux de l'église après la mort de l'ar- 
chitecte Franquart. 

À l'intérieur, contre le mur de la façade, se trouve 
adossé un beau portail en marbre noir, dont le frontispice 
porte en haut-relief un buste de saint Pierre, en marbre 
blanc. Aux côtés du portail, deux anges en marbre blanc 
tiennent chacun un bénitier. Ces statues, quoiqu'un peu 
maniérées, ne sont pas sans mérite; aussi le gouverneur 
français les avait-il désignées pour être transportées au 
Louvre. Un amateur, prévenu de ce projet, les enleva 
pendant la nuit et les cacha en terre. Après la tourmente, 
il les restitua à l’église. | 

Au-dessus du portail on voit une Ascension par de 
Crayer, provenant de l'abbaye de Grimbergen. Un peu 
plus bas, deux volets de Jean Cossiers : saint Christophe 
et saint Sébastien. À droite et: à gauche du portail se trouve 
un confessionnal. Il y en a encore un au fond de chaque 


nef latérale. On peut les compter parmi les plus riches 


de ce genre qui soient à Malines. Au-dessus de ces der- 
niers, on aperçoit, dans la nef du sud, une grande statue 
du Sauveur, bénissant d'une main et tenant le globe ter- 
restre de l’autre. C'est un ex voto offert par les béguines, 
Marie et Claire Capello. Le pendant, dans la nef nord, 
est une Mater Dolorosa. Ces deux statues sont de Luc 
Fayd'herbe. La dernière, surtout, est belle; elle fut exé- 
cutée dans la maison de Rubens, où Fayd'herbe habita 
pendant trois années, et sous les yeux du maître, qui 
nous a conservé ces détails historiques avec son appré- 








— 207 — 


ciation personnelle, très élogieuse pour lartiste mali- 
nolis (1). 

Sous les fenêtres de l’église, on remarque les tableaux 
de différents maîtres. Le troisième, du côté nord : la 
tentation de saint Antoine, par Jean Cossiers, est de loin 
le meilleur. La tête de l'ermite est si bien touchée, qu’on 
a souvent attribué cette œuvre à D. Teniers. Sous la 
quatrième fenêtre, un petit portail en marbre noir est 
surmonté d’un buste de sainte Ursule. L'ordonnance et 
l'exécution de cet édicule sont de J.-F. Boeckstuyns. Il 
en est de même du banc de communion, qui mesure près 
de cent pieds de longueur, et sépare les autels des nefs. 

L'ordonnance du maître-autel est de Van der Steen, 
qui exécuta lui-même son plan. La statue de la Mère 
de Dieu, qui couronne le sommet, est l'oeuvre de Luc 
Fayd'herbe. L'entre-colonnement est décoré d'un double 
tableau, mobile sur pivot, représentant d'un côté /4s- 


_ sompton, par Luc Franchoys, le jeune, et de l'autre, le 


mariage mystique de sainte Cathérine, par Boeyermans. Aux 
côtés de l'autel se trouvent les statues des patrons de 
l'église, saint Alexis et sainte Cathérine. Au-dessus de 
l'autel, trois tableaux, de vingt-neuf pieds de hauteur 


(1) Voici en quels termes Rubens a fait l'éloge de cette œuvre : 

Ick ondergeschreven, verclaere en attestere mits desen, waarachtig te wesen dat mon- 
sieur Lucas Fayd'herbe over de dry jaeren by my ghewoont heeft ende myn discipel 
ghaweest is, ende door de ghemenschap die onze conste van schildry en beeldhruwery 
feaemen hebben, met myn instructie en syne neersticheid ende goede gheest, seer veel 
gheprofiteert heeft in syn conste, en voor my gemaeckt heeft diversche werchen in 
ivoor ster lnffelyck en ster wel uvtgevoert, gelvck blych by de stuchen, en bovenal is 
considerabel de figuere van O.L. V. van de Beggyne kercke tot Mechelen, de welcke hy 
alleen tot mynen huyse (sonder dat er iemand anders syne hand heeft aengesteken) 
soo uytnemende fraey heeft witghewerckt dat ick niet en myne dat se door eenen beelthou- 
wer in het geheel landt soude konnen verbetert worden; soo dat my dunk dat alle Heeren 
ende magistraten van steden hem behooren te favoriseren ende te animeren met eere, 
vrydom en privilegien om syn domicilium by haer te nemen ende syn woningh met 
syn wercken te vercieren. Dat hebbe ick ter goude trouwen met myne eyghen hand 
geschreven ende onderteeckent. 

Tot Antwerpen, den 5 April 1640. 


Pigtro-PAULO RUBENS. 





— 208 — 


sur onze et demi de largeur, couvrent les trois pars du 
fond de l'abside. Ils furent peints vers 1657, par Jean 
Cossiers, aux frais du curé Charles T'Servrancx. Ces 
trois tableaux concourent au même sujet, le Calvaire. 
Toutes les figures sont colossales et d'une grande vigueur 
de dessin. 

Aux côtés du maître-autel, au-dessus des portes qui 
mènent aux sacristies, se trouvent deux bons tableaux 
de Théodore Van Loon : la Visitation et l’Adoration des 
Mages. 

On admire à la sacristie, un Christ en ivoire, d'une 
pièce, œuvre de Jérôme Du Quesnoy. Il mesure 76 cen- 
timètres. Le Sauveur est représenté mourant. L'expres- 
sion de la tête est particulièrement admirable. 

L'église du Béguinage est en partie bâtie sur le terrain 
de l'ancien couvent des Frères Cellites. Le chanoine 
Schaeffer a cru y trouver le motif pour lequel l’église 
aurait été dédiée à saint Alexis, patron des Frères 
Cellites. C'est une grande erreur. Saint Alexis, vivant 
en retraite dans la maison de ses parents, est un patron 
célébré dans un grand nombre de hbéguinages. Ceux-ci, 
du reste, n'ont de commun avec sainte Begge, qu'une 
similitude de nom; et l'histoire prouve que pas un 
béguinage fort ancien n'a été mis sous la protection de 
cette sainte. A Malines, saint Alexis était le patron 
tutélaire de l’église du Béguinage dès le XIII” siècle, 
et sainte Cathérine d'Alexandrie y était honorée comme 
patronne secondaire. Ce n'est qu’à partir du XVII" siècle, 
que l'office de sainte Begge y a été célébré. 


Assemblée générale de clôture 


À trois heures, les Congressistes se réunissent, pour la 
dernière fois, dans la salle du théâtre communal. 

Le bureau est composé de MM. le Chanoine van Caster, 
président, de Casatis, le général Wauwermans, le comte 





— dog — 
de Marsy, de Villenoisy, Hymans, Hildebrand, Sain- 
tenoy, de Raadt et Stroobant, secrétaire général. 

M. LE PRÉSIDENT. — Messieurs, je déclare la séance 
ouverte. M. de Villenoisy, rapporteur de la première sec- 
tion, voudra bien nous donner la lecture du rapport sur 
les travaux de cette section. 


Rapport sur les travaux de la tre Section 


Mesdames, Messieurs, 


La première section, dont j'ai l'honneur de résumer 
les travaux devant vous, a eu le regret de voir son pro- 
gramme considérablement réduit, par suite de l'absence 
de M. Fourdrignier, auteur d’un certain nombre de ques- 
tions. Celles restantes ont cependant suffi à provoquer 
des discussions pleines d'intérêt. 

Celle abordée la première est relative à la formation 
et aux origines de la Race Belge; le cumul des rôles d'au- 
teur et de rapporteur me causerait en ce moment un cer- 
tain embarras, si je n'avais la ressource de me référer à 
l'exposé du sujet qui se trouve dans le premier fascicule 
du Congrès, et que la plupart des personnes présentes ont 
pu lire. Je le résume rapidement : « Le territoire de la 
future. Belgique semble avoir perdu presque tous ses 
habitants entre les deux périodes de la pierre. Si parmi 
les habitants actuels on retrouve quelques exemples des 
types quaternaires, ils sont dûs au retour dans le pays de 
leurs pères de quelques descendants des races anciennes. 

La cause de ce fait, en apparence inexpliquable, 
Pabandon complet du pays, repeuplé ensuite à nouveau, 
doit être cherchée dans les phénomènes climatériques qui, 
après avoir, à la fin du quaternaire, substitué des steppes 
puis des glaces aux anciennes forêts où avaient vécu les 
éléphants, ont graduellement rétabli le régime humide, 
et de nouvelles forêts sur le sol végétal enfin reconsti- 


14 


— 210 — 


tué. Les arbres ont alors occupé seuls toute la surface du 
pays, refoulant les hommes le long de la côte et dans les 
endroits arides. Or, le séjour dans les forêts est impos- 
sible, tant à cause de la fièvre que par suite de la pré- 
sence des bêtes féroces, et les côtes belges étaient alors 
très instables; l'émigration vers le sud s’imposait. Lors- 
que la forêt s'est usée elle-même, suivant les lois connues 
de tous les botanistes, et a reculé à son tour, une popu- 
lation nouvelle est venue s'établir sur le sol vierge, arri- 
vant par les vallées du Danube, du Pô, les cols des Alpes, 
le Rhône et la Saône. Ses premiers représéntants étaient 
brachycéphales, de même race que les Ligures ou proto- 
étrusques. À cette époque, la grande zône forestière, qui 
s'étendait de la Gaule à la Russie, formait une barrière 
infranchissable, et forçait les peuples en migration à 
suivre deux routes distinctes : celle de la Baltique, 
adoptée par les races germaniques, et celle de la Médi- 
terranée, prise par les tribus helléniques, latines et cel- 
tiques. La Belgique est sur le point extrême où les deux 
courants se sont rejoints. Les méridionaux, arrivés les 
premiers, y ont végété longtemps, privés de la plupart 
des progrès découverts par leurs frères de Gaule et d'Ita- 
lie; ils ont conservé l'usage de la pierre pendant une 
grande partie de l'âge du bronze, et ne sont arrivés réel- 
lement à la civilisation qu'à partir du jour où les tribus 
hallstattiennes, venues par le Jura, leur ont apporté la 
connaissance du fer, qui est devenue l’industrie belge par 
excellence. Puis a eu lieu l'infiltration des tribus germa- 
niques, qui s'est poursuivie jusqu à l'époque mérovin- 
gienne ». | 

Le docteur Gosse, qui a pris le premier la parole 
dans la discussion générale, a signalé l'existence d'un 
premier courant sibérien méridional dont on retrouve 
les traces sur l'Obi, puis d'un second qui s'est divisé en 
trois branches et a pénétré dans le Caucase par les 
gorges de Dari, a suivi en second lieu le Danube et en- 





Dnstn antie 


— 211 — 


gagé son troisième rameau sur le Don, pour atteindre la 
Baltique. Le premier usage du fer à l'époque mycé- 
nienne, semble devoir être rattaché à l’utilisation des mé- 
téroites. IÌ ne croit pas que les forêts aient joué le rôle 
considérable que je leur attribue. 

Tel n'est pas l'avis de Son Excellence le prince Pout- 
jatine; il les considère comme absolument infranchis- 
sables. Ainsi, les populations préhistoriques du sud de la 
Russie n'ont absolument rien de commun avec celles qui 
occupaient le nord de la zône des forêts. 

MM. Gosse et Hublard ont insisté sur le rôle des 
rivières comme vole de pénétration, et le Docteur Gosse 
a rappelé que, suivant les saisons, les tribus changeaient 
de cantonnement. 

Cette question épuisée, M. Van Bastelaer, président, a 
présenté à l'appui d'un mémoire du D' Raeymaekers, 
des photographies des mégalithes de Brileux, et donné 
des détails sur ceux de Sivry, Gozé et Helle. 

Au cours de la longue discussion qui a suivi la lecture 
d'un travail de M. Hock, relatif à des alignements de 
marchets situés à Han-sur-Lesse, le baron de Loë a défini 
les marchets : « un tas de pierres généralement élevé 
sur une sépulture à inhumination, où l’on ne rencontre 
jamais de pierres, généralement du bronze. Ce genre de 
construction s'est continué jusqu'à l'époque romaine ». 
De l'ensemble du débat, il semble résulter que les mar- 
chets de Han-sur-Lesse proviennent de l’épierrement des 
champs et n'ont rien à voir avec l'archéologie. M. Marcel 
de Puydt et le prince Poutjatine ont présenté des obser- 
vations qui, jointes à celles du président, ont contribué 
à faire la lumière sur ce point. 

Le mémoire suivant, lu par M. Huybrigts, a pour titre: 
Les Francs à Tongres au III" siècle, tombe d'un chef. Depuis 
quelque temps, on exécute dans cette ville des travaux 
nécessitant des fouilles profondes autant qu'importantes. 
M. Huybrigts en a profité pour étendre ses études sur le 


— 212 — 


Tongres romain et franc. La plus intéressante de ses 
dernières découvertes est celle d'une tombe à inhuma- 
tion sise à cinq mètres de profondeur, orientée comme 
le sont toutes les tombes franques de Belgique, et pour- 
vue d’un mobilier assez riche, mais que malheureusement 
les ouvriers ont saccagé au moment de la mise au jour. 
Dans une fosse rectangulaire, large de plusieurs mètres, 
on avait étendu sous le cercueil, un lit de sable blanc. 
Des bouteilles de verre blanc et des vases de terre rouge 
romaine se trouvaient rangés à la hauteur des mains. On 
a encore recueilli les fragments d'une lance de fer, ou 
framée, des lames de bronze ayant servi à plaquer un 
coffret de bois, enfin deux objets qui ont provoqué dans 
notre section une vive surprise, tant à cause de leur con- 
servation plus grande que celles des autres objets, que 
pour leur style qui n'est ni romain ni mérovingien. L'un 
est une poignée de coffret ou de meuble en bronze, 
l'autre une baguette de jayet faconnée au tour, et portant 
au centre et à l’une des extrémités, des trous qui ont pu 
livrer passage à des fils. L'aspect nettement Louis XV 
de ces objets, permettant de se demander s'ils ne sont pas 
venus au niveau de la tombe avec des terres éboulées de 
la surface, ce qui est toujours possible dans une fouille 
profonde de cinq mètres, ou s'ils n'ont pas été introduits 
en fraude par lun des ouvriers, fait dont on a eu aussi 
trop d'exemples, nous avons fait appel aux lumières de 
nos collègues de la troisième section, plus compétents 
que des préhistoriciens, pour des objets réclamés au pro- 
fit des arts romain ou franc. Malgré leur aide, la question 
n'a pu être complètement résolue, et on doit regretter 
que la hâte avec laquelle les ouvriers se sont saisi des 
objets placés dans la tombe, ait mis M. Huybrigts, dans 
l'impossibilité de dresser un plan sommaire et une liste 
complète du mobilier. Peut-être ces éléments nous 
auraient-ils permis de trancher la difficulté. 

A la séance de mardi matin, il a été procédé à la 








— 213 — 


lecture du mémoire du D" Raeymaekers sur les décou- 
vertes de silex paléolithiques faites le long du littoral 
belge. - 

Son Excellence le prince Poutjatine a ensuite fait un 
intéressant exposé du préhistorique de Russie, si impor- 
tant et cependant si peu connu de la plupart d’entre 
nous. 

A la base, les restes du mammouth portent des traces 
incontestables de travail humain. Les kjoekkenmoeding 
de la période suivante sont entièrement terrestres. Parfois 
les coquilles d'escargot qui les composent ont été pilées, 
puis introduites dans la terre dont sont formés les vases. 
La poterie néolitique, extrêmement grossière au début, 
acquière plus tard-une extrême finesse; puis on assiste à 
sa décadence. La décoration, qui s'étendait souvent à 
l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur, était obtenue par 
l'apposition de timbres de terre cuite, de cordelettes et 
enfin, à la roulette. Ce n'est qu’au sud de la zône fores- 
tière que l'on rencontre des vases à anses. 

Les huttes néolithiques étaient semblables à celles 
dont on retrouve les fonds de cabane en Hesbaie; par- 
fois, cependant, la fosse s'étendait obliquement au dehors, 
sous la terre vierge. À l'approche de la mauvaise saison, 
il y avait émigration vers le sud. 

Avec le fer paraissent de grandes urnes cinéraires, où 
l'on déposait toujours un couteau de ce métal. 

M. Eeckmann a demandé au prince, s'il connaissait 
en Russie des pointes de flèches de silex à pédoncule et 
à bords droits, semblables à celle dont il présentait un 
spécimen; elles sont fort épaisses et comme enlevées à 
l'emporte-pièce dans une lame de cinq millimètres 
d'épaisseur. Ce type ne s'est encore rencontré que dans 
la Flandre française. Leur mode de fabrication reste 
énigmatique. 

À la dernière séance, M. Comhaire a présenté une carte 
des tumulus belgo-romains. Ils sont tous dans un triangle 


compris entre Huy, Tirlemont et Tongres; le centre en 
est à Waren. 

M. Comhaire, également, a rendu compte de ses fouilles 
sur la voie romaine de Tongres à Trèves, au lieu dit 
Cokefaines. Il ne s'y trouve depuis longtemps aucune 
trace de construction, et cependant un paysan dit que 
son père lui avait toujours affirmé que notre collègue 
là s'élevait la seule maison qu'il y eut sur la route de 
Tongres à Trèves; et ce lieu, situé à égale distance des 
deux villes, porte dans les documents du moyen âge, le 
nom caractéristique de l'Hôpital. Il est curieux de voir 
la tradition populaire, sans l'aide d'aucun signe extérieur, 
conserver après tant de siècles, le souvenir de l'ancien 
relais, l’hospitium de la route romaine. 

‘ Le prince Poutjatine a dit encore quelques mots de la 
station de Bologoë, dont on peut voir les produits de ses 
fouilles exposés en ce moment à Bruxelles, à la section 
des sciences. A la base, on rencontre une couche paléoli- 
thique avec faune post-diluvienne de petits animaux. Le 
fer existe au sommet, mais il n'y a pas de bronze dans 
la couche intermédiaire dont les poteries sont cependant 
analogues à celles de l'âge du bronze de Gaule. Certains 
vases atteignent une hauteur de cinquante centimêtres. 

La section a terminé ses travaux après une commu- 
nication du baron de Pélichy, relative à ses fouilles de Ja 
nécropole de Emelghem, dans des sablières près d'Ise- 
ghem. Il a exploré vingt-sept tombes dont trois seulement 
ne sont pas à incinération. Les plus anciennes sont peu 
antérieures à l'occupation romaine, et le cimetière a con- 
tinué de servir jusqu'à l'époque franque. Celles du pre- 
mier groupe sont hallstattiennes, les dernières ont fourni 
entre autres objets, des patères de terre grise, un vase de 
forme exceptionnelle, un scramasax et une framée dont 
il a pu recueillir encore un morceau de la hampe de bois 
(Applaudissements prolongés). 

F. DE VILLENOISY. 


e 





— 215 — 


M. LE PRÉSIDENT. — La parole est à M. de Raadt, 
rapporteur de la deuxième section. 


Rapport sur les travaux de la 2m Section 


Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, 


Présidée alternativement par MM. Hans Hildebrand 
et le baron de Maere, la deuxième section a tenu quatre 
séances intéressantes et fructueuses. 

La première fut inaugurée par l'examen d’une question 
(IX) discutée déjà, mais d'une façon incomplète, au Con- 
grès de Tournai : Comment faut-1l publier les textes anciens? 

M. Edgar de Marneffe nous résuma les diverses ma- 
nières usitées en Belgique et à l'étranger, et, sollicité par 
le Président, M. le baron de Maere, de présenter ses 
conclusions sous la forme précise d’un vœu, il nous 
soumit cette formule : 

« La reproduction des documents historiques et litté- 
» raires anciens doit être telle que le lecteur connaisse 
» tout ce qui se trouve dans le texte reproduit. Les abré- 
» viations, l'orthographe et la ponctuation seront scru- 
» puleusement conservées ». 

M. Gaëtan Hecq rappelle ensuite, brièvement, les 
observations présentées par lui, sur la matière, au Con- 
grès de Tournai, et se déclare partisan du système pré- 
conisé par le rapporteur. 

Il voudrait voir les pouvoirs publics doter les impri- 
meurs officiels d’un matériel plus complet, facilitant la 
reproduction fidèle des textes. 

M. l'abbé Cauchie, émettant certaines objections contre 
le procédé dont M. de Marneffe s'est fait le défenseur, 
propose le triple vœu suivant : 

« 1° Que les éditeurs des textes historiques les repro- 
» duisent aussi fidèlement que possible ; 


— 216 — 


» 2° que les photographies, phototypiss et autres repro- 
» ductions artistiques se multiplient; 

» 30 toutefois, abstraction faite du point de vue 
» archéologique, que les éditeurs facilitent aux historiens 
» la lecture des anciens textes jusqu’au moment où l'exac- 
» titude et la fidélité ne sont pas compromises ». 

Ce qui revient à dire — ainsi qu'il résulte de la dis- 
cussion — que les éditeurs auront à développer les mots 
abrégés, à employer des majuscules, des minuscules et la 
ponctuation selon les règles en usage de nos jours, etc. 
En d'autres termes, l’orateur se dit adhérent des règles 
formulées naguère, par la Commission royale d'histoire. 

M. de Raadt estime qu'il incombe, en très grande 
partie, aux sociétés savantes, de veiller à ce que leurs 
imprimeurs complètent leur matériel de façon à fournir 
aux éditeurs la possibilité d'adopter, dans toute sa 
rigueur, le système de Marneffe, dans la publication de 
textes diplomatiques et littéraires. 

MM. Hecq et de Raadt déposent, en conséquence, le 
double vœu suivant : 

« De voir les pouvoirs publics s'employer à doter les 
> ateliers typographiques officiels des abréviations paléo- 
» graphiques nécessaires à la reproduction exacte des 
» anciens textes ; 

» et de recommander aux sociétés savantes d'insister 
» auprès de leurs imprimeurs, pour obtenir d’eux ces 
» mêmes signes abréviatifs ». 

M. Henri Cordemans croit pouvoir concilier les deux 
méthodes qui se trouvent en opposition, en demandant 
aux éditeurs d'expliquer ou de justifier, par des notes, 
les développements d'abréviations discutables. 

M. Hans Hildebrand s'associe à M. de Marneffe et 
déclare qu'en Suède, l'usage commence à prévaloir, de 
publier fidèlement les chartes avec tous leurs signes abré- 
viatifs et leur ponctuation. Dans son pays, l'imprimerie 
royale a, depuis longtemps, fait l'acquisition de tous les 


st 








signes spéciaux, et les autres imprimeurs n'ont pas tardé 
à imiter cet exemple. 

Après un échange de vues entre les membres déjà cités 
et M. Bergmans, M. le Président fait procéder au vote 
des trois vœux mentionnés ci-dessus : 

celui de M. de Marneffe est rejeté, à parité de voix; 

celui de MM. Hecq et de Raadt est adopté; 

celui de M. l'abbé Cauchie est également adopté. 

M. le baron de Maere, président, fait remarquer que, 
pendant le vote, interrompu à plusieurs reprises, par la 
discussion, certains membres ont quitté la salle et que 
d’autres y sont entrés; qu’il semblerait donc que le résul- 
tat du vote ne pût pas être considéré comme absolument 
concluant et dût être revisé par l'assemblée générale. 

Tel est également l'avis de M. de Raadt, qui estime 
que, par le fait même de l'adoption du vœu présenté par 
M. Hecq et lui-même, à titre de corollaire du vœu de 
M. de Marneffe, la formule de ce confrère devrait être 
considérée comme virtuellement adoptée par l'assemblée. 

Pour que la portée des votes pût être prise en con- 
sidération sérieuse, ceux-ci devraient se faire par appel 
nominal. 


Les membres de la section entendirent, enfin, la lec- 
ture d'un mémoire de 

M. L. Van den Bergh, répondant à la II" question : 
Quelles sont les plus anciennes monnaies frappées à Malines? 


À la deuxième séance, M. l'abbé Cauchie aborda la 
XIII® question, relative aux cours d'histoire et de géo- 
graphie dans l’enseignement moyen. 

Les conclusions de notre confrère furent vivement 
appuyées par M. l'abbé Renard, qui, dans un long dis- 
cours, développa les améliorations à apporter à l’ensei- 
gnement de la science géographique. 

A son tour, M. le général Wauwermans adhéra aux 
desiderata émis par les deux orateurs précédents et les 


— 218 — 


accentua même, en exprimant le désir de voir le Gouver- 
nement instituer des bourses d'études, pour permettre à 
quelques candidats de choix d’aller se perfectionner à 
Berlin, à Vienne et notamment en Suisse, pays où l'en- 
seignement, donné par des professeurs formés à Berlin, 
se trouve à la hauteur de tous les progrès de la science 
moderne. | 

M. E. Matthieu croit utile qu’un vœu formulé d’après 
les conclusions de M. l'abbé Cauchie, renforcées par 
celles de MM. l'abbé Renard et le général Wauwermans, 
soit transmis non seulement au Gouvernement, mais 
aussi aux directeurs des établissements d'enseignement 
libre. 

Ayant entendu encore quelques observations de M. 
Frederichs, la section adopta le triple vœu suivant : 

« Il est désirable : 

» 1° que, dans tous les établissements d'enseignement 
» moyen, les cours d'histoire et de géographie soient 
» confiés à des spécialistes possédant le diplôme de doc- 
» teur en philosophie et lettres; 

» 2° que, dans la formation universitaire, il soit ac- 
» cordé une place plus considérable à l'enseignement de 
» la géographie; 

» 30 et qu'en attendant la création d'un doctorat spé- 
» cial en géographie, l'enseignement de la géographie 
» physique soit confiée à un docteur en sciences ». 

Selon la proposition de M. Matthieu, la section prie 
le bureau du Congrès de transmettre ces desiderata au 
Gouvernement et aux personnes ayant la direction d'éta- 
blissements d'enseignement moyen libre. 


Quelle est l’origine des Grimberghe ct des Berthout, qui 
en sont 1ssus, et quelle était leur condition sociale et politique ? 
Telle est la question (VI) à laquelle répond ensuite 
M. Edg. de Marneffe, en faisant connaître le résultat de 
longues investigations dans les documents médiévaux, 











et constate que, selon toutes les apparences, cette puis- 
sante race constitue une branche cadette de la maison 
ducale de Louvain. 


Le peintre Frans Hals est-1l originaire de Malines? (V"° - 
question). 

Les historiens de l’art seront, certes, désireux d’ap- 
prendre la solution de ce problème qui, pour n'avoir pas 
fait verser autant de flots d'encre que la question du lieu 
de naissance de Rubens, n'en a pas moins été agité à 
mainte reprise. 

M. Louis Stroobant a entrepris de patientes recherches 
sur l'origine de Frans Hals. Bien que n'ayant pas réussi 
encore à trancher la question d’une façon définitive, M. le 
Secrétaire général du Congrès conclut que le qualificatif 
de #aanblusscher, sobriquet revendiqué jalousement par 
les Malinois et appliqué par les biographes anciens à 
Frans Hals, est une très forte présomption pour l'origine 
malinoise de cet artiste. A cette présomption viennent 
se joindre plusieurs autres dont l’'énumération dépasse- 
rait le cadre imposé à ce rapport. 

M. Jules Frederichs nous résume, enfin, une étude 
sur les peuples qui habitaient la Belgique, à l’arrivée de 
César, et constate, à l’aide des écrits à nous légués par 
les historiens anciens, que leur situation correspond beau- 
coup plus exactement qu’il ne l’a été supposé par les 
auteurs modernes, avec les divisions ecclésiastiques de 
notre pays au moyen âge. 

A la troisième séance de notre section, nous avons 
entendu, d’abord, la lecture, par M. E. Matthieu, d’un 
mémoire sur le rôle exercé par les chapitres ecclésias- 
tiques, dans les Pays-Bas, sur l'organisation de l'ensei- 
gnement (question XIV). 

Puis, M. E. de Marneffe nous a exposé une méthode 
scientifique nouvelle pour expliquer l'étymologie des 
noms de lieux, en illustrant sa théorie de nombreux 


— 220 — 


exemples relevés au cours de ses recherches diploma- 
tiques (question IX). 

M. Félix de Monnecove a bien voulu nous soumettre, 
en suite de cette communication, quelques souvenirs de 
ses propres études, et nous rappeler les préceptes des 
professeurs français dont il se déclare le fervent adhérent. 

A la demande d’un membre, M. Hildebrand nous a 
entretenu des études faites en Suède, dans le même 
ordre d'idées, et nous a cité des exemples de la topony- 
mie de ce pays et les explications qu'ils comportent. En 
Scandinavie, les étymologistes observent des règles qui 
ont une grande analogie avec celles appliquées par M. de 
Marneffe, et, à l'instar de celui-ci, ont réussi à déduire 
de leurs études étymologiques d'intéressantes conclusions 
historiques. Passant à la toponymie de Danemark, l’ora- 
teur fait de très curieux rapprochements entre des noms 
de lieu appartenant à ce pays et des noms de lieu de 
Normandie. 

M. Guignard de Butteville, lui aussi, signale quelques 
cas curieux — empruntés à la toponymie de France — 
démontrant l'importance des constatations historiques 
qui peuvent se dégager d'études étymologiques. 

À la discussion qui s’en est suivi de ces diverses com- 
munications, ont pris part MM. l'abbé Cauchie, E. Mat- 
thieu, les membres qui étaient déjà intervenus dans 
l'examen de cette question et plusieurs autres. 

Enfin, la section a voté ce vœu, présenté par M. E. 
Matthieu et amendé par M. de Marneffe : 

« De voir les sociétés fédérées publier des glossaires 
» toponymiques des communes de leur région, avec 
» indication très précise des sources ». 


Quelles sont les plus anciens sceaux armoriés en Europe? 

À cette question (la XI"), M. de Raadt répond que 
l'exemple le plus ancien connu d'un sceau armorié au- 
thentique est le sceau, de type équestre, de Philippe 





— 221 — 


4 


d'Alsace, comte de Flandre : il est appendu à un acte 
de 1161. L'auteur de la question serait reconnaissant aux 
spécialistes, de lui signaler des sceaux armoriës plus 
anciens à leur connaissance. 

En Suède, nous a appris M. Hildebrand, le plus 
ancien exemple connu date de 1210. 


Voici arriver notre quatrième et dernière séance. 

Elle fut inauguré par M. le comte G. de Hautecloque, 
qui donna lecture d'un mémoire sur la XV”° question : 

Sur les emprunts faits par les villes de la province de Flandre, 
de 1550 à 1665, pour subvenar aux frais de la guerre. 


À propos de la III”* question : 

Faire connaître les médecins malincis et leurs écrits, etc, 
M. le D' G. Van Doorslaer émet le vœu suivant, qui fut 
ratifié par la Section : 

« De voir les travailleurs signaler tous les documents 
» intéressants, alors même qu'ils ne rentreraient pas 
» dans le cadre spécial de leurs études, aux cercles 
» archéologiques des localités que ces documents con- 
» cernent. » 


Abordant la IV"* question : 

Bibliographie malinoise. Origine de l'imprimerie, M.H. Cor- 
demans de Bruyne établit que vers 1467, la xylographie 
ayant existé déjà antérieurement au couvent de Béthanie, 
à Malines, se compléta par l'introduction de caractères 
mobiles, puisque, en cette année, parut un imprimé, 
comprenant des textes imprimés xylographiquement et 
des passages composés en caractères mobiles. 

L'orateur fit circuler un inventaire original de 1465, 
qui constate l'existence, dans le dit couvent, d'un maté- 
riel xylographique, et analysa divers chapitres d'un tra- 
vail publié par lui, dans une des dernières livraisons du 
cercle de Malines. 


= 433 — 


M. P. Bergmans présenta quelques observations sur 
les textes produits par M. Cordemans et dont l’interpré- 
tation ne lui paraît pas certaine; à son avis, les preuves 
manquent pour pouvoir affirmer que le mot formerij doit 
se traduire par smprimerie. D'autre part, le placard im- 
primé à Malines, en 1467, présente des particularités, 
tant au point de vue de la rédaction que de l'impression, 
qui ne permettent pas à M. Bergmans d'admettre l'au- 
thenticité de l'ensemble du document. 

L'orateur croit donc que le travail de M. Cordemans 
est des plus intéressant au point de vue de l’histoire de la 
la xylographie en Belgique, mais qu'il ne prouve pas 
qu'il ait existé au couvent de Béthanie un atelier de 
typographie en caractères mobiles. 

Une discussion fort intéressante a lieu à la suite de 
cet échange d'observations; y prennent part, les deux 
orateurs cités, MM. de Marneffe, Guignard de Butteville 
et de Raadt, ces trois derniers présentant des arguments 
qui semblent militer en faveur de la thèse défendue par 
M. Cordemans. 


En réponse à la XVI" question : 

« Quelle «st l'origine du conseil des finances des anciens 
Pays-Bas? M. Eug. Lameere résume les différents tra- 
vaux relatifs à l'origine du Grand Conseil ambulatoire, 
intimement liée à celle du Conseil des Finances, et ex- 
pose que ce dernier conseil fut, vraisemblablement, créé 
en 1438. Les ordonnances subséquentes où l’on trouve 
des renseignements sur ce conseil, sont des années 1447, 
1467, 1471, 1487, 1497. L'ordonnance de 1487 fixe défi- 
nitivement la compétence du conseil; celle de 1497 con- 
tient la plupart des clauses définitives que nous retrou- 
vons dans les ordonnances du XVI" siècle. 


La VIII" question que l'on peut résumer ainsi : 
L'étude sur les avoucries en Belgique, mise en concours par 





— 223 — 


l'Académie royale, en 1834, a-t-elle fait des progrès sérieux 
depuis lors? fut traitée par M. Ernest Matthieu. 

Notre confrère rappelle que cette question a été exa- 
minée au congrès de Bruxelles (1891). Les avoueries se 
rattachent intimement à limmunité; elles existent dans 
les pays de droit franc. Il convient de rejeter la distinc- 
tion faite par le baron J. de Saint-Génois, entre l'avoue- 
rie militaire et l’avouerie judiciaire, distinction que les 
textes ne justifient pas. 

L'avouerie devint fief. Elle fut, d’abord, protection et 
bienfait, et dès le XII** siècle, elle se transforma en une 
charge lourde et onéreuse. 


La rectification des armoiries communales (question XIT) 
fait l'objet d'une courte communication de M. de Raadt, 
notamment en ce qui concerne le blason de la ville 
de Malines et les travaux présentés aux congrès anté- 
rieurs. 

M. E. Matthieu nous entretint, ensuite, des armes de 
Binche. | 


La XVII: question : « De la publication sur fiches de la 
Bibliographie courante de l'histoire de Belgique » fut dévelop- 
pée par M. Eug. Lameere, qui conclut par la présentation 
de ce vœu : 

« Le Congrès, reconnaissant l'utilité de la publication 
» d'une Bibliographie courante de l'histoire et de l'ar- 
chéologie de Belgique, invite les sociétés fédérées à 
envoyer régulièrement le sommaire des articles parus 
» dans les recueils périodiques qu'elles publient, ou ces 
» mêmes recueils, à la rédaction du bureau historique et 
» archéologique de Bruxelles ». 

Ce vœu fut ratifié par la section. 


Ÿ 


Ÿ 


M. Eug. Lameere traita, ensuite, la XVITII° question : 
« De l'institution de cours populaires et locaux d'histoire et 


d'archéologie de Belgique », et proposa, en terminant, ce 
vœu : 

« De voir les sociétés fédérées organiser des cours po- 
» pulaires d'histoire et d'archéologie de Belgique ». 


Une communication de M. Clément Lyon : Sur la 
Conservation des registres paroissiaux, donna lieu à une dis- 
cussion assez longue, à laquelle prirent part MM. Berg- 
mans, Matthieu et de Raadt. 

L'auteur avait soumis à la commission ce triple vœu : 

« 1° De voir le gouvernement décider que tous les 
» anciens registres paroissiaux des pays, déposés actuelle- 
» ment dans les bureaux d'état-civil, dans les greffes des 
» tribunaux ou chez des particuliers, soient versés dans 
» les dépôts de l'Etat réservés aux archives provinciales, 
» où ils pourraient être plus facilement consultés par les 
» intéressés ; 

» 20 qu'aussitôt ce dépôt effectué, il soit, par les soins 
» des archivistes, dressé des tables, d'après une méthode 
» adoptée et uniforme: 

» 30 que des mesures soient prises pour assurer leur 
» bonne conservation pour la reliure ou la réparation des 
» pages moisies ou lacérées ». 

La section n'ayant cru pouvoir adopter ce vœu, M. 
Lyon le modifia ainsi, en suite d'une proposition de 
M. l'abbé Cauchie : 

« Etant donné l'importance des anciens registres pa- 
» roissiaux, le Congrès prie le Gouvernement de prendre 
» des mesures pour leur conservation ». 

Dans cette rédaction, le vœu de M. Lyon fut adopté 
par la section. 


M. Guignard de Butteville nous entretient encore de 
la Transformation des fleurs de lis, appliquée aux armoiries, 
notamment chez les peuples winiles, en soumettant à la 
section un grand nombre de reproductions de monu- 





— 225 — 


ments antiques ornés de fleurons, dans lesquels il recon- 
naît la fleur de lis héraldique. 

L'orateur entre dans des consitérations historiques sur 
les races dont les armoiries présentent cet emblème, races 
qui, dans sa pensée, seraient C’une souche commune. 

M. de Raadt rappelle que l'origine et le symbolisme 
des fleurs de lis ont été traités, il y a peu d’années, par 
M. Jean van Malderghem; dans un mémoire publié par 
la Société d'archéologie de Bruxelles. 

M. le prince Poutjati'ie cite des exemples de la migra- 
tion de symboles et appuie les conclusions du travail 
présenté par M. Guignard de Butteville. 

Enfin, M. Fernand Donnet lit une série de notes iné- 
dites sur des artistes el savants malinois et, conformément 
au vœu présenté par M. le D' Van Doorslaer, promet de 
remettre au Cercle de Malines, une notice sur un phar- 
macien malinois, dont il possède une curieuse correspon- 
dance. 


Voilà, Mesdames et Messieurs, dans les grandes lignes, 
le résumé impartial et fidèle des travaux exécutés par 
la Deuxième Section de notre Congrès. 

En ma qualité de rapporteur, il ne m'appartient pas 
d'émettre des approbations sur la valeur des travaux. 

À vous d'en juger. 
| J.-Tu. DE Raapr. 


(Afplaudissements prolongés). 


À la suite de ce rapport, quelques observations sont 
encore présentées par M. l'abbé Cauchie au sujet de la 
manière de publier les anciens textes. Ces observations 


donnent lieu à une discussion à laquelle prennent part 
MM. de Marneffe, de Raadt, Matthieu et Zech-Dubiez. 


M. DE RaaDT. — Je demanderais que la question soit 
de nouveau soumise au Congrès l’année prochaine. Je 
15 


‘ 
< 


\ et 226 — 


1 . e Ld 
prierais donc le Bureau de vouloir s'en saisir. Je deman- 
derais en outre, qu’à \ l'avenir, les votes se fassent par 
appel nominal. \ 


M. le comte DE Marsy \ — Messieurs, nous nous trou- 
vons en présence de deux opinions; et une voix seulement 
a suffi pour faire triompher j'une de l'autre. 

La question est d'intérêt capital, et je demande instam- 
ment que cette question soit remise à l’ordre du jour de 
la prochaine session du Congres, mais à la condition 
qu'il n'y ait pas trois questions. Je demanderais qu'une 
séance spéciale soit réservée en dehors de toute heure de 
discussion des sections. Cela serait, me semble-t-il, le 


seul moyen pour arriver à une solution prompte et nette. 


M. Hymans. — Il est donc bien entendu que cette 
question sera discutée en sections réunies. 


M. LE PRÉSIDENT. — Messieurs, n'y a-t-il pas d'oppo- 
sition à cette proposition? Elle est donc adoptée. 

Messieurs, le cas de cette question, relative au mode 
de publication des textes anciens, résolue par une voix, 
n'est pas isolé. Les assistants aux travaux des sections 
ne sont pas toutours les mêmes, du commencement à la 
fin d'une séance. Au moment du vote sur une question, 
il peut arriver, et il arrive bien souvent, que plusieurs 
des membres présents n’ont entendu qu'une partie de la 
discussion. Il semble que dans ces conditions le résultat 
du vote n'est pas précisément convaincant. Je pense que 
ce résultat serait plus probant si les votants prenaient la 
responsabilité (si je puis le dire) de leur décision. A cet 
effet, je crois, comme plusieurs d’entre vous, avec M. le 
Rapporteur, que le vote par appel nominal pourrait por- 
ter remède à l'inconvénient que je viens de signaler. Si 
personne ne s'y oppose, nous pourrions ajouter ce deside- 


ratum aux questions à soumettre au Congrès prochain. 





— 227 — 


La parole est à M. Saintenoy, rapporteur de la troi- 
sième section. 


Rapport sur les travaux de la 3m Section 


Mesdames, Messieurs, 


La troisième section avait à son programme nombre 
de questions bien intéressantes, qui ont provoqué de non 
moins intéressantes discussions. 

Vous allez juger de nos travaux par ce résumé succinct 


que je vous présente, en collaboration de mon aimable 


confrère, M. le comte Amäury de Ghellinck d'Elseghem, 
qui a partagé avec moi la mission de rapporteur. . 

La première question qui s'est présentée est celle 
des Inventaires archéologiques que vous avez étudiée 
dans plusieurs de nos congrès précédents, Depuis, 


elle a reçu de la part du Cercle archéologique de Gand, 


une solution bien ingénieuse, que nous a fait connaître 
M. Paul Bergmans. Notre aimable et savant collègue 
nous a donné les développements des principes qui 
règlent l’organisation de l’Inventaire archéologique de 
Gand, et voudrait voir les autres Sociétés dans la même 
voie. Il a rappelé qu'au Congrès historique et archéo- 
logique de Gand, M. Victor Van der Haeghen attira 
l'attention sur la rédaction d’une statistique générale des 
monuments belges et des maisons intéressantes. Comme 
suite à cette proposition, M. Hermann van Duyse si- 
gnala l'utilité de faire le relevé complet des richesses en 
sculptures, orfèvrerie, etc. des églises et des collections. 

Le 8 décembre 1896, MM. Paul Bergmans et Armand 
Heins proposèrent à la Société d'histoire et d'archéo- 
logie de Gand, de publier, sous forme de fiches libres, 
indépendantes, un inventaire illustré de tous les monu- 
ments, œuvres d'art et documents gantois, depuis les 
origines jusqu'en 1830. 


— 228 — 


De la fusion de ces divers projets est issu l'Inventaire 
archéologique de Gand, dont la publication a été décidée 
par le Comité directeur de la Société d'histoire et d'ar- 
chéologie, le 6 janvier 1897, sur les modèles commu- 
niqués par MM. Bergmans et Heins. 

M. de Marsy voudrait restreindre l'inventaire aux 
monuments et aux objets mobiliers et ne pas y voir figu- 
rer, par exemple, des documents paléographiques. 

M. Hymans a signalé à ce propos, le travail de M. 
Lotz, qui présente une étude des objets d'art de plu- 
sieurs de nos villes et qui a servi de modèle au Cicerone 
de Burckhardt. 

M. Destrée voudrait, pour le travail de la Société de 
Gand, des bibliographies plus complètes. 

M. Nève, chef de division des Beaux-Arts, voudrait 
que les principes de l’Inventaire soient préalablement 
établis. Il a cité le schéma proposé jadis par la Cem- 
mission des monuments. | 

M. Destrée voudrait des notations différentes pour 
chaque catégorie de monuments. 

Après ce discours, la section a approuvé l'essai tenté à Gand, 
et exprime le vœu de voir d'autres sociétés suivre le bon 
exemple de nos zélés Confrères Gantois. Je suis heureux de 
pouvoir me joindre à cet hommage, très mérité par 
l'activité et l'ardeur de cette vaillante société. 

La deuxième question a été traitée par votre rappor- 
teur, qui a signalé le rôle des architectes Keldermans, 
dans la propagation des flèches à renflements, aux 
débuts du XVI”* siècle, tout à la fin de l'époque go- 
thique. 

M. Destrée a cité comme antérieurs encore, certains 
retables du Musée de Bruxelles et certaines peintures. 

Votre rapporteur a répondu que cela prouve une fois 
de plus que Schoy avait raison de dire que l'architecture 
de la Renaissance a été d'abord peinte et sculptée dans 
les Pays-Bas avant d'être construite. 





nn mT ae _ mere 


M. de Marsy a cité les flèches bulbeuses de Suède. 
Il croit paradoxal de dire que la Renaissance a été peinte 
et sculptée avant d'être construite. 

M. Hubert appuie les conclusions de M. Paul Sain- 
tenoy, ainsi que M. Hymans, qui a prouvé par des 
exemples, que la gravure a précédé la peinture dans 
l'adoption de le Renaissance et que dans la plupart des 
cas, au point de vue des éléments décoratifs, les pein- 
tres ont adopté la Renaissance avant les architectes. 

M. Hubert a cité à ce propos, l'exemple donné par les 
peintres verriers, dans maintes de leurs ceuvres. 

Notre section a ensuite étudié le plan de la tour de 
Sainte-Waudru, à Mons, et celui de la tour de St-Rom- 
baut, à Malines, gravé par Wenceslas Hollar, en 1649. 

M. Kempeneer a établi que les deux questions sont 
connexes. Îl propose de donner la parole à M. Hubert, 
qui, depuis 1884, étudie cette question. Celui-ci établit 
les faits : La découverte du « patron » par Chalon, en 
1837, et sa publication en 1844, comme étant la tour de 
Mons, erreur répétée depuis par l'architecte Van Yzen- 
dyck. Il établit que le dessin de Chalon n'a pas été fait 
pour la tour de Mons, mais est une variante du plan de 
la tour de Saint-Rombaut, de Malines. 

Cette discussion a provoqué une polémique dans le 
Journal de Mons des 14 et 16 août. Voici la lettre qui y a 
donné lieu : 


« Les archéologues sont parfois très amusants! Lundi dernier, à la 
réunion de la Fédération archéologique de Belgique, qui s’est tenue 
à Malines, un membre avait posé cette question : Décider si le plan 
de la tour, que possédaient jadis les archives du chapitre de Sainte- 
Waudru — qui a été publié par M. Renier Chalon, et dont un fac- 
similé est affiché dans notre collégiale — est bien celui que les cha- 
noinesses de Mons ont dressé pour l’élévation de la tour de leur 
église, ou si ce n’est qu'un dessin de la tour de St-Rombaut, de Ma- 
lines, tel qu’il a été dressé par les architectes de ce dernier monu- 
ment. | 

» Cette question a amené une très longue discussion, où les opi- 








— 230 — 


nions les plus opposées se sont produites. Un orateur a parlé de la 
municipalité de Mons — on est au XVIme siècle — qui aurait envoyé 
un artiste pour prendre le dessin de la tour malinoise, et il a prétendu 
que le plan en élévation, édité par M. Chalon, reproduisait celle-ci. 

» Un autre archéologue a demandé que l’on suive ce plan pour 
achever la tour de Saint-Rombaut, car il est plus fidèle que tous autres 
et que celui de l'architecte Hollar, dressé au XVII®e siècle. Il est vrai 
que ces opinions plus que fantaisistes n’ont pas été prises par l’assis- 
tance comme paroles d'Evangile, car finalement la discussion s’est 
tellement compliquée, que l’on a oublié de résoudre la question qui y 
avait donné lieu. | 

» Prétendre que le plan dit de Sainte-Waudru n’est qu’une repro- 
duction de la tour de Saint-Rombaut, est pour nous l’une de ces hy- 
pothèses gratuites qui se produisent partout en ce siècle où l'on 
discute tout, même l’évidence, simplement pour trouver du nouveau. 

» La tour de Saint-Rombaut n'a jamais été achevée. L'artiste mon- 
tois, c'était Jean de Thuin, — envoyé non par la municipalité de Mons 
mais par les chanoinesses de Sainte- Waudru — n’a pu donc la repro- 
duire de visu. Il devait, pour en prendre connaissance, obtenir les 
plans de l'architecte qui les avait dressés, ou de ses successeurs, et, 
pour qui connaît la jalousie des anciens maitres d’œuvres, l’extrème 
soin avec lequel ils réservaient leurs plans et devis avant réalisation 
complète, cela n’est guère probable. Nous ne voyons pas pourquoi 
maître Jean de Thuin aurait été plus favorisé qu’un autre. 

» Du débat fort embrouillé, resté sans conclusion, qui s’est engagé 
au Congrès de Malines, on doit déduire que la question d’identité 
n’est rien moins qu'établie. 

» Et dans ce cas, jusqu’à preuve du contraire, pourquoi ne pas 
suivre la tradition et croire que le plan reproduit par M. Chalon est 
bien un projet dressé pour la tour de Sainte-Waudru? 

» Ce plan a, pendant trois siècles, été conservé dans les archives 
du chapitre de Mons. A la suite des événements de la Révolution, il 
a été recouvré par le père de M. Chalon, qui faisait partie de la fabrique 
de Sainte- Waudru. 

» Au point de vue architectural, on remarque de notables diffé- 
rences entre ce plan et la partie exécutée de la tour de Malines. Ceci a 
été bien mis en relief au Congrès tenu en cette dernière ville. Si on 
compare le dessin de Mons avec le plan de Hollar, par exemple, dans 
Papparence générale, il y a analogie; mais quand on examine la dis- 
tribution des étages, leur percement, les galeries, la disposition des 
contreforts, on voit aisément qu’il y a là deux œuvres différentes. 

» Quand on compare le plan en question avec la base dela tour de 





— 231 — 


Sainte -Waudru, existant actuellement, on remarque qu'il y a bien 
moins de divergences entre ces deux objets qu'entrc le premier et la 
tour de St-Rombant. Cette base ne répond pas exactement au plan de 
M. Chalon, nous le concédons; mais n'oublions pas que les travaux 
de la tour de la collégiale montoise ont été exécutés, pour la plus 
grande partie, de 1610 à 1660, à une époque de décadence ogivale. 
Les architectes d’alors, tout à l’art Renaissance, ne connaissaient plus 
les règles du style de l’ogive, mème de la dernière époque. 

» Pour nous résumer, notre opinion est que le plan de M. Chalon 
est bien un projet spécial dressé pour l’église de Sainte-Waudru, par 
Maitre Jean de Thuin. Il a pu prendre comme modèle de la base de 
cette construction ce qui existe de la tour de Saint-Rombaut, mais il 
a puisé ailleurs. Dans son œuvre, nous trouvons des emprunts faits à 
la tour de Saint-Michel, à Anvers. D’après les comptes du chapitre de 
Sainte- Waudru, il avait vu aussi les flèches des églises de Bonnc-Es- 
pérance, de Cambrai, de Lille et d’ailleurs, tous monuments disparus 
aujourd’hui et dont nous n’avons pas de dessins ou des dessins 
incomplets. 

» Chargé de compléter notre collégiale dans un style qui n’était plus 
de mode, qu’il n'avait pas étudié à fond, n'est-il pas plus simple de 
supposer que l’artiste montois a dû s’en référer aux monuments go- 
thiques qui existaient à son époque, les copier, prendre un détail à 
Pun, un détail à l'autre, les coordonner et arriver à une conception 
réellement remarquable? Combien d’architectes de nos jours qui ne 
font autre chose et qui réussissent à faire considérer leur projets com- 
me originaux ? G. D. » 


Nous recevons de M. J. Hubert, architecte, la lettre 
suivante, en réponse à un article qui a paru dans nos 
colonnes : 


« Mons, le 16 août. 


» Monsieur l'Editeur du Journal de Mons, 


» J'ai assisté au Congrès archéologique et historique de Malines et 
je viens vous prier de me permettre d’ajouter quelques renseigne- 
ments précis à ceux qui ont été publiés dans le numéro du 14 août 
de votre estimable journal. 

» La question (posée par moi) était celle-ci : 

« Examiner la gravure de la tour de Saint-Rombaut à Malines, faite 
» par Hollar, et la publication de Chalon, sous le titre de fac-similé du 
» plan original de la tour de Sainte-Waudru à Mons; comparer ces 


— 232 — 


» dessins aux deux tours et celles-ci entre elles. » (Documents du 
Congrès de Malines, 1897, 1° fascicule, p. 32.) 


» Votre collaborateur écrit que « finalement la discussion s’est telle- 
» ment compliquée que l’on a oublié de résoudre la question qui y 
» avait donné lieu ». 

» Evidemment, il y a là erreur; car après une discussion très simple, 
voici textuellement la décision qui a été votée à l'unanimité : 

« Bien que ces dessins soient à des échelles distinctes et pris de 
» points de vue différents, et que tous les détails n’en soient pas 
» identiques, la section reconnaît qu'ils ne présentent pas deux projets, 
» mais deux variantes d'un seul et même projet. 

» Si elle les compare à la tour de Malines, elle voit une ressein- 
» blance très grande : à chaque étage, deux fenêtres très haütes, par- 
» tout une décoration riche, abondante, mouvementée. Quand, d'autre 
» part, elle les rapproche de la tour de Mons, qui n’a qu’une seule 
» fenêtre, elle ne recontre que des dissemblances. 

» Les deux tours elles-mêmes sont absolument distinctes, elles dif- 
» fèrent autant que peuvent différer des constructions similaires, 
» d'importance analogue, de même style, de même époque et de même 
» pays ». 

» Ces textes officiels établissent exactement ce qui s'est passé. 

» Cependant, votre collaborateur écrit : « Du débat fort embrouillé, 
» resté sans conclusion, qui s’est engagé au congrès de Malines, on 
» doit déduire que la question d’identité n’est rien moins qu’établie ». 

» Le débat, au contraire, a été très clair, et il est resté si peu sans con- 
clusion, que le vote en section que je viens de rappeler a été confirmé 
par acclamation de l’assemblée générale. 

» La persistance de votre collaborateur me force à entrer dans les 
détails. Voici, textuellement encore, ce qui s’est passé à l’assemblée 
générale : 

« Je suis chargé (y ai-je dit) par un grand nombre de collègues, 
» de proposer un vœu au Congrès. 

» En Belgique, comme partout, les grands monuments gothiques 
» sont restés inachevés, et ce sont presque toujours les tours qui 
» manquent. 

» On ne songe pas à les continuer, ce serait créer du néogothique 
sans valeur, ce serait même déprécier l’œuvre ancienne. 

» À Malines, un cas exceptionnel se présente; on possède le plan 
» de larchitecte, il ne s’agit que d’une réalisation matérielle, c’est 
» simplement comme s’il était question d'imprimer un livre précieux 
» dont on aurait le manuscrit. 





— 233 — 


» L'œuvre est de l’un des plus grands maîtres du monde entier. 

» Son nom illustre la Belgique, d’autant mieux qu'il rappelle une 
» pléiade d’artistes de grand mérite. 

» L'achèvement de la tour de l’église métropolitaine serait une 
» œuvre nationale; pour aucune autre de l’espèce, l'appui des pouvoirs 
» publics ne pourrait être aussi bien justifié. 

» Dans ces conditions, Mesdames et Messieurs, nous avons l’hon- 
» neur de vous proposer le vote suivant : 

« Le Congrès, sous l'impression de ses sentiments patriotiques et archéo- 
» logiques, émet le vœu de voir achever la tour de Saint-Rombaut. » 

» Ce vœu, comme je l’ai dit plus haut, a été voté par acclamation. 

» La conclusion est donc que le Congrès, tout entier, reconnait que 
le fac-similé publié par Chalon, représente la tour de Malines et non 
celle de Mons. 


» Il est à remarquer que Hollar était graveur — pas architecte, 
comme le dit Particle auquel je réponds — et que sa reproduction 
de la tour est faite d’après un plan de Rombaut Keldermans. Celui 
qui appartenait à Chalon, qui est aujourdhui à la Bibliothèque royale 
de Bruxelles, est du même Keldermans, c’est probablement un origi- 
nal et il est à une échelle cinq fois plus grande. Ces avantages sont 
très importants pour l'exactitude de la continuation de la tour. 

» Je m'arrête, ma lettre est déjà beaucoup trop longue, je vous prie 
de lexcuser; les personnes qui désireraient plus de détails, en trou- 
veraient dans le compte-rendu du Congrès de Mons, 1895, vol. II, 
p. 291. 

» Confiant dans le bon accueil que vous daignerez faire à ma lettre, 
je vous prie, Monsieur l’Editeur, de vouloir agréer, avec mes remercie- 
ments anticipés, l'expression de mes sentiments les plus distingués. 


» J. HUBERT. » 


Ajoutons que M. Hubert a fait figurer ces plans à notre exposition, 
en y inscrivant : 

« L'examen des figures 7 à 14 donne la preuve mathématique que 
» les préter:dus plans originaux de l'église de Sainte-Waudru, à Mons, 
» conservés aux Archives de l'Etat, sont : l’un le tracé de la cathédrale 
» d'Amiens; l’autre, un dessin absolument étranger à ces deux édi- 
» fices; le troisième, une représentation de la tour de Malines. » 
(Note de l’exposant J. Hubert). 

J'ajoute que je suis tout à fait de son avis. 


P.S. 


— 234 — 


M. Van Boxmeer reprend l'exposé des mêmes faits, 
en les appuyant de citations des archives de Mons, dé- 
couvertes jadis par notre éminent confrère, M. Léopold 
Devillers. 

M. Kempeneer s'est ensuite demandé, si jamais on 
achève la tour, quel plan suivra-t-on? Le plan de Hol- 
lar, de 1640, ou le plan de Chalon? 

Il pense que le couronnement donné par Hollar, doit 
être préféré. Wenceslas Hollar a pu prendre connais- 
sance des plans de Rombaut Keldermans ici même à 
Malines, où il se trouvait encore en 1643. 

M. Hermans a appuyé cette opinion, en disant que le 
plan original a disparu en 1572, des archives de la ville 
de Malines, et qu'il peut encore exister. En effet, racheté 
par Matthieu Heyns, il a été copié par François de 
Witte, en.1643; Cleynstekere, en 1575, pour la Ville. 
C'est lui donc que Hollar a dû graver. 

M. Van Boxmeer aime mieux croire que le plan pu- 
blié par Chalon est plus fidèle que celui de Hollar. 

M. Saintenoy n'admet pas la ressemblance si absolue 
des documents Hollar et Chalon. Il est d'avis que le plan 
Hollar est d’un style architectural d’environ vingt ans 
postérieur à celui de Mons. Il croit qu'il vaut mieux 
s'en tenir au document certain, danné par Hollar, que 
de suivre, malgré tout son mérite, le plan de Chalon, 
d'une date antérieure et d'un style différent quant à la 
flèche. 

M. le Chanoine van Caster ne partage pas la manière 
de voir de M. Kempeneer, mais il est en partie d'accord 
avec M. Saintenoy, pour ne pas admettre la ressem- 
blance absolue des deux plans. Le plan de Mons lui 
semble, comme dessin, beaucoup antérieur à celui de 
Hollar. Il le considère comme une copie bien plus fidèle 
de l'original, faite avant le milieu du XVI” siècle. Le 
plan de Hollar aurait pu servir de guide, en l'absence 
de meilleur; mais étant donnée l'existence du plan re- 





— 235 — 


trouvé à Mons, et reconnu comme celui de la tour de 
Saint-Rombaut, il estime qu'il faudrait donner la prêfé- 
rence à ce dernier. 

M. Van Boxmeer a établi ensuite qu il y a moyen de 
terminer la tour de Saint-Rombaut; que les parties con- 
struites peuvent supporter la surcharge à leur donner, 
pour monter l'édifice à une hauteur de 160 mètres. Sans 
entrer dans cette question, M. Kempeneer a insisté 
encore sur l'exactitude du dessin de la tour, gravé par 
W. Hollar, en 1640. Il a proposé d'émettre le vœu de 
voir des études nouvelles être faites de cette question, 
qui doit être résolue avec prudence et non pas après 
quelques trop courtes discussions. L'avenir dira ce qu'il 
faut faire. 

M. le Président résume l'opinion de la section, qui 
est d'avis 1° que le plan Chalon est bien une variante du 


patron de la tour de Saint-Rombaut, de Malines, et non pas 


le patron de la tour de Sainte-Waudru, à Mons; 2° qu'il faut 
attendre des études très complètes de la tour de Saint-Rombaut, 
avant de rien décider au sujet de son complément. 


Une autre question a été soulevée par notre confrère, 
M. Van Boxmeer, qui voudrait voir des halles et le palais 
du Grand Conseil, complétés dans leurs parties inache- 
vées, d'après le projet qu'il en a dressé. 

M. Kempeneer a appuyé le principe de ce vœu, que 
M. Nève ne peut admettre, si l'on enlève aux halles les 
parties qui datent du XVII" siècle. M. Saintenoy a 
appuyé cette thèse, en ajoutant que la restauration du 
palais du Grand Conseil, sur le patron que nous possé- 
dons, peut se faire, si l’on agit avec talent et prudence; 
mais que, quant aux halles, il n'y faut toucher que pour 
conserver ce qui existe, sans rien y changer. 

M. le Chanoine van Caster, président du Congrès, a 
appuyé le vœu de MM. Nève et Saintenoy, qui de- 
mandent de ne pas toucher aux halles et de borner le vœu de 


— 236 — 


la section à la restauration du Palais du Grand Conseil, dont 
les plans existent. Ce qui a été adopté. 


M. Coninckx a donné ensuite lecture de son travail 
sur l'attribution des peintures de l'hôtel de Busleyden, à 
Jean Mabuse, ce qui n'a pas soulevé d’objections de la 
part de la section. 


M. de Marsy a développé sa question sur l'ancienne 
industrie malinoise, de la fonderie des cloches, clochettes, 
carillons, sonnettes, mortiers et pièces d'artillerie. 

Il a rappelé les œuvres des Van den Gheyn, connus 
depuis 1509 ou 1510, à Malines, et d’autres fondeurs de 
_ cette ville, comme par exemple, les Van den Eynde ou 
À Fine. Il croit que l’ornementation de leurs œuvres se 
faisait par des empreintes ou matrices appliquées au ha- 
sard et est fantaisiste. 

M. le Chanoine van Caster appuye par d’autres exem- 
ples cette observation. Il cite des clochettes qui portent 
des sujets profanes à côté de sujets religieux, au hasard 
du placement des moules. Il dit que les manches repré- 
sentent souvent deux ou trois personnages dont le sujet 
est difficile à préciser. 


M. Guerlin montre à la section, la photographie d'un 
tableau existant à Amiens, et provenant de la famille de 
Buscher de Bruges. C'est le portrait du peintre malinois, 
Lucas Franchoys et sa famille. 

M. Kempeneer a observé que Le Magasin pittoresque, 
il y a une douzaine d'années, a publié un portrait sem- 
blable de Franchoys, et qu'il y a peut-être similitude 
entre ces œuvres. 


M. Hermans, le savant archiviste de cette ville, a 
ensuite donné de curieux détails sur les fondeurs en 
cuivre de Malines. Il a cité les travaux de MM. Van 





, — 237 — 
Elewyck, Steurs et Neefs, sur les Van den Gheyn. Il 
a cité une liste de 77 noms de fondeurs. 


M"* Daimeries établit, après cette communication, les 
règles à suivre pour la conservation des anciennes den- 
telles. 

M. Coninckx a signalé celles du Béguinage de Malines. 

M. le colonel Bruylant a signalé la belle collection 
de M. Vermeulen, et croit pouvoir annoncer le don de 
ces belles dentelles au Musée communal de Malines, 
dans un temps rapproché. M" Daimeries a immédiate- 
ment offert de donner dans ce cas, au même musée, des 
échantillons. 

Des applaudissements ont tout naturellement accueilli 
ces offres si généreuses. 

M. Coninckx a donné d'intéressants détails sur les 
moyens à cmployer pour rénover ici l'industrie dentel- 
lière, et M. le colonel Bruylant a signalé l'existence de 
quelques factoresses qui travaillent encore. 


Savoir quelles sont les règles à suivre dans la poly- 
chromie des églises, surtout au point de vue esthétique, 
a occupé ensuite la section, qui a entendu avec plaisir le 
rapport de M. Zech, sur cette importante question. 

M. le Chanoine van Caster établit qu'à Malines, au- 
cune église n’a été polychromée entièrement, et d’après 
un plan d'ensemble. Les seules traces de polychromie 
que l'on y a retrouvées, sont des restes d'ex voto, de 
tableaux mureaux tout exceptionnels. A Saint-Rombaut, 
le badigeon doit être enlevé; mais une polychromie ne 
peut être appliquée. Incidemment, M. le Chanoine van 
Caster a demandé à la section comment pourraient être 
restaurés les chapiteaux de la nef. M. Cloquet a ensuite 
affirmé l'intention de tous les constructeurs du moyen 
âge, de polychromer leurs édifices. 

M. le Chanoine van Caster, considérant que les feuil- 


— 238 — 


lages des chapiteaux sont très variés aux colonnes enga- 
gées du transept et aux colonnettes des fenêtres, il en 
conclut que cette diversité a été voulue expressément par 
les constructeurs de cette partie de l’église, et que, par 
conséquent, on respecterait davantage leur idée, en 
admettant une décoration variée pour les chapiteaux de 
la grande nef. 

M. Cloquet croit ces chapiteaux d’origine tournai- 
sienne, et les préférerait tous semblables à un modèle 
unique. 

Plusieurs membres ont ensuite approuvé la motion de 
M. Nève, disant qu'avant leur restauration, les anciennes 
polychromies doivent être fidèlement calquées. 

M. Doutriaux, de Valenciennes, a longuement défendu 
le principe pictural des anciens monuments. 

M. Coninckx a insisté pour qu'on conserve fidèlement 
les peintures murales dans les églises de Malines, lors 
qu'il s'en découvre. 

M. Hymans a affirmé l'existence de certaines parties 
peintes dans la plupart des églises du moyen âge. Le 
principe est admis, mais il n'en est pas de même quant 

à la polychromie totale. Ici nous cessons d'être d'accord, 
et avec raison. Il dit que si la polychromie était générale 
au moyen âge, il est bien étonnant que les peintres du 
XV”: siècle aient toujours représenté des églises mono- 
chromes. Sur les milliers de tableaux qu'il a vus, un 
seul, à Madrid, présente de la polychromie dans l'édifice 
reproduit. 

M. Saintenoy dit qu'il n’y a pas, à sa connaissance, 
en Belgique, un seul monument construit d’après le 
principe de la polychromie, par l'emploi de plusieurs 
matériaux de coloration différente. 

M. le général Wauwermans a repris les vœux formés 
antérieurement par nos congrès, et a proposé d'en rester 
à CES VœUX. 

M. le comte van der Straeten-Ponthoz a approuvé 


— 239 — 


l'opinion de M. Wauwermans, dont M. Cloquet ne par- 
tage pas les préventions contre la polychromie. 

M. Delignières, notre savant collègue d'Abbeville, a 
signalé quelques peintures attribuées à Van der Weyde, 
existant à Abbeville. 

Cette communication fort intéressante a été suivie 
par une note de M. le comte de Hauteclocque, qui a 
signalé le tableau de la cathédrale d'Arras, provenant de 
Malines; puis M. de Monnechove a cité les œuvres de 
de la Pasture, à Beauve, au Louvre, à Leyde, à Berlin 
et à La Haye, et les a comparées aux tableaux signalés 
par M. Delignières. 


Notre collègue, M. De Soignies, l’auteur de nom- 
breuses études sur l'abeille, dans l’histoire et l'archéolo- 
gie, a lu des notes intéressantes sur ce curieux sujet, qui 
a provoqué des observations de M. de Ghellinck, à pro- 
pos de la Duchesse du Maine et de sa devise. 


A propos de la restauration des édifices, MM. Zech- 
Du Biez et Casati de Casatis ont énuméré certains 
principes que l'on devrait toujours suivre dans la restau- 
ration des monuments. Notre savant président a examiné 
la question avec grande compétence. 

M. Casati a parlé comme simple membre du Congrès 
et non comme délégué officiel en une question délicate, 
dont la solution peut dépendre de l'état du monument 
et de la destination qu'il a reçue. 

La question porte uniquement sur les immeubles par 
destination et celles dans les murs, maitres-autels, colon- 
nades, tombeaux, etc. Il est de l'avis que l’on doit, autant 
que possible, dans la restauration des monuments civils 
et religieux, conserver tout ce qui a une valeur artistique 
ou historique, et ne pas faire disparaître tout ce que les 
siècles y ont amassé de précieux. Il cite de nombreux 
exemples, qui démontrent que ce serait une véritable 


barbarie de faire disparaître de nos anciennes églises, 
des chefs-d'œuvre qui sont d'un autre siècle, vestiges des 
temps passés, qui doivent être respectés. 

MM. Nève, l'abbé Flahault, Doutriaux et Guerlin 
sont intervenus dans cet intéressant débat, qui a été 
résumé par M. le général Wauwermans, avec la science 
que nous lui connaissons tous. 

Tels sont les travaux de notre troisième section du 


Congrès de Malines. 
PAUL SAINTENOY. 


(Applaudissements prolongés). 


M. LE PRÉSIDENT. — Il s'agit maintenant de la pro- 
position relative au projet de loi sur la conservation des 
monuments. Le Gouvernement a l'intention de déposer ce 
projet. Je crois donc que nous pourrions attendre jusqu'à 
ce que nous ayons pris connaissance de ce projet de loi. 


M. DE CasarTis. — M. le Président estime que rien ne 
soit décidé pour le moment. Je crois, au contraire, que 
nous devrions formuler ici un vœu général de voir res- 
taurer nos vieux monuments. : 


M. HuBERrT. — Je suis chargé par un grand nombre 
de collègues, de proposer un vœu au Congrès. 

En Belgique, comme partout, les grands monuments 
gothiques sont restés inachevés, et ce sont presque tou- 
jours les tours qui manquent. 

On ne songe pas à les continuer, ce serait créer du 
néogothique sans valeur, ce serait même déprécier l'œu- 
vre ancienne. 

À Malines, un cas exceptionnel se présente; on pos- 
sèdé le plan de larchitecte, il ne s'agit que d’une réali- 
sation matérielle; c'est simplement comme s'il était 
question d'imprimer un livre précieux dont on aurait le 
manuscrit. 








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ge PP Dt pen er D 


L'œuvre est de l’un des plus grands maîtres du monde 
entier. Son nom illustre la Belgique, d'autant mieux 
qu'il rappelle une pléiade d'artistes de grand mérite. 

Dans ces conditions, l'achèvement de la tour de l'église 
métropolitaine serait une œuvre nationale. Pour aucune 
autre de l'espèce, l'appui des pouvoirs publics ne pour- 
rait être aussi bien justifié. 

Dans ces conditions, Mesdames et Messieurs, nous 
avons l'honneur de vous proposer le vote suivant : 

« Le Congrès, sous l'impression de ces sentiments 
» patriotiques et archéologiques, émet le vœu de voir 
» achever la tour de Saint-Rombaut. » 


M. CasaTi. — Je dois y ajouter encore un vœu, c'est 
celui exprimé par la section, de voir l’achèvement se 
réaliser dans les meilleures conditions, suivant le plan 
de Keldermans. 


M. LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL. — La deuxième assem- 
blée générale du Congrès n'a pas eu lieu, à la demande 
générale de MM. les Congressistes, qui ont préféré con- 
tinuer la visite si intéressante des monuments anciens de 
Malines. A l'ordre du jour de cette assemblée figurait 
l'élection des Présidents d'Honneur. Voici les noms que 
j'ai l'honneur de soumettre à vos suffrages : 


MM. Beernaert, Président de la Chambre des Repré- 

sentants; 

Schollaert, Ministre de l'Intérieur; 

Casati de Casatis, Délégué du Gouvernement 
Français; 

Hildebrand, Délégué du Gouvernement Suédois; 

Comte de Marsy, Directeur de la Société française 
d'Archéologie ; 

Baron Osy, Gouverneur de la Province; 

Denis, Bourgmestre de Malines. 

(Applaudissements prolongés). 


16 


M. LE PRÉSIDENT. — Il nous reste, Messieurs, à 
décider où se tiendra le prochain Congrès. Quelqu'un 
demande-t-il la parole pour faire des propositions? 


M. De Merurpre. — Depuis très longtemps nous dé- 
sirerions nous réunir dans la province de Luxembourg, 
où il n'y pas de société d'archéologie. Je proposerais 
d'aller par là l’année prochaine, et d'aller visiter le châ- 
teau de Bouillon. On pourrait s'entendre pour fusionner 
les deux Congrès de Belgique et de France, et se rendre 
à Luxembourg et à Trèves. Je proposerais de soumettre 
ce projet à l'examen d'un comité spécial. 


M. pe Marsy.— Nous serions fort heureux, Messieurs, 
de nous unir aux fédérés belges, mais à cette excellente 
proposition, je vois malheureusement se présenter une 
difficulté. Les questions, en Belgique, sont très nom- 
breuses et animent ordinairement 300 congressistes. Si 
dans le pays de Bouillon il y avait un peu plus de voi- 
tures, la question ne serait pas difficile à résoudre; mais 
vous comprenez que si nous devons arriver dans ces 
endroits, en nombre aussi considérable, nous nous trou- 
verions dans un grand embarras. Vous avez toujours 
tenu vos réunions dans une ville qui puisse donner l’hos- 
pitalité à un grand nombre d'étrangers. Dans quelle ville 
du Luxembourg pourrait-on trouver cette faculté ? 

Nous serions charmés, Messieurs, si ce projet pouvait 
se réaliser, et nous vous accompagnerions même jus- 
qu'au-delà de la frontière, mais je ne trouve pas la fusion 
réalisable. 

Je me permets de vous faire remarquer encore que 
nous nous réunissons toujours avant les vacances, ce qui 
n'est pas le cas chez vous. Vous devriez donc faire un 
changement complet daus vos traditions. 


M. re PRÉSIDENT. — J'ai entendu parler à voix basse 








a 


— 243 — 


d’une excursion à Enghien et dans les environs. Y aurait- 
il quelqu'un qui désirerait faire une propasition ? 


M. Marruieu. — La proposition de M. Demeuldre, 
de se réunir dans le Luxembourg, ne paraît pas rencon- 
trer beaucoup d’adhérents; le bureau vient de mettre en 
avant le nom de la ville d'Enghien. La mission d'orga- 
niser un Congrès, est une lourde tâche pour une société 
d'un modeste chef-lieu de canton. Néanmoins, le Cercle 
archéologique d'Enghien ne croit pas devoir se sous- 
traire à honneur que lui fait la Fédération, en lui con- 
fiant la direction de ses prochaines assises. 

Nous estimons qu'il est du devoir de toutes les asso- 
ciations fédérées de contribuer, dans la mesure de leurs 
forces, au maintien et au développement de l’union si 
féconde, et chaque année mieux appréciée, qui groupe 
nos sociétés d'histoire et d'archéologie. Aussi, je n'hésite 
pas à accepter, au nom du Cercle archéologique d'En- 
ghien, la proposition faite par le Bureau, de désigner 
notre ville pour le siège du Congrès en 1898. 

Nous pouvons assumer la mission de l’organisation 
matérielle, mais il importe, Mesdames et Messieurs, que 
tous vous consentiez à nous apporter un concours utile 
pour la partie scientifique de nos réunions. 


M. LE PRÉSIDENT. — Quelqu'un demande-t-il la parole 
au sujet de cette proposition? 

Le projet de la réunion prochaine à Enghien est donc 
provisoirement adopté. Vous savez, Messieurs, qu'il vous 
est donné quelque temps pour réfléchir aux moyens de 
réalisation de ce projet; si après ce temps, vous pensez 
ne pouvoir y donner suite, nous vous.prions de vouloir 
bien nous en avertir, conformément à l’article 3 des 
statuts de notre Fédération. 


M. DE Casaris. — Mesdames et Messieurs, je ne puis 


ui T 28 


laisser lever cette séance sans exprimer, au nom des délé- 
gués étrangers,toute notre reconnaissance, pour l'accueil 
si bienveillant qui nous a été réservé par les habitants 
de cette bonne et artistique ville de Malines. Nous con- 
serverons le meilleur souvenir de notre séjour dans cette 
cité, où, grâce au concours de savants distingués, nous 
avons examiné d'importantes questions et exprimé des 
vœux que nous espérons voir se réaliser bientôt. 


M. LE PRÉSIDENT. — Je désire exprimer ma recon- 
naissance toute personnelle aux délégués étrangers qui 
ont tant contribué au succès de ce Congrès. Je les 
remercie tout spécialement parce qu'ils nous ont si puis- 
samment aidé de leurs lumières, et je crois être l'inter- 
prète de tous les membres du Congrès pour leur expri- 
mer notre plus profonde reconnaissance. 


M. le L' Général WauwErMaNs. — Je demande, Mes- 
dames et Messieurs, de joindre aux remerciments qui 
viennent d'être exprimés, ceux que je suis heureux 
d'adresser aux autorités communales de Malines et de 
Lierre, dont l'accueil si gracieux nous laissera le meil- 
leur des souvenirs. 

En constatant aujourdh’ui le succès de ce Congrès, 
nous devons reconnaitre qu'il est dù en grande partie 
au zèle de notre infatigable président, dont l'autorité 
s'est manifestée dans la discussion des questions impor- 
tantes qui nous ont été soumises, et que nous pouvons 
acclamer comme l'un des historiens les plus érudits de 
Malines (Applaudissements). 

Puisque je parle ici d'histoire, Messieurs, permettez- 
moi de vous dire que j'avais quelque crainte en me ren- 
dant à Malines. J'avais souvenir du récit que nous fit un 
jour notre président à Anvers, des cruelles aventures 
d'un Anversois, que vint autrefois visiter votre ville. Son 
petit mannequin se trouve encore, m’assure-t-on, prison- 








ETES SO a en ad 


— 245 — 


nier dans la tour de l'hôtel de ville, exposé à l'affreuse 
injure d’être dévoré par les mites. Bruxellois masqué 
en Anversois, n'allais-je pas être exposé aux mêmes pé- 
rils. Je me faisais peut-être illusion sur la satisfaction 
gastronomique que je pourrais offrir aux impitoyables 
persécutrices du pauvre Signortje! C'est pourquoi j'ai 
jugé prudent de ne me rendre à Malines qu'escorté par 
d'aimables dames (Rires). Aujourd’hui, je suis convaincu 
que je pourrai retourner sain et sauf. Avant notre départ, 
je vous demande, par charité, au nom de ces dames, la 
liberté de votre prisonnier, dont la place est toute mar- 
quée, après avoir fait peau et habits neufs, dans votre 
musée communal... Il représente une des naïves tradi- 
tions de nos pères, qui fait la joie de l’enfance sans avoir 
jamais troublé le repos des parents. Je suis heureux 
d'exprimer encore une fois toute notre reconnaissance à 
l'excellent Chanoine van Caster, qui a si largement con- 
tribué à rendre notre séjour agréable et nous a initiés à 
lintéressante histoire de sa ville natale (Applaudssse- 
ments). 


M. LE PRÉSIDENT. — Plus personne ne demande-t-il 
la parole? Je déclare.la séance générale levée et la ses- 
sion du XII" Congrès. terminée pour le moment. Elle 
sera reprise à l'ouverture du congrès prochain, pour y 
être close par les formalités d'usage. 


“Séances de Ia 1“ Section 


ÉTUDES PRÉ- ET PROTOHISTORIQUES 


Bureau : MM. le comte G. de Hauteclocque (Arras) et 
D.-A. Van Bastelaer (Bruxelles), présidents; baron Alfred 
de Loë (Bruxelles) et baron Ch. Gillès de Pélichy (Ise- 


— 246 — 


ghem), vice-présidents; Fr. de Villenoisy (Paris), rap- 
porteur; Ch.-]. Comhaire (Liège) et Alex. Eeckman 
(Lille), secrétaires. 


r° Séance: lundi 9 août, matin 


La séance est ouverte à g heures, sous la présidence 
de M. D.-A. Van Bastelaer, président; M. Ch.-J. Com- 
haire remplit les fonctions de secrétaire. 

Prennent également place au bureau : MM. le comte 
de Hauteclocque, président, Fr. de Villenoisy, rappor- 
teur, et S. Ex. le prince Poutjatine (St-Pétersbourg). 

Signent en outre la liste de présence : MM. baron de 
Loë et baron Ch. Gillès de Pélichy, vice-présidents, 
Eeckman, secrétaire, abbé Renard, Ernest Serdobbel, 
chevalier Em. Soenens, Ludovic Guignard (Chouzy, 
Loir-et-Cher), Anth. Daimeries, Emile Hublard, profes- 
seur D' Gosse (Genève), H. Le Bon, Er. Pâques, A. 
Campers, D" Victor Jacques, Huybrichts, Eugène Mon- 
seur, vicaire Verhaert, M. et M"‘ Lievevrouw-Coupuron, 
M"° Wouwermans, M"° Burls, M"° baronne Van Zuylen, 
M"° comtesse de Nahuys, MM. Adrien Hock, Ed. de 
Pierpont, Mgr Gautier, MM. D' Andries, Jean Poils, 
De Bock-Bauwens, J. Verwilgen. 


M. LE PRÉSIDENT donne lecture de la première ques- 
tion mise à l'ordre du jour et ouvre les débats sur ce 
sujet : Quelles sont les premières races humaines qui ont 
concouru à former la population de l’ancien Belgium, et surtout 
des parties qui constituent la Belgique actuelle ? 


M. DE ViLLENoisy développe en ces termes la première 
question : 


Messieurs, 


La question que je dois développer devant vous, n'a 
pu être étudiée à fond par le Congrès de Gand, auquel 





ETM Den DE LD nn = 


„puut S= re 


elle avait été déjà soumise; mais depuis un an les termes 
du problème ne se sont. pas modifiés d'une manière sen- 
sible, aussi m'excuserez-vous de me référer dans une large 
mesure aux Actes du dernier Congrès, qui contiennent 
mon premier mémoire sur cette matière. 

J'avais pris comme point de départ de mes observa- 
tions, le phénomène si controversé encore de l’hiatus que 
l'on constate entre les temps quaternaires et le début de 
la période actuelle. Certains savants n'y ont voulu voir 
qu'une lacune de nos connaissances, s'en rapportant pour 
la combler à des découvertes à venir. D'autres, et je suis 
du nombre, le considèrent comme réel, et estiment que 
pendant une suite plus ou moins longue de siècles, une 
partie de l’Europe centrale et occidentale s'est trouvée 
privée de presque tous, peut-être de tous ses anciens 
habitants. Je ne reviens pas sur les motifs d'ordre stati- 
graphique qui me paraissent militer en faveur de cette 
manière de voir, je les ai développés à Mons; mais 
comment expliquer ce fait, en apparence invraisembla- 
ble, d'une population, déjà nombreuse, désertant pour 
toujours le sol sur lequel elle avait vécu jusqu'alors? 

Je crois en trouver la cause dans un fait d'ordre tout 
physique, l'adoucissement de la température et la cessa- 
tion du régime de froid sec qui avait caractérisé la 
période du renne. Les essences forestières ont alors pu 
reparaître sur un sol qui ne connaissait depuis long- 
temps qu'une flore de steppes. 

Lente et difficile au début, la reconstitution des forêts 
est ensuite devenue si active, qu'elles ont couvert la 
presque totalité de l’Europe, de l'Atlantique à l'Oural. 

Cet océan végétal, limité au sud par le Danube et le 
48° degré de latitude, s'étendait au nord jusque vers 
le 51”. Tel est l'ennemi qui, d'une marche lente mais 
implacable, a refoulé l’homme le long des côtes et jusque 
sur les contreforts des Pyrénées. Les grottes lui avaient 
été enlevées, lorsque le dégel du sol, en atteignant le 


D 


— 248 — 


plafond, y avait déversé les eaux calcaires qui ont pro- 


duit le plancher de stalagmite. L'émigration du renne, 


qui ne supporte pas les climats humides, avait bouleversé 
ses ressources alimentaires et industrielles; l'expansion 
de la forêt lui a enlevé jusqu’au sol. 

En effet, il ne faut pas se représenter les forêts vierges 
d'après celles où il est si agréable de nous promener ou 
de louer des chasses. La véritable forêt vierge est, toujours 
et en tout, mauvaise à l'homme, qui n'y peut pénétrer que 
dans des circonstances graves et sur une faible profon- 
deur. Elle l’est par les fièvres que l'humidité engendre, 
par les obstacles infranchissables que les troncs sécu- 
laires renversés opposent à la marche, par les bêtes 
féroces dont l'individu isolé devient inévitablement la 
proie; elle l’est, enfin, par sa profonde et débiiitante ob- 
scurité qui égare le voyageur. Le jour n'y pénètre jamais 
et bien des parties sont marécageuses. 

Entre les deux régions, séparées par une forêt de 
quelqu'étendue, on trouve toujours une différence sen- 
sible dans les mœurs et la race des habitants, parfois 
dans le climat, et tous ceux qui ont été à même de 
parcourir une véritable forêt vierge, reconnaissent qu’elle 
oppose à l’homme un obstacle, sinon absolument in- 
franchissable, au moins aussi sérieux que la mer Médi- 
terranée ou le Sahara. 

Devant la constitution de cette immense nappe 
boisée, qui à la fin de son existence était connue sous le 
nom de forêt Hercynienne, et dont la forêt des Ardennes 
et celles situées entre la Seine et la Loire n'étaient que 
des parties, l’homme ne pouvait que partir ou se réfugier 
sur les points que leur aridité protégeait. Peut-être 
quelques stations ont-elles subsisté dans les clairières 
les plus considérables du territoire Belge; mais la civi- 
lisation paléolithique n'en a pas moins disparu complè- 
tement, par suite du départ de ceux qui la représentaient, 
et c'est sur un sol vierge d'habitants que des colonisa- 








JO ser 


me pe 


Dg LPE D OC VA PDE EEE EN VDE EE DE Teen = 


teurs nouveaux sont venus plus tard, lorsque la forêt 
reculait à son tour, frayer la voie aux civilisations dont 
nous sommes les confinuateurs. 

En effet, s’il n'est pas possible d'établir un lien entre 
les deux civilisations de la pierre, il n’en est pas de même 
entre le néolithique et toutes celles qui ont suivi; elles 
dérivent les unes des autres, et la population arrivée la 
première n’a fait que recevoir des apports nouveaux. 

Les stations néolithiques les plus anciennes d'Europe 
semblent être celles de la Russie méridionale, voisines 
de la mer Noire. Lentement leurs habitants ont gagné 
du terrain vers l'Ouest, mais le long ruban de forêts qui 
formait une barrière depuis les côtes de la Manche 
jusqu’à la frontière asiatique, réglait leur marche et leur 
interdisait toute digression du nord au sud. De là deux 
courants absolument distincts et qui se retrouvent dans 
toutes les migrations européennes. 

Le courant méridional ou méditerranéen, qui com- 
prend les races hellénique, latine et celtique, se montre 
partout identique à ses débuts et les stations primitives 
de Emilie ou de la Savoie sont exactement les mêmes 
que celles de la Hesbaye. Venus des confins de la mer 
Notre, ces hommes ont remonté le cours du bas et 
moyen Danube, la Save, traversé le pays de Laybach, 
la Vénétie, le bassin du Pòô, les Alpes, et suivi enfin les 
grandes voies fluviales de Gaule : Rhône et Saône, Loire, 
Seine, Garonne, etc. Les stations Alpines nous font con- 
naître leurs itinéraires pour pénétrer en decà des Alpes. 
Trois routes s'offraient alors : la voie Héraclienne, qui 
menait aux Pyrénées, la route d'Armorique par la Loire, 
enfin celle de Belgique par le Rhône, la Saône et la 
Meuse. Le long de chacune, on trouve de nombreuses 
stations de la pierre et des cachettes de bronze. A cette 
race qui, la première peut-être en Europe, a parlé une 
langue aryenne, je crois pouvoir donner le nom d'/falo- 
Danubienne. De son morcellement en nationalités dis- 


— 250 — 


tinctes sont issues toutes les nations antiques de l'Europe 
méridionale. 

Le bassin de la Baltique a été le domaine des races 
germaniques, parties plus tard des mêmes régions que 
leurs devancières, et qui l'ont atteint en remontant le 
Dnieper et descendant la Vistule. Lorsqu'ils ont franchi 
le Rhin et pénétré en Belgique, ils y ont trouvé des tri- 
bus venues du sud par la Saône et la Meuse et habitant 
les villages explorés en Hesbaye par M. de Puydt. Ceux- 
ci avaient-ils pu voir des descendants des anciennes races 
paléolithiques, la chose est douteuse? Cependant quel- 
ques-uns avaient peut-être subsisté dans les Kjoekken- 
moedings du littoral ou suivi les nouveaux arrivants 
après avoir vécu plus au sud pendant leur long exil. 

Ia découverte du bronze semble due aux Italo- 
Danubiens du versant méridional des Alpes; mais la 
Belgique est restée plus ou moins étrangère au commerce 
qui en est résulté; le pays était alors une impasse, si 
tant est que les clairières, dans lesquelles les émigrants 
s'étaient frayé une route, ne se soient pas refermées der- 
rière eux. En tout cas, la période du bronze ne tient que 
bien peu de place dans l’histoire de la Belgique antique. 

Ce retard dans la civilisation a cessé lorsque le fer 
a fait son apparition, vulgarisé par les hommes auxquels 
on doit la période de Halsstatt. Toute l'antiquité a fa- 
briqué le fer par la méthode catalane, qui consomme 
une énorme quantité de charbon de bois et nécessite un 
minerai très riche, puisque 30 °/, du métal restent dans 
les laitiers. Dès lors, les pays remplissant les conditions 
voulues étaient assurés d'un brillant avenir; ce fût le cas 
pour les Noriques, le Jura et l'Entre-Sambre et Meuse. 
Les forgerons s'établissaient dans la forêt et leur in- 
dustrie élargissait sans cesse la clairière dont leur four- 
neau occupait le centre. Les tombes du premier âge du 
fer sont répandues le long des anciennes routes des Alpes 
et font défaut dans les autres vallées. On suit l'industrie 





— 251 — 


du fer dans le Jura, où les scories antiques abondent 
sur certains points; mais c'est en Belgique que lon en 
rencontre le plus, à tel point que les « crayats des 
sarrasins » ont pu être, pendant plus de cinquante ans, 
utilisés comme minerai par les usines. 

A Halsstadt, la nécropole type du premier âge du 
fer, des inhumés nombreux paraissent à côté des tombes 
les plus riches, qui sont à incinération; ce sont les 
premiers représentants d'un groupe nouveau. 

Ils commencent à s'infiltrer le long du Danube et 
bientôt ils y joueront un rôle considérable, ainsi qu'en 
Italie, en Gaule et en Grèce. Avec eux, les races germa- 
niques entrent en scène. Ils descendent des anciens ad- 
versaires des sars d'Assyrie, les Gimmiri du Caucase, 
dispersés par les Scythes, en juillet 597, et ils prendront 
les noms de Celtes, Galates, Césates et Belges. Se sépa- 
rant vers le Dnieper, au point de bifurcation des deux 
routes européennes, les Galates suivirent celle du sud, 
tandis que les Belges s'engageaient vers celle de la 
Baltique, où ils furent suivis par un second courant plus 
spécialement appelé Germains, et auquel appartenaient 
les Condrusiens, les Eburons, les Ceroesiens et les Poe- 
maniens. | 

Ainsi nous trouvons successivement en Belgique, 
depuis l'instant où arrivent les premiers représentants 
de la civilisation néolithique : les constructeurs des vil- 
lages Hesbayens, dont l'état social se rapproche beaucoup 
de celui décrit par Diodore, v. 39, à propos des Ligures; 
puis la race initiatrice du fer, et probablement aussi 
des langues de la famille celtique. (C'est le lieu de rap- 
peler le texte d’après lequel les Celtes auraient chassés 
de Belgique les Ligures), ces deux groupes sont d'origine 
méridionale; puis les Germains, arrivés par les deux 
voies, les Galates du sud, les Belges au nord. L'expan- 
sion de la puissance romaine ayant fermé la voie du sud 
aux peuples en migration, le mouvement d'expansion 


— 252 — 


germanique ne se continue plus que par le nord, où il 
ne tardera pas d’être également enrayé par les Romains. 
Après une interruption de plusieurs siècles, il reprend, 
et les bandes franques occupent toute la Belgique. 

Avec les compagnons de Clovis, la liste des migra- 
tions est close, et la race Belge. constituée dans ses 
éléments essentiels. Je ne connais aucun argument pour 
soutenir que les bandes Normandes aient pénétré de ce 
côté, non plus que les Saxons. Les communes flamandes 
étaient trop jalouses de leur indépendance, pour qu'il fût 
possible aux princes de la maison de Bourgogne d'intro- 
duire dans le pays des étrangers en nombre un peu con- 
sidérable. Seuls, les Espagnols ont pu le faire; mais ici 
nous sommes arrivés aux temps modernes et les archéo- 
logues doivent s'effacer devant les historiens. 


M. LE PRÉSIDENT remercie l'honorable rapporteur de 
sa brillante exposition. 


M. le baron pr Lot. — M. de Villenoisy m'a paru 
considérer les brachycéphales néolithiques comme re- 
présentant la race la plus ancienne en Belgique. Ne 
tient-il pas compte de la race dite de Neanderthal, 
rencontrée également à Canstadt et à Spy? Pourquoi? 
Cette race dolichocéphale a certainement persisté. 


M. pr ViLLeNoisy ne s'occupe que des races dont il 
subsiste des traces aujourd’hui. Il prend les brachycé- 
phales comme nouveaux venus. Quelques familles anté- 
rieures se maintinrent peut-être dans les clairières; mais 
durent plutôt rentrer chez elles. 


M. DE Lot. — La race primitive aurait alors disparu 
entièrement à l'arrivée des brachycéphales? 


M. le professeur Gosse. — C'est en quelque sorte la 








— 253 — 


question discutée en ce moment, qui m'a engagé à venir 
chez vous, Messieurs, la question anthropologique étant 
liée à la question archéologique. Vous comprendrez et 
me pardonnerez que je suis embarrassé pour ce qui con- 
cerne la Belgique, puisque la question est déjà si difficile 
pour nous, dans notre propre petit pays (la Suisse). — 


Tout en reconnaissant très bien qu'il y a eu, dans les 


époques historiques primitives, des forêts beaucoup plus 
considérables que celles qui existent de nos jours, je 
ne crois pas qu'elles aient été une cause d'arrêt aux mi- 
grations des peuples. Quand vous prenez les voyageurs 
qui font des explorations dans les pays lointains, vous 
voyez qu'ils utilisent les rivières pour mener leur explo- 
ration à bien, et qu'ils peuvent de cette façon traverser les 
plus épaisses forêts. | 

Permettez-moi d'ouvrir ici une parenthèse : M. de 
Villenoisy passe, à mon avis, trop rapidement de l'époque 
de l'Elephas primigenius, si bien caractérisée aux pé- 
riodes suivantes dont la faune renferme le cervus taran- 
dus et surtout à la période néolithique, mais dont elles 
sont séparées par des milliers d'années. Du reste, les 
traces de ces grandes divisions, que l'on a appelé âges 
de la pierre, du bronze, du fer, se retrouvent encore sur 
bien des points de notre globe, aussi bien au bord de 
la mer de Behring qu'à la Terre de feu. Elles montrent 
la marche de la civilisation, mais ne peuvent donner 
aucune indication au point de vue chronologique. 

La question du matériel employé par les hommes 
dans certains pays, peut être utilisé quelquefois pour 
l'étude anthropologique, mais elle n'a pas l'importance 
que certaines personnes lui ont attribuée. 

M. de Villenoisy admet deux courants de population 
néolithiques, dont le point de départ a été la mer Noire. 
Beaucoup d'archéologues, et je partage leur opinion, 
voient les peuples arriver d'Asie vers la mer Caspienne, 
où ils se divisent. Un des groupes ne traverse pas le 


— 254 — 


Caucase, mais passe par l'Asie Mineure, la Macédoine, 
la Lombardie et parvient au Rhône. Un second flot suit 
la mer Caspienne et remonte au nord, en suivant le 
Volga. Le troisième courant, plus considérable, traverse 
le Caucase, par les gorges du Darien, et se subdivise en 
plusieurs groupes. L'un suit les bords de la Mer noire 
et du Danube, arrive en Hongrie et dans la Forêt noire, 
les autres remontent le Don, ou, ainsi que l'indique 
M. de Villenoisy, suivent le Dnieper et le Deniestre, 
pour descendre ensuite la Vistule et atteindre la Bal- 
tique. Ces courants de populations, encore à la période 
néolithique, ont été étudiés en Russie, il y a 20 ans, 
par le professeur Przyborowski, et nous voyons plus 
tard d’autres savants, tels qu'Erasme de Majewski, trou- 
ver 82 stations, rien que le long de la rivière Schodnia, 
le D" Lissauer indiquer 388 trouvailles de cette époque 
dans la partie occidentale de la Poméranie; puis, dans 
une étude semblable, on ne peut oublier le remarquable 
travail de Worsaïe, sur la colonisation de la Russie et 
du nord Scandinave. Ces populations utilisèrent plus 
tard le bronze, puis ils se mirent à employer le fer, et 
au début ce furent des blocs de fer provenant d’aéro- 
lithes qui furent utilisés. Aussi l'on voit dans les poèmes 
d'Homère, citer sept fois des armes de héros faits en 
tandis que les autres étaient toutes en Xa)xos. 


M. DE VILLENOISY. — ..... seulement trois fois! 
M. Gosse. — Je croyais sept fois, mais cela n’a du 


reste pas d'importance. Ainsi, pour la Grèce, le fer n'est 
arrivé qu'à l'époque de la guerre de Troie. 

Plus tard, ainsi que l'indique très bien M. de Ville- 
noisy, le fer a été utilisé dans l'Europe occidentale, par 
le moyen des forges catalanes, aussi bien en Belgique 
que dans le Jura, où il fut étudié par Quiquerez et, par 
moi, dans la Haute Savoie. Là aussi les scories ont été 





— 255 — 


utilisées par les fondeurs jusqu’il y a une trentaine 
d'années. 

Je crois que les populations qui ont participé dans une 
large part à la formation de la population Belge, se sont 
suivies à des périodes beaucoup plus restreintes que ne 
le croit M. de Villenoisy, et nous voyons en Suisse, des 
habitations lacustres de l’âge du bronze, superposées à 
des palafittes de l’âge de la pierre. 


M. DE VILLENoOISY. — Au contraire, je crois à des 
époques peu espacées. 


M. Gosse. — Cela est probable pour les peuples 
primitifs, mais non pour ceux qui sont survenus dans les 
siècles qui ont précédé ou suivi de près le commence- 
ment de l'ère chrétienne. 

Je n'ose pas prendre de détermination sur les peuples 
qui ont servi de base au peuplement de la Belgique. Il 
nous faut attendre que nous ayons plus de données. Ce 
qu’il y a de positif, c'est qu'avant les populations de race 
Aryenne, qui ont été étudiées par l'illustre Adolphe Pictet 
et sont venues d’Asie en Europe, l'on retrouve dans 
certains points d'Europe, ainsi en Biscaye, un peuple 
d'une toute autre race, ainsi que le démontre son lan- 
gage, qui a été repoussé à l'occident par les nouveaux 
venus. Il me semble que dans le produit de fouilles de 
M. Edouard Dupont, l’on pourrait peut-être retrouver 
des traces d'une population analogue. Les brachycé- 
phales ont joué un rôle plus considérable chez eux que 
les dolichocéphales, que l'on retrouve plus nombreux 
dans le sud. 

Je m'excuse de vous avoir parlé si longtemps, mais 
cela prouve l'intérêt que je porte au travail de notre rap- 
porteur (Applaudissements). 


S. Ex. le prince PourjATINE. — La discussion pré- 


— 256 — 


sente me mets dans une certaine perplexité. Des doli- 
chocéphales, il en reste très peu aujourd'hui en Rus- 
sie; mais il y a une première cause à mettre en avant 
pour expliquer cette disparition. Chez nous, dans les 
kourganes, on trouve des dolichocéphales, alors qu'il 
n'y en a presque plus dans la population d'aujourd’hui. 
Le crâne de Neanderthal, lui, n'a été reconnu crâne 
de race qu'après la trouvaille de Spy. On croyait à 
un cas pathologique. Il est certain qu’un type n'est 
déterminé que par la concordance de plusieurs exem- 
plaires; 1l faut quatre ou cinq exemplaires semblables 
au moins pour caractériser une race, comme c'est ar- 
rivé à Spy — tous les crânes qu'on y a trouvé étaient 
dolichocéphales —. L'atavisme des caractères dolichocé- 
phales néandertaloïdes est à présent une rareté, alors 
que chez les paléolithiques de Spy, c'était le propre de 
la race. 

Pour les routes suivies par les races paléolithiques, je 
suis d'avis qu'il y a eu deux grands courants. Mais on ne 
doit pas envisager les forêts d'autrefois de la même façon 
qu'on voit le régime de celles d'aujourd'hui. Les grands 
vents, autrefois, avaient une grande influence : les arbres 
déracinés et brisés, jetés pêle-mêle, étaient très difficiles 
à franchir par l’homme paléolithique. La forêt Her- 
cymienne, qui se prolongeait en Lithuanie et jusque 
chez nous — elle a laissé quelques débris, et des chènes 
fossiles, dans un de mes domaines, à Bratskoie, gouver- 
nement de Twer —, était certes infranchissable. A pré- 
sent, les chênes, en tant que constituant des forêts, ne 
sont plus dans notre voisinage. Le chêne, en suite des 
lois climatériques, n'est plus un arbre; c'est devenu un 
buisson. 

Je dois signaler ici que la poterie primitive du sud de 
la Russie est fort différente de celle du nord du pays. 
Par exemple plusieurs vases du sud possèdent des anses, 
tandis qu'on n’en trouve pas à ceux du nord. 





LL NSO. 


LS OS 


— 257 — 

La route du nord, suivie après la fonte des glaciers, 
était sur les limites de leur fonte; car le chasseur y trou- 
vait la nourriture nécessaire à ses troupeaux de ceruus 
tarandus, qui étaient indispensables à son existence. 
(Schweizerbild, Thayingen, Thiede, Westeregeln, etc., 
etc.). Après vient l’industrie campignienne, avec le tran- 
chet, et l’homme commence à utiliser le bois, qui devient 
encore plus indispensable à son existence pour créer les ‘ 
produits qui lui ont donné la possibilité d'extraire les 
fibres pour les travaux textiles, comme le font encore 
quelques indigènes de l’Amérique du Nord (fibre de pin), 
pour cuire les poteries, etc., etc. 


M. EECKMAN. — J'appelle l'attention de M. de Ville- 
noisy sur ce fait, que l'on a trouvé dans la forêt de 
Mormal, la plus antique du département, des vestiges 
gaulois, gallo-romains et francs. Bien plus tard, un ermi- 
tage y fut même établi, et on en voit encore des frag- 
ments de muraille. 


M. Lupovic GUINARD. — Les populations primitives 
ont très bien pu franchir les grandes forêts par de puis- 
santes tranchées produites à la suite de violents orages. 
J'ai retrouvé des stations sur le bord de vallées, qui pa- 
raissent creusées après coup, semble-t-1l. Les populations 
préhistoriques pouvaient profiter de ces accidents de 
terrain pour pénétrer dans le pays. 


M. l'abbé RENARD. — Lorsque les arbres sont abbatus 
dans les forêts, soit par des orages ou par l'homme, les 
‘roncs accumulés déterminent la formation de marais 
‘ourbeux, qui sont plus infranchissables même que la 
orêt. Je ne puis pas admettre non plus que des puis- 
antes tranchées soient creusées par de violents orages. 
érosion des vallées est due aux eaux courantes et pas 
ux agents atmosphériques proprement dits. 


17 


— 258 — 


M. HuBrarp. — Je ne m'explique pas trop cette façon 
de traverser les forêts. On suit les rivières d'ordinaire en 
bateau, et il n'est nul besoin de tranchées accidentelles. 
C'est au bord des rivières qu’on peut trouver des sta- 
tions. 


M. EECKMAN. — On a constaté dans le département 
du Nord, des silex taillés du Grand Pressigny. C'est par 
les cours d'eau, évidemment, qu’ils y sont arrivés. A ce 
sujet, il ne me semble pas douteux que les forêts n'ont 
jamais opposé un obstacle infranchissable aux migra- 
tions des peuples, loin de là. Les cours d'eau, en ces 
temps préhistoriques, ont toujours frayé leur route à 
travers les forêts. Les grands fleuves des deux Amériques, 
ceux de l’Indo-Chine, etc., ne roulent-ils pas impétueux 
au milieu des forêts vierges? 

Et les indigènes, de nos jours encore, ne sont-ils pas 
d'une adresse inouïe à franchir dans leurs pirogues, creu- 
sées dans des troncs d'arbres, les rapides les plus torren- 
tueux? Ceux de l'Afrique centrale, sur la côte occidentale 
et ailleurs, aux barres inabordables aux Européens, ils 
excellent à braver les obstacles les plus dangereux et se 
jouent de toutes les entraves de la nature. 


M. Gosse. — En Suisse, nous n'avons pas de gise- 
ments de silex et, pourtant, on a de nombreux objets en 
silex et notamment du Grand Pressigny; mais les frag- 
ments sont plutôt petits. On a tout utilisé. Il ne faut pas 
croire que nos ancêtres ne voyageaient pas. Quand nous 
voyons Keller trouver près de Zurich, une cyprea tigris, 
coquille de l'Océan Indien, et en Savoie, je découvre des 
coquilles de la Méditerranée. Dans les premiers siècle: 
de l'ère chrétienne, l'on trouve chez nous des objets er 
verre de la Syrie et de la Phénicie. 


M. pr VirLENorsy, — Certes, les faits que signale le 








je EE AE ur nl nne OT AGO Ames 


— 259 — 


D' Gosse m'intéressent vivement ; mais ce serait, je crois, 
tomber dans l'erreur, que de vouloir systématiquement 
les expliquer par des migrations venues d'Orient. Chaque 
instrument de civilisation ne caractérise pas une race 
particulière; les hommes ont pris leur bien où ils le 
trouvaient, autrefois aussi bien que maintenant, et lors- 
que leur pays ne leur fournissait pas tout ce dont ils 
avaient besoin, ils recouraient au commerce. Les silex 
du Grand Pressigny et les coquillages de l'Océan Indien 
en sont la preuve; car s'ils avaient appartenu à des 
bandes venues de ces pays, au lieu d'être isolés au milieu 
d'objets en pierre locale, ils seraient accompagnés de 
tout un mobilier exotique, que nous ne rencontrons pas. 
S'il y a eu des migrations, s'il y a même des peuples qui 
par une sorte de caractère ethnique, semblent indéfini- 
ment voués au nomadisme, et s'il y a aussi des pays de 
plaines qui, dans une certaine mesure, imposent la vie 
nomade à toutes les populations qui n'ont pas dépassé 
un certain développement social, il y a en revanche des 
races qui sont essentiellement sédentaires et cultivatrices 
quand même; ce sont des vues que j'ai développées 
ailleurs récemment (ri). De ce nombre sont les races 
aryennes, auxquelles je n'hésite pas à rattacher les Italo- 
Danubiens. Les habitants des palafittes des Alpes et des 
villages néolithiques hesbaiens étaient agriculteurs et 
sédentaires. Tout au plus, peut-être, avaient-ils des rési- 
dences d'été et d'hiver, pour parer à la rigueur des 
saisons, et les grottes de Menton ont pu être habitées 
dans la saison froide, par des montagnards de la Suisse 
ou de la Savoie; mais nous-mêmes en faisons autant. 
Les pierres rares de la famille de la jadéïte ne sont 
pas venues d'Orient, la preuve minéralogique en est faite, 
et le bronze lui-même est une découverte locale, faite 





(1) Mélanges. CHARLES DE HARLEZ, Leide, J. Brill, 1896, pages 349 et 
suiv. Ethnographie de la Chine septentrionale et son influence sur l'Europe. 





— 260 — 


probablement sur le versant Italien des Alpes, les gise- 
ments de cuivre ne sont pas rares, et il n'est pas en 
France de poche d'étain, si faible soit-elle, qui n'ait été 
exploitée aux temps anté-historiques. Ma conviction est 
que ces populations de la pierre et du bronze ne se sont 
répandues que lentement dans les pays qui s'ouvrirent 
devant elles, formant en quelque sorte tache d'huile à 
mesure que leur densité excédait les ressources du sol. 
Je ne conteste pas le rôle considérable des grands cours 
d'eau dans la dispersion des races et de la civilisation, 
j'ai déjà signalé celui du Dnieper prolongé par la Vistule; 
on en trouve deux autres exemples dans les monuments 
mégalithiques répandus le long des côtes et des artères 
fluviales, et dans le bronze dont le commerce a descendu 
le cours de la Garonne, de la Loire et de la Seine, et 
remonté celui du Rhône et de la Saône, pour suivre en- 
suite la Meuse. Il y a eu plusieurs provinces du bronze, 
et la Belgique paraît se rattacher à celle qui a eu son 
centre dans le bassin de la Loire, et alimentait les iles 
Britanniques et les côtes de la Manche. 


M. le baron pe Lot. — Dans une de nos plus 
anciennes forêts de l'Ardenne, dans celle de Freyr, il 
paraît exister de nombreuses tombelles. 


M. DE VizcENoisy. — Pour le travail du fer, les indi- 
gênes devaient nécessairement habiter le voisinage im- 
médiat de la forêt. 


S. Ex. le prince POUTJATINE. — Et même déjà pour 
le travail du bois, on devait employer le silex, comme le 
prouvent au surplus les objets en bois que M. Wolma 
Smith a façonné avec des tranchets. Je suis d'accor: 
avec MM. Hublard et Gosse, pour croire que les borc 
des rivières et des lacs, où l'homme trouvait du poisso: 
et des coquillages en abondance pour nourriture, et de 








î 
? 


ONU COEUR QU UT Qi DU DUR nennen 


CR onp vpe = 


— 261 — 


l'eau pure pour boisson, étaient plus aisés pour les 
migrations des peuplades néolithiques et l'établissement 
de leurs stations. Les animaux sauvages ne recherchent- 
ils pas aussi les bords des rivières et des lacs? Et la 
chasse, on le sait, jouait un grand rôle chez l'homme néo- 
lithique, muni de l'arc et de flèches à pointe de silex. 


M. LE PRÉSIDENT. — Quelqu'un demande-t-il encore 
la parole? Nous pourrons du reste reprehdre demain 
la discussion sur ce débat. Ayant une communication 
à faire, je prie M. de Villenoisy de prendre la prési- 
dence. 


M. D.-A. VAN BASTELAER. — Je vous intéresserai sans 
doute en vous donnant des nouvelles de trois monuments 
mégalithiques du Hainaut. D'abord, voici les photogra- 
phies des quatres faces de la Puerre-qui-tourne entre Bai- 
leux et Gonrieux, qui était renversée et que le Gouver- 
nement vient, à ma demande et par mes soins, de faire 
redresser (les quatres planches sont exposées). 

Cette pierre se trouve au haut d'une côte fort élevée, 
formant un sommet qui domine au loin l'horizon. Elle 
est en grès landénien et l’on rencontre aux environs, et 
isolés, ayant été transportés pour servir de bornes, 
d'autres blocs de même roche, qui ont pu servir d’aco- 
lythes à la pierre principale. 

Cette dernière est, de toute évidence, un menhtr. 
Depuis l’origine des temps historiques, c'est une proprié- 
té publique qui sert de borne limitative entre les deux 
comtés ou pays de Namur et de Hainaut, et les deux 
enmmunes de Baileux et de Gonrieux, et, aujourd'hui 

core, de ces deux communes et de ces deux provinces. 

Permettez-moi aussi de vous donner quelques nou- 

Îles, toutes récentes, de deux autres monuments méga- 

hiques du pays, qui vous sont déjà connus : la Zeupire 

: Gozée et la Pierre-qui-tourne de Sivry-Santain. 





— 262 — 


La Zeupire était restée depuis l’antiquité debout et 
seulement fortement inclinée. Elle avait été, en outre, 
enterrée en partie par le remblai de la voie romaine sur 
le côté de laquelle elle se trouvait, et qui aujourd’hui est 
cultivée sur ce point. 

Sur mes instances, ce monument a été acheté par 
l'Etat et l'on est occupé à lui rendre son aspect, en la 
dégageant et la redressant. 

Quant au monument de Sivry, il est formé de deux 
monolithes énormes, de grès landénien comme les autres, 
qui, au commencement de ce siècle, étaient encore debout. 
L'un fut renversé vers cette époque; l’autre le fut en 
1835, par l'Administration communale, en quête d'un 
trésor pour améliorer les chemins du village. Malheu- 
reusement, en tombant, la pierre fut brisée en deux mor- 
ceaux, et de trésor, point naturellement. 

C'est ce monument encore que, sur mes instances, 
le Gouvernement va faire restaurer. Le Hainaut pos- 
sédera ainsi de beaux spécimens de monuments méga- 
lithiques. 

Je désire constater ici l'existence d'une Pierre du diable 
que personne n’a signalée aux archéologues. Elle existe 
à Alle-sur-Semois. | 

A l'endroit de la rivière, où l’on va se baigner et où la 
profondeur est grande, se trouvent trois immenses pierres, 
dont la principale est sur le bord, baignant dans l'eau. 
Un immense chêne séculaire l'abrite, et ses racines l'em- 
brassent d'un côté; et ce vieux chêne fut toujours res- 
pecté par les bücherons du bois voisin. Cette pierre a ses 
légendes : les chevriers viennent y passer leurs loisirs 
pendant que les bêtes broutent les environs. Le peuple 
semble affectionner ce monolithe. Plus avant dans le cou- 
rant, se trouvent les deux acolytes respectés de la Pierre 
du diable; l'un, la Pierre churée ou déchirée, en forme de 
baignoire, où viennent se reposer les nageurs, et l'autre, 
la Pierre plate, carrée et d'une très grande surface. 





— 263 — 


M. H. Le Bon voudrait savoir si toutes ces pierres et 
monuments sont de même nature que la roche du pays? 


M. D.-A. Van BAsTELAER. — La Zeupire et les Pierres 
qui tournent de Boileux et de Sivry sont, comme presque 
tous les menhirs du pays, en grès landénien. Cela ne 
veut pas dire qu'ils aient été transportés par l’homme, 
loin de là! Celui-ci s'est contenté de les choisir et de les 
dresser, sur place, d'ordinaire. N'a-t-il pas même parfois 
consacré à son culte, une roche qui l'avait frappé? 

Quant aux Pierres du diable de Alle, ce n’est pas la 
même chose. Elles sont de même roche que les contre- 
forts voisins de la vallée. 

Dans cette vallée de la Semois, comme dans toutes 
les vallées, selon les détours de la rivière, la rive est 
rocheuse et presqu'à pic, d'un côté au moins. L'autre 
côté est parfois en pente douce. Ici, il est évident pour 
l'observateur, que les Pierres du diable ont dégringolé du 
contrefort de roches voisines, et sont venues s'abattre 
dans le cours de l’eau, où l'homme les a trouvées et bap- 
tisées en place. 


M. Van Bastelaer reprend la présidence. 


M. LE PRÉSIDENT. — Nous n'avons pas le temps d’a- 
border la discussion de la seconde question. Quelqu'un 
d'entre vous, Messieurs, a-t-il une communication assez 
courte à faire pendant le quart d'heure qui nous reste? 


M. ADRIEN Hocx demande la parole pour donner 
quelques détails sur ses découvertes sur la Lesse. Il 
expose divers plans et croquis, et donne lecture d'un 
chapitre d'un ouvrage qu'il se propose de publier pro- 
chainement. 

Voici en résumé sa communication : 

Sur le plateau aride et sauvage dénommé le Chession 


— 264 — 


(Chatelet, casteilum) de Han-sur-Lesse, se trouvent des 
centaines de marchets, ou tas de pierrailles, alignés 
régulièrement sur quatre grandes rangées ou lignes 
parallèles. Un certain nombre de ces marchets, assez 
différents de forme et de taille, sont surmontés d’une 
grosse et longue pierre dressée à la façon d’un menhir, 
et le tertre est contourné d'un cercle ou couronné de 
pierres longues fichées dans le sol. 

Le plateau du Chession est défendu par des murs con- 
sidérables de fortifications sans rapport direct avec les 
marchets; mais dans le principe, ces murailles ont pu 
être des séparations entre les membres des tribus. 

Dans l'ensemble et dans les détails de cette vaste 
nécropole, on retrouve, ajoute M. Hock, les rites d'une 
religion établie, la religion des Scandinaves. Ce sont 
les Belges, les Fir-Bolgs, qui importèrent dans nos Ar- 
dennes ces croyances, sept siècles avant notre ère. Ces 
Fir-Bolgs passèrent aussi en Bretagne et en Irlande. 

La discussion en aura lieu. cette après-midi. 

La séance est levée à 11 heures. 

Le Secrdaire ff, 
Cr.-]J. COMHAIRE. 


ge Séance: lundi 9 août, après-midi 


La séance est ouverte à 2 1/2 heures, sous la prési- 
dence de M. D.-A. Van Bastclaer, président, M. Ch.-J. 
Comhaire, secrétaire, remplit les fonctions de secrétaire. 

Prennent encore place au bureau : M. de Villenoisy, 
rapporteur, et S. Ex. le prince Poutjatine. 

Sont en outre présents : MM. le baron de Loë et le 
baron Ch. Gillès de Pélichy, vice-présidents, A. Eeck- 
man, secrétaire, le D" V. jacques, Ed. de Pierpont, 
Marcel de Puydt, Leite de Vasconcellos (Lisbonne), 
Adrien Hock, A. Demeuldre, F. Noefnet, Huybrichts, 
abbé Renard, chanoine baron Félix Béthune, Em. Hu- 








— 265 — 


blard, A. Daimeries, chanoine Swolfs, G.- Sens, Er. 
Pâques, Kempeneer, Léop. Godenne, Jean Poils, L. 
Wouters, abbé Laenen, A. Habets, Paul Bergmans, 
F. Donnet, de Raadt. 

La discussion est ouverte sur la communication faite 
ce matin par M. Hock. 


M. LE PRÉSIDENT croit être l'interprète des membres 
de l'assemblée pour demander à M. Hock quels sont les 
caractères archéologiques des marchets qu'il a découverts. 


M. le baron pe Lot réclame également de M. Hock, 
les preuves sur lesquelles il s'appuie pour déclarer que 
ce sont des marchets. 


Une discussion diffuse s'ensuit; M. Hock, reprenant de 
très longs passages de son manuscrit, spécialement ceux 
relatifs aux marchets de Han. 


M. re PRÉSIDENT prie M. Hock d'être bref et de 
répondre directement à la question posée. 


'S. Ex. le prince PouTJATINE demande quelle est la 
faune des marchets de M. Hock. 


M. Hocx déclare ne pas la connaître. 


M. le baron pe Lot. — Dans mes fouilles de marchets, 
à Ave-et-Auffe, notamment, j'ai rencontré des débris de 
repas. C'étaient des ossements de cheval, de cochon (ou 
de sanglier) et de bœuf. 


M. DE Puypr voudrait savoir quels sont les objets 
trouvés par M. Hock. S'il n'y a pas d'objets de mobi- 
lier, il ne peut s'agir ici de monuments préhistoriques. 


M. Hocx déclare n'en pas connaitre. 





— 266 — 


M. LE PRÉSIDENT voudrait savoir ce que l'on entend 
exactement par marchets. Il faut s'entendre et bien pré- 
ciser l’objet du débat. 


M. le baron DE Loë en donne une définition complète : 
le vulgaire entend par marchets, dans lé Namurois sur- 
tout, un amoncellement quelconque de pierrailles. Le 
cultivateur qui épierre son terrain, rassemble à l'écart 
les cailloux qui gênent sa culture, et fait ainsi un 
« marchet ». Mais on rencontre également des amas 
de pierres, de forme toujours plus ou moins circulaires, 
mais de largeur et de hauteur variées, indistincts des 
autres pour un œ1l peu exercé, qui sont d'antiques sépul- 
tures. Les uns recouvrent une tombe à inhumation; près 
du squelette se voient quelques débris de poterie gros- 
sière et parfois, mais très rarement, un peu de bronze. 
Quelques autres recouvrent des sépultures à incinération. 
Les deux modes se rencontrent aussi dans le même 
« marchet ». Il n'est pas rare d'y recueillir également 
des fragments de poterie romaine, mass jamais de silex 
mêlés au dépôt funéraire. L'antiquité des marchets ne nous 
paraît pas devoir aller au-delà de la première époque du 
fer ou époque du cimetière de Hallstadt. La présence, 
dans bon nombre de marchets, d'une poterie beaucoup 
moins grossière et parfois même assez fine, faite au tour, 
nous indique également que la coutume d'élever des tom- 
belles en pierres s'est continuée pendant les premiers 
temps de la domination romaine. 


M. le professeur Gosse. — Dans la Savoie romande, 
la Haute Savoie, le pays de Grenoble, nous avons exac- 
tement les mêmes monuments. Le seul animal que nous 
y retrouvions, c'est le Sus scrofa palustris. Quelques-unes 
de ces tombelles présentent sur le sol un cordon circu- 
laire de pierrailles. 





— 267 — 


S. Ex. le prince POUTJATINE. — La présence des ani- 
maux palustres, Sus scrofa palustris et autres, indique la 
transition du paléolithique ou néolithique. On ne com- 
prend pas trop le terme marchet. L'expression tumulus ne 
conviendrait pas non plus. 


M. le baron DE Lot. — Le mot marchet renferme l'idée 
de pierres. Je me réserve de le prouver ultérieurement 
par de nombreux exemples, pris non seulement en Bel- 
gique, mais aussi à l'étranger (France, Suisse). 

M. LE PRÉSIDENT. — Personne ne demandant plus la 
parole, nous passons à la 2"° question : Quels sont les 
documents concernant la présence de l'homme préhistorique le 
long du littoral belge? 


M. le Président a reçu une note manuscrite de M. le 
D' Ramaeckers. Il est d'avis de la soumettre à une com- 
mission, pour décider si elle sera insérée in extenso ou 
en résumé, à moins que l'auteur ne se présente pour la 
discuter. 


M. le D' JaAcQuEs propose d'attendre l'arrivée de l’au- 
teur avant de ne rien décider. — (Adopté). 


M. LE PRÉSIDENT réserve, par suite de l'absence de 
M. Ed. Fourdrignier, les questions 3 à 7, que notre 
collègue a posées et doit venir développer. 


La discussion est ouverte sur la 7"° question : 

« Il a été trouvé récemment, au cimetière romain, à 
l'est de Tongres, une importante sépulture franque, et à 
proxrmité de celle-ci, plusieurs autres. La grande sépul- 
ture contenait des vases remarquables, les débris d'une 
lance et un beau bâton de commandement. 

» À propos de cette trouvaille, on demande quels ont 


— 268 — 


été les chefs ou rois francs de la Thuringie ou Tungrie, 
ayant résidé à Tongres, et quels sont les principaux 
caractères de sépultures franques de la Thuringie ? 

» Les Francs se sont installés timidement au III” 
siècle, le long du Démer. 

» Sous la conduite de leur chef, ils ont occupé défini- 
tivement à Tongres, après l'invasion des Vandales, c'est- 
à-dire après 406, les fortifications abandonnées des Ro- 
mains, et le chef franc et ses successeurs ont occupé, 
pendant une partie du V"* siècle, à Tongres, un Stein, 
villa ou forteresse qui porte encore leur nom. » 


M. Hvysricrs commence la lecture d'un rapport sur 
ses trouvailles faites aux environs de Tongres. Il expose 
différents objets, entre autres un bâtonnet en jayet et 
une poignée de coffre en bronze. 

La plupart des membres émettent aussitôt des doutcs 
sur l'époque que M. Huybrigts assigne à ces objets; ils 


. croient la poignée d'époque Louis XV, le bâtonnet plus 


récent encore, et nullement mérovingien. 


M. LE PRÉSIDENT, en présence de ces violentes objec- 
tions, demande que quelques membres de l'assemblée 
soient désignés pour juger l'époque de ces objets discutés. 


M. le D' Jacques demande de laisser tout au moins 


. achever la lecture du mémoire. Au surplus, il proteste 


contre la nomination d’une commission. On ne décide 
pas, par un vote en assemblée, des questions scienti- 
fiques. Un auteur émet une opinion et c'est sous sa res- 
ponsabilité personnelle qu'elle est publiée. 


M. re PRÉSIDENT. — Nous nous trouvons en présence 
de cette question : Le Congrès doit publier un long 
mémoire avec planches, Nécessairement, le Comité du 
Congrès ne pourra insérer dans le volume des comptes- 
rendus, toutes les communications présentées; 1l devra 








Î 
# 


pee tgene” re ne e nnn ne en ee am 


— 269 — 


choisir les meilleures et il rejettera les mémoires ou notes 
signalées comme erronnées ou qui ne méritent pas l’im- 
pression. Tel sera le cas pour des objets que la grande 
majorité des membres regarderait comme d'origine dou- 
teuse ou entâchés d'erreur. Il est nécessaire que le Con- 
grès, qui a une véritable responsabilité morale et scien- 
tifique dans ce qu’il publiera, n'insère que les choses les 
moins discutables. 


M. le baron DE Lok. — Il ne me semble pas qu'il 
s'agisse de voter par oui ou par non, si j'ai bien compris 
M. le Président; mais plutôt de nommer une commission 
qui donnera son appréciation, müûrement réfléchie, sur 
le mémoire en litige. 


M. Huysricrs continue sa lecture. 


M. re PRÉSIDENT lit l'article des statuts qui dit que 
« le Bureau du Congrès se réserve le droit de demander 
des réductions aux auteurs de mémoires ou de commu- 
nications, et de décider même, le cas échéant, que le 
titre seul en figure dans les publications du Congrès. Il 
décide également s’il y a lieu de publier les planches 
jointes aux mémoires ». 


M. le baron DE Lot. — Il est trop tard pour discuter. 
Il nous faut lever la séance. Je propose de voter sur la 
question de savoir s'il y a lieu de nommer une commis- 
sion spéciale pour examiner le mémoire de M. Huybrigts. 


M. LE PRÉSIDENT. — C'est le bureau du Congrès qui 
doit décider maintenant de cette question, en vertu de 
l’article VI que je viens de vous lire, - 

La séance est levée à 4 1/4 heures. 

Le Secrétaire ff, 
CH.-]. COMHAIRE. 


A 


— 270 — 


3"° Séance : mardi ro août, matin 


La séance est ouverte à 9 heures, sous la présidence 
de M. le comte de Hauteclocque, président; M. Ch.-]. 
Comhaire remplit les fonctions de secrétaire. 

Prennent également place au bureau : M. de Ville- 
noisy, rapporteur, et S. Ex. le prince Poutjatine. 

Signent la liste de présence : MM. le baron Ch. Gillès 
de Pélichy, vice-président, Eeckman, secrétaire, D' Victor 
Jacques, abbé Renard, Anth. Daimeries, Huybrigts, 
J. Vayson, Jean Poils, Em. Hublard, A. Campers, L. 
Wouters, Ch. Leman, M. et M"° Lievevrouw-Coopman, 
M" Julia van Reeth. 


M. LE PRÉSIDENT, regrettant l'absence de M. le D' Ra- 
maeckers, prie M. le Secrétaire de donner lecture de son 
mémoire, et ouvre la discussion sur cette question de la 
présence de l’homme préhistorique le long du littoral belge. 


M. LE SECRÉTAIRE donne lecture du susdit mémoire 
de M. le D' Ramaeckers, qui sera inséré dans le second 
volume des annales. 


M. le baron CH. Girrès DE PÉLicHY. — L'honorable 
D' Ramaeckers ne fait pas de distinction, me semble-t-il, 
entre silex néolithiques et silex paléolithiques. Des ves- 
tiges de ces deux époques se rencontrent cependant le 
long de nos côtes belges; mais, tandis que les silex néo- 
lithiques proviennent du sous-sol des tourbières, où on 
les rencontre dans leur position primitive, les silex paléo- 
lithiques, recueillis en cet endroit, semblent avoir été 
iinportés, postérieurement à leur taille, par des événe- 
ments étrangers à l’action de l'homme. D'après les con- 
clusions du savant mémoire de M. l'ingénieur Rutot, 
publié en 1896, dans le compte-rendu du Congrès de 





Gand, ces silex ont été arrachés des plateaux qui do- 
minent les crêtes de l'Artois; ils furent charriés par les 
eaux, avec d'autres cailloux roulés, et amenés sur nos 
plages, tels que les avait abandonnés l’homme quater- 
naire du nord de la France. 

Voici, pour joindre au relevé de notre collègue, quel- 
ques lames de silex néolithiques ramassées par moi- 
même sur la plage d'Ostende, à Mariakerke. 


M. COMHAIRE voudrait savoir si ces silex ne pro- 
viennent pas de stations gisant dans des terrains aujour- 
d'hui recouverts par les eaux de la mer et autrefois 
émergés. 


M. le baron CH. GiLLÈs DE PÉLiIcHY. — Les silex 
néolithiques trouvés le long de nos côtes, proviennent 
tous, comme je l'ai dit, du sous-sol des tourbières. En 
plusieurs endroits, ces gisements s'avancent sous l’océan, 
bien au-delà de la limite du territoire d'aujourd'hui. Ce 
sous-sol, jadis foulé par les peuplades néolithiques, ne 
fut submergé, par un retour offensif de la mer, que vers 
la fin de la domination romaine, témoin les nombreuses 
poteries de cette énoque, exhumées des tourbières, no- 
tamment à Zuyenkerke (collection de Mgr Béthune, 
poteries dites samiennes), à Lisseweghe (explorations de 
M. Rutot) et plusieurs autres localités citées dans l'ou- 
vrage du chanoine de Bast. 


M. DE VirLeENoisy. — Il est certain qu'il y a, le long 
de toutes nos côtes, des mouvements successifs d’abais- 
sement et de surélevation. Il faudrait voir ce qui se 
passe sur la côte belge. 


M. l'abbé RENArD donne quelques explications. 


M. pe VizLeNoisy. — Je voudrais préciser. Nous trou- 
vons une couche de tourbe entre deux couches de sable, 


sur le littoral belge. Quand s'est formée la couche de 
tourbe et quelle est son épaisseur ? 


M. le D' Jacques. — Elle s'est formée à la fin des 
temps quaternaires, sur des points nettement déterminés 
aujourd’hui; en bas, on trouve du néolithique et vers le 
haut du romain. Il y a d’autres formations encore. 

L'épaisseur en est de 6 à 7 mètres, mais se répartit 
d'une façon extrêmement variable. 


M. LE PRÉSIDENT. — La discussion étant close sur ce 
point, nous allons ouvrir les débats sur la communication 
faite hier après-midi, par M. Huybrigts. 


M. Huygricrs achève la lecture de son mémoire. 


M. le baron CH. GizrÈs DE PéÉricny demande des 
détails précis sur cette trouvaille, dont les deux objets 
présentés aux membres de la section ne paraissent point 
porter les caractères de l’époque mérovingienne. 


M. Huygricrs donne des détails sur les circonstances 
de la découverte. C'était au cours de travaux, à l'empla- 
cement du cimetière romain, à l'est de la ville. On avait 
trouvé des tessons de céramique romaine à 1 m. So de 
profondeur, reste d'une sépulture (ce qui indique toujours 
un remaniement du sol pour confectionner uhe sépulture 
plus inférieure), puis des restes du squelette d’un cheval 
avec un fragment de mors en bronze, placé sur une 
couche de terre glaise d'une dizaine de centimètres d'é- 
paisseur. M. Huybrigts donna des ordres pour faire unc 
fouille et descendre plus profondément. À 2 m. 25 plus 
bas, soit à 3 m. 75 du niveau du sol, dans le sable 
presque blanc, on trouvait la sépulture disposée de l'Est 
à l'Ouest. Du coffre funéraire, on ne voyait que les traces 
en poussière blanche de bois disparu, et quelques menus 
fragments. Du squelette subsistaient quelques os, notam- 








CL. apr PRES ep peen BO DRE © CE NU OO EEE RE 7 


— 273 — 


ment ceux du crâne. Aussitôt le premier vase rencontré, 
les ouvriers, une dizaine, se sont précipités et ont 
ramassé tout ce que j'ai. J'ai recueilli les débris d'une 
quinzaine de vases ayant ces formes-ci (il dessine), dont 
3 ou 4 entiers, un fragment de lame en fer, le bâton de 
commandement en jayet, qu'un coup de pioche avait 
brisé vers l'extrémité, une quantité énorme de clous. Le 
sable blanc avait même été rougi par l'oxydation des 
ferrailles. A noter, la couche de terre glaise placée à 
I m. 75 au-dessus de la sépulture, pour empêcher les 
eaux d’abimer le mobilier de celle-ci, et le cheval sacrifié 
sur la sépulture. 

À noter encore, qu’auprès de Tongres, les sépultures 
des Romains se rencontrent dans largile, celles des Ro- 
mains chrétiens à la partie supérieure de la couche de 
sable, et celle des Francs dans le sable, entre trois et 
quatre mètres de profondeur. 


M. le baron CH. GiLLÈs DE PÉLiIcHY. — Il serait dif- 
ficile de donner une appréciation définitive sur cette 
découverte avant d'en avoir étudié plus à fond le produit 
et les circonstances ambiantes. Je crois utile cependant 
de remarquer que, d’après les indications fournies par 
M. Huybrigts, la forme des vases dont il nous a parlé 
semble indiquer une origine plutôt belgo-romaine que 


franque. 


Quant au prétendu sceptre ou bâton de commande- 
ment et à la poignée de coffre, dont il est question dans 
la présente communication, je me demande si leur pré- 
sence au même niveau que les vases précités ne doit pas 
être attribuée à l'effondrement des couches supérieures, 


Droduit pendant les importants travaux de déblaiement 


que nécessitèrent les fouilles. 

Le fait que dix hommes au moins se sont précipités 
dans la fosse, au moment de la découverte, avant même 
l'arrivée de l'auteur de ce mémoire, peut avoir déterminé 


18 


des éboulements de ce genre; ce ne serait d’ailleurs pas 
la première fois que, sous l'influence des mêmes causes, 
de pareilles intrusions se soient produites dans le do- 
maine de la science. 


M. COMHAIRE, secrétaire, ayant lu, depuis la séance 
de hier, le manuscrit de M. Huybrigts, fait remarquer 
qu’il s'agit en réalité de trois notices parfaitement dis- 
tinctes : la première concerne la tombe franque renfer- 
mant les deux objets tant discutés; la seconde est la des- 
cription d'un bractéate faisant partie du trésor de N.-D. 
à Tongres, et dont il serait peut-être utile de publier 
une chromolithographie, si ce bijou est resté inédit; la 
troisième renferme des considérations sur les chefs francs 
qui résidèrent à Tongres. Il est d'avis de publier ces 
trois notices (1). 


M. HugLarDp ne pouvant assister à la séance de 
demain, tient à déclarer qu’il fait les plus grandes ré- 
serves au sujet de certaines conclusions formulées par 
M. Huybrigts. 

Je ne partage pas, dit-il, l'opinion de M. Huybrigts, 
lorsqu'il prétend que ces deux objets sont de fabrication 


(1) Du rapport particulier adressé au Comité organisateur du Congrès, 
par M. le Secrétaire de la rr section, sur les travaux de cette section, il 
résulterait : 

Que la première notice de M. Huybrigts a déjà paru, sauf quelques 
phrases introductives, dans le compte-rendu du Congrès tenu à Gand, en 
1896 (vol. II, pp. 97-99), dans le Yournal du Limbourg, paraissant à Tongres 
(n° du 6 février 1897), et, d'après ce dernier, dans le journal Le Vieux Liège 
(n° du même jour); 

Que, postérieurement au Congrès de Malines, en septembre, elle a été 
insérée dans le Bulletin de la Societé Scientifique et Littéraire de Tongres (t. XVII, 
ier fascicule), et dans des tirés à part parus sous le titre : Anfiquités romaines 
à Tongres, in-8°, COLLÉE, p. 87; 

Que la seconde notice a paru dans le même Bulletin ct dans le mème tiré 
à part, pp. 114-115; 

Et que la troisième a également été insérée dans le Bulletin et dans le tiré 
à part, p. 53. 

Qu'il n'y a donc plus lieu de les publier ici. 








RE eee ae ee nt = Tr 


— 275 — 


franque. Quant à moi, je ne puis les considérer comme 
étant un produit de l'art franc; car ils ne présentent pas, 
à mon avis, les caractères propres à cet art. Je n'ai pas à 
leur assigner une date ni à rechercher si le bâton est 
bien un bâton de commandement; je me borne à consta- 
ter que les motifs d'ornementation qui les décorent, ne 
rappellent pas du tout le style franc tel que je le connais, 
par le mobilier des cimetières découverts dans les pro- 
vinces de Hainaut et de Namur. 

En exprimant ces réserves, je n'ai pas le dessein de 
vouloir amoindrir le mérite des travaux de notre hono- 
rable collègue qui, par ses fouilles dans la région de 
Tongres, a contribué, je le reconnais bien volontiers, 
aux progrès de l'archéologie. 


M. HvuyBrierts demande à ses contradicteurs de venir 


constater sur les lieux, les détails de la trouvaille et d'in- 


terroger les dix ou douze personnes qui y assistèrent. 


M. LE PRÉSIDENT. — La parole est donnée à M. le 
prince Poutjatine, qui veut nous présenter quelques 
remarques sur l'archéologie préhistorique de la Russie. 


S. Ex. le prince POUTJATINE donne d’abord des détails 
sur les poteries de la Russie. Les recherches archéolo- 
giques, dit-il, sont entreprises un peu partout dans nos 
provinces. Près de Kiev, on a du paléolithique, un peu 
moins ancien que celui de chez vous. C'est du mammuth, 
de l'ours brun. L'Ursus spelaea ne se rencontre que dans 
les grottes, vers le Caucase seulement. Les autres grands 
félides carnassiers n’ont pas été connus par l’homme 
préhistorique de la Russie. 

L'eau recouvrait alors une grande partie du sud de la 
Russie. Après la fonte dés glaciers, les eaux de la mer 
Caspienne s'étendaient loin vers le nord de la Russie et 
séparaient celle-ci de la Sibérie. Le sol était en grande 


— 276 — 


partie, dans les autres régions, très marécageux. Héro- 
dote, Strabon, Hippocrate et autres parlent du mauvais 
climat du sud de la Russie et de son influence sur la 
santé des Scythes, qui habitaient les bords de la mer 
Noire et de la mer Caspienne. 

L'homme est probablement venu en Kussie de la Mo- 
ravie, par la Pologne. Le comte Zawicha a retrouvé des 
habitats de l'époque du mammuth dans les cavernes de 
Pologne. Au congrès tenu à Tiflis, en 188r, M. Kel- 
sieff a prouvé que l'homme préhistorique des environs de 
Woronège employait de grandes lames de silex pour 
dépecer le mammuth. 

Puis, après la disparition du mammuth et l'émigration 
des troupeaux du Cervus tarandus vers le Nord, se forme 
l'homme des Kjökkenmöddings, avec l'industrie campi- 
gnienne (Salomon). Très développé chez nous, le niveau 
campignien gît sur le magdalénien qui se caractérise par 
mammuth et Cervus tarandus, comme le prouvent les fouilles 
du comte Ouwaroff. On trouve les ossements de mam- 
muth loin au nord. Dans nos fouilles à Bologoë, je n'ai 
rencontré que de très petits fragments de défenses de cet 
arimal, avec du magdalénien. On a trouvé à Bologoë : 
Castor fiber, Sus scrofa, Bos brachyceros, Bos primigentus 
russe, Canis ladogensis, Canis Snostrenzevi, Myoxus glis, Ar- 
vicola amphibius, Arvicola arvalis, Mustela foina et Martes, 
etc., etc. Les Kjökkenmöddings du Danemark sont-ils 
plus anciens que les nôtres’ (C'est encore à discuter et 
je suis plutôt d'avis que plusieurs Kjökkenmöddings du 
continent sont plus anciens). Quant aux coquilles des 
Kjökkenmöddings, on pourrait dire que l'emploi des 
coquilles marines n'est pas plus ancien que l'emploi des 
coquilles terrestres dans les Kjökkenmöddings du conti- 
nent. A Menton, dans les grottes, les coquilles em- 
ployées. par l'homme étaient non seulement marines, 
mais aussi des coquilles terrestres. Chez nous, ce sont 
des coquilles lacustres (Uno lateralis, etc., etc.); mais de 








nos jours on n'utilise plus celles-ci, comme nourriture. 
L'argile des poteries renferme des fragments de ces co- 
quilles broyées. D'après quelques auteurs, c'est l'argile 
qui renferme naturellement les coquilles, et leur présence 
dans la poterie serait accidentelle. Je crois, au contraire, 
que ce n'est pas toujours le cas, que les coquilles ont été 
placées pour la plupart volontairement, et ce qui le 
prouve, c'est la grandeur presque égale de leurs frag- 
ments. On y trouve du reste aussi des plumes d'oiseaux. 
Près du feu, on séchait doucement l'argile d'un côté, 
puis on retournait le vase. Cette pâte est très fragile, 
très épaisse et grossière. J'ai écrit à M. Emile Rivière 
et à d’autres, pour savoir si chez eux on retrouvait des 
vases néolithiques en argile pétrie, avec des coquilles; je 
n'ai pas eu de réponse sur l'emplacement des trouvailles. 
Mais on en a retrouvé chez les Indiens des bords du 
Mississipi, à ce que m'a affirmé M. Thomas Wilson; on 
en connait aussi en Sibérie. J'en ai vu plusieurs dans la 
collection présentée au congrès international de Moscou, 
par M. Jadrinzeff. Peut-être trouverait-on ainsi le chemin 
d'une migration de peuples en Amérique, par la Sibérie. 
Dans ces derniers temps, on a parlé beaucoup de liai- 
son, de rapports entre l'Amérique et l'Europe par l'At- 
lantide, pendant le paléolithique. Dans son dernier tra- 
vail, /’Atlantide et le Renne (Revue mensuelle de l'Ecole 
d'Anthropologie de Paris, 1897), M. Salmon est d'accord 
avec plusieurs géologues, sur l'existence d’une commu- 
nication pendant le magdalénien f(cervus tarandus) avec 
l'Amérique. [Il y aurait eu, par conséquent, pendant le 
paléolithique, deux voies de communication, deux routes, 
par l’Atlantide et par la Sibérie. 

Les habitations lacustres sont moins anciennes que 
celles des Kjökkenmöddings (D" Gross, Les Protohel- 
vetes. — M. RoBEerrT Munro, Ancient Sckottisch Lake- 
Dwelings or crannogs, 1882, etc., etc.). 

Le néolithique chez nous : les poteries sont ornées 





— 278 — 


de dessins. J'ai vu chez vous, au musée archéologique 
de Namur, deux vases avec des empreintes d'ongles et 
l'ornement fait avec l'os d'un petit animal, qui n'est pas 
rare à Bologoë. Mais, pour la plupart, nos vases ne res- 
semblent pas aux vôtres. Les dessins sont très variés: 
les poteries, depuis Kazan jusqu'au Nord, se ressemblent 
dans toutes nos stations néolithiques. La roulette et dif- 
férents estampages sont employés, non au bord, mais en 
diagonale, avec des lignes brisées. Avec les estampages 
quadrangulaires, on formait des groupes de quatre et 
six carrés contigus; quelques estampages ont été faits 
avec des marques en argile cuite. 

Pour parler des formes, les vases ont l’aspect de bols, 
de coupes, sont coniques comme des nids; vers la fin 
on trouve des goulots; quelques-uns ont des collerettes 
parfois recourbées en haut, vers l'extérieur, et avec un 
fond horizontal; parfois ils sont en forme de poires. A 
l'âge du fer, se produisent les formes plus ou moins 
ventrues. Parfois un vase très grand sert à l’incinération. 

À noter que les parties des vases sont, en Russie, 
dénommées comme les parties du corps humain : on cite 
le cou, les oreilles, les côtes, le pied, les mains, etc. Un 
vase cassé se dit un crâne brisé (cherepock). 

Nous avons en Russie, des trouvailles de fonds de 
cabanes. Sous la couche de verre noire, on trouve des 
fosses ; sur le trou on élevait une hutte en branchages, 
couverte peut-être de gazon, comme le font encore nos 
paysans d'aujourd'hui. 

Les néolithiques émigrèrent vers le sud, avec les recru- 
descences de froid, et, pendant les chaleurs, revenaient 
à leurs anciennes cabanes (Applaudissements). 


M. LE PRÉSIDENT remercie le prince Poutjatine de 
son intéressante communication. Nous sommes heureux, 
ajoute-t-il, d'avoir tous ces renscignements sur le préhis- 
torique russe, 








Éd Et EE ee OT 


— 279 — . 
M. COMHAIRE est frappé de la ressemblance qu'il y a 


entre ces vases du nord de la Russie et ceux de notre 
âge du fer, de nos tombelles halstattiennes. 


S. Ex. le prince POUTJATINE. — Dans le sud, on 
trouve de ces vases portant des anses, mais dans le nord 
on ne rencontre pas d'anses. On trouve parfois une déco- 
ration à l’intérieur même du vase, vers le bord. Les des- 
sins de M. Piette ont quelque ressemblance avec les 
nôtres. Une chose curieuse à signaler, c'est que M. Piette 
a trouvé des rapports entre les lettres de l'alphabet et 
ces dessins géométriques des galets coloriés. Moi aussi, 
j'ai dit au Congrès d'Odessa, qu'on peut rapprocher cer- 
tains caractères vieux phéniciens et quelques anciens 
hiéroglyphes égyptiens de ces ornements; ce doit être 
aussi des prototypes des signes cypriotes, faisant les 
ornements géométriques des poteries. Seulement, les 
galets sont plus anciens, ils sont paléolithiques. C'est 
l'évolution des ornements sur les poteries néolithiques. 


M. EECKMAN. — À propos de la communication de 
M. le prince Poutjatine, je voudrais savoir si on trouve 
cette pointe de flèche-ci en Russie, munie d'un grand 
pédoncule? | 


S. Ex. le prince POouTJATINE. — Oui, il y a quelques 
exemplaires de ce genre; mais M. Gabriel de Mortillet 
dispute ces formes dites des trouvailles d'Italie. 

La séance est levée à 11 heures. 

Le Secrétaire f., 
CH.-]. COMHAIRE. 


4” Séance : mercredi rr août, matin 


La séance est ouverte à 9 heures, sous la présidence 
de M. le baron de Loë, vice-président. M. Comhaire 
remplit les fonctions de secrétaire. 


— 280 — 


* 


Prennent aussi place au bureau : M. de Villenoisy, 
rapporteur, et S. Ex. le prince Poutjatine. 

Signent la liste de présence : MM. le baron Ch. Gillès 
de Pélichy, vice-président, D' Victor Jacques, A. Dai- 
meries, Jean Poils, abbé J. Claerhout, M°° Julia Van 
Reeth. 


M. CoMHaIRE montre à ses collègues quelques photo- 
graphies de bronzes de différentes époques, du musée 
de Gand, que vient de lui adresser M. Edouard Fourdri- 
gnier, lui annonçant en même temps son impossibilité 
d'assister au Congrès. 


M. pe Vizrenoisy est l'interprète des membres de la 
section, en regrettant l’absence de M. Fourdrignier. Les 
débats qu’eussent soulevés les questions qu'il a posées, 
auraient certes été extrêmement instructifs. 


M. LE PRÉSIDENT. — Nous nous voyons forcés de 
renvoyer au prochain Congrès, les questions posées par 
M. Fourdrignier. | 


M.Cux.-]. CoMHAIRE déplore vivement ce contre-temps, 
qui oblige notre savant collègue d’être loin de nous. Il 
eùt vivement désiré discuter ici différents points de cette 
intéressante période des âges préhistoriques du métal, 
surtout qu'il continue ses recherches sur nos régions de 
l'Escaut et de la Meuse et qu'il publiera sous peu un 
Supplément à son mémoire de 1892 (Bulletin de la So- 
ciété d'Anthropologie de Bruxelles, 1894). 

Ses recherches ont spécialement porté sur les traces 
qui subsistaient à l'époque romaine et jusqu'à nos jours. 
Il cite par exemple ces immenses tumulws en terre, éle- 
vés sous la domination romaine, renfermant une sépul- 
ture à incinération, avec mobilier absolument romain 
et qui, pour lui, ne contiennent certainement que la 
dépouille funèbre de queique indigène, Belge romanisé. 





— 281 — 


Selon toute vraisemblance, les cendres des rares fonc- 
tionnaires envoyés chez nous et qui ont pu décéder au 
cours de leurs fonctions, ont dû être renvoyées à Rome, 
pour être déposées dans le columbarium familial. Un 
fait important, qui semble prouver la thèse et qui a sa 
valeur spéciale, c'est que ces tumulus sont particuliers à 
la Hesbaye. Comme l'indique un schema inachevé de 
carte, que M. Comhaire publiera sous peu avec une étude 
détaillée, ces sépultures sont concentrées — 80 ou 100 
— dans un triangle qui a pour base Tongres, Tirlemont 
et Huy. En rayonnant autour de ce triangle, on en ren- 
contre de moins en moins. Ces tumulus ne sont que des 
tombelles des descendants des peuplades de l'âge du 
fer; les mêmes croyances et les mêmes principes ont 
présidé à la confection des tombelles préhistoriques 
d'époque Hallstattienne et des puissants tumulus belgo- 
romains. M. Comhaire est porté à les attribuer plus spé- 


_cialement aux Tongrois. 


On trouve pour centre de leur ère de dispersion, la 
petite ville de Waremme. Or, auprès de cette localité, 
on connaît la villa romaine dite d'Autuaxhe (Voir Congrès 
de Liège, 18go, p. 191), qu'il faut rapprocher du nom de 
Atuatuca Tungrorum, que portait. Tongres et du fameux 
Atuatuca Eburonum, célèbre par le massacre des cohortes 
de Sabinus et de Cotta, camps belges que la presque 
totalité des historiens ont placé dans cette région. Les 
Tongrois ayant succédé aux Eburons, c'est un argument 
à présenter pour la thèse des tumulus des Tongrois 
romanisés. 

Sur sa carte, M. Comhaire a indiqué les principales 
voies romaines. À propos de voies romaines, il tient dès 
aujourd’hui à signaler à ses collègues, une survivance 
folklorique éminemment intéressante. Il y a quelques 
années, au cours de fouilles qu’il avait entreprises dans les 
Hautes Fagnes, proches de Spa (à Coque-è-fagne, Sart), 
à l'emplacement que le cadastre, comme la croyance 





— 282 — 


populaire et les documents historiques indiquaient pour 
celui d’un hôpital, il a trouvé un ermitage du XVI”"siècle. 
Un campagnard vint lui tenir cet étrange propos : que 
c'était là la seule maison entre Tongres et Trèves. Après un 
habile interrogatoire, il était prouvé que le paysan ne 
connaissait ni Trèves, ni Tongres, mais qu'il répétait 
inconsciemment ce propos conservé de génération en 
génération. En effet, à cet endroit dit « hôpital », passait 
un tronçon de chaussée romaine, encore visible à peu de 
distance, et connue sous le nom de la Pavée du Diable, 
étudiée naguère par MM. Schuermans, J.-S. Renier et 
d’autres. Or, M. Comhaire a pu, par ses recherches, join- 
dre, les uns aux autres, toute une série de tronçons des 
voies antiques et rétablir ainsi, d’une façon à peu près 
complète, la voie romaine de Tongres à Trèves, qui 
passait par Hôpital. Bien plus, cette voie est la plus 
courte d’une de ces villes à l’autre; elle est la seule derecte, 
et l'Hôpital se trouve à 54.000 mètres environ de Ton- 
gres, soit une bonne étape de piéton, près de onze de 
nos lieues modernes. D'autre part, l'espace qui sépare 
l'Hôpital de Coque-è-fagne de Trèves est à peu près 
semblable. Le voyageur qui se rendait pédestrement, 
ou même à cheval (changeant de monture à un relai que 
je puis indiquer, car il existe encore traditionnellement ! 
C'est la vieille auberge de la Clef, près de Fléron!), 
devait passer la nuit à « l'hôpital ». Ce mot se retrouve 
dans de plus anciens decuments que le XVI" siècle; 
déjà au X"*! Hôpital, hospitalium chez les Romains, 
indique non pas un refuge pour malades, mais bien une 
auberge, une hôtellerie; c'était bien la seule habitation 
publique — car il y avait des villas sur le bord du che- 
min —, la seule mutson, comme disait mon paysan, entre 
Tongres et Trèves. On voit par cet exemple aussi, com- 
bien sont importantes les études folkloriques et l'utilité 
d’assimiler dans les recherches historiques des éléments 
de sources très variées. 





/ 


— 283 — 


N'est-ce pas encore un paysan ardennais qui, non loin 
de cet endroit, répondait à M. Schuermans ou à M. Albin 
Body, je ne me souviens plus, se trouvant sur une vieille 
route perdue dans les Fagnes : « Oh! Monsieur, mon 
père m'a toujours dit que ce chemin conduisait à Rome! » 
Et c'était, en effet, une voie romaine! 

Une autre question que j'aurais voulu traiter, si notre 
collègue M. Fourdrignier était des nôtres en ce moment, 
c'est de ce curieux vase dit de Jupille, et dont notre 
estimable rapporteur, M. de Villenoisy, nous révéla na- 
guère l'importance. Ce grand vase, orné de sept bustes 
humains, fut trouvé dans la riche ville belgo-romaine 
de Jupille, près de Liège. | 

Ce vase, quoique romain de fabrication comme de 
date, doit être la reproduction d’un vase beaucoup plus 
ancien, germanique ou belge, et les bustes seraient des 
figurations de divinités.. Lorsque M. de Villenoisy a 
entrepris sa notice parue en 1892, j'avais moi-même com- 
mencé une semblable démonstration à la suite de cette 
publication du vase de Gundestrup, qui venait de. pa- 
raître. Depuis, nos recherches ont permis de retrouver 
onze exemplaires de ce vase, avec des variantes, improu- 
vant parfaitement la valeur liturgique du récipient. De 
plus, tous ces vases sont répartis dans la zone méridio- 
nale de la Belgique. Il y a longtemps que ces recherches 
pourraient être publiées, mais le temps, les occupa- 
tions.… 

M. DE VirreENoisy. — Il y a tout particulièrement à 
citer parmi ces vases, celui qui se trouve au musée de 
Valenciennes, et qui porte le serpent et le bélier si con- 
nus dans l’iconographie gauloise. | 


S. Ex. le prince PouTJATINE donne de nombreux 
détails sur l’intéressante trouvaille de Bologoë, intermé- 
diaire entre le paléolithique et le néolithique, et qui 


— 284 — 


peut être étudiée en bonne partie sur les silex et les pho- 
tographies qu’il expose en ce moment à Bruxelles (1). 

Il parle de l'ouvrage de M. Hackman, sur la poterie 
de l’âge du bronze en Finlande, qui est identique à celui 
du centre de l’Europe. En Russie, on ne trouve pas 
d'âge du bronze, mais seulement le premier âge du fer. 

Il donne aussi des détails sur les Kourganes, les camps 
retranchés, les fonds de cabane, etc. de la Russie, et 
montre le 3"° volume des comptes-rendus du Congrès de 





(1) Il n'est pas inutile de publier la bibliographie de cette fouille de Bolo- 
goë, et que vient de nous envoyer son auteur, S. Ex. le prince Paul 
Poutjatine : 

a) Ouvrages écrits en français: 

Note sur la station de Bologoë — Congrès International d’Anthropologie et 
d'Archéologique préhistoriques. Congrès de Paris, 1889, 4m° question, C.-r., 
Pp. 220. 

Du développement d'empreintes de produits textiles sur les poteries russes, ct de leur 
conformilé avec des produits similaires de l'Amérique du Nord. — Congrès interpa- 
tional des Américanistes, 8m° session. Paris, 1890. c.-r., pp. 507-512. 

Prince P.-A. PouTJATINE et THOMAS WiLson. Exposition composée d’estam- 
pages de poteries russes et nord-américaines portant empreintes de produits textiles. — 
Idem, pp. 512-513, p. 95. 

Compte-rendu du Dr Hamy du Congrès de Paris, 1889, p. 27. Extrait de 
ma communication au Congrès. 

Les traces des morsures sur les ossements des périodes paléolithique et néolithique. — 
Congrès International, Moscou, 1892. t. I, p. 131. 

Communication à propos de la discussion sur les crânes allongés et les 
c:ânes courts.— Idem. 3me séance des sections, c.-r..p. 19 des procès-verbaux. 

Vestiges du premier dee du fer à Bologojé (Russie). — Annales de la Société 
d'archéologie de Bruxelles, t. VII, 1893. 

Etc., etc. 

b) Remarques faites par différents savants : 

Aunalen des K. K. Naturhistorischen Hofmuséum, 1894, S. 38; 1893, S. 35. 

Matériaux pour l’histoire primitive et naturelle de l’homme, 1886, p. 271. 

Remarque de M. Virchow in Zeitschrift für Ethnologie, XXV, S, 335-337. 

Bulletin de la Soc. d'Anthropologie de Paris, article du baron ve Barr, 
4me série, t. IV. . 

Archiv. für Anthropologie, B. XXIV, Ne r et 2, S. 209. 

Etc., etc. 

c) Ouvrages écrits en Russe : 

Sur les fouilles près de Bologojé. — Mémoires de la Société impériale russe 
archéologique, t. IV, p. IX, p. XIV. 

Des pierres à écuclles du gouvernement de Novgorod, — Congrès archéologique 
de Tiflis, pp. LXV et 19-20. 








Ege en Nn 


— 285 — 


Moscou, 18go, dont les planches donnent une excellente 
idée de la céramique, si ornée, du nord et du sud de la 
Russie. 


M. le comte DE HAUTECLOCQUE, entrant dans l'audi- 
toire, est invité à prendre la présidence. 


M. le baron CH. GizzÈès DE PéÉricHy donne lecture 
d’une note sur ses recherches dans le cimetière antique 
d'Ewelghem, qui sera insérée dans le second volume des 
annales. 


M. pe VicceNoisy. — Comme l'ordre du jour est 
est épuisé, nous pourrions clôturer la séance et nous 


Ornementation de la céramique ancienne. — Congrès archéoiogique d'Odessa, 
t. I, pp. 72-83. 
Le couteau en silex d son évolution. — Congrès archéologique de Vilna, séance 


du g août. 


De l’art du potier à l’âge de la pierre. — Nouvelles (Izwestia) de la Société 
impériale de Géographie, t. X, publication 3, pp. 280-309. 

De la faune, de l’âge de la pierre, des fouilles de Bologoë, au point de vue palethno- 
logique. — Bull. de la Soc. anthropologique de l'Université impériale de 
St-Pétersbourg. 

De l’âge paicolithique en Europe. — Ibidem, t. IV et V, pp. 74 et 75. 

Des squelettes de la période néolithique trouvés a Bologoë. — Ibidem, 1880, 
pp. 26-35. 

Des snoyens de faire des ouvertures sur les côtis des vases à la période néolithique. — 
8me Congrès des naturalistes russes, 1880. 

La chirurgie existait-elle à l’âge de la pierre? — Ouvrages de la Société anthro- 
pologique de l’Académie impériale de médecine, t. I, livr. 2, 1894. 

Etc., etc. 

d) Remarques faites par différents savants : 


. SABANIEFF : Analyse des scories de fer de la collection du prince Poutjatine. — 


Annexe au Xme tome des Mémoires de la Société impériale russe d'archéo- 
logie, pp. 24-26. 

Prof. ANOUTCHINE : L’excursion à Bologoë, 1885. Les Antiquités. — Ibidem, 
t. XI, livr. 2, pp. 64-68. 

KALATCHOV. — L'excursion des auditeurs de l’Institut archévlogique. — Recueil 
de l’Inst. arch.,t. V, p. 4. 

Laskovsky et LACHKOW : L'inventaire du musée de Novgorod, p. 56. 

Indicateur du Musée impérial historique de Moscou, pp. 13, 20-22. 

SCHROCHNIKOV. — Les ouvrages en silex du district Waldaï. — Congrès arch. 
de Tiflis, p. LXVI. . 

Etc., etc. 





— 286 — 


rendre à la 3”° section, eà, certes, nous attendent les 
débats de questions qui nous intéressent. 


M. LE PRÉSIDENT, avant de lever la séance, tient à 
remercier M. le Secrétaire, du soin minutieux qu'il a mis 
à tenir les procès-verbaux des différentes réunions de la 
section, ses collègues du bureau de l'avoir secondé, et en 
particulier, notre rapporteur, M. de Villenoisy, enfin 
tous les savants qui ont bien voulu prendre la parole au 
cours de ces débats, en particulier son Ex. le prince 
Poutjatine, et nous communiquer le résultat de leurs 
intéressantes recherches ou nous aider de leur puissante 
érudition. 

La séance est levée à 10 1/4 heures. 

Le Secrétaire ff, 
Cr.-J. COMHAIRE. 


Séances de la 2" Section 


HISTOIRE 
Séance du lundi 9 août, à 9 heures du matin 


Prennent place au bureau : MM. Hans Hildebrand et 
baron de Maere, présidents, Fernand Donnet, secrétaire, 
et Th. de Raadt, rapporteur. 

Ont signé la liste de présence : MM. Félix de Monne- 
cove, E. Matthieu, 11. Cordemans, J. Kaisin, Jules Fré- 
derichs, Eug. Lameere, G. Hecq, Ed. de Marneffe, abbé 
Cauchie, Paul Bergmans, major de Cannart d'Hamale, 
R. Maere et G. Sens. 


M. le baron DE MAERE, qui préside la séance, donne 
quelques indications utiles pour la bonne marche des 
séances de la section; il engage tous les membres qui 
prendront la parole, dès que leur communication sera 





— 287 — 


terminée, à la résumer par écrit et à la transmettre au 
bureau. 


C'est par la Quesrion X. de son programme que la 
section entame ses travaux. 
Comment faut-1l publier les textes anciens ? 


M. E. DE MARNEFFE expose que dans la publication de 
tous textes anciens, deux buts principaux doivent être 
visés, c'est-à-dire la conservation et la vulgarisation. Pour 
atteindre ce double but, il n’y a pas de procédé plus sûr 
que la phototypie; malheureusement, l'usage en est 
coûteux. Dans tous les cas, la reproduction devrait être 
textuelle; et il ne faudrait pas introduire dans le docu- 
ment une ponctuation réglée sur l'usage moderne, car 
les lois de la ponctuation, établies par les grammairiens 


_ romains, ont des règles connues et parfaitement ration- 


nelles. Il ne faudrait pas davantage compléter les abré- 
viations, ce qui bien souvent donne lieu à des interpré- 
tations erronées. Il conclut en demandant que les textes 
anciens soient reproduits avec la plus grande fidélité 
possible, et que dans cette reproduction, la ponctuation 
et les abréviations originelles soient scrupuleusement 
observées. | 


M. G. Hecg appuye les observations de M. de Mar- 
neffe; il émet le vœu de voir les pouvoirs publics s'occu- 
per de la question, et fournir à certains ateliers les 
moyens nécessaires pour acquérir les signes d'abréviation 
et autres caractères spéciaux, nécessaires pour l'impres- 
sion des documents anciens. 


M. l'abbé CaucHie, tout en étant d'accord en principe 
avec les orateurs précédents, voudrait voir les abrévia- 
tions complétées par l'éditeur, de manière à en faciliter 
la compréhension aux lecteurs. Toutefois, cette interpré- 


— 288 — 


tation ne devrait se faire que pour autant que l'exactitude 
et la fidélité en soient parfaitement assurées. 


M. HECQ n'est pas de cet avis. Il existe une différence 
entre éditer et vulgariser, et ici on recherche une repro- 
duction fidèle des textes; autre chose serait s’il s'agissait 
de les vulgariser ou de les commenter. 


M. DE RaapT trouve également qu'il y aurait lieu 
d'insister auprès des sociétés savantes, pour qu'elles 
engagent les imprimeurs, sur lesquels elles ont de l'in- 
fluence, à se fournir de signes d’abréviation. 


M. HiLDEBRAND croit que ce but peut être atteint sans 
intervention officielle; l'exemple de la Suède est là pour 
le prouver. | 


M. BERGMANS n'est pas partisan d'une reproduction 
tout à fait textuelle. 


Le vœu de M. pe MARNEFFE, tendant à voir les textes 
anciens fidèlement reproduits, en respectant les abrévia- 
tions et la ponctuation primitives, est rejeté par parité 
de voix, Celui de MM. Hecq et de Raadt, souhaitant 
de voir les pouvoirs publics doter les ateliers officiels 

de signes paléographiques, et les sociétés engager leurs 
imprimeurs à les acquérir, est adopté. 


[I OVESTION. — Quelles sont les plus anciennes monnarcs 
frappées à Malines ? 


M. L. Van DEN BERGx lit un chapitre d'un ouvrage 
qu'il se propose de publier, relatif à l’histoire monétaire 
de la seigneurie de Malines. Il veut combler une lacune 
existant ici, tandis que sur ce point toutes les autres 
villes belges ont déjà une histoire parfaitement établie. 





— 289 — 


L'origine des premières monnaies malinoises n'est pas 
clairement prouvée; toutefois, l'avis général est, qu'il 
faudrait considérer comme les plus anciennes pièces 
connues, celles qui furent frappées au IX"° siècle, sous 
l'épiscopat de Notger. M. Van den Bergh fournit encore 
nombre de détails au sujet des premières monnaies 
connues, et décrit les pièces qui en proviennent. 


M. DE Raapr fait quelques restrictions relatives à la 
partie historique du travail dont il vient d’être donné 
lecture. | 

La séance est levée à 11 heures. 


Le Secrétaire, 
FERNAND DONNET. 


Séance du lundi 9 août, à 2 heures 


Le bureau est composé de : MM. Hans Hildebrand, 
président, Fernand Donnet, secrétaire, et Th. de Raadt, 
rapporteur. 

Sont présents : MM“ Wauwermans, Burls, comtesse 
de Nahuys, baronne van Zuylen; MM. J. Willems, du 
Trieu de Terdonck, Léop. Godenne, Henri Op de Beeck, 
Ed. Magnus, van Hoobroeck de ten-Hulle, Alf. André, 
Cron, A. Habets, Kaisin, Félix de Monnecove, L. Vau- 
tier, Th. Janssens, A. Janvier, abbé Nève, général Wau- 
wermans, G. Hecq, abbé Renard, A. Eeckman, abbé 
Flahault, E. Matthieu, A. Demeuldre, Boissonnet, Paul 
Bergmans, C. Snoeck, E. Serdobbel, chevalier Soenens, 
baron R. van den Branden de Reeth, L. Van den Bergh, 
H. Cordemans, Ed. Poncelet, comte F. van der Strae- 
ten-Ponthoz, Aug. Van Speybrouck, Alb. Nobels, Fré- 
derichs, L. Stroobant. 


XIII" Quesrion. — Il est désirable que dans tous les 


établissements d'enseignement moyen, les cours d'histoire et de 


19 


— 290 — | 
géographie soient confiés à des spécialistes possédant le diplôme 
de docteur en philosophe et lettres. 


. M. Fabbé CaucHie, l'auteur du vœu imprimé dans le 
programme du Congrès, demande que les cours d’his- 
toire et de géographie soient disjoints dans les établisse- 
ments d'instruction. Ils ont chacun une importance assez 
grande, pour que des professeurs spéciaux soient mis à 
leur tête. | | 


M. l'abbé RENARD appuye vivement la proposition de 
M. l'abbé Cauchie. Il trouve également que partout l'his- 
toire est tout à fait favorisée au détriment de la géogrä- 
phie. Le programme des études de l'université de l'Etat 
en fournit une preuve péremptoire. Neuf heures sont, 
par semaine, réservées à l’histoire, tandis qu'une seule 
heure est consacrée à la géographie. De plus, le premier 
enseignement se donne pendant deux années, tandis que 
le second est terminé en un an. Autrefois, l'importance 
de la géographie était bien mieux appréciée, et aujour- 
d’hui encore, il faudrait contribuer à la diffusion de cette 
science si utile et à laquelle tant de personnes s'inté- 
ressent, comme Île prouve surabondamment la vogue 
incontestée dont ont joui toutes les communications 
quelconques qui avaient rapport aux dernières explora- 
tions, telles que celles de Stanley, Nansen, etc. L'orateur 
conclut en émettant le vœu de voir apporter des modifi- 
cations au programme de l'enseignement universitaire, 
en accordant une part plus importante aux cours de géo- 
graphie, et en instituant des professeurs spéciaux pour 
être placés à leur tête. 


M. le L' général WauwErMaNs, à son tour, appuye les 
vœux émis par les deux orateurs précédents; toutefois, 
il fait remarquer que la réforme demandée serait assez 
difficile à obtenir, vu que par suite de l'inféricrité actuelle 





RS a RS 


. Cu try TU TE PPS Er 


LE. nn 


de l’enseignement géographique, les professeurs capables 
seraient difficiles à recruter, et qu'il faudrait peut-être 
s'adresser à l'étranger pour en trouver. 


M. Juzes FRÉDERICHS n'est pas tout à fait du même 
avis; il critique l'extension qu'on voudrait donner à la 
géographie, et trouve que les cours sont actuellement 
déjà assez surchargés. 


M. l'abbé RENarp lui répond, et insiste encore sur la 
nécessité de séparer l'enseignement de l’histoire d'avec 
celui de la géographie. Le vœu qu'il soumet au bureau 
est adopté par la section. 


M. MATTHIEU. — Le vœu formulé par M. l'abbé Cau- 
chie rencontrera certainement l'appui de toute l’assem- 
blée. Mais il convient de chercher à lui faire produire 
des effets pratiques; et dans ce but, je demanderai à la 
section de le compléter, en priant le bureau du Congrès 
de vouloir bien l’adresser non seulement au Gouverne- 
ment, mais en outre à tous les directeurs d'établisse- 
ments d'enseignement moyen libres. 

Voici comment je formule cette proposition : 

« Il est désirable : 

» 1° que, dans tous les établissements d'enseignement 
» moyen, les cours d'histoire et de géographie soient 
» confiés à des spécialistes possédant le diplôme de doc- 
» teur en philosophie et lettres; 

» 2° que, dans la formation universitaire, il soit ac- 
» cordé une place plus considérable à l'enseignement de 
» la géographie; 

» 3° qu'en attendant la création d'un doctorat spé- 
» cial en géographie, l'enseignement de la géographie 
» physique soit confiée à un docteur en sciences ». 

Les membres se déclarent d'accord sur ce point. 


VIF: OvEsTIoN. — Quelle est l’origine des Grimberghe et 
des Berthout qui en sont issus, et quelle était leur condition 
sociale et politique? 


M. DE MARNEFFE fait part du résultat des recherches 
qu’il a faites sur ce sujet et qui lui font supposer que, 
suivant toute vraisemblance, les Berthout formeraient 
une branche cadette de la famille des comtes de Louvain 
et seraient alliés aux ducs de Brabant. Au XII” siècle, 
les membres de cette puissante famille jouent un rôle 
important; on les voit figurer dans une foule d’actes de 
donations et autres; leurs biens sont immenses et dé- 
notent une grande richesse. Une charte de 1134, inté- 
ressant les d'Aerschot, montre des membres de la famille 
Berthout figurant parmi les signataires, ce qui ferait 
également présumer des liens de parenté. 


M. DE RAADT confirme les déductions de M. de Mar- 
neffe et donne quelques détails sur la puissance de la 
famille Berthout. 


VF OvESTION. — Le peintre Frans Hals est-il originaire 
de Malines ? 


M. L. STROOBANT croit, après recherches dont il ex- 
pose le résultat, pouvoir affirmer que Frans Hals est 
Malinois. Jusqu'ici l’origine de ce peintre n'avait jamais 
encore été positivement établie. Dans les actes de nais- 
sance de plusieurs de ses enfants, nés à Harlem, il figure 
sous la qualification d'Anversois; par contre, des biogra- 
phies de l'époque le décorent du sobriquet de geboren 
maanblusscher, ce qui constituerait un argument en faveur 
de Malines. M. Stroobant a tâché de reconstituer la gé- 
néalogie des Hals. Il a réussi à les retrouver nombreux à 
Malines, et à établir leur descendance jusqu'à un certain 
Frans Hals; à partir de cette époque, ils disparaissent 








mn 293 — 
de Malines. Par contre, avec le peintre Frans Hals, 
ils paraissent et se multiplient à Harlem. Se basant sur 
ces concordances, sur les similitudes de prénoms et sur 
d'autres présomptions, M. Stroobant, sans pouvoir ce- 
pendant produire de preuve positive, croit pouvoir afhr- 
mer l’origine malinoise du célèbre artiste. | 


VII" QuesTion. — La situation des peuples qui habitaient 
la Belgique à l’arrivée de César, correspond beaucoup plus 
exactement qu'on ne le suppose généralement aujourd'hui avec 


Les divisions ecclésiastiques de notre pays au moyen âge. 


M. Juzes FRÉDERIcHS, l’auteur de cette question, 
prouve sa thèse au moyen de nombreux arguments pui- 
sés dans l’histoire des premiers temps de la conquête 
romaine. On trouve, à cette époque, les Morins occupant 
le territoire qui, plus tard, forma l'évêché de Thérouane, 
tel qu'il fut constitué après l'introduction du christia- 
nisme dans nos contrées, et tel qu'il subsista jusqu'à la 
création, en 1550, sous Philippe II, des nouveaux évé- 
chés. C’est ainsi encore que les Atrébates habitaient dans 
les limites attribuées dans la suite à l'évêché d’Arras, les 
Nerviens dans celui de Cambrai, les Trevires dans celui 
de Trèves, les Bataves et les Frisons dans celui d'Utrecht, 
etc. Il n'y a lieu de faire une légère exception que pour 


‘les Ménapiens, les Aduatiques et les Eburons qui, à 


l'arrivée de César, occupaient en partie des. territoires 
plus étendus et appartenant aux peuplades voisines. 
La séance est levée à 4 heures. 


Le Secrétaire, 
FERNAND DONNET. 

















Séance du mardi 10 août, à 9 heures 


Prennent place au bureau : MM. Hans Hildebrand et 
baron de Maere, présidents, Fernand Donnet, secrétaire, 
et Th. de Raadt, rapporteur. 

Sont présents : MM. L. Guignard de Butteville, Félix 
de Monnecove, l'abbé Deselve, A. Favier, Boissonnet, 
H. Cordemans, L. Paris, Ed. de Marneffe, Eug. La- 
meere, Ernest Coene, chevalier Soenens, abbé Cauchie, 
Snoeck, Lebon, Clément Lyon, Stroobant, Léon de 
Cannart d'Hamale, vicomte Desmaisières, Jules Fréde- 
richs, Van den Bergh, H. Le Bon, D" Jacques, D' Van 
Doorslaer. 

La séance est présidée par M. le baron de Maere. 


XIV OvESTION. — Quel rôle les chapitres ecclésiastiques 
ont-ils exercé dans les Pays-Bas, sur l'organisation de l'en- 
seignement ? 


M. ERNEST MATTHIEU prouve le rôle important que 
les chapitres ecclésiastiques ont exercé dans les Pays- 
Bas, sur l'organisation de l'enseignement. Déjà en 787, 
Charlemagne ordonne aux évêques et aux monastères de 
créer des écolâtres capables de diriger la marche de l’en- 
seignement dans les ressorts des cathédrales et des 
monastères. M. Matthieu passe ensuite en revue les 
divers chapitres qui furent créés si nombreux dans nos 
provinces et constate que presque tous ouvrirent des 
écoles publiques; il signale en même temps quels étaient 
les droits et prérogatives qu'ils concédaient aux écolâtres. 


IX" Quesrion. — Peut-on formuler certaines règles en 
vue de l'explication étymologique des noms de lieux ? 


M. DE MARNEFFE, étudiant cette question, pose en fait 
que les noms de lieux ont été donnés pour une raison 





PSE 7: 


sr Var * 


— 2093. — 
quelconque et qu'ils dnt donc à teute évidence, une 
signification déterminée. La difficalté de retrouver cette 
cause première est parfois fort grande, aussi ne faut-il 
pas s'étonner de voir beaucoup de ces problèmes résolus 
d'une manière très hasardée. Ces solutions vicieuscs sont 
parfaitement compréhensibles et ceux qui les ont com- 
mises, Ont agi ainsi faute de méthode raisonnée et faute 
d'étude scientifiquement conduite. Il faudrait donc éta- 
blir des règles permettant d'obtenir un résultat exact, et 
dans cet ordre d'idées, l’orateur donne quelques indica- 
tions générales. Il faudrait d’abord procéder à une iden- 
tification préliminaire, puis contrôler soigneusement la 
source d'où les noms sont extraits; ensuite observer et 
classer, d’après les lois phonétiques, les éléments divers 
dont ils sont composés, tels que : radical, désinence, etc. 
Il serait également très utile de dresser des cartes per- 
mettant de reconnaître les parages dans lesquels pa- 
raissent régulièrement un nom ou un radical déterminé. 


M. pe MonNEcove trouve qu'il est périlleux d'établir 
des règles générales; dans tous les cas, il y a lieu de re- 
monter à l'origine du nom, tout en considérant que la 
voie à suivre peut différer suivant la langue qui a été 
employée. A ce sujet il expose les préceptes enseignés en 
France, par les principaux professeurs, et il y joint cer- 
tains exemples qu'il a pu relever au cours de ses études 
personnelles. 


M. Hans HILDEBRAND expose à son tour quelles ont 
été les études produites en Suède, sur ce même sujet. Il 
cite de nombreux exemples et les résoud au moyen des 
lois de la toponymie, en honneur dans sa patrie. Il y a 
lieu d'observer que ces lois, fort judicieuses, sont appli- 
quées d’aprèsdes principes ayantune grande analogieavec 
ceux que M. de Marneffe vient de préconiser. Il cite 
ensuite d'autres exemples encore, puisés dans la topolo- 


ee en 


— 296 — 


gie danoise, et constate de curieux rapprochements avec 
des noms de lieux usités en Normandie. 


M. E. Marrureu est d'avis que les idées que vient de 
développer M. de Marneffe sont excellentes. Toutefois, 
il ne faut pas oublier qu'il importe de se préoccuper de 
recueillir d'une manière systématique et complète tous 
les noms de lieux. L'utilité de ces travaux a été démon- 
trée au Congrès de Namur, par un de nos historiens les 
plus éminents, M. G. Kurth. Un spécimen de semblable 
étude a été publié dans les Annales de la Fédération; 
M. Kurth a tenu, en effet, après avoir sollicité tous les 
travailleurs à s'occuper de cette intéressante question, à 
montrer le premier l'exemple. Nos sociétés fédérées n'ont 
guère jusqu'ici édité de ces glossaires toponymiques, et 
il y aurait avantage à les amener à entrer dans la voie 
qui leur a été indiquée dès les premières réunions de 
notre Fédération. Il demande en conséquence à la sec- 
tion, de vouloir bien renouveler le vœu si éloquemment 
développé à Namur, par M. Kurth. 

Voici en quels termes il pourrait être formulé : 

« Le Congrès, reconnaissant la haute utilité des études 
» étymologiques, émet le vœu de voir des sociétés fédé- 
» rées publier des glossaires toponymiques des com- 
» munes de leur région, avec indication très précise des 
» SOUTCES ». 


XI" OUVESTION. — Quels sont les plus anciens sceaux 
armoriés en Europe? 


M. DE RaaADT expose rapidement les circonstances qui 
amenèrent la création des armoiries et signale le sceau 
de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, comme le plus 
ancien qui ait été rencontré jusqu'à présent. Il se trouve 
appendu à des chartes de 1161 à 1177 et porte un lion. 

Un des plus anciens sceaux armoriés connus est celui 








Fig. 1. — Sceau de Puirirre D'ALsAcE, comte de Flandre 
(d'après une charte de 1163) 


CS 


Fig. 2. — Contre-scel de Puiusepe D'ALsacx, comte de Flandre 
Cd'eprès une charte de 1163) 





de Rasse de Gavre, de 1179. Le cavalier porte un bou- 
clier que l'on remarque sur le contre-scel d'un autre Rasse 
de Gavre, seigneur de Boulaere, d’après une charte 
de 1210. 

Ces importants documents sigillaires ont été repro- 
duits par M. le comte de Limburg-Stirum, dans son 
mémoire intitulé : Les sceaux de la famille de Gavre (Bru- 
xelles, 1891). 

Ce fut dans la seconde moitié du XII" siècle que 
beaucoup de familles dynastiques adoptèrent des armoi- 
ries dans leurs sceaux. D'autres, et non des moins puis- 
santes, n'en adoptèrent que vers la fin de ce siècle, ou au 
commencement du XIII”, 

C'est ainsi que Godefroid III, le Courageux, comte de 
Louvain et duc de Lothier, ne possède pas encore de 
sceau armorié (fig. 3, page suivante). 

Son successeur, Henri I“, est le premier prince bra- 
bançon qui orne son bouclier d'un blason : le lion. 

M. de Raadt exprime le vœu de voir signaler des 
sceaux armoriés antérieurs à celui de Philippe d'Al- 
sace. 


M. SrrooBanT appelle l'attention des membres de la 
section, sur l’œuvre considérable, actuellement en cours 
de publication, de l'honorable préopinant. Les Sceaux 
armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants sont de nature 
à rendre de signalés services aux héraldistes, aux histo- 
riens, ainsi qu'aux généalogistes. Les fascicules parus 
contiennent une foule de renseignements inédits et inté- 
ressants sur les familles de notre pays. Outre la descrip- 
tion du sceau porté par le personnage renseigné, l'auteur 
donne l'analyse sommaire des actes où le sceau décrit se 
trouve appendu. Le tout est puisé à des sources pures, 
soigneusement indiquées, qui permettent au chercheur 
d'y recourir sans difhculté. 





— 300 — 

M. Poncecer fait parvenir à la section la note sui- 
vante : 

On peut constater, en étudiant les chartes du moyen 
âge, notamment celles des XIII"° et XIV": siècles, l'im- 
portance de la sigillographie, non seulement au point de 
vue de l'identification des personnages qui figurent dans 
les actes comme comparants ou comme témoins, mais 
aussi pour l'étymologie des noms de licux. 


Fig. 3. — Sceau de Goperroi III, comte de Louvain, duc de Lothier 
(après une charte de 1173) 


Ainsi, les seigneurs ou chevaliers de Familleureux sont 


Sommes 


Vogue DE pv; U Grp 


— 301 — 


ordinairement qualifiés sur leurs sceaux : Le famil- 
leux (1). 

Le nom de Bienne-lez-Happart, commune de la pro- 
vince actuelle de Hainaut, a fait naître les interprétations 
les plus diverses et les plus extraordinaires; on a été jus- 
qu'à y trouver un Haut port (2); or, nous avons trouvé une 
charte, d'avril 1271, portant, d'après le contexte, le sceau 
du chevalier Pierre de Bievene, ancienne forme des mots 
Bienne, Biesme, etc. Or, le sceau en question porte le 
blason de la famille de Bienne (un écu à la fasce et au 
lion brochant) et la légende suivante : sk S’ Pieron Ha- 
part sing. de Bievne [chevalie]r (3). 

Happart est donc le nom ou le sobriquet du seigneur 
de Bienne, et la terre de Bienne a pris, comme cela 
arrivait parfois, le nom du seigneur (4). 


M. HiLDEBRAND ajoute qu'en Suède, le plus ancien 


sceau armorié connu date de 1210. 


La séance est levée à 11 heures. 


Le Secrétaire, 
FERNAND DONNET. 


Séance du mercredi 11 août, à 9 heures 


Le bureau est composé de : MM. Hans Hildebrand, 


(x) Voyez la charte de l’abbaye de Bonne-Espérance, de l’an 127r, par 
laquelle Nicole, sire de Familleureux, déclare n'avoir nul droit de faire ni 
de tailler chemin, ni voie ni devise, ni cerquemanage en tout le territoire 
de Courrières; le sceau porte la légende s’ Nicholai li famill’ militis. — Dans 
une charte de la même abbaye, de l'an 1276, Colart de Familleureux use 
d'un sceau portant l'inscription : S. Colart le Famillevs (Archives de l'Etat, à 
Mons). 

(2) Crotin, Etudes archéologiques et élymologiques sur le Hainaut, p. 335. 

(3) Charte originale de l’abbaye de Bonne-Espérance. Voyez J.-TH. DE 
Raaor. Sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, p. 250. 

(4) Notamment Villers Sire Nicole, commune du département du Nord, qui 
doit son nom à Sire Nicole de Barbanson. 


— 302 — 


président, Fernand Donnet, secrétaire, et Th. de Raadt, 
rapporteur. 

Ont signé la liste de présence : MM. Clément-Lyon, 
Matthieu, Fréderichs, abbé Cauchie, Paul Bergmans, 
H. Cordemans, Van Doorslaer, Guignard de Butteville, 
A. Favier, de Marneffe, Magnus, chevalier Soenens, 
abbé Kempeneer, G. Sens, Lameere, Van den Bergh, 
Stroobant, Daimeries, Poils, A. Demeuldre, Willems, 
Félix de Monnecove, comte van der Straeten-Ponthoz, 
Jos. Nève, de Villenoisy, D’ Jacques, A. Habets, baron 
Ch. Gillès de Pélichy, Aloïs Vanderauwera, prince Paul 
Poutjatine, Ernest Coene. 


XV? OuUrSTIoN. — Sur les emprunts faits par les villes de 
la province de Flandre, de 1550 à 1665, pour subvenir aux 
frais de la guerre. 


M. le comte DE HAUTECLOCQUE lit un travail sur cette 
question, dans lequel il énumère, en les détaillant, toutes 
les levées de fonds qui durent être faites pour permettre 
de couvrir les grandes dépenses occasionnées par les 
luttes nombreuses dans lesquelles la Flandre dut inter- 
venir pendant la période de 1550 à 1665. 


IV" Question. — Bibliographie Malinoise. Origine de 
l'imprimerie à Malines. 


M. CorpEMANs assure que l’on doit remonter fort haut 
pour retrouver trace de l'introduction de l'imprimerie à 
Malines. Celle-ci aurait, pour la première fois, été mise 
en pratique au couvent de Béthanie. C'est dans l'enceinte 
de ce monastère de religieuses, où, depuis longtemps on 
s'occupait de la copie des manuscrits, qu'en 1464 on édifia 
un bâtiment spécial pour une imprimerie xylographique. 
Peu après, l'art typographique y aurait été importé, pro- 
bablement d'Allemagne, les religieuses de Béthanie dé- 





AU" er en Mec Res Se en : 


— 303 — 


pendant du monastère d'Hildesheim. L'orateur trouve 
des arguments pour appuyer sa thèse, dans un inventaire 
manuscrit de 1466, des biens de la dame d'Heynsberg, 
qui habitait et décéda au couvent, ainsi que dans la 
production de différentes pièces sorties des presses de 
Béthanie, et dans lesquelles on remarque des parties 
imprimées xylographiquement et d'autres obtenues au 
moyen de caractères mobiles. 


M. Paur BERGMANS conteste la valeur des arguments 
produits par M. Cordemans. D'après lui, le mot former 
qui se trouve dans l'inventaire, n'indique pas une impri- 
merie, mais probablement l'infirmerie. Il doute également 
de l'authenticité du placard de 1467. Il en analyse la 
composition et les détails d'impression et se déclare très 
incrédule quant à son authenticité. Il conclut en con- 
statant qu'on imprimait au XV”* siècle, au couvent de 


. Béthanie, des images pieuses, mais que rien ne prouve 


l'existence, à cette époque, d'un atelier typographique. 


A propos d'une remarque de M. Bergmans, qui trouve 
étrange qu'à la fin de la pièce les noms de Berghe, Loen, 
Heiynsberch, etc., figurent sans prénoms, M. pe Raapr 
fait remarquer que cette objection est très sérieuse, at- 
tendu que, en effet, autrefois, le prénom jouait un rôle 
prépondérant, au détriment du nom de famille. 

Toutefois, la réponse n'est pas difficile. 

Ces noms : Berghe, Loen, Heynsberch, Rijswijck, Chaboth, 
Nassau, etc., appartiennent à des jeunes filles qui, d'après 
la chronique conventuelle, entrèrent, toutes, à Béthanie, 
en 1455, et qui auront fondé, dans leur couvent, des an- 
niversaires pour leurs plus proches parents décédes. 

Les noms de la pièce ne se rapportent donc pas — 
ainsi que le pense M. Cordemans, — aux demoiselles 
elles-mêmes, mais aux membres de leurs familles, cités 
dans les actes de fondation, | 


— 304 — 


D'ailleurs, Odile de Nassau vivait encore en 1474! 

Bidde voer die van berghe, etc., est une façon de parler, 
parfaitement en rapport avec le style des XIV‘ et XV”: 
siècles. Cela revient à dire : « Priez pour ceux des mai- 
sons de Berg-op-Zoom, Looz, etc. ». 

MM. Cordemans et Bergmans échangent encore une 
suite d'idées, pour défendre leur thèse mutuelle, et per- 
sistent chacun dans leur manière de voir personnelle. 


XVI" OvESTION. — Quelle est l'origine du conseil des 
finances des anciens Pays-Bas ? 


M. Euc. LAMEERE présente un tableau récapitulatif 
de tous les travaux qui précédemment ont été publiés et 
qui s’occupaient du conseil ambulatoire et du conseil des 
finances, dont l'existence offre tant de similitudes. Quant 
à l'origine du dernier, il croit pouvoir la fixer à l'année 
1438. Plus tard, de nombreuses ordonnances ont été 
édictées pour en régler les droits et prérogatives et dans 
cet ordre d'idées, il y a lieu de spécialement rappeler 
celles qui datent de 1447, 1467, 1471, 1487, 1497. Parmi 
ces documents officiels, celui de 1487 a une importance 
particulière, parce qu'il définit clairement la compétence 
du Conseil, et celui de 1497 également, parce qu’il sert 
de base à toutes les prescriptions qui furent édictées 
postérieurement. | 


111" Quesrion. — Faire connaître les médecins malinois 
et leurs écrits, ct établir par leur biographie et une biogra- 
phie raisonnée, la part qu'ils ont prise dans le progrès des 
sciences médicales. 


M. le D' G. Van DoorsLaER voudrait que dans chaque 
ville on s'occupât à rassembler les documents intéressant 
directement l’histoire médicale lacale, afin de permettre 
un jour de composer, au moyen de monographies exactes, 





sn 


OS US MORE PR um ne 


— 305 — 


une histoire générale de la médecine en Belgique. Il 
convie les archéologues à recueillir tous les documents 
de ce genre qu'ils pourraient rencontrer dans leurs 
recherches, et à les communiquer aux sociétés historiques 
locales. 


M. FERNAND DonNET, pour répondre à cet appel, dit 
qu’il a réussi, 1l y a quelques années, à se rendre acqué- 
reur de tous les papiers délaissés par le pharmacien 
malinois Rymenans, qui a joué un rôle important dans 
sa ville natale, sous l’occupation française. Il promet 
d'en faire part au Cercle Archéologique de Malines. 


VIII" Quesrion. — La queshon des avoueries en Bel- 
gique, mise au concours par l’Académie Royale en 1834, a-t-elle 
fait quelque progrès depuis cette époque ? Ne serait-1l pas utile 
de reprendre ceite question ? 


M. ERNEST MaATrHIEU regrette l'absence de M. le 
Chanoine Delvigne, qui a proposé l’examen de la ques- 
tion des avoueries. Le Congrès de Bruxelles, en 18gr, 
s'est occupé déjà de ce sujet (1). Son origine se rattache 
intimement au droit de l’immunité. 

L'avoué, au moyen âge, était plus spécialement celui 
qui jurait de protéger et d'assister un établissement ou 
une communauté religieuse. , 

L'institution des avoués en Belgique remonte aux pre- 
miers temps de notre histoire. Un diplôme de 644, 
émané du roi Clotaire III, est le plus ancien acte où le 
mot advocatus est employé dans le sens spécial de protec- 
teur d’une institution ecclésiastique. 

Il faut rejeter la distinction proposée par le baron de 
Saint-Genois, entre l’avouerie militaire et l'avouerie judi- 
ciaire; elle ne se justifie par aucun texte. 


(x) Annales de la Fédération Archéologique et Historique de Belgique, t. VII, 
ame partie, pp. 288-291, 323-326. 


20 





— 306 — 


L'avouerie eut dans les provinces belges un caractère 
exclusivement ecclésiastique. Elle finit par se transfor- 
mer, sous l'empire de la féodalité, en fief. 

A l’origine, elle présenta des avantages, et fut regardée 
comme une protection et un bienfait. Mais à dater du 
XII" siècle, elle commença à être regardée comme une 
charge lourde et onéreuse pour les abbayes, et ces insti- 
tutions s'efforcèrent de s'en affranchir. 

Il serait intéressant d'étudier dans des monographies 
spéciales, l’origine, les vicissitudes et les transformations 
de chaque avouerie des provinces beiges. Ce serait le 
moyen de dégager de ces divers travaux des conclusions 
historiques indiscutables. M. Matthieu a publié une 
étude sur /’Avouerie de Mons, et il a pu établir qu'il s'agis- 
sait d'un avoué subalterne sur lequel le comte de Hainaut 
se déchargea d’une partie de ses obligations, comme 
avoué du chapitre de Sainte-Waudru, à Mons. 


M. l'abbé CaucuiïE analyse les publications diverses 
qui, pendant ces dernières années, ont été publiées et 
qui s'occupent spécialement des avoueries. 


XII" QuesrTion. — Rectifications des armoiries commu- 
nales inexactes. 


M. pr RaAADT constate que cette question figure à 
l'ordre du jour de nos congrès depuis l'année 1891, et 
que, depuis lors, il en a demandé le maintien, pour qu'il 
soit montré aux chercheurs que nous n’avons discontinué 
de nous intéresser à la rectification des nombreuses ar- 
moiries communales inexactes, 

Il rappelle s'être occupé, dans une étude spéciale (1), 
de celles de Malines, et avoir retracé leur historique, 
avec pièces à l'appui. 


(x) Les Armoiries des Berthout et de Malines (Malines, sans date) [189r]. 





— 307 — 


D'après lui, cette cité devrait porter : d'or à trois pals 
de gueules, chargé en cœur d'un écusson d'or, à l'aigle 
de sable, si l'on veut, languée, becquée et membrée de 
gueules. L'écu sommé, ou d'une couronne, et, alors, ni 


- nn, 


Fig. 4. — Armoiries actuc!les de la ville de Malines 


casque, ni cimier, ou bien d'un casque couronné (c'est-à- 
dire couvert de l'antique couronne Aéraldique). Lambre- 
quins : d'or et de gueules. Cimier : un écran échancré, 
aux armes de l'écu, sans l'écusson en cœur, les pointes 
garnies de plumails de sable, cimier primitif des Ber- 
thout, ou bien, si on le préfère, un dragon entier. 
Tenants : les deux hommes d'armes que l'on remarque 
sur les sceaux des échevins de Malines. Devise : IN 
TROUWEN vast, en lettres d’or, sur un listel de sable. 

Sa façon de voir, dit M. pe Raapr, est entièrement 
partagée par M. V. Hermans, l'archiviste de Malines, et, 
il y a plusieurs années, M. Broers, bourgmestre de cette 
ville, a bien voulu lui faire espérer une démarche du 
conseil communal, tendant à obtenir une rectification 
des armoiries sur les bases indiquées ci-dessus, 


— 308 — 


M. pre RaaDT exprime le vœu de voir le Cercle ar- 
chéologique de Malines reprendre, prochainement, cette 
question. 


M. MarrHieu. — La rectification des armoiries com- 
munales incorrectes que réclame M. de Raadt, soulève 
un problème très complexe. Quelles sont les règles à 
suivre en cette matière? Le sceau doit-il simplement 
reproduire les armes de la ville, ou doit-on y faire figurer 
les meubles, en s'inspirant des anciens monuments sphra- 
gistiques ? Ce cas se présente actuellement pour la ville 
de Binche. Des documents positifs attestent que les 
armoiries de la cité étaient un lion; on les retrouve 
notamment sur le linteau d'une cheminée antique de 
l'hôtel de ville. Les sceaux représentent un château; le 
type ie plus ancien, appendu à un acte de 1246, donne 
un château muni de cinq créneaux; le contre-scel porte 
une bannière au lion rampant, senestré d'un château. 
Les matrices furent renouvelées à diverses époques, 
notamment en 1570, en vertu d’un octroi du grand bailli 
de Hainaut. Ce dernier sceau offre en demi-relief un 
château flanqué de quatre tours cylindriques, à dextre, 
l’'écu aux quatre lions, armoiries du Hainaut, et à se- 
nestre, l'écusson aux arnies de Binche : un lion. Ces 
matrices, qu'on possède encore, furent gravées par Jean 
Gouvion, orfèvre montois. 

En exécution de l'arrêté royal du 6 février 1837, la 
ville de Binche obtint, le 30 juin 1838, l'autorisation de 
reprendre ses anciennes armoiries : d'argent à un lion de 
sable, armé ct lampassé de gueules. Plus tard, l'admi- 
nistration communale réclama une rectification et fut 
autorisée, par arrêté du 26 mai 1857, à reprendre les 
armoiries conformes au sceau de 1570, et décrites en ces 
termes : d'azur au château d'or, accompagné de deux 
écussons ; celui à dextre, aux armes du Hainaut; l'autre 





se pu nes 


à senestre, d'argent au lion de sable, armé et lampassé 
de gueules (1). 

Entre ces deux sceaux modernes, l'un comprenant 
exclusivement les armoiries de la ville, l’autre reprodui- 
sant le type des anciennes matrices, lequel doit être 
considéré comme absolument correct? M. de Raadt, qui 
a une grande compétence en ces matières, ne voudrait-il 
pas donner une solution? 


XVII" Quesrion. — De la publication, sur fiches, de la 
bibliographie courante de l'histoire de Belgique. 


M. Euc. Lameure trouve qu'il y aurait une réelle uti- 
lité pour les chercheurs, à être tenus minutieusement au 
courant de tout ce qui, en Belgique, peut offrir un intérêt 
direct pour l’histoire ou l'archéologie. Dans cet ordre 
d'idées, il serait désirable que les Sociétés fédérées en- 
voyent régulièrement à Bruxelles, à la rédaction du 
bureau historique et archéologique, les publications di- 
verses qu'elles éditent, ou tout au moins le sommaire 
des matières parues dans les publications ou discutées 
dans leurs réunions. 


XVIII" OursTion. — De l'institution de cours populaires 
et locaux d'histoire ct d'archéologre de Belgique. 


M. Euc. LAMEERE émet le vœu de voir les sociétés 
fédérées organiser des cours populaires d'histoire et 
d'archéologie de Belgique, de manière à initier le plus 
possible le public à des sciences qui ne seraient pas assez 
étudiées et connues s’il était laissé à l'initiative particu- 
lière de chacun, le choix de s’y appliquer. 


(1) Sur les sceaux et armoiries de Binche, voir TH. LEJEUNE, Histoire de la 
ville de Binche. — E. Marrureu, Les sceaux de la ville de Binche, Louvain, 1888. 
— Annales du Cercle archeologique de Mons, tome IT, pp. or et suiv.; tome XXII, 
pp. 13 et suiv. 


— 310 — 


M. MATTHIEU. —- La mesure préconisée par M. La- 
meere a déjà été réalisée, sous certains rapports, par le 
Cercle archéologique de Soignies. Cette société, jeune 
encore mais très active, organise chaque hiver des confé- 
rences locales bien suivies, sur des questions d'histoire 
et d'archéologie. L'exemple est ütile à signaler à nos 
associations et serait un moyen pratique d'atteindre le 
but visé par la proposition de M. Lameere. 


Vœu de M. Clément Lyon, sur l’état-civil ancien : 

« 1° De voir le gouvernement décider que tous les 
» anciens registres paroissiaux des pays, déposés actuel- 
» lement dans les bureaux d'état-civil, dans les greffes 
» des’ tribunaux ou chez des particuliers, soient versés 
» dans les dépôts de l'Etat, réservés aux archives provin- 
» ciales, où ils pourraient être plus facilement consultés 
» par les intéressés ; 

» Qu'aussitôt ce dépôt effectué, il soit, par les soins 
» des archivistes, dressé des tables d'après une méthode 
» adoptée et uniforme ; 

» 30 que des mesures soient prises pour assurer leur 
» bonne conservation pour la reliure ou la réparation 
» des pages moisies ou lacérées ». 

La section ayant rejeté ce vœu, M. Lyon le modifia 
ainsi, en suite d'une proposition de M. l’abbé Cauchie : 

« Etant donné l'importance des anciens registres pa- 
» roissiaux, le Congrès prie le Gouvernement de prendre 
» des mesures pour leur conservation. » 


M. CLÉMENT Lyon se plaint de l'état misérable dans 
lequel se trouvent, dans beaucoup de communes, les re- 
gistres paroissiaux. Il voudrait voir tous ceux qui actuel- 
lement sont déposés dans les bureaux d’état-civil, dans 
les greffes des tribunaux ou chez des particuliers, réunis 
et confiés aux dépôts d'archives provinciaux. Les archi- 
vistes seraient alors chargés d'assurer leur conservation 





me pas 


en ds ee EE On 


— 311 — 


matérielle et devraient faire dresser des tables qui per- 
mettraient de les consulter plus facilement. 

Les membres présents à la séance ne sont pas du tout 
partisans de ce système, ils reconnaissent l'importance 
des anciens registres paroissiaux, mais sans préconiser 
aucune mesure de centralisation ou de vulgarisation; ils 
sont simplement d'avis que le Gouvernement pourrait. 
intervenir pour assurer leur conservation. 


M. Marrrrieu. — La réalisation des vœux formulés 
par M. C. Lyon se heurte à de très graves questions 
juridiques. Les mesures de conservation des anciens 
registres paroissiaux de l'état-civil sont de la plus haute 
importance, et 1l est regrettable que le peu d'heures dont 
nous disposons ne permettent de discuter d'une manière 
approfondie les propositions dont nous sommes saisies. 


Les intentions de M. Lyon rencontrent, je n'en doute 


pas, l'entière approbation de la section; mais nous ne 
pouvons, me semble-t-il, émettre en ce moment des vœux 
qui n’aboutiront à aucun résultat. Notre code civil et 
l'article de la Constitution attribuent au pouvoir com- 
munal la rédaction et la conservation des registres de 
l'état-civil. Jamais nous n'obtiendrons une révision de 
cette disposition constitutionnelle, en vue de réaliser les 
mesures préconisées par M. Lyon. Le Gouvernement 
nous opposera une fin de non recevoir. Dans un ordre 
d'idées bien moins grave que celui abordé par l’hono- 
rable auteur des vœux que nous examinons, on s'est 
trouvé aux prises avec la même difficulté. Au Congrès 
de Namur, la Fédération avait adopté le vœu de voir 
déposer dans les archives de l'Etat, un double des tables 
alphabétiques des registres paroissiaux de l'état-civil. 
Le Gouvernement a fait connaître que cette proposition 
exigeait une révision de la législation sur l'état-civil et 
qu'il ne jugeait pas utile de soumettre aux Chambres, 
un projet de loi modifiant les dispositions en vigueur. 


— 312 — 


La même réponse serait faite si la section adoptait les 
propositions de M. C. Lyon. Si le Gouvernement n'a 
pas voulu admettre le dépôt des doubles des tables dans 
les archives de Etat, à fortiori se refusera-t-il à pres- 
crire l'envoi des registres eux-mêmes dans ces établis- 
sements. 

J'estime, avec M. Lyon, qu'il y a nécessité de pourvoir 
à la conservation de ces précieux registres, mais le temps 
nous fait défaut, et jengage mon honorable collègue à 
remettre au prochain Congrès l'examen de cette question 
d'un si haut intérêt historique. 


M. FERNAND DoNNET donne quelques détails au sujet 
de deux faits qui intéresseraient directement l’histoire lo- 
cale de Malines. Ils se rapportent à la refonte, par un 
fondeur Malinois, de l'artillerie d'une gilde bourgeoise 
d'Anvers et surtout à la confection de l’ancienne chasse de 
S. Rombaut, dont toutes les parties sculptées ont été 
exécutées par des orfèvres anversois. 


M. GUIGNARD DE BUTTEVILLE présente quelques consi- 
dérations sur la persistance de certains symboles héral- 
diques et leur transmission, d'une peuple à l'autre, et 
d’une famille à l’autre, et se plaint de n'avoir pu faire 
insérer ses observations dans les publications du dernier 
Congrès. 


M. MaATrHIEU. — La réclamation que l'honorable M. 
Guignard vient de formuler, au sujet des comptes rendus 
de sa communication, me vise directement. J'ai, en effet, 
rempli au Congrès de Gand, avec M. l’abbé Cauchie, 
les fonctions de secrétaire de la seconde section. Il me 
suffira de rappeler à notre estimé collègue, que si l'ex- 
posé de ses investigations, pour lesquelles il a recueilli 
de si nombreux documents, ne rend pas exactement sa 
pensée, 1l doit s'en prendre à lui seul. L'article II du 





tn eer ee OS sus er à HR, 6 RS 


— 313 — 


Règlement spécial du Congrès de Gand prescrit, aux 
membres qui prennent la parole, de remettre aussitôt au 
secrétaire, un résumé sommaire des observations qu'ils 
ont présentées. M. Guignard aurait dû me transmettre, 
en temps utile, le texte de sa communication, qui aurait 
été inséré au compte rendu de la seconde section. Toute 
facilité lui a été accordée pour se conformer au règle- 
ment. Comme il ne l'a pas fait, l'honorable membre en 
subit les inconvénients et je n'ai pas, pour ma part, à 
encourir ses reproches. 


M. FERNAND DoNNET croit pouvoir se faire l'interprète 
de la section, du moment de la clôture des travaux, pour 
remercier les deux présidents : MM. le baron de Maere 
et Hans Hildebrand, qui ont dirigé avec c tant d'autorité 
et de compétence les débats. 

Cette proposition est unanimement acclamée. 

La séance est levée à 11 heures. 


Le Secretaire, 
FERNAND DONNET. 


 Procès-verbaux de la 3" Section 


Séance du lundi 9 août, matin 


La séance est ouverte à g heures. 

Prennent place au bureau : M. C. Casati de Casatis, 
délégué du Ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts, de France, président; MM. les comtes de 
Marsy et Fr. van der Straeten-Ponthoz, général Wau- 
wermans, H. Hymans et Rob. Guerlin, vice-présidents 
et membres du bureau; MM. Saintenoy et de Ghellinck 
d'Elseghem, rapporteur et secrétaire. 


La première question à l'ordre du jour est celle qui 


— 314 — 


concerne la publication par fiches des inventaires archéolo- 


giques. 


M. Paur BErcMaANs développe la question proposée 
par lui. Bien souvent, déjà, on a réclamé la publication 
d'inventaires des œuvres d'art contenues dans les collec- 
tions publiques et particulières. L'utilité de ces inven- 
taires n'échappe à personne; mais tout le monde aussi se 
rend compte des difficultés nombreuses inhérentes à la 
rédaction et à la publication d'un catalogue général et 
détaillé de toutes les richesses que le passé nous a léguées 
dans les différentes branches de l'art : 

1° Difficultés de rédaction. Personne ne possède des 
connaissances encyclopédiques assez vastes pour assumer 
la responsabilité d'un pareil travail. Il faut donc évidem- 
ment recourir à la coopération des spécialistes, et c'est 
ici qu'apparaît nettement l'utilité des sociétés d’archéo- 
logie. 

2° Difficultés de la publication. Cet obstacle est peut- 
être plus important encore. 

À raison de l'étendue du sujet, des mois, des années 
s'écouleront avant que toutes les notices soient rédigées 
et classées dans un ordre méthodique. Un tel inventaire 
exige, en effet, que toutes ses parties soient non scule- 
ment à pied d'œuvre, mais complètement achevées, 
avant d'être livrées à l'imprimeur. Au bout de peu de 
temps, l’activité des collaborateurs se ralentit, les notices 
dorment dans un carton, sans utilité pour personne. 
Pour y remédier, je propose de publier les catalogues 
sous forme de fiches libres, indépendantes. Chaque fiche 
est consacrée à un objet, dont elle donne un croquis 
accompagné d’un texte rédigé par un homme compétent 
en la matière spéciale dont il s'agit; les fiches sont 
signées et datées, ce qui leur confère une valeur propre 
et déterminée. La fiche dont lutilité n'est contestée 
par aucun travailleur, a des avantages immenses. Grâce 





— 315 — 


à elle, on peut commencer de suite à imprimer. Le 
classement se fait au.gré de chacun, et non plus suivant 
un plan uniforme, qui peut être excellent, mais qui ne 
répondsigmais aux exigences de tous les spécialistes. Si 
de nouilles découvertes viennent infirmer les assertions 
d'undfiescription, inutile de le mentionner dans des 
errg que personne ne lit. On réimprime la fiche et on 
srime l’ancienne. Le texte doit être concis et clair, et 
quer avec soin la bibliographie du sujet. 

. Bergmans montre comme spécimen les deux pre- 
ières livraisons de l'Inventaire archéologique, publié sur 
le plan proposé par M. A. Heins et lui, à la Société 
d'histoire et d'archéologie de Gand. 

Cette même question avait été soulevée au Congrès de 
Gand de 1896, où M. Victor Van der Haeghen appela 
l'attention sur la rédaction d'une statistique générale des 
monuments belges et des maisons intéressantes. Comme 
uite à cette proposition, M. Hermann Van Duyse signa- 
l'utilité de faire le relevé complet des richesses du pays 
| sculptures, orfèvreries, etc.,se trouvant dans les églises 
Miles collections publiques et privées. Le 8 décembre 
6, MM. Bergmans et Heins proposèrent à la Société 
rchéologie de Gand, la publication, sous forme de 
es, de tous les monuments, œuvres d'art et documents 
Antois, depuis les origines jusqu’en 1830. De la fusion 
le ces divers projets est issu l'/nventarre archéologique, 
dont la publication fut décidée par le comité directeur 
de la Société d'histoire et d'archéologie de Gand, le 
| 6 janvier 1897, sur les modèles communiqués par MM. 
| Bergmans et Heins. 

En terminant, M. Bergmans exprime le vœu que d'au- 

tres sociétés archéologiques entreprennent la publication 

d'inventaires locaux, en se servant également du procédé 
d'impression par fiches. 

























M. le comte de Marsy, approuvant en principe le 


— 314 — 


concerne la publication par fiches des inventaires archéolo- 


giques. 


M. Paur BERGMANS développe la question proposée 
par lui. Bien souvent, déjà, on a réclamé la publication 
d'inventaires des œuvres d'art contenues dans les collec- 
tions publiques et particulières. L'utilité de ces inven- 
taires n'échappe à personne; mais tout le monde aussi se 
rend compte des diffirultés nombreuses inhérentes à la 
rédaction et à la publication d’un catalogue général et 
détaillé de toutes les richesses que le passé nous a léguées 
dans les différentes branches de l'art : 

1° Difficultés de rédaction. Personne ne possède des 
connaissances encyclopédiques assez vastes pour assumer 
la responsabilité d'un pareil travail. Il faut donc évidem- 
ment recourir à la coopération des spécialistes, et c'est 
ici qu'apparaît nettement l'utilité des sociétés d'archéo- 
logie. | 

2° Difhcultés de la publication. Cet obstacle est peut- 
être plus important encore. 

À raison de l'étendue du sujet, des mois, des années 
s'écouleront avant que toutes les notices soient rédigées 
et classées dans un ordre méthodique. Un tel inventaire 
exige, en effet, que toutes ses parties soient non seule- 
ment à pied d'œuvre, mais complètement achevées, 
avant d'être livrées à l’imprimeur. Au bout de peu de 
temps, l’activité des collaborateurs se ralentit, les notices 
dorment dans un carton, sans utilité pour personne. 
Pour y remédier, je propose de publier les catalogues 
sous forme de fiches libres, indépendantes. Chaque fiche 
est consacrée à un objet, dont elle donne un croquis 
accompagné d’un texte rédigé par un homme compétent 
en la matière spéciale dont il s'agit; les fiches sont 
signées et datées, ce qui leur confère une valeur propre 
et déterminée. La fiche dont l'utilité n'est contestée 
par aucun travailleur, a des avantages immenses. Grâce 





— ZIS — 


à elle, on peut commencer de suïte à imprimer. Le 
classement se fait au gré de chacun, et non plus suivant 
un plan uniforme, qui peut être excellent, mais qui ne 
répond jamais aux exigences de tous les spécialistes. Si 
de nouvelles découvertes viennent infirmer les assertions 
d’une description, inutile de le mentionner dans des 
errata que personne ne lit. On réimprime la fiche et on 
supprime l’ancienne. Le texte doit être concis et clair, et 
indiquer avec soin la bibliographie du sujet. 

M. Bergmans montre comme spécimen les deux pre- 
mières livraisons de l’Znventaire archéologique, publié sur 
le plan proposé par M. A. Heins et lui, à la Société 
d'histoire et d'archéologie de Gand. 

Cette même question avait été soulevée au Congrès de 
Gand de 1896, où M. Victor Van der Haeghen appela 
l'attention sur la rédaction d'une statistique générale des 
monuments belges et des maisons intéressantes. Comme 
suite à cette proposition, M. Hermann Van Duyse signa- 
la l'utilité de faire le relevé complet des richesses du pays 
en sculptures, orfèvreries, etc.,se trouvant dans les églises 
et les collections publiques et privées. Le 8 décembre 
1896, MM. Bergmans et Heins proposèrent à la Société 
d'archéologie de Gand, la publication, sous forme de 
fiches, de tous les monuments, œuvres d'art et documents 
gantois, depuis les origines jusqu’en 1830. De la fusion 
de ces divers projets est issu \'Znventarre archéologique, 
dont la publication fut décidée par le comité directeur 
de la Société d'histoire et d'archéologie de Gand, le 
6 janvier 1897, sur les modèles communiqués par MM. 
Bergmans et Heins. | 

En terminant, M. Bergmans exprime le vœu que d’au- 
tres sociétés archéologiques entreprennent la publication 
d'inventaires locaux, en se servant également du procédé 
d'impression par fiches. 


M. le comte de Marsy, approuvant en principe le 


— 316 — 


projet conçu par le Cercle archéologique de Gand, se 
demande si le plan n'est pas trop vaste, et s’il y avait lieu 
d'y comprendre, comme on l'a fait, les manuscrits et les 
chartes. Le motif qui le porte à écarter ces documents, 
est la crainte de donner trop d'extension au travail. Les 
monuments et les œuvres d'art forment un ensemble déjà 
très suffisant. 


M. HyMans ne croit pas qu'il faille trop restreindre, et 
cite à cet effet le « Cicerone » de Burckardt, fait sur le 
plan de la « Kunst-Topographie » de Lotz. 


M. DESTRÉE voudrait, pour le travail de la Société de 
Gand, des bibliographies plus complètes, et trouve que 
l'on ne peut dédaigner les recherches de contemporains 
ou de devanciers, qui souvent nous ont mis sur la bonne 
voie, 


M. NÈve insiste sur la nécessité de procéder à l'inven- 
taire par fiches, d'après un plan méthodique et raisonné. 
Pour atteindre ce résultat, il conviendrait de bien défi- 
nir, avant de commencer ce vaste travail, les mentions à 
faire figurer sur chaque fiche, et d'arrêter pour chaque 
catégorie de monuments ou d'objets d'art, des types de 
descriptions auxquels les divers collaborateurs de l'inven- 
taire devraient, autant que possible, se conformer. 


M. DEsTRÉE propose le numérotage des fiches. Il 
serait très utile de reporter les fiches d'après des catégo- 
ries indiquées par des chiffres romains. Par exemple : 
I. pour l'architecture, II. pour la sculpture. Ce système 
faciliterait la consultation de l'inventaire et les renvois 
bibliographiques. 


M. Hymaxs trouve du danger à adopter ce système. 
On enlèverait au travail ce qu'il y a de vivant, d'inté- 
ressant. 





dn 


en en 2 


— 317 — 


La section approuve l'essai tenté à Gand et exprime 
le vœu de voir d'autres sociétés savantes suivre le bon 
exemple donné par la Société d'histoire et d'archéologie 
de Gand. | 


M. LE PRÉSIDENT déclare la discussion close, remercie 
les divers orateurs qui ont pris part aux débats, et 
demande de passer à la seconde question. 


11" OursTIoN. — À quelle époque la flèche à renflements 
apparaît-elle dans les monuments de l'architecture des Pays- 
Bas ? 

Quel a été le rôle des architectes malinois dans sa propaga- 
tion ? 


M. SAINTENOY. — Mesdames et Messieurs, un des 
éléments les plus originaux, sinon des plus rationnels 
de l'architecture des Pays-Bas, est certes la flèche à 
renflements. 

Victor Hugo, dans le Rhin, dit, à propos de la flèche 
de Givet : « Le clocher du Grand Givet est d’une archi- 
» tecture plus compliquée et plus savante. Voici, évidem- 
» ment, comment l'inventeur l’a composé : le brave 
» architecte a pris un bonnet carré de prêtre ou d'avocat. 
» Sur ce bonnet carré il a échafaudé un saladier renversé; 
» sur le fond de ce saladier, devenu plate-forme, il a 
» posé un sucrier, sur le sucrier une bouteille, sur la 
» bouteille un soleil emmanché dans le goulot par le 
» rayon inférieur vertical, et, enfin, sur le soleil, un coq 
» embroché dans le rayon vertical supérieur... 

» Cet artiste devait être flamand ». 

Je ne saurais le dire, mais en tout cas il me semble 
que les Pays-Bas flamands ont été le centre, ou sinon, un 
des centres de propagation de ce singulier élément archi- 
tectural qui s'est répandu dans le Nord de la France et 
dans les contrées germaniques. La flèche à renflements 


— 318 — 


s'y observe, en effet, à Bruxelles, au palais de Nassau, 
dans les constructions élevées jusqu'en 1524, à l'hôtel de 
ville d'Audenarde (1525-1529), à l'hôtel de ville de Mid- 


delbourg (1507-1513), etc., ce qui nous permet d’assigner 


l'époque de 1510 à 1525 comme ayant vu naître la flèche 
à renflements. 

A côté de ces monuments à dates certaines et à auteur 
connus, viennent se grouper d’autres qui s'en rapprochent 
tellement, qu'on peut les attribuer à la même période 
d'années. 

Ce sont tout d’abord : 

1° Le document graphique qui fait partie de mes collec- 
tions, et qui a été dessiné pour servir de « patron » à un 
clocher, peut-être par un des Keldermans, et, semble-t-il, 
pour l'église d'Anderlecht, si l'on en croit certains indices 
assez plausibles. 

Ce dessin présente une flèche à renflements, très 
caractérisée, et ornée de crochets à ses nervures d’an- 
gles; 

2° La terminaison de flèches à renflements et crochets 
gothiques du musée de Lille; 

3° La flèche gothique de Zalt-Bommel, qui date des 
débuts du XVI” siècle; 

4° La flèche gothique de l'hôtel de ville de Rampen, 
qui présente la même particularité; 

5° Enfin, dans le rétable de Lombeek-Notre-Dame, la 
flèche à renflements d'un des bas-reliefs. 

Il résulte de ces documents, que la flèche à renfle- 
ments date bien des dernières années de la période 
gothique, mais aussi qu'elle précède immédiatement 
l'apparition de la Renaissance, qui se montre dès 1517, 
dans ce palais de Marguerite d'Autriche, à Malines. 

Voilà donc un premier point établi. 

Si maintenant on examine quels sont les auteurs des 
édifices ci-dessus mentionnés, on trouve comme ayant 
travaillé : 


= EE en à os me Sn 


Er" D QUE | 


— 319 — 


1° Au palais de Nassau, Henri Van Pède, Louis Van 
Boghem et Laurent Keldermans: 

2° À l'hôtel de ville d'Audenaerde, Henri Van Pède; 

3° A l’hôtel de ville de Middelbourg, Antoine, Rom- 
baut et Josse Keldermans. 

Ce qui prouve que les Keldermans et Henri Van Pède 
en ont été les propagateurs, sinon les plus grands, ce qui 
peut s'augurer. 

J'ajoute que le dessin de ma collection peut être attri- 
bué à l’un des Keldermans, quant à son style, et que, s’il 
a été fait pour l'église St-Guidon, d'Anderiecht, le fait 
devient certain, car on trouve parmi les maîtres des 
œuvres, qui y ont travaillé, Matthieu Keldermans, qui se 
chargea, en 1517, de la continuation des travaux. 

Dans un mémoire dont les présentes communications 
ne sont que le résumé, j'examine à loisir en différents 
exemples gothiques, des flèches à renflements. Il me 
paraît inutile d'insister davantage sur ces conclusions 
que je soumets à votre discussion, ne désirant pas con- 
clure ex professo, mais bien aider la vérité historique à se 
faire jour. 


M. Destrée. — Je veux présenter quelques observa- 
tions et dire que je mets, à ce point de vue, les con- 
structeurs de rétables sur le même pied que les archi- 
tectes. 

Les tours bulbeuses sont antérieures au XVI”: siècle. 
On peut en trouver des prototypes dans des rétables, 
lesquels doivent être considérés comme des œuvres 
architecturales. Ceux qui les concevaient étaient des 
hommes à même de construire un édifice religieux et 
civil. Je me réserve de soumettre les documents; pour le 
moment, je me bornerai à signaler les bulbes du rétable 
bruxellois, seconde moitié du XV"* siècle, ayant appar- 
tenu à M. de Villa; les éléments similaires du rétable 
bruxellois de St-Léonard à Léau, de la même époque; 


— 320 — 


enfin, le dais bulbeux surmontant une statuette de S. 
Pierre, à Louvain, appartenant à l’art brabançon. 


M. SainTENOY répond que cela prouve une fois de 
plus que l'architecture de la Renaissance a été d'abord 
peinte et sculptée dans les Pays-Bas, avant d'être con- 
struite, mais demande un exemple de tourelles bul- 
beuses bâties en plein air, avant lan 1500. Là est la 
question. 


M. le comte pe Marsy dit que l’on trouve un très grand 
nombre de spécimens de ces flèches bulbeuses en Suède. 
Il regrette que M. Hildebrand soit retenu à la seconde 
Section, car il aurait pu fournir des renseignements pré- 
cieux à ce sujet. L'orateur croit paradoxal de dire que 
la Renaissance a été peinte et sculptée avant d’être con- 
struite. 


M. HuserT appuie les conclusions de M. Saintenoy 
et constate aussi que la Renaissance a été introduite en 
Belgique par les peintres, ce qui n’est plus discuté dans 
notre pays. 


M. Hyÿmaxs dit que la gravure a précédé la peinture 
dans la plupart des cas, au point de vue des éléments 
décoratifs de la Renaissance. Il en cite des exemples et 
reconnait s'être lui-même trompé à ce sujet, comme on 
le lui a démontré depuis lors, avec pièces à l'appui. 


M. Hugerr cite à ce propos, l'exemple donné par les 
‘peintres verriers dans maintes de leurs œuvres. 


M. le président Casari déclare la discussion close, son 
opinion est que les peintres doivent en cette question 
avoir la priorité sur les graveurs. 


On passe ensuite à la discussion de la III" Question. 


croque — 





— 321 — 


M. KEMPErEER trouve que la III" et la IV®* Ques- 
tion se confondent, et propose de discuter d’abord la 
IV" Question. 


III" QuEsTION. — Pourrait-on achever la tour de Saint- 
Rombaut, à Malines, d'après le plan publié en 1844, par 
Renier Chalon ? 

IV QversTIoN. — Comparer le plan, publié en 1844, par 
Renier Chalon, comme plan original de la tour de Sainte- 
Waudru, à Mons, avec la gravure de: la tour de Saint-Rom- 
baut, à Malines, faite par Wenceslas Hollar, en 1649, et 
reproduite dans l'ouvrage BRABANTIA. 


M. HuBErT. — Le 6 août 1839, M. R. Chalon annon- 
çait, dans la Revue de Bruxelles, qu’il possédait le plan 
original de la tour de Sainte-Waudru. 

En 1844, M. Chalon fit paraître ce plan. 

La publication ne fit pas grande sensation, peut-être 
parce qu'elle était annoncée depuis cinq ans. Elle ne fut 
pas discutée. | 

Longtemps après, M. Van Ysendyck, dans son ouvrage : 
Documents classés de l'art dans les Pays-Bas, produisit une 
réduction de ce plan. Il reproduisit aussi la gravure de 
la tour de Saint-Rombaut, faite en 1644, par Hollar 
(voir au mot : Tour). 

Je mets ces deux dessins sous vos yeux. 

La question est de savoir s'ils représentent deux clo- 
chers distincts ou deux variantes d'un même projet? 

Ma réponse est celle-ci : 

Bien qu'ils soient à des échelles distinctes et pris de 
points de vue différents, et que tous les détails n'en 
soient pas identiques, vous ne tarderez pas à reconnaître 
qu'ils ne représentent pas deux clochers distincts, mais 
deux variantes d'un seul et même projet. 

I] ne vous sera pas moins facile de trouver à laquelle 
des deux tours les dessins ressemblent ; car celles-ci dif- 


21 


— 322 — 


fèrent entre elles, autant que peuvent différer des con- 
structions similaires de même style et de même époque. 

Quand vous les comparez à la tour de Malines, vous 
voyez une ressemblance très grande : à chaque étage, 
deux fenêtres très hautes, partout une décoration riche, 
abondante, mouvementée. 

Quand, au contraire, vous les rapprochez à la tour de 
Mons, vous ne rencontrez que des dissemblances : la 
tour de Mons n’a qu'une seule fenêtre, nullement élan- 
cée, et ne ressemblant en rien à celles de la cathédrale de 
Malines; mais ayant, au contraire, la forme et les dimen- 
sions des fenêtres de la nef et des faces latérales du 
transept de l’église de Mons; d'un autre côté, la décora- 
tion de la tour de Mons est partout relativement simple 
et sans surcharge de détails. Le résultat de l'examen ne 
saurait laisser de doute : la tour de Mons ne ressemble 
pas au dessin publié par Chalon. Si l'architecte de la 
tour de Malines, Keldermans, avait conçu le plan de la 
“tour de Mons, on y retrouverait sa manière, qui est 
reconnaissable, comme on la retrouve dans les œuvres 
qui ont illustré son nom, dans les hôtels de ville de 
Gand, de Middelbourg, de Zierikzee, et dans le Palais 
du Grand Conseil de Malines, œuvres dont l’exubérance 
contraste avec la simplicité de la tour de la collégiale de 
Mons. 


M. VAN BoxMEER reprend l'exposé des mêmes faits, 
en les appuyant de citations des archives de Mons, dé- 
couvertes jadis par M. Léopold de Villers. Il conclut 
que le plan est parti de Malines pour Mons, et que plu- 
sieurs siècles après, une erreur d'archéologie l'a affublé 
d'un nom erroné. 


M. KrMPENEcR. — Messieurs, je demande à l'assem- 
blée de pouvoir l'entretenir sur un objet d'intérêt essen- 
tiellement local. La question est celle-ci : 








— 323 — 


Si jamais on achève la tour de St-Rombaut, quel est 
celui des deux plans qu'on adopterait ? 

Examinons le plan de Hollar. Il date de 1649 et est 
intitulé : 

« EKTUPON TURRIS ELEGANTISSIMÆ s. RVMOLDI 
MECHLINLÆ, si ut exhibetur hoc in typo, tandem 
aliquando perficiatur. » 

« Den Torre van S. Rombaut tot MECHELEN soo den 
selven met der tyt naer syne eerste voorghenomen Modelle vol- 
maeckt moet worden. » 

Cet intitulé semble indiquer que c'est le plan origi- 
nal; il est évident que Hollar n'était pas au courant des 
modifications de style qu’a subies la tour. Ceux qui sont 
un peu au courant de l'archéologie malinoise, sauront 
bien qu'entre 1452, date du commencement de la tour, 
et 1530, date de la mort de Rombaut Keldermans, il y a 
eu des transformations du plan primitif qui n'a pas été 
suivi complètement, quant aux détails. 

Où, maintenant, Hollar a-t-il trouvé le plan qu'il a 
gravé ? 

Ce n'est pas une vue d'après nature, La vue de la 
cathédrale d'Anvers, qu'il a gravée en 1640, est une vue 
pittoresque, tandis que le plan gravé de la tour de Saint- 
Rombaut l’est évidemment d'après un dessin d'architecte. 

Dans la gravure Hollar, la flèche et la balustrade d’où 
elle surgit, font corps, et sont séparées de la partie car- 
rée de la tour. N'en faut-il pas conclure que c'est un seul 
et même architecte qui a donné le dessin de la flèche et 
de cette balustrade? Or, la balustrade du plan Chalon 
est bien différente de celle qui existe, tandis que la res- 
semblance est frappante pour le plan Hollar. La flèche 
du plan Chalon se superpose beaucoup plus difficilement 
à la partie achevée de la tour. 

Je conclus que le plan de Hollar est le plan de la 
flèche, telle qu'on se proposait de lexécuter au XVI" 
siècle. 


— 324 — 


Le plan de la flèche, faisant corps avec la balustrade, 
est le plan d'après lequel la tour devrait être achevée. 
Ici à Malines, on n'a pas le plan original qui a servi à 
Hollar, et dont l’exhibition trancherait la question. 


M. HERMANS. — Dans les archives, on parle d'un plan 
original disparu en 1572. Ce plan, retrouvé en 1574, doit, 
d’après nous, avoir été le plan original de Rombaut Kel- 
dermans, tel qu'il est désigné dans le compte communal 
de 1516-1517. C'est le plus ancien plan connu de la tour; 
il doit remonter de 1517 à 1521. L'ancien plan acheté 
pour le compte de la ville, 2 ou 3 ans après le sac de 
celle-ci, a servi de modèle à celui commandé par le 
magistrat, en 1643, pour être offert à Son Excellence 
Cantelmo. C'est ce plan qui a été reproduit par Hollar. 


M. KEMPENEER. — Hollar a pu se procurer ce plan à 
Anvers, quand il était là. Ce plan reposait peut-être chez 
la famille de Keldermans. 

Je conclus en disant que ce n'est pas d’après le plan 
de Mons, mais d'après celui qui a servi à la gravure de 
Hollar qu'on aurait construit la partie non achevée de la 
tour de Malines. 


M. Van BoxMEER. — Il me semble que si la proposi- 
tion de M. Hubert est acceptée, nous tombons d'accord 
avec M. Kempeneer. Le plan de Hollar est une corrup- 
tion du plan primitif, Faites la comparaison et vous 
verrez que les motifs se rencontrent partout. Le plan a 
été dessiné comme on dessinait au XVI"* siècle. 

Voici le document de Mons, il est sur parchemin e* 
représente la façon de dessiner de Keldermans: il est di 
même composition et répète tous les fragments. 

Je conclus en disant que le plan Chalon n'est pas lori 
ginal de Keldermans: c'est bien le style de Keldermans, 
mais tout au moins la copie. 








— 325 — 


M. SAINTENOY n’admet pas la ressemblance si absolue 
des documents Hollar et Chalon, et croit que si on ter- 
minait la tour de Saint-Rombaut, on ne devrait pas 
nécessairement suivre le plan Chalon. Il est d'avis que 
le plan de Hollar est d’un style architectural d'environ 
vingt ans postérieur. Architecturalement parlant, le plan 
Chalon est le plus ancien. Il n'y a pas de trilobe, mais 
une ogive; il n'y a pas d’arc-boutant dans le plan de 
Mons. | 

Il croit qu'il vaut mieux s'en tenir au document cer- 
tain donné par Hollar, que de suivre, malgré tout son 
mérite, le plan Chalon, d'une date antérieure et d'un 
style différent quant à la flèche. 


M. le Chanoine vaN CASTER, président du Congrès, ne 
partage pas l'opinion de M, Saintenoy, quand il pense 
que l’on ne devrait pas suivre nécessairement le plan 
Chalon. Il voudrait, au contraire, le voir suivi, même 
dans ses détails, comme étant de loin le plus authen- 
tique. Le plan Chalon a, notammert dans sa flèche, des 
détails architecturaux de la fin du XV" siècle; ce qui 
permet de le regarder comme antérieur de plus d'un 
siècle à celui de Hollar. 

Il donne tout à fait raison à M. Saintenoy, quand 
celui-ci n'admet pas la ressemblance si absolue des plans 
en question. Il lui est avis que le plan Hollar, comme 
toutes les gravures de monuments exécutées après le 
XVI siècle, est tout à fait défectucux dans les détails 
de l’ornementation architecturale ; il le croit même inexé- 
cutable en ce qui regarde les parties supérieures de la 
flèche. Le plan Chalon est infiniment plus clair pour 
ces mêmes parties, et trahit la main d’un architecte con- 
structeur bien entendu. | 

Il est convaincu qu’une étude comparative de tous les 
détails de la partie existante de la tour de St-Rombaut, 
mise en regard avec les détails correspondants du plan 


— 326 — 


Chalon, devrait servir de base à toute appréciation. La 
concordance qui existe entre ces détails permettant de 
supposer qu'il en serait de même pour la flèche, si elle 
avait été exécutée, 1l croit donc devoir donner la préfé- 
rence au plan Chalon. 

La séance est levée à 11 heures. 


Séance du lundi g août, après-midi 


La séance est reprise à 2 heures (14 heures). 


M. VAN BoxMEER expose ses idées sur la restauration 
de la tour de St-Rombaut. 

Il établit qu’il y a moyen de terminer la tour, que les 
parties déjà construites peuvent supporter la surcharge 
à leur donner, pour monter l'édifice à une hauteur de 
160 mètres. 


M. KEMPENEER constate que le projet soumis par 
M. Van Boxmeer peut s'appliquer aussi bien au plan de 
Hollar qu'à celui de Chalon. Il insiste encore sur l'exacti- 
tude du dessin de la tour, gravé en 1649, par W. Hollar, 
et propose d'émettre le vœu de voir faire des études 
nouvelles sur cette question, qui doit être résolue avec 
prudence, et non pas après quelques trop courtes discus- 
sions. L'avenir dira ce qu'il faut faire. Il voudrait voir 
une commission d'étude se former, pour étudier les plans 
convenant le mieux à l'achèvement de la tour de Saint- 
Rombaut, et réunir tous les documents qui s’y rapportent. 


M. re PRÉSIDENT résume l'opinion de la Section, qui 
est d'avis : 1° que le plan publié par Chalon est bien une 
variante du « patron » de St-Rombaut de Malines et non 
le « patron » de la tour de Ste-Waudru à Mons; 2° qu'il 
faut attendre des études très complètes de la tour de 
St-Rombaut avant de rien décider au sujet de son com- 
plément par la flèche, dont l'exécution est fort désirable. 


CE dE D 


n “s 


— 327 — 


On aborde ensuite la discussion de la V”° Question : 
Quelles considérations devraient présider à la restauration 
des Halles et du Palais du Grand Conseil à Malines ? 


M. VAN BoxMEER, architecte de la ville de Malines, 
soumet à la section, un projet qu'il a dressé pour la res- 
tauration et l'achèvement des Halles et du Grand Con- 
seil. Dans la restauration de ces antiques monuments, il 
est de nécessité primordiale de conserver l'intégrité de 
la conception première de chacun d'eux. On ne pourrait 
faire disparaître l’un pour compléter l’autre, ni faire subir 
à l’un ou à l’autre une transformation, afin d'obtenir une 
note harmonique quelconque, étrangère à cet accouple- 
ment essentiellement hétérogène. Plusieurs projets mis 
en avant jadis, péchaicnt par là. 

Une seconde considération, d'un ordre non seulement 
archéologique mais encore économique, doit nous guider 
dans la restauration. Il faut que le monument reçoive 
une destination, et celle-ci doit bien s'accommoder de l'or- 
donnance des bâtiments; les façades restaurées doivent 
servir de physionomie à des salles dont ils reflètent plus 
ou moins l'usage. C'est ainsi que derrière les lourds bar- 
reaux de fenêtres opaques, on ne pourrait trouver, par 
des stratagèmes quelconques, des appartements inondés 
d’un soleil détourné. Il ne s'agit évidemment pas de res- 
susciter le Grand Conseil et ses membres éminents, ni 
nos vieux marchands de drap, mais le même esprit de 
gravité ou de suprématie, de négoce ou de civisme 
devrait respectivement occuper ces lieux. 

Le monument restauré devrait avoir une enseigne 
vraie, sinon, contentons-nous de le préserver des outrages 
du temps. Ces murs rongés dans leur saveur antique, au 
moins ne mentiront pas : ils diront loyalement à la pos- 
térité, dans quel but et par quels génies ils virent le jour. 


M. KEMPENEER appuye M. Van Boxmeer et trouve 


— 328 — 


que son plan est le seul rationnel pour une restauration 
. éventuelle des Halles et du Palais du Grand Conseil. 


M. NÈève. — M. Van Boxmeer a formulé, en matière 
de restauration, des principes auxquels tout le monde 
applaudira; il estime avec tous les artistes que le travail 
des restaurateurs doit respecter ce qui existe, et qu'il ne 
faut pas trop sacrifier à ce que l'on appelle l'unité de style 
et le plan primitif. Je regrette de constater que le projet 
de restauration des Halles, dessiné par M. Van Box- 
meer, ne semble pas concu d'après ces règles si sages. Je 
constate, en effet, non sans surprise, que le projet en 
question supprime le pignon de l'aile gauche, pignon 
élevé postérieurement au corps principal du bâtiment, 
et dans un style différent, il est vrai, mais dont la sil- 
houette ne manque pas de charme. Ce pignon date du 
XVII" siècle, il a droit au respect de l'archéologue. Pour 
ma part, je regretterais de le voir démolir, pour faire 
place à une reconstitution plus ou moins conjecturale, et 
je suis convaincu que mon regret serait partagé par beau- 
coup d'artistes. Nous ne devons pas oublier que le sort 
subi par le bâtiment des Halles de Malines est commun 
à presque tous les anciens monuments de notre pays. Il 
en est peu, parmi les témoins de notre architecture du 
moyen âge, qui soient arrivés jusqu'à nous dans l'inté- 
grité de leur plan primitif, et qui n’aient pas, au con- 
traire, subi, au cours des siècles, de profondes altérations. 
Ces altérations qui font revivre à nos yeux l’histoire de 
l'art, font partie aujourd’hui de la physionomie de nos 
vieux monuments. Je souhaiterais de voir les projets qui 
seront arrêtés pour la restauration des Halles, s'inspirer 
de sentiments plus conservateurs. 


M. SAINTENOY appuye cette manière de voir, et prend 
la parole comme délégué de la Société pour la protec- 
tion des mofiuments en Belgique. La restauration du 





— 329 — 


palais du Grand Conseil, sur le patron que l'on possède, 
peut se faire, si l’on agit avec talent et prudence; mais 
quant aux Halles, il n'y faut toucher que pour conserver 
ce qui existe, sans rien y changer, car si on enlève le 
pignon qui y existe, on enlève une page de l’histoire 
locale. 


M. VAN BoxMEER trouve que l'on attache beaucoup 
trop d'importance à ce pignon. 


M. le Chanoine van CAsTER, président du Congrès, 
fait remarquer que ce pignon ferme le comble de l'aile 
sud des Halles, et que l'enlèvement du pignon entraîne 
la réfection de toute la toiture. Il croit que l'on pourrait 
s'occuper du pignon plus tard; il déclare se rallier aux 
vœux de MM. Nève et Saintenoy. 


M. LE PRÉSIDENT déclare les débats clos, et met aux 
voix le vœu suivant : 

« La section émet le vœu de voir faire la restauration 
» du Palais du Grand Conseil, dont les plans existent, 
» et de laisser les Halles dans l'état actuel, en prenant 
» les mesures de préservation nécessaires ». 

Ce vœu est adopté. 


L'ordre du jour appelle ensuite la VI" Quesrion : 
Quel est l'auteur des fresques qu décorent une des salles de 
l'hôtel Busleyden, à Malines ? 


. M. H. Coninckx donne lecture de son travail sur 
attribution des peintures de l'hôtel de Busleyden. Ces 
fresques furent exécutées pour Jérôme de Busleyden, 
entre 1505 et 1517. Leur auteur est inconnu, mais cer- 
tains indices permettent de les attribuer à Mabuse. 
_ Mabuse fut le protégé de la maison de Bourgogne, ce 
qui lui permit de voir l'Italie. Le D' Gurlitt, en décri- 
vant les fresques de l’ancien cloître du Paulinum kloster, 


— 330 — 


à Leipzig, signale qu'une partie de celles-ci fut peinte 
par un certain Hans, alors au service du prince électeur 
Frédéric; ce prince voyagea dans les Pays-Bas, en com- 
pagnie de son peintre, et passa par Malines, où 1l laissa 
quelques tableaux de la main de Hans. Le D" Gurlitt pré- 
sume que ce peintre n'est autre que Jean de Mabuse. N'y 
a-t-1l pas une corrélation entre ce voyage et l'exécution 
des fresques en question? La famille de Busleyden, qui 
était puissante et fastueuse, peut très bien avoir chargé 
Jean de Mabuse de décorer son hôtel. 

Ces fresques sont malheureusement dans un triste état, 
et M. Coninckx demande que la section émette le vœu 
de voir reproduire ces fresques et de voir prendre des mesures 
pour leur conservation, ce qui est approuvé. 


L'ordre du jour appelle ensuite la discussion de la 
VII”: Question : 

Que connaît-on de l'ancienne industrie Malinoise st renom- 
mée, de la fonderie des cloches, clochettes, carillons, sonnettes, 
mortiers et pièces d'artillerie ? 


Le comte pr Marsy fait l'historique de cette industrie 
à Malines. Il rappelle les œuvres des van den Gheyn, 
connus depuis 1509 et 1510, à Malines, et d'autres fon- 
deurs de cette ville. En fait de sonnettes, nous en con- 
naissons deux fabriques : 1° celle des van den Gheyn; 
2° celle de Joannes a Fine (vanden Eynde). Les sonnettes 
provenant de ce dernier, sont bien plus estimées. On les 
a appelées « Sonnette de l’Angelus ». Un fait frappant, 
c'est la présence, sur des pièces de van den Gheyn et de 
a Fine, de défauts similaires, qui prouveraient que cer- 
tains moules ont été communs aux deux fabrications. On 
a attribué à des clochettes de van den Gheyn la date de 
1491. C'est une erreur, car il faut y voir un 5 mal fait. 

On trouve la scène de l'Annonciation non seulement 
sur les clochettes, mais même sur des mortiers, et 





RS 


- — 331 — 


l'orateur en conclut que les empreintes ne doivent pas 
être considérées comme symboliques, mais uniquement 
comme décoratives. 


M. le Chanoine van CASTER, président du Congrès, 
appuie par d’autres exemples cette observation. Il cite 
des clochettes qui portent des sujets profanes à côté de 
sujets religieux, au hazard du placement des moules. Il 
a trouvé de ces petites sonnettes ayant d’un côté le Christ 
en croix et de l’autre Orphée. Il en conclut qu'il ne faut 
ajouter aucune importance à ces décorations, qui étaient 
absolument fantaisistes. | 


Le comte pe Marsy croit que ces objets étaient sou- 
vent envoyés par mer, en cargaison, soit à Bayonne, 
soit à la Rochelle. On rencontre beaucoup de pièces dont 
les lettres chevauchent, sont très mal disposées. Ce sont 
des objets de commerce courant. 


M. le Chanoine van CAsTER, président du Congrès, 
appelle l'attention sur les manches de ces sonnettes, qui 
sont en général à deux ou trois personnages, et dont le 
sujet est difficile à préciser. 


Le Président remercie le comte de Marsy de son 
intéressante dissertation, et plus personne ne demandant 
la parole, la question est close. 


Le général WAUWERMANsS signale à la section, un tra- 
vail fait il y a quelques années, par le général Henrard, 
et qui sera nublié sous peu. 


M. GUERLIN montre à la section la photographie d'un 
tableau de Lucas Franchois, existant à Amiens, et ayant 
appartenu à la famille de Busscher, de Bruges. C'est le 
portrait du peintre Malinois et de sa famille. 


— 352 — 


- 


M. KEMPENEER dit qu'un tableau semblable a été 
publié il y a une vingtaine d'années, par le Magasin pit- 
toresque, et qu'il y a probablement identité entre ces 
œuvres. | 

La séance est levée à 4 heures (16 heures). : 


Séance du mardi 10 août, matin 


La séance est ouverte à 8 heures. 

Prennent place au bureau : MM. Casati de Casatis, 
président, le Chanoine van Caster, président du Congrès, 
le général Wauwermans, le comte de Marsy, Hymans et 
Guerlin, vice-présidents et membres du bureau, Paul 
Saintenoy et de Ghellinck, rapporteur et secrétaire. 

Ont signé la liste de présence : 

MM. H. Hymans, Casati, comte de Marsy, Robert 
Guerlin, Léopold Pluys, Joseph Nève, J. Willems, 
V. Hermans, J. Hubert, comte F. van der Straeten-Pon- 
thoz; G. Zech-Dubiez, colonel Bruylant, N. Mathias, 
V. Vermeylen, Pauline Ranschyn, Daimeries, L. Stroc- 
bant, Pierre Verhaegen, chev. de Wauters de Bouchout, 
E. Magnus, Paul Zech, M. Burls, Ch. Wauwermans, 
baronne van Zuylen, comtesse de Nahuys, A. Doutriaux, 
A. Richez, Félix-L. Despret, Léopold Delbeke, E. Van 
Loey, J. Wittmann, M" Daimeries, Ch. Leman. 

la parole est d'abord donnée à M. Hermans, archi- 
viste de la ville de Malines, qui n'a pu assister à la 
séance du lundi après-midi, pour une communication 
sur les fondeurs de cuivre de Malines. 


M. HErMaxs fait l'historique des fondeurs Malinois et 
communique à la section, la généalogie, dressée par lui, 
des van den Gheyn. Il a relevé 77 noms différents. Il 
cite les travaux de MM. Van Elewyck, Steurs et Neefs. 

Jean van den Gheyn, décédé en 1545, laissa plusieurs 
enfants, parmi lesquels Jean II, âgé de 16 ans à la mort 


CL 


gn 
. 


— 333 — 


de son père. Jean II, né en 1529, décédé le 22 juillet 
1573, laissa trois enfants, dont Jean III, né en 1553, 
décédé en 1590, qui épousa Cathérine Pelsters, dont un 
fils, Jean IV, décédé en 1618, marié deux fois, et laissant 
3 enfants du premier lit et 2 enfants du second ht. 

Jean I‘ avait eu deux frères : 1° Antoine van den 
Gheyn, et 2° Pierre van den Gheyn, qui décéda à 
Malines, paroisse Notre-Dame, le 14 mars 1561, époux 
d'Anne van Dievoet, dont vint une nombreuse postérité. 

M. Hermans donne ensuite quelques détails sur les 
« a Fine » (van den Eynde) et cite Guillaume et Jean 
van den Eynde, en 1545. 


L'ordre du jour appelle ensuite la discussion de la 
VIII" QuEsTioN : 
Mesures à conseiller pour la conservation des dentelles. 


Madame Darmeries donne d'abord un aperçu sur les 
dentelles de Malines et sur leur fabrication; puis énu- 
mère les mesures à prendre pour la conservation des 
anciennes dentelles, dont la valeur augmente en raison 
de leur état plus ou moins parfait. Il faut les tenir en 
lieu sec, en ôter tout apprêt, éviter le blanchissage, et, 
lorsqu'il devient indispensable, le faire à l’eau de pluie 
et au savon blanc, ne pas amidonner ni apprèter avec 
n'importe quel ingrédient, ne jamais repasser au fer, 
mais épingler ces dentelles sur un tambour, en relever 
et en glacer les fleurs au moyen de petits outils en os ou 
en ivoire. Il serait à désirer que dans les écoles et les 
communautés religieuses, on puisse donner un cours 
relatif à la connaissance et à l'entretien des dentelles. 
Dans les villes principales, il y a encore des ateliers, 
mais ce travail dégénère au contact de toutes les den- 
telles de pacotille dont on fait usage aujourd’hui. 

Madame Daimeries conseille d'utiliser les vieux débris 
de dentelles précieuses hors d'usage, pour en reconsti- 


— 334 — 


tuer des spécimens. Elle conseille aussi de marquer en 
coton rouge les numéros sur les dentelles, dans les inven- 
taires de trésors d'églises, de musées, etc., afin d'éviter 
les erreurs, renseigner au n° correspondant la prove- 
nance, la valeur, etc. 


M. ConINcxx signale à la section, les magnifiques 
dentelles de l’église du Béguinage à Malines, qui sont 
d'une conservation splendide. Dans la même église se 
trouvent des vêtements sacerdotaux, brodés, du XVI” siè- 
cle. À St-Pierre, se conserve une chasuble brodée et datée 
de 1483, d'une conservation parfaite, et non retouchéc. 


M. le colonel BRrRUYLANT. — Je crois devoir signaler 
qu’il existe à Malines une collection assez complète de 
spécimens de dentelles de cette localité. Cette collection 
est entre les mains de M. Ernest Vermeulen, qui serait, 
m'a-t-on dit, tout disposé à en faire hommage au musée 
de la ville. Il serait à désirer que le Président du Con- 
grès fit personnellement un démarche pour hâter l'exé- 


cution de l'intention généreuse de M. Vermeulen. 


Madame DAIMERIES, comme suite à la communication 
faite par M. le colonel Bruylant, annonce qu'elle aussi 
fera don au musée de Malines, de quelques beaux spé- 
cimens de dentelles de Malines, et qu'elle s'entendra avec 
M. Coninckx pour le classement (Des applaudissements 
accueillent ces offres si généreuses). 

M"* Daimeries propose de faire une fiche pour le man- 
teau de Vierge de l'église St-Nicolas à Bruxelles, pièce 
très rare, du XVII” siècle. 

Elle émet aussi le vœu de voir prendre des mesures 
pour la conservation des broderies et surtout pour en 
empêcher les désastreuses réparations. 


Après les remerciments adressés par M. le Président 





pgs ur = “1 - 


— 335 — 


à M°° Daimeries, on aborde la discussion de la IX"° 
Question : 

Quelles sont les règles à suivre dans la polychromie des 
églises, surtout au point de vue esthétique ? 


M. ZrcH-Dugiez. — Faut-il polychromer ou non 
les églises? Dès 1863, cette question a été agitée aux 
Chambres, par MM. Kervyn de Lettenhove, Jacque- 
myns, Rogier, Van den Peereboom et Hymans. Divers 
congrès de la Fédération archéologique et historique de 
Belgique s'en sont occupé et dès 1889, le congrès d'An- 
vers-Middelbourg adopta les deux vœux suivants : 

« 1° La polychromie est l’achèvement désirable des'édi- 
fices ; néanmoins, la sage application de la polychromie, 
aux monuments anciens qui ne conservent plus de traces 
suffisantes d’une polychromie antérieure, étant d’une très 
grande difficulté, il n’y a lieu de la décider qu'avec une 
très grande circonspection ; 

» 2° Le Congrès émet le vœu que le Gouvernement veille 
non seulement à la conservation des restes des peintures 
murales découvertes dans les anciennes églises, mais 
qu'il prenne la généreuse initiative de restaurer celles 
qui offrent pour l’art un véritable intérêt ». 

Cette même question de la polychromie a fait l'objet 
d'un remarquable rapport de M. Jules Helbig, à la Sec- 
tion d'art de l'assemblée générale des catholiques, tenue 
à Malines, le 8 septembre 1891. 

Les anciens polychromaient beaucoup. Les Grecs 
peignaient leurs statues. Les catacombes portent des 
traces de polychromie. Pendant la fin du XV”: siècle et 
au commencement du XVI"°, la peinture tomba en déca- 
dence sous ce rapport. La peinture a de plus en plus une 
tendance à se séparer de l'architecture. 

À notre époque, on a polychromé à outrance. Il ne 
veut citer aucun monument en particulier, pour ne pas 
éveiller les susceptibilités; mais il voudrait d’une façon 


— 336 — 


générale, que le Congrès étudie la question, s'il faut ou 
non polychromer les églises. Il estime aussi que le 
décrépissage doit être non blamé, mais encouragé. 

Il est d'avis d'admettre les règles si sages proposées 
par M. J. Nève, dans sa brochure intitulée : « Quelques 
remarques à propos de la restauration des monuments 
d'art ancien ». Savoir : que toute restauration de pein- 
ture primitive doit d'abord être précédée d'un levé exact 
et complet des parties anciennes, et ensuite de la produc- 
tion d’une esquisse détaillée de tout projet de restitution. 


M. Zecu-DuBiez propose, en terminant, d'admettre 
les conclusions suivantes : 

1° Dans les édifices où une coloration naturelle peut 
être tirée de l'effet produit par les matériaux eux-mêmes, 
par les pierres, les marbres, les briques, il est désirable 
qu'aucun autre travail de décoration picturale n'inter- 
vienne; 

2° Tout travail de peinture ou de décoration poly- 
chrome doit être en harmonie parfaite avec l'«euvre archi- 
tecturale, tant au point de vue du système de coloration 
que du style du monument. 


M. le Chanoine vaN CASTER, président du Congrès, 
croit que primitivement les églises n'étaient pas peintes 
dans leur ensemble, dans nos contrées du moins; mais 
les peintures figuraient çà et là des rideaux, des ex voto, 
des effigies de patrons des donateurs, des emblèmes de 
Gildes ou de Métiers, etc. Il établit que tel était certai- 
nement le cas pour les églises de Malines. A Saint-Rom- 
baut, le badigeon doit être enlevé. Il fait observer que le 
travail exécuté actuellement, est tout à fait préparatoire, 
et incidemment, demande à la section comment peuvent 
être restaurés les chapiteaux de la nef. Les crochets 
essayés à la première colonne, ne sont pas définitifs. Si 
on ne les trouve pas corrects, ils disparaîtront. Il est 





— 337 — 


d'avis qu’il faut étudier chaque monument dans sa loca- 
lité, où chaque artiste travaillait d’après ses idées, ache- 
vant, modelant selon son inspiration. Il s'en suit donc 
que les feuillages des colonnes devaient nécessairement 
varier. On trouve un exemple de cette variété systéma- 
tique aux colonnettes entourant les fenêtres, et des 
demi-colonnes du transept. Il en est de même des cha- 
piteaux du chœur. En 1771 et 1775, on a mutilé et 
badigeonné l’église; les chapiteaux ont été martelés. Il 
faut donc, par les restaurations actuellement en cours, 
réparer ces déplorables mutilations. 


M. CLOQUET. — Je ne veux pas laisser dire, sans affir- 
mer mon opinion contraire, que les églises gothiques, 
comme celle de Saint-Rombaut, n'étaient pas destinées 
dans la pensée de leur constructeur, à être couvertes 
d'une peinture polychrome suivant un plan d'ensemble. 
Tout le monde sait aujourd’hui que le décor polychrome 
des édifices a été une pratique universelle de tous les 
peuples, dans tous les temps et sous tous les styles, sauf 
chez nous aux deux derniers siècles. Il est également 
notoire que nos ancêtres étaient des polychromistes de 
premier ordre. Comment peut-on admettre qu'ils aient 
renoncé volontairement à peindre la cathédrale de Ma- 
lines? D'ailleurs, les exemples abondent de peintures 
murales dans les églises du pays. De même que le gros 
œuvre des églises qui nous occupent s'est élevé progres- 
sivement, comme on le sait, en commençant par le chœur, 
et s’est poursuivi lentement à mesure que la ferveur des 
fidèles procurait les ressources nécessaires, de même la 
décoration picturale, qui était ajoutée ensuite, tardait 
longtemps et parfois n’a pu être entreprise par suite de 
l'épuisement des ressources. Aussi, dans les peintures 
isolées, locales, votives, que M. le Chanoine van Caster 
nous a signalées, il faut voir une satisfaction provisoire 
donnée aux vœux des fidèles, impatients de voir décorer 


22 


D. JN 


— 338 — 


l'église, mais non pas un parti définitif devant exclure 
une peinture d'ensemble. 

En ce qui concerne les sculptures de chapiteaux de la 
grande nef de la cathédrale, je ne suis pas d'avis que les 
fleurages doivent être variés, ceux du moins des piles 
monocylindriques en pierre de Tournai. Ici nous sommes 
en présence du type si connu de chapiteaux à crochets 
que tapissent, en règle générale, d'une manière uniforme, 
les corbeilles des’ différents chapiteaux. Ces chapiteaux 
seront venus de Tournai, tout travaillés, ou les ouvriers 
seront venus avec la pierre. Les crochets à restaurer 
doivent être imités d'après les nombreux exenjples qu'on 
rencontre dans d’autres églises des Flandres. Il va sans 
dire d'ailleurs qu'ils doivent être refaits en pierre, non 
en ciment, indépendamment des bonnes raisons indi- 
quées par M. le Chanoine van Caster; il est clair que faits 
en une autre matière, ils n'auraient pas, quant à la forme 
plastique, le cachèt qui leur convient. D'autres parties 
du XIII” siècle, exécutées en pierre blanche, ont une 
décoration plus riche et plus variée, due à une autre 
main. Il ne faut voir, M. le Chanoine van Caster nous 
l'a dit, dans le spécimen qui nous a été montré, qu'un 
simple essai. J'ignore quels artistes ont été employés 
pour le réaliser, mais il est certain qu'on ne‘peut faire 
choix d’un artiste trop habile pour la tâche délicate de 
créer le modèle de ces crochets. Ceux qu'on a posés con- 
viennent dans leur forme générale, mais laissent à dési- 
rer comme caractère; de plus, il semble qu'il manque 
au-dessous de l’abaque, qui est fort maigre, une moulure 
correspondant au bord du vase ou calathos. 


M: le président Casar: cite, à l'appui de ce que M. 
Cloquet avance sur la polychromie totale, certaines 
églises en Italie, qui étaient entièrement polychromées. 
Il cite à Milan : San Mauritio, les fresques de Luino, et 
une église de Padoue. 


— 339 — 


M. le Chanoine van CASTER insiste sur le point qu'il 
faut absolument avoir la diversité des crochets, et aussi 
sur la polychromie partielle et non totale des églises. 


M. CLoquer dit que le crochet peut être étudié sur les 
anciennes églises du Tournaisis, où ces crochets sont 
toujours les mêmes. 

Il faut étudier un crochet type. 

Il estime qu'il faut attendre un temps où le public soit 
généreux, et où les artistes soient formés, pour faire une 
œuvre toute neuve de la polychromie de St-Rombaut. 


M. J. NÈvE. — Ceux qui sont au courant des travaux 
de restauration de polychromie, n'ignorent pas que ces 
travaux sont exécutés sous le contrôle de délégués dont 
la surveillance paraît à première vue offrir toutes les 
garanties désirables. Malheureusement, dans bien des 
cas, pour ne pas dire dans tous, ce contrôle ne s'exerce 
que lorsque le travail est terminé, c'est-à-dire, lorsqu'il 
ne peut plus être efficace. L'artiste restaurateur, en ache- 
vant son travail, a eu soin d'effacer toutes les. traces de 
raccord entre les parties anciennes et les parties renou- 
velées. Ainsi remise à neuf, une peinture murale n'est 
plus digne d’inspirer confiance à l'artiste et à l'archéo- 
logue. | 

Le double vœu que j'ai eu l’occasion de formuler dans 
un travail cité par M. Zech-Dubiez, consistait à voir 
imposer.aux peintres restaurateurs les règles suivantes : 

1° L'exécution d'un levé exact et complet des parties 
anciennes, avec certitude que telle partie est nouvelle, 
telle autre ancienne; 

2° L'exécution de cartons détaillés du projet de restau- 
ration. Ces cartons doivent permettre de faire, en temps 
utile, les observations et les corrections. 

Je doute que l'on parvienne, immédiatement du moins, 
à faire observer strictement ces règles que je considère 


comme très importantes. Mais je serais heureux de voir 
le Congrès les appuyer de son autorité et les faire ainsi 
pénétrer progressivement dans la pratique. 


M. Dourrraux. — Dans la période gothique, on pei- 
gnait les églises comme dans la période romane et les 
belles périodes artistiques antérieures (Grèce, Egypte, 
Perse), et du reste on en trouve des traces pour la période 
gothique. A Notre-Dame de Paris, toute la façade était 
dorée et peinte encore au XIV” siècle; dans l'Oise, des 
églises rurales des XIII" et XIV”: siècles sont couvertes 
de fragments de peinture; à Tournay, dans le bras gauche 
du transept, encore de tels fragments très importants. 

On s'élève aujourd'hui contre l’idée de peindre monu- 
ments et statues; mais c'est seulement depuis le XVI" 
siècle qu’on a cette horreur. On doit tirer parti dans les 
arts, non seulement de la forme, du trait, mais-aussi de la 
couleur. Or nous a répété depuis la Renaissance, que le 
monument esthétique devait être incolore; c'est une idée 
fausse, il faut nous faire une sorte d'éducation de l'œil, 
il faut que nous en venions peu à peu à savoir employer 
et sentir la couleur comme nous sentons la forme. 

Si les grandes périodes esthétiques ont polychromé, 
il ne faut pas dire qu’elles ont mal fait, il faut envisager 
en face cet important problème et l'étudier avant de le 
condamner en bloc. 


M. Coninckx émet le vœu que lon conserve autant 
que possible les peintures murales dans les églises de 
Malines. 


M. Hymaxs. — Il y a un point sur lequel on devrait 
se mettre d'accord. Il y a eu une époque où, par prin- 
cipe, ou badigeonnait toutes les églises. Or, étaient-elles 
primitivement totalement ou partiellement polychro- 
mées ? 








— 341 — 


Ce mot de polychromie devient un peu plus grave 
lorsqu'on dit que toute une église était peinte jusque 
dans la moindre de ses nervures. Si la polychromie était 
générale au moyen âge, il est bien étonnant que les pein- 
tres du XV”: siècle aient toujours représenté des églises 
monochromes. Sur des milliers de tableaux que j'ai vus, 
aucun ne représente des intérieurs d'église polychromés, 
sauf un seul, existant au musée de Madrid, et encore la 
polychromie de l'édifice n'est-elle que partielle. 


M. SainTENoY dit qu'il n’y a pas, à sa connaissance en 
Belgique, un seul monument construit d’après le prin- 
cipe de la polychromie, par l'emploi de plusieurs maté- 
riaux de coloration différente naturelle. 


M. ZEecu-DuBiez. — Approuveriez-vous de faire poly- 
chromer l’église Sainte-Waudru, à Mons? 


Le général WauwERMANS proteste contre la poiychro- 
mie à outrance qui se fait actuellement dans les églises 
modernes, couleurs qui froissent les yeux. Il rappelle les 
vœux votés antérieurement par nos congrès, et estime 
qu’il faut se borner aux conclusions du congrès de Mid- 
delbourg. 


M. CLOQUET. — Je constate une contradiction com- 
plète entre le sentiment des artistes chargés des pein- 
tures actuelles décoratives dans les églises et le sentiment 
esthétique de M. le général Wauwermans. Mais ici ce 
n'est plus une question d'archéologie, mais une question 
de goût personnel, et j'estime que dans ce différend, c'est 
ce dernier qui a tort. 


Le comte F. vAN DER STRAETEN-PONTHOZ approuve 
complètement la manière de voir du général Wauwer- 
mans, dont M. Cloquet ne partage pas les préventions 


— 342 — 


contre la polychromie; trouve également que les couleurs 
voyantes ‘et criardes employées actuellement pour la 
décoration des églises gothiques modernes produisent 
souvent un effet désastreux, et cite quelques exemples 
de cette polychromie exagérée. 

Il se range à l'opinion de M. le Chanoine van Caster, 
et croit que jamais les églises n'ont été polychromées 
complètement au moyen âge. 


M. Crogver. — J'ai tout à l'heure exprimé un peu 
vivement ma divergence de vues avec M. le général Wau- 
wermans; je ne voudrais pas toutefois manquer au res- 
pect que nous lui portons tous et auquel il a droit par 
son caractère, et même par le sentiment exquis dont il a 
fait preuve, notamment de l'art de la Renaissance qui lui 
a inspiré ses plus belles pages; mais il a jeté des pierres 
bien pointues à un groupe d'artistes, auxquels j'ai l’hon- 
neur, Je ne dirai pas d'’appartenir, mais d’adhérer, et 
j'estime qu'en cela il a abandonné le terrain de la dis- 
cussion archéologique, pour se placer sur un terrain tout 
autre. C'est pourquoi je me permets de penser que ses 
sentiments esthétiques personnels lui font juger fausse- 
ment l’art et les artistes qu'il vient d'attaquer. 


M. LE PRÉSIDENT fait remarquer que l'heure fixée pour 
la durée de la séance est déjà dépassée de beaucoup et 
que l’ordre du jour, très chargé, est loin d’être épuisé. 

La séance est donc levée à 11 1/2 heures. 


Séance du mercredi 11 août, matin 


La séance est ouverte à 9 heures. 

Prennent place au bureau : M. C. Casati, président, 
le Chanoine van Caster, président du Congrès, le comte 
de Marsy, le général Wauwermans, M. Guerlin, vice- 


président, et M. le comte de Ghellinck d'Elsegham, 
secrétaire. | 


La parole est d'abord donnée à M. L. Delbeke, de 
Paris, pour une communication. 


M. DELBEKE propose à la section d'envoyer un mes- 
sage de félicitations à M. Moreau, conservateur du Musée 
Caranda, à Paris, entré dans sa 100" année, et qui, 
malgré son âge si avancé, s'occupe encore tous les jours 
de cette collection gallo-romaine, qui contient des bijoux 
mérovingiens extrêmement remarquables. 


M. LE PRÉSIDENT fait remarquer que les règlements 
des Congrès s'opposent à toute manifestation de ce genre, 
et que tout en reconnaissant le mérite de M. Moreau 


et les droits qu'il a à la reconnaissance des archéologues, 


on ne peut lui envoyer officiellement des félicitations. Il 
remercie le savant français du don qu'il a fait de deux 
exemplaires du « Petit Album Caranda ». 


D'après l'ordre du jour, on devrait aborder la discus- 
sion des X”° et X[”° questions, mais à la demande d'un 
des membres, on fait appeler d’abord la XII" question, 
un des orateurs inscrits pour cette question devant quit- 
ter Malines avant la fin de la séance. La parole est donc 
donnée à M. Delignières, président de la Société d'ému- 
lation d'Abbeville, sur la XIT"° Oursrion : 

Recherches et études de quelques peintures de Van der Wey- 
den, en France. 


M. Em. DELIGNIÈRES. — Aux XIII" et XIV”: siècles, 
il y avait à Thuison-lez-Abbeville, un couvent de char- 
treux où Philippe-le-Bon venait passer certains jours de 
retraite. Il donna à une époque, 4 tableaux, de bois 
dorés. À quel peintre ou à quelle époque déterminée ces 


_ tableaux sont-ils attribuables? Telles sont les questions 
que j'ai l'honneur de vous présenter: 

J'ai parlé, Mesdames et Messieurs, de Philippe-le- 
__ Bon. Il avait pour confident Jean Van Eyck, mort en 
1440. La première pensée est de se demander si Phi- 
lippe-le-Bon n'a pas fait peindre ces tableaux par son 
. peintre ordinaire? Trois de ces panneaux représentent la 
Cène, PAscension et la Pentecôte, le quatrième repré- 
sentait, dit-on, la Passion; il a disparu. Il paraît difficile 
de les attribuer à Jean Van Eyck, mais d'un autre côté, 
on remarque que la figure de la Vierge est d'un type 
splendide. On s'aventure donc beaucoup dans ces re- 
cherches. 

J'ai cherché une autre piste que voici. Les tableaux ne 
seraient-1ls pas l’œuvre de Van der Weyden, qui a été le 
seul élève bien indiqué de Jean Van Eyck, et qui a laissé 
de ses œuvres à Anvers? 

Dans le tableau des sept sacrements, j'ai retrouvé 
quelques parties qui me rappellent un peu les panneaux 
qui nous occupent. Une chose m'a frappé, c'est de trou- 
ver dans les sept sacrements, sur la figure de la Vierge, 
la même intensité de vie et absolument la même ressem- 
blance, comme 1l y en a dans d'autres parties. 

J'ai cherché les mêmes termes de comparaison dans le 
tryptique de Berlin, qui représente Notre Seigneur des- 
cendu de la Croix. Ce sont des encadrements représen- 
tant l'architecture de l'époque à laquelle je fais allusion. 
Je trouve dans le troisième panneau à droite, représen- 
tant Jésus-Christ apparaissant à Marie-Madeleine, la 
même fixité et intensité de regards que les personnages 
figurant aux tableaux qui proviennent de la Chartreuse. 

Aux musées du Louvre, on remarque, dans le tableau 
du Christ, le même type de figure que nous voyons dans 
la Cène et l'Ascension. Figure allongée, bras allongés, 
il y a des particularités très sérieuses. 

A l'hôpital de Beaune, nous remarquons dans le tableau 





— 345 — 


du jugement dernier, le même profil de vierge que nous 
voyons dans les trois sujets qui nous occupent. 

Je possède ici la reproduction de ces tableaux. Com- 
parez-les et vous verrez dans l'expression des figures une 
particularité qui se rapporte à nos panneaux. 

J'espère, Mesdames et Messieurs, que vous voudrez 
bien me guider dans mes recherches. Je serais heureux 
d'avoir votre appréciation sur cette question, et de savoir 
si je ne me suis pas trop hasardé d'attribuer ces panneaux 
à Van der Weyden. 

M. Dedignières fait circuler les photographes de ces pan- 
neaux. 

La question est de savoir si on doit les attribuer à 
Jean Van Eyck, le confident et valet de chambre du 
prince, ou à son élève, Roger Van der Weyden. L'ora- 
teur paraît pencher vers ce dernier, non à raison des 
points de similitude qu'il trouve par comparaison avec 
des œuvres du même maître dans les Sept sacrements, 
d'Anvers, dans la Descente de croix, du Louvre, et aussi 
surtout dans le Ÿugement dernier, de l'hôpital de Beaune. 
Il y a à remarquer surtout, l'intensité que l’on trouve 
dans les yeux des personnages. Il appelle l'attention du 
Congrès sur ces points de comparaison. Dans tous les 
cas, ces panneaux se rattachent à l'époque du règne de 
Philippe-le-Bon, c'est-à-dire non au-delà de 1467, époque 
de la mort de ce prince, et à cause de cela ne peuvent 
guère être attribués à des élèves; ce sont du reste des 
œuvres de maîtres. 


M. FÉrix DE MONNECOvE. — Je ne puis apporter 
qu’une très modeste contribution à l'examen de cette 
question, posée par M. Delignières, président de la 
société d'émulation d'Abbeville; en effet, si plusieurs 
tableaux sont inscrits dans les catalogues de divers 
musées français, sous le nom de Roger Van der Weyden, 
en dehors du célèbre et remarquable polyptique apparte- 


Ea 


nant à l'hôpital de Beaune, et qui représente le Jugement 
dernier, avec les portraits des donateurs, le chancelier 
palatin Rollin et sa femme (les mêmes que Van Eyck a 
placés dans sa Vierge au donateur (n° 1986 du musée du 
Louvre); l'authenticité de quelques d’entre eux est sérieu- 
sement contestée. Le catalogue du musée du Louvre 
comprend une Descente de croix, n° 2196, et une Vierge 
tenant l'enfant Jésus entre ses bras, n° 2195. Au premier 
abord, ces deux panneaux ne paraissent pas de la même 
main, et l'administration du musée est d’avis qu'ils ne 
peuvent pas être attribués à notre artiste, en toute certi- 
tude. Son mom a été maintenu sur le cadre du premier, 
parce qu'il y figurait quand il fut donné au Louvre; tou- 
tefois, on peut constater une certaine analogie entre ce 
tableau et plusieurs autres ouvrages qui sont certaine- 
ment du maître. Quant au second, il est d'une technique 
toute différente. 

Le musée de Douai possède un panneau à deux faces, 
attribué à Roger Van der Weyden, ct provenant de l'ab- 
baye de Flines, mais que M. Henri Hymans croit être 
de Jérôme Bosch. Il représente d'un côté l'apparition de 
la Ste Vierge à un moine de l’ordre de Citeaux; de l'autre 
le Fugement dernier, au bas et sur le premier plan, la 
donatrice, Isabelle de Maléfiance, boursière en 1506, à 
l’abbaye de Flines. Or, Roger Van der Weyden est mort 
vers 1404. ij 

M. Delignières nous révèle lexistence à Abbeville, de 
sept panneaux dont il produit les photographies. Cette 
importante communication nous fait connaître des ou- 
vrages vraiment remarquables, mais dont notre savant 
confrère ne précise pas absolument l'attribution. Sur le 
simple vu des photographies, une appréciation bonne est 
bien difficile; mais il est certain qu'il s'agit de peintures 
de premier ordre, et que si elles ne sont pas réellement 
de Roger Van der Weyden, il ne serait pas témérairc 
d'en rechercher la paternité du côté des frères Van Eyck. 


antennen. ne - 


Je sortirais de la question, si ie m'arrêtais longuement 
sur les tableaux inscrits sous le nom du même maître, 
qui appartiennent à d'autres musées, Quelques-uns sont 
des répliques, sans doute près de lui, sans être de lui. 
Anvers possède une œuvre magistrale : les sept sacrements; 
La Haye montre une magnifique Déposiion de croix; 
Bruxelles inscrit à son catalogue, dix tableaux, dont 
aucun, d'après le catalogue raisonné, publié par MM. La- 
fenestre et Richtenberger, ne peut être considéré comme 
authentique. Berlin a cinq œuvres remarquables, mal- 
heureusement retouchées, comme presque tous les primi- 
tifs de son musée. Le musée royal de Madrid renferme 
trois tableaux, dont un : la Descente de croix, avait été 
fait pour l’église de Notre-Dame hors la ville, à Louvain. 
Le musée Pitti, à Florence, en possède un; cinq pan- 
neaux et un dessin sont au musée Städel, à Francfort 
s'Mein. Deux sont au musée du Belvédère, à Vienne. 
Quatre sont dans la National gallery, à Londres. Divers 
dessins figurent dans la collection de l’archiduc Albert, à 
Vienne, au British muséum, à Londres, à Christ-church 
d'Oxford. M. Alfred Armand avait réuni une collection 
considérable de photographies, de dessins et de gravures, 
en 230 volumes 1in-f°, formant pour ainsi dire une histoire 
générale de l'art. Il l’a léguée à la Bibliothèque nationale 
de France, où la partie concernant Roger Van der Wey- 
den figure dans le département des estampes, sous la côte 
AD, 34°, 138. M. Courboier, sous-bibliothécaire à ce 
département, en a dressé le catalogue imprimé, qui est 
inscrit sous la côte V, f. n° ro, 9, 6. Ces deux documents 
permettront d'étudier avec fruit l'œuvre de Roger Van 


der Weyden (1). 


Le comte pe Marsy croit qu'il serait très utile de faire 
un travail sur fiches, pour les costumes dont les artistes 





(z) Voir le Fournal des Artistes. Paris, Septembre 1897, n° 36, p. 1995, col. r. 


— 348 — 


revêtaient leurs personnages. Comme on le sait, les 
artistes du XV": siècle avaient la coutume d'interpréter 
fort souvent les mêmes vêtements somptueux, vêtements 
qui formaient un des accessoires de leurs ateliers. Ces 
fiches faciliteraient beaucoup la recherche de l’authen- 
ticité des tableaux primitifs. Il cite divers tableaux, et 
notamment le retable d'Ambierles, dans la Haute-Loire, 
exécuté vers 1480, pour Matthieu de Chougg. 





La parole est ensuite donnée au comte G. de Haute- 
clocque, de l'académie d'Arras, pour une communication 
à propos d'un tableau provenant de Malines, et se trou- 
vant actuellement à la cathédrale d'Arras (XIV question 
de l’ordre du jour). 


Le comte DE HAUTECLOCQUE. — Il existe dans la 
cathédrale d'Arras, un tableau provenant, dit-on, d'une 
église ou d'un couvent de Malines; d'après la tradition, 

il aurait été offert à Mgr de la Tour d'Auvergne, ou 

acheté par lui un prix peu élevé, à une dame d'Amiens, 

_ de sa connaissance, qui avait éprouvé des revers de for- 
tune (1). Cet évêque d'Arras fit don à sa cathédrale de ce 

beau tableau, et voici la description qu'en donne M. Le 

Gentil (2) : | 

« Au bras de croix de droite, on remarque le magni- 
fique Van Thulden que l'on peut considérer, dit-on, 
comme l'œuvre la plus importante, la mieux réussie ct la 
micux conservée de ce maitre. 

» Au haut de la toile apparaît, dans une lumineuse 
auréole, la Sainte Trinité. Du flanc droit du Christ part 
un filet de sang qui tombe dans une fontaine dont nous 
allons parler. Au-dessus, à gauche, couronne une tèt” 


(1) Inventaire de la cathédrale d'Arras. 

(21 Ce tableau, de grande dimension, qui commence à se détériorer r 
suite de l'humidité, a été restauré en 1862, avec beaucoup: d'intelligenc 
par M. Dunauz-Herbet, peintre d'Arras. 


vêtue d'une longue robe bleue brodée d’or-et de perles et 
portée sur un chœur d'anges chantant ses louanges; la 
Vierge fait jaillir de son sein un lait qui va se mêler au 
sang de son fils et tombe dans le même récipient. 

» Un peu plus bas, S. Bernard à droite, que couronne 
un ange dominé lui-même par trois autres anges, person- 
nifient les vertus théologales, tient à la main, toute arro- 
sée du sang de Jésus et du lait de Marie, la plume avec 
laquelle il a écrit le Memorare, Ave maris stella, les 
commentaires du Salve et paraît en entier devant la 
Vierge. 

» Au-dessous de S. Bernard, est la fontaine de la 
Sagesse, qu'ornent les attributs des quatre évangélistes, 
que surmontent les clefs de S. Pierre, qu'éclaire la lampe 
de Ja vérité ct au bas de laquelle l’hydre de l'erreur 
souffle en rugissant ses feux et ses flammes. Sur cette 
fontaine se groupent cinq petits anges : le premier, figu- 
rant l'innocence, tient une branche de lys, symbole de 
la purcté; le second, la macération, porte une discipline 
et foule aux pieds une couronne; le troisième, la prière, 
prie, inspiré; le quatrième, la vigilance, veille attenti- 
vement sur la lampe confiée à sa surveillance; le cin- 
quième, la puissance, porte un sceptre de roi. 

» Au-dessous de la Vierge, des nonnes dominicaines, 
bénédictines, franciscaines, etc., viennent recueillir dans 
leurs écritoires, le mélange de sang et de lait qui coule 
de la fontaine. 

» Au loin on entrevoit vaguement Pégase, traversant 
l'espace, après avoir, d'un coup de son sabot, fait jaillir 
de l'Hélicon la fontaine d'Hippocrène, où plusieurs 
poètes puisent l'inspiration; au pied de cette montagne, 
Minerve, casqué, portant l'égide et appuyé sur sa lance, 
est salué par différentes figures mythologiques : Apollon 
et les Muses, très probablement; plus loin, un trou noir 
et béant, comme l'entrée de l’Erèbe. Peut-être cela signi- 
fie-t-il qu'il y a loin de la sagesse humaine et de ses 





— 350 — 


déités depuis longtemps éclipsées à l'infaillible et immu- 
able sagesse divine, que l’une ne conduit qu'à l'abîme, 
tandis que l’autre mène au ciel (1). 

» Quoiqu'il en soit, ce tableau, dans lequel le symbo- 
lisme chrétien s'allie à l’allégorie mythologique, n'est 
point à l'abri de toute critique. Mais quelle coloration, 
quelle fraicheur, quelle harmonie, queiles carnations, 
quelle brillante exécution. Vu à travers l'atmosphère 
d'or qui le voile à demi, le Christ est d'une noblesse 
vraiment céleste, et cette fois traduit bien l'Homme- 
Dieu. La Vierge, si elle ne rend pas précisément la 
chaste et immaculée Souveraine du ciel, représente au 
moins une des plus belles reines de la terre; la tête est 
aristocratique, et les mains effñilées sont d'une blancheur 
sans égale. Quant aux anges, presqu'entièrement quoique 
décemment nus, ils sont aussi, comme caractère et comme 
lignes, d'une délicatesse et d'une richesse exceptionnelle; 
celui surtout qui lève le bras et parait diriger le chœur, 
est d'une perfection qu’on ne saurait guère dépasser. » 


Vient ensuite la XIII" QuEsrion : 
L'abcille au point de vue de l'archéologie ct du folklore. 


M. DE Soienie fait l'historique de l'abeille au point 
de vue archéologique. Il décrit d'abord de nombreux 
joyaux se trouvant dans les collections égyptiennes des 
divers musées, joyaux figurant des abeilles; puis, étu- 
diant la Grèce, 1l cite d'anciennes monnaies d'Athènes et 
de Smyrne, sur lesquelles l'abeille se trouve reproduite 
également. 

Il donne ensuite les noms de plusieurs maisons nobles 
ayant pris les abeilles dans leurs armes et cite la devise 
de la petite fille du grand Condé, Anne de Bourbon, 


(1) Au bas d'une compositicn allégorique de Martin de Voss, gravé par 
Jean Sadeler, on trouve un mont Parnasse, avec Apollon, les Muses et 
Pégase, dont Van Thulden paraît s'être beaucoup inspiré. 





— 351 — 


duchesse du Maine : Fe suis petite, mais je pique. Devise 
qui lui avait été donnée comme sobriquet par la Cour. 


M. DE GHELLINCK D'ÉLSEGHEM fait remarquer que la 
duchesse du Maine, qui était petite, bossue et laide, 
mais fort spirituelle, avait elle-même pris pour emblème 
une abeille, avec cette devise tirée de l'Aminte du Tasse : 
« Piccola si ma fa pur gravile ferite ». Petite, oui, mais 
je fais de cruelles blessures. Ceci pour répondre aux rail- 
leries que l’exiguité de sa taille lui attirait. 

Cette devise se retrouve en exergue autour d’une ruche, 
sur les reliures de la belle bibliothèque qu'elle avait 
réuni dans son château de Sceaux, où elle s'était retirée 
pour échapper aux tracasseries de la Cour. 


M. HuBeRT, comme suite à la discussion d'hier, prc- 


duit l'extrait d'une résolution du chapitre de l'église 


Ste-Waudru, à Mons. 

« Résolution du 28 juillet 1550, du chapitre de l'église 
de Ste-Waudru, à Mons. 

» Conclud jaire venir le personnaige aiant fait la pour- 
traiture du clochier de Saint-Rombaut de Malines (1) 
pour la dite pourtraiture veoire et en jaire ce de raison. » 
(Mémoire sur l’église de Sainte-Waudru, à Mons, par 
Léopold Devillers [art. relatif à la Tour |). 


L'on reprend ensuite l’ordre du jour sur les X"° et X1I”° 
questions : 

X"QueEsTion.— Dans une église gothique ou romane ayant 
un mobilier Renaissance, faut-1l, en cas de restauration, rem- 
placer ce mobilier par un autre, conforme au style de l'édifice, 
ou bien faut-1l restaurer l’ancien ? 

XI" OvEsTIoN. — Quel est le meilleur système à suivre 
pour la réparation des églises et autres monuments anciens, par 


(1) Rombaut Keldermans est décédé en 1531. 


Eee ne dn 


— 352 — 


exemple pour rétablir l'intérieur d'une église romane ou gothique 
dans son état primitif, doit-on faire disparaître tout ce que les 
siècles y ont accumulé ? 


M. Zecu-Dustez trouve que la XI"° question est plus 
restrictive que la X"° qu'il avait posée, et estime qu'il 
vaut mieux, pour le moment, se borner à élucider la 
XI°* question. C'est pourquoi il cède la parole à l'orateur 


inscrit pour la X1I”° question. 


M. le président CasarTi parle comme simple membre 
du Congrès et non comme délégué officiel en une question 
délicate dont la solution peut dépendre de l'état du mo- 
nument et de la destination qu’on veut lui donner. La 
question porte uniquement sur les immeubles par desti- 
nation, scellés dans les murs : maître-autels, colonnades, 
tombeaux, etc.; il est d'avis que l'on doit, autant que 
possible, dans la restauration des monuments civils et 
religieux, conserver tout ce qui a une valeur artistique 
ou historique, et ne pas faire disparaître tout ce que les 
siècles y ont amassé de précieux; 1l cite de nombreux 
exemples qui démontrent que ce -serait une véritable 
barbarie de faire disparaître de nos anciennes églises les 
chefs-d'œuvre qui sont d'un autre style, d'une autre 
époque, mais présentant un intérêt archéologique qui 
doit faire respecter ces vestiges et souvenirs précieux des 
siècles passés. 


M. ZrecnH-Dugiez. — Il s'agit de savoir où commence 
l'irtérêt historique et où il finit. Si vous consultiez le 
Congrès sur la question de St-Bavon, vous trouveriez 
bien des opinions différentes. 


M. J. NÈve se rallie entièrement aux conclusions de 
M. Casati. Il souhaite de voir formuler quelques règles 
de nature à écarter, autant que possible, les solutions 
arbitraires. 





| 
| 


—— 353 — 


M. Casati a indiqué comme devant être respectés par 
les restaurateurs, les monuments présentant un intérêt 
artistique ou historique. M. Nève propose d'ajouter à 
l'énumération de ceux qu'une restauration scrupuleuse 
devra respecter, les monuments qui, sans être des chefs- 
d'œuvre de style ou des souvenirs historiques de premier 
ordre, se recommandent par la valeur ou la beauté des 
matériaux employés ou la qualité de la main-d'œuvre. 

M. Casari déclare qu'il approuve complètement l'opi- 
nion de M. Nève et se rallie à sa proposition. 


M. Dourriaux. — M. Casati considère que lors de la 
restauration d'un monument, on doit conserver toutes les 
traces des générations successives qui ont décoré à leur 
goût respectifs le monument, et n'enlever aucun de tous 
ces éléments disparates. 

IÌ nous semble qu'il est nécessaire ici de faire une dis- 
tinction et qu’il faut distinguer entre le monument en 
lui-même et les objets mobiliers qui le décorent. 

Pour le monument, une reconstitution complète s'im- 
pose; il faut lui rendre le caractère qu'il avait à l'époque 
où il a été construit. C'est ainsi qu'on ne peut que féli- 
citer les restaurateurs d’avoir enlevé les platras qui re- 
couvraient les chapiteaux de N.-Dame de Paris et de 
Reims et qui donnaient à ces édifices un aspect d'églises 
bâties au XVI" siècle, de temples greco-romains. Ceux 
qui ont construit un édifice, ceux qui ont été à la peine, 
qui ont dépensé leur vie et leur argent, doivent être à 
l'honneur, on ne doit pas leur enlever le produit de leurs 
efforts. C'est en somme une question d'honnêteté artis- 
tique. 

Pour le mobilier, la question est beaucoup plus déli- 
cate à trancher. C'est, on peut dire, une question de fait 
qui n'est soumise à aucun principe bien fixe. Il faut ici, 
pour chaque monument, s'en remettre au bon goût de 

23 


ceux qui le réparent, en leur rappelant seulement, qu'il 
faut agir avec beaucoup de sagesse et enlever les objets 
qui seuls nuisent à l'ordonnance et à l'ensemble du mo- 
nument qui les contient. C'est ainsi qu'il serait très dési- 
. rable de voir disparaître de beaucoup d'églises gothiques, 
des immenses baldaquins des XVII" et XVIII": siècles, 
qui cachent toute l'ordonnance du chœur et enlèvent aux 
églises toute leur unité d'aspect. Tandis que tout au con- 
traire, presque toujours, on pourrait conserver les stalles 
qui s'élevant moins haut, ne compensent pas les lignes 
du monument. 

Mais on ne saurait trop dire que pour le mobilier 
c'est une question d'appréciation, que celui qui répare le 
monument doit trancher et peut trancher mieux que 
personne en connaissance de cause. 


M. GUERLIN cite les stalles de la cathédrale d'Amiens, 
la gloire et la chaire de vérité, qui ne sont pas dans le 
style, mais qui pourtant ne pourraient à aucun prix être 
enlevées. 


Il est ensuite donné lecture d'une communication de 
M. l'abbé Flahault, au sujet de cette XI”° question. 


M. l'abbé FLAHAULT fait observer, au nom du comité 
flamand de France, dont il est membre, qu'en thèse 
générale, l'on doit, autant que possible, rendre au monu- 
ment sa physionomie primitive. Mais cette règle n'a rien 
d'absolu, et dans toute la mesure du possible, l’on doit 
s'efforcer de conserver les objets d'une époque postérieure, 
s'ils offrent un intérêt réel, soit historique soit artistique. 

C'est le conseil que le susdit abbé a donné à l'archi- 
tecte chargé en ce moment-ci de la restauration de l'église 
de Capellebrouck, commune de l'arrondissement de Dun- 
kerque, et du canton de Bourbourg. Ce très curieux 
monument roman, de la fin du XII” siècle, a été étudié 














| 
| 
| 
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| 


— 355 — 


par M. Enbart, dans son ouvrage d'une importance capi- 
tale, publié en 1895, sur les monuments religieux de 
l'architecture romane et de transmission dans le nord de 
la France. 

Le chœur de cette église est sensiblement postérieur à 
l'édifice et accuse le style gothique. Il est orné d'une 
boiserie en sapin vermoulu, œuvre toute moderne et sans 
la moindre valeur artistique. Aussi l'abbé Flahault, au 
nom du comité flamand, a-t-il témoigné le désir à l’archi- 
tecte Cockenpot, de la faire disparaitre. 

L’enlèvement de cette boiserie permettra à ceux qui 
sont chargés de la restauration de l'édifice, de vérifier 
l'état des murs et peut-être de trouver soit des détails 
d'architecture, soit peut-être même des traces de peinture 
polychrome. En tout cas, il permettra de rendre aux 
parties basses des murs leur physionomie ancienne. 

La partie principale de l’église de Cappellebrouck 
ayant conseivé la nudité de son état primitif, la restau- 
ration en sera facile. 

Plusieurs fois, le comité flamand de France a émis le 
vœu que l'administration diocésaine de Cambrai nomme 
une commission en vue de présider aux travaux dé res- 
tauration des églises du département du Nord. 


Le général WauwERMaNs résume les débats qui vien- 
nent d’avoir lieu sur cette question, et propose d'émettre 
un vœu en faveur de la préservation des monuments 
anciens. 

Ce qui est adopté. 


Quant à la XV”° question à l'ordre du jour, relative à 
un retable flamand acquis pour le musée de Stockholm, 
l'orateur inscrit, M. Hildebrand, délégué officiel du 
Gouvernement Suédois, fait savoir au bureau de la sec- 
tion, qu'étant empêché par sa présidence à la 2"“ section, 
il renonce à faire sa communication. 


— 356 — 


Avant de clôturer la séance, le président fait l'énumé- 
ration des publications qui ont été offertes à la section. 

Sur la proposition du Président, la section vote des 
remerciments aux donateurs. 

Le Président remercie les différents orateurs qui ont 
pris part aux débats de la 3”° section, et ont contribué à 
élucider les différentes questions posées. Il constate que 
les travaux ont été fructueux et qu'un nombre considé- 
rable de membres a suivi avec attention et assiduité les 
séances. 

La séance est levée à 11 heures. 


Le Secrétaire, 
C. DE GHELLINCK D'ELSEGHEM. 





Duvrages offerts au Congrès 


tas, Pau. Notices et Documents pour servir à l’histoire litté- 
e et bibliographique de la Belgique, in-8°. Gand, 1896. 

Les imprimeurs belges à l'étranger, in-8°. Gand, 1897. 

1 DE Casaris, CH. Petits musées de Hollande et grands peintres 
rés, in-8°. Paris, 1881. 

Eléments du droit étrusque. Extrait de l'ouvrage Ius antiguum, 
°, Paris, 1895. 

ARE, CH.-J. Carte pré- et protohistorigne de Belgique, in-8. 
ze, 1893. 

Le projet de carte préhistorique de la Belgique, in-8. Liège, 1894. 
De la nécessité d'un classement des haches polies, in-8°. Liège, 
re 

Les premiers âges du métal dans les bassins de la Meuse et de 
caul, in-8°, Liège, 1894. 

La Chapelle des maîtres de la cité dans l’église Saint-Jacques, à 
re, in 12. Liège, 1896. 

Kinkempois, par un ami du Vieux-Liège, in-12. Liège, 1896. 

Y DE Launors (comte A.), Dorrz, M. et HugLar», E. Rapport 
la fouille de Montignies-lez-Lens, in-8°. 1896. 

ve (baron Josern). Le Congrès international d’ Anthropologie et 
chéologie prébistoriques de Moscou, en 1892, in-8. Paris, 1893. 
Note sur des bijoux arabes en forme de mouches, in-8°. Paris, 
ie 


— 358 — 


DE Marsy (comte). Loi du 30 mars 1887, pour la conservation des 
monuments et objets d'art ayant un caractère historique et artistique, 
in-8°, Caen, 1887. 

Ipem. Les décrets de 1889 sur la conservation des monuments et objets 
d'art ayant un intérêt historique et artistique, in-8. Caen, 1889. 

IpeM. Instructions de la Commission des monumenis historiques pour le 
classement des objets mobiliers, in-8°. Caen, 1889. 

ÎDeM. Discours d’ouverture du Congrès archéologique d’Evreux, le 
2 juillet 1889, in-8°. Caen. 

IDEM. Discours d’ouverture du Congrès archéologique d'Abbeville, le 
27 juin 1893, in-8°. Caen. 

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D 
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NEve, J. Quelques remarques à propos de la Restauration des Monu- 
ments d'art ancien, in-8°. Bruxelles, 1896. 

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Ipem. Notes sur quelques portraits de la Galerie d’ Arenberg, in-8. 
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l’une des villes de la 4"* province Lyonnaise, in-8°. Orléans, 1885. 
IpeM. Orléans 1461-1483. Règne de Louis le onzième, in-8°. Orléans, 

1885. 

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Ipeu. Origine et lieu de naissance du titre de maréchal de France, 
in-8°, 1891. 

Ipem. Montargis, capitale du Chátinais orléanais, in-8° autogr. 1893. 

IpeMm. Renseignements complémentaires des histoires ou notices concer- 
nant cette ville, in-8°. Orléans, 1894. 

IpeM. Magdunum (Meung-sur-Lotre). Revue historique rétrospective 
depuis la destruction de cette ville, par les Vandales, jusqu’en 
Pannée 1793, in-8° autogr. Orléans, 1897. 

IpeMm. Album d’architecture de divers styles, format oblong. Lithogr. 
s. 1. n. d. 


Porte (l'abbé). Notice sur un vitrail de Sainte-Foy de Conches, repré- 
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Iprem. Guillaume de la Tremblaye, sculpteur et architecte (1644-1715), 
in-8°. Caen, 1884. 

IDEM. Un historien normand, Gabriël du Moulin, in-8°. Caen, 1884. 

Ipem. L’Iercule terrassant l’Hydre de Lerne de Puget, in-8°. Caen, 
1885. . 

Ipem. L'Hercule du Thil (Eure), in-8°. Caen, 1885. 

Ipem. Un peintre Bernayen, Michel Hubert. Discours (1707-1775), 
in-8°. Bernay, 1889. 

Ipem. Gabriël Du Moulin, historien, in-8°. Bernay, 1890. 


> 


— 362 — 


PorEE (l'abbé). Les clôtures des chapelles de la cathédrale d’ Evreux, 
in-8°. Evreux, 1890. 

IDEM. Le nécrologe de l’abbaye de Saint- Taurin d’Evreux, in-8°. Caen, 
1891. 

IDEM. Les sépultures des évêques d’ Evreux, in-8°. Cgen, 1891. 

IpeM. Le Trésor de l’abbaye de Saint-Nicolas de Verneuil, in-8°. Caen, 
1891. 

IDEM. François Bertinet, modeleur et fondeur en médailles, in-8'. Paris, 
1891. 


Porte (le chanoine). L'église abbatiale du Bec, d’après deux docu- 
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IpeM. Les apôtres de Sainte-Croix de Bernay, in-8°. Paris, 1896. 

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VAN BASTELAER, D.-A. Mémoires archéologiques, in-8°. Bruxelles, 1697. 


ZecH-Dupiez, G. Les sceaux de Braine-le-Comte, in-8°. Brainc-le- 
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Braine-le-Comte, 1896. 


Boletim do real associagao dos architectos civis e archéologos Portu- 
guezes. 




















MÉMOIRES 


PRÉSENTÉS AU Xie 


Oongrès „Archéologique & Ristorique 


DE 


MALINES — 1897 














CIMETIÈRE 


à inhumation et à incinération 


D'EMELGHEM (Flandre Occidentale) 


Messieurs, 


= EUX d’entre nous qui ont visité la Section des 
W Sciences à l'exposition de Bruxelles, auront 
peut-être jeté les yeux sur une vitrine renfer- 
Ÿ mant des vases de formes variées, indiquant 
des origines bien différentes. 

Ces objets proviennent de la vaste nécropole que nous 
explorons en ce moment à Emelghem, près d'Iseghem. 

Sur une hauteur sablonneuse, appelée « Stuyvenberg », 
à gauche de la Mandel, au Carrefour nommé « de Vijf 
Wegen », s'élevait jadis un grand chène, lieu consacré 
par les légendes populaires qui en faisaient le lieu de 
rendez-vous des nains et des fées. C'est là qu’en septem- 
bre 1893, nous découvrimes, dans la sablière du fermier 
Van Ackere, une tombe à mobilier très riche, mais mal- 
heureusement fort endommagé. 

Depuis lors, deux autres sablières ont été ouvertes, à 
200 mètres environ de la première, à droite et à gauche 





— 368 — 


du chemin de terre (actuellement un gravier) qui mène 
de cet endroit au hameau de St-Antoine. 

Les travaux, qui y furent entrepris durant les hivers 
de 1894-95-96- et 97, amenèrent la découverte de 35 
tombes nouvelles, souvent très espacées, et creusées 
d'une façon irrégulière. 

Les fouilles sont continuées méthodiquement. Nous 
faisons, nous-mêmes autant que possible, le relevé exact 
du mobilier de chaque tombe. 

Le nombre des objets exposés à Bruxelles a été doublé 
par le produit des recherches exécutées durant cet été. 

Selon toute probabilité, nous nous trouvons en pré- 
sence du champ de repos choisi par une peuplade Gau- 
loise, durant la domination romaine. La majeure partie 
des tombes à incinération révèle l'influence du peuple 
conquérant. Les Franks, lors de leurs migrations, se 
firent inhumer dans le même cimetière; nous avons re- 
trouvé, mêlées aux précédentes, des sépultures à inhu- 
mation, présentant tous les caractères de cette époque. 

Nous nous bornerons, aujourd'hui, à décrire trois 
tombes de chacune de ces périodes; sauf à reprendre 
notre étude avec plans et planches à l'appui, dès que nos 
explorations auront été menées à bonne fin. 


I. — Période Gallo-Romaine 


A. Dans la sablière du fermier Van Ackere, en sep- 
tembre 1893, nous découvrîmes à 0.50 m. de profondeur, 
une fosse de 2,00 m. sur 0,60 de largeur et 0,40 de 
profondeur, remplie de résidus de cendres de bois. Le 
mobilier de la tombe s'énumère comme suit : 

1° Une grande urne cinéraire de poterie grossière à 
large panse et de forme arrondie, contenant des osse- 
ments calcinés ; 

2° Deux petites coupes ou patères de poterie noirâtre 
et assez lisse, malheureusement fort endommagées ; 








En re TN TE nn LR en eee 


3° Un vase de poterie très fine, d'un gris pâle et de 
forme élégante, haut de 0,16 m., large de o,og m. à la 
panse, se rétrécissant fortement au pied et se terminant 
par un col droit assez élevé; 

4° Une anse et un fragment d'une petite cruche en po- 
terie rouge; 

5° Une coupe de poterie rougeâtre, à petites rainures, 
fortement endommagée; 

6° Un tesson de poterie rouge, assez fine, portant de 
profondes rainures ; 

7° Des clous en grand nombre et quelques débris d'ob- 
jets en fer. 


B. En mars 1896, une tombe à incinération fut mise 
à découvert à l'extrémité Nord d'une autre sablière, à 
gauche du chemin qui mène au hameau de St-Antoine. 
Les dimensions étaient quasi les mêmes que celles de la 
sépulture précédente. Le mobilier comprenait : 

re Une urne cinéraire de poterie assez grossière, con- 
tenant des cendres de bois et des résidus d'ossements 
carbonisés ; 

2° Un petit vase de forme arrondie, à panse fort large 
et à ouverture très étroite, mesurant o,og m. de hauteur 
sur 0,09 m. de largeur. La poterie de ce dernier objet 
était beaucoup plus fine et de couleur grise. 


C. Le 5 août 1897, nous fouillâmes une tombe à inci- 
nération, à quelques mètres seulement de la riche sépul- 
ture franke que nous décrirons ci-après. 

La tombe mesurait 1,90 m. de longueur, sur 0,50 m. 
de largeur et 0,80 m. de profondeur. La couche de 
cendres atteignait une épaisseur de 0,30 m. Vers le milieu 
nous découvrimes les débris d'une urne cinéraire, de 
poterie grossière, manquant absolument de consistance. 
La sépulture était disposée du Nord au Sud. A lextré- 


* mité Nord, en dehors de la couche de cendres, mais 


— 370 — 


distants seulement de 10 ou 15 centimètres de celle-ci, 
étaient déposés, placés les uns dans les autres, un petit 
vase de o,11 m. de hauteur, à la forme arrondie et de 
poterie noirâtre assez fine, un bol à bords bombés vers 
l'intérieur et ornés de rainures, mesurant 0,13 de dia- 
mètre; enfin une grande patère de terre rougeâtre, dont 
le diamètre atteint 0,21 m. Le vase contenait une boucle 
de bronze de faible dimension. 


II. — Période Franke 


A. Le 5 août 1897, nous découvrimes, au centre du 
cimetière, une tombe à inhumation. Les ossements 
avaient quasi totalement disparu. Cette sépulture consis- 
tait en une simple fosse orientée, sans parois de briques 
ou de pierres, mais facilement reconnaissable par une 
couche d'environ 0,15 m. d'épaisseur. La terre était d’une 
couleur un peu plus foncée. Nulles traces de cendres. La 
profondeur atteignait de 0,80 m., la longueur exactement 
de 2,00 m. et la largeur de 0,50 (1). 

À l'extrémité Est, aux pieds du défunt, se trouvaient 
un ombilic ou umbo de bouclier en fer, et un vase de 
forme assez allongée, en poterie grise, à larges rainures, 
haut de 0,15 m. et de 0,12 m. de diamètre à sa plus 
grande largeur. Cette forme est assez rare. Nous avons 
remarqué un vase quasi identique parmi les objets du 
cimetière frank de Waasmunster exposés par le Cercle 
archéologique du Pays de Waas, à la section des Sciences 
de notre Worldsfair de 1897. 

À l'extrémité Ouest, à droite du défunt, nous avons 
recueilli une superbe framée à volutes, longue de 0,41 m., 


(1) Une tombe à peu près semblable, contenant une framée, un scrama- 
saxe, un petit couteau, un ombilic ou umbo, une fiche, une grande boucle 
de ceinturon en fer et un vase quasi identique à celui de la tombe précé- 
dente. | 


ue ses rn eee garen een epe ET LS nn gen 


— 371 — 


et à gauche, mais un peu plus bas, un scramasaxe de 
0,58 m. de longueur, dont la poignée conserve encore 
une partie notable du bois qui l'entourait. Ce riche mo- 
bilier était encore complété par une belle boucle en fer 
damasquinée d'argent et rehaussée de gros clous à tête 
de bronze, retrouvée à la hauteur de la ceinture. 


B. Dans le courant du même mois, une autre tombe 
à inhumation fut découverte à peu de distance de la pré- 
cédente; elle contenait un petit couteau en fer, mesurant 
0,17 1/2 de longueur, et un vase en terre grisâtre, de 
forme et de fabrication nettement franke. 


C. Le 7 avril 1897, notre attention fut attirée par la 
découverte d'un vase de fabrication très grossière, pré- 
sentant beaucoup d’analogie avec la poterie néolithique, 
déposé dans une tombe à inhumation. Ce vase, façonné 
à la main, sans tour, a 0.07 1/2 m. de hauteur; ses parois 
sont verticales, grossières et ornées, à la partie supé- 
rieure, de quelques enfoncements produits dans la pâte 
à l'aide du pouce. Sa largeur est de o.rr m. Il était 
accompagné d’une petite boucle en fer, de plusieurs clous 
et d'une pierre à aiguiser. | 

Plusieurs vases et fragments de vases du même genre 
furent recueillis depuis dans le même cimetière; ils 
sont en tout semblables à ceux que découvrit récemment 
la société archéologique de Namur, dans l'importante 
nécropole de Pry-lez-Walcourt (1). 


(x) Voici comment les décrits M. BEcQuET (Annales de la société archéologique 
de Namur, t. XXI, p. 313) : « Nous devons signaler encore la trouvaille, 
» dans des sépultures d'enfants et de femmes, de dix vases grossiers parfai- 
» tement conservés, faits à la main, mal cuits et ayant tous les caractères 
» des poteries préhistoriques. La pâte en est épaisse, imparfaitement pétrie, 
» et quelques-uns renferment une multitude de fragments de quarts. La 
» forme, en général, est celle d'une urne à large ouverture avec petit col 
» droit chez les plus grossières ». L'auteur suppose que ces poteries d'un 
âge antérieur ont été enlevées par les femmes, plus soucieuses que les 
hommes de conserver leur vaisselle, aux nombreux marches des environs. 


— 372 — 


D'après la savante classification des migrations frankes, 
faite par M. A. Becquet, conservateur du musée de 
Namur, ce dernier cimetière appartiendrait au troisième 
courant d'invasion venu par la Hongrie et l'Europe cen- 
trale (1). Ces guerriers auraient été en rapports intimes 
avec les Goths, dont ils ont emprunté les principes de 
fabrication et les principaux motifs de leur art décoratif. 
Ceci soit dit à titre de simple remarque, car l'état des 
fouilles d'Emelghem ne nous permet point encore de 
dire à quel courant d'invasion nous rattachons les tombes 
franques qui y furent découvertes. N 


Be" Cr. Girrès pe PÉLIcHY. 


(2) Le mème auteur distingue encore : a) un courant qui prend son point 
de départ des contrées orientales de l’Europe, remonte la vallée du Danube, 
du Rhin moyen et se trouve longtemps en contact avec la civilisation 
romaine. b) D'autres tribus suivirent les vallées du Dnieper, remontèrent 
jusqu'à la Baltique, longèrent la mer du Nord et pénétrèrent dans nos con- 
trées, par la Batavie (Mème source, pp. 323 à 326). 








ame Section : Histoire 


VII" QUESTION 


La situation des peuples qui habitaient la Belgique, à l'arri- 
vée de César, correspond beaucoup plus exactement qu'on ne 
le suppose généralement aujourd'hui, aux divisions ecclésias- 
tiques de notre pays au moyen-âge. 


MESSIEURS, 


3 A position des différents peuples qui habitaient 
notre pays à l'époque de César, a fait l'objet 
de travaux innombrables. Les théories les 

È plus arbitraires, les plus inadmissibles ont 

été mises en avant et défendues avec une conviction et 
une chaleur dignes d'une meilleure cause. Je me propose 
de traiter une fois encore la question ici, en me plaçant 
à un point de vue qui, certes, est loin d’être neuf, mais 
dont on n’a pas encore tiré tout le parti possible. 
Depuis longtemps on a constaté une certaine corréla- 
tion entre les limites de-nos anciens évêchés et celles de 
nos anciennes circonscriptions territoriales, civitates, pagi. 
Cette concordance était recommandée par les conciles. 
D'autre part, nos anciens diocèses portèrent assez long- 
temps le nom des peuples du temps de César, par ex- 


emple l'évêché de Thérouanne, celui de episcopatus Mori- 
nensis. 

Est-il permis d'en conclure que les peuples de notre 
pays habitaient précisément le territoire des évêchés 
créés aux siècles postérieurs? Il y a eu certaines modifi- 
cations dans l'emplacement des peuples, c'est incontes- 
table; mais en général, je pense qu'on a imaginé des 
déplacements beaucoup trop nombreux, comme j'essaye- 
rai de le prouver plus loin. 

Quelles sont nos sources? Pour l'époque de l'invasion 
romaine, nous n'avons que César; pour la période sui- 
vante, Strabon et Pline l’Ancien, qui visitèrent égale- 
ment nos régions. Les autres historiens et géographes 
romains ne parlent guère que d’après eux. Dès qu'ils s'en 
écartent, ils racontent des choses invraisemblables. 

M. Vander Kindere fait observer à juste titre que les 
données des historiens du I‘ siècle avant J.-C. jusqu'au 
IV" siècle après J.-C. sont inconciliables. Nos modernes 
ont eu le tort de chercher à les concilier. Ils ont attaché 
à certains auteurs, surtout à Ptolémée, une valeur qu'ils 
n'ont pas; les témoignages de ce dernier sont bien sou- 
vent sujets à caution (1). 

César lui-même est une source bien imparfaite. Outre 
que ses renseignements sont forts incomplets, 1l est sou- 
vent fort confus et parfois inexact, surtout quand il parle 
de peuples qu'il n'a pas visités. 

C'est en considérant la médiocre qualité de nos sources, 
que nous en sommes arrivés à procéder, dans la solution 
du problème qui nous occupe, d'une façon diamétrale- 
ment opposée à celle de nos devanciers. Ils n'ont fait 
appel aux divisions ecclésiastiques de notre pays que 
pour combler les lacunes de César ou pour éclairer ses 


(1) Outre les erreurs que nous rencontrons plus loin, notons entre autres 
choses, qu'il place Mayence dans la Germanie inférieure, et Spire au nord 
de Worms, et qu’il est l'inventeur de la ville de Suatutanda, simple accou- 
plement d’un pronom personnel et d’un participe futur mal lus chez Tacite. 





données. Nous ferons le contraire. Les limites de nos 


diocèses au moyen âge nous sont connues d’une façon 
fort satisfaisante. C’est un renseignement sûr et sérieux. 
Nous le prendrons pour point de départ, pour base de 
notre argumentation. Nous considérerons en conséquence 
les limites de nos anciens diocèses comme conformes à 
celles de nos anciennes populations à l’arrivée de César, 
pour autant que nos sources ne S'y opposent pas formellement. 

J'insiste sur le mot formellement. Il importe, en effet, de 
distinguer parmi les renseignements des auteurs, ceux 
qui sont catégoriques et circonstanciés, de façon à ne 
laisser aucun doute sur leur valeur et les renseignements 
plus vagues qui souvent sont en contradiction avec les pre- 
miers, et battent de la sorte en brèche les meilleures 
théories. Il faut une bonne fois faire table rase de ces 
derniers, ou du moins les réduire à leur juste valeur. 

Nous ne nous donnerons pas un mal infini pour cher- 
cher des emplacements pour certains peuples dont nous 
ne connaissons que le nom, ou sur lesquels nous n'avons 
que des renseignements insuffisants. Nous ne prétendons 
donc pas à une très grande précision, qui, dans l’espèce, 
est impossible à obtenir. On sourit malgré soi lorsqu'on 
voit des auteurs déclarer gravement que César passa par 
les villes de Namur, de Bruxelles et d'Anvers. Nous 
n'irons pas si loin. Nous fixerons tout au plus quelques 
limites approximatives, mais nous combattrons les théo- 
ries trop erronées. 

Rappellons-nous, pour finir cette entrée en matière, 
qu'un petit coin d'un pagus était parfois englobé dans un 
évêché étranger au reste de ce pagus, que certaines villes 
ont changé de diocèse dans le cours des siècles, etc. 


* 
« * 


Voici quelle était l'étendue approximative de nos évê- 
chés dans le haut moyen âge. 


L'évêché de Thérouanne comprenait le pays situé entre 
'Aa et l’Yzer. Celui d'Arras, Arras et les environs. Celui 
de Tournai, les autres pays à l'Ouest de l’Escaut, moins 
la Flandre Zélandaise. Celui de Cambrai, les pays sur la 
rive droite du même fleuve; cet évêché était très long, 
mais peu large, et s'étendait de Hoogstraeten à Cambrai, 
comprenant Anvers, Bruxelles, Alost et Mons. Le dio- 
cèse de Tongres, plus tard Maestricht, puis Liège, s'éten- 
dait au Nord jusqu’à la Meuse; il comprenait le Brabant 
septentrional, les deux Limbourg, les provinces de Liège 
et de Namur, une partie des deux Luxembourg et la 
partie restante du Hainaut, du Brabrant et d'Anvers. 
L'évêché d' Utrecht comprenait tous les pays du Nord, 
depuis le Sincfalla (Zwin) jusqu’au Lauwerzee. L'arche- 
vêché de Trèves comprenait le reste des deux Luxembourg 
et s'étendait jusqu’'au-delà du Rhin. Celui de Cologne était 
aussi à cheval sur les deux rives de ce fleuve. 


* 
* * 


Les Morins, sur lesquels César et Strabon (1) nous 
fournissent ces seuls renseignements, qu’ils habitaient 
les côtes du Pas-de-Calais, étaient voisins des Ménapiens 
et possédaient Portus Itius, ont toujours occupé la plus 
grande partie de l'évêché de Thérouanne, formé au VII 
siècle, de la réunion de ceux de Thérouanne et de Bo- 
logne. Certains historiens étendent leur territoire jusqu'à 
l’'Escaut, uniquement parce qu’ils ont donné aux Ména- 
piens un emplacement erroné, comme nous le verrons 
ci-après. 

Les MÉNAPIENs, à l'époque de la fondation de l'évêché 
de Tournai (484), occupaient vraisemblablement ce ter- 
ritoire; mais à l'époque de César, ils s'étendaient plus 
loin; César lui-même déclare qu'ils habitaient les deux 


(1) César, III, zr, 3; Strabon, V. 





— 377 — 

rives du Rhin (Vieux-Rhin), non loin de son embou- 
chure (1), et qu'ils touchaicnt aux Eburons; Strabon 
raconte la même chose et ajoute qu'ils étaient voisins des 
Morins sur la mer (2); enfin Pline, dans une énuméra- 
tion (3), semble les placer à l'Ouest de l’Escaut. Il en 
résulte que, outre l'évêché de Tournai, ils devaient occu- 
per la Flandre Zélandaise, ainsi que certaines îles de la 
Zélande et de la Hollande, tout au moins les plus Orien- 
tales (nous verrons plus bas pourquoi), et dépassaient le 
Vieux-Rhin au Nord. | 

Les auteurs qui placent les Ménapiens au Nord de la 
province d'Anvers et dans le Brabant septentrional, ou- 
blient que les Éburons s'étendaient jusqu’à la mer, qui, 
à marée haute, y formait des îles (4). 

Ceux qui les placent sur le Rhin moyen, au Nord de 
Cologne, oublient que César nous dit en termes formels, 
que les Usipètes et les Tenctères arrivèrent chez les 
Ménapiens en passant le Rhin près de son embouchure; 
ils avaient donc contourné toute l'ile des Bataves. S'ils 
n'ont pas franchi le Rhin là où ils habitaient primiti- 
vement, c'est pour le bon motif que depuis trois ans 
ils avaient quitté ce pays et erré à travers la Germa- 
nie (5). 

Enfin, ceux qui placent les Ménapiens dans le Lim- 
bourg hollandais, se basent sur un passage de Ptolé- 
mée(6), qui prétend qu'ils habitaient au-delà de la Meuse, 
et que leur civitas s'appelait Castellum. On a vite fait 
d'identifier ce Castellum avec Kessel, près de Ruremonde. 


Ld 


(1) Strabon dit : les bouches; M. Piot pense à tort qu'ils habitaient entre 
les deux branches du Rhin (Vieux-Rhin et Wahal); César dit formellement 
que les Ménapiens habitaient ks rives du Rhin (IV, 4). 

(2) Strabon, IV, III. 

(3) Pline, Hist. nat., IV, 20, cf.; Dion, XXIX; Orose, X, 3. 

(4) César, VI, 3r. 

(5) César, IX, 4. 

(6) Ptolémée, Géogr., II, 9, 10. 


Non seulement les Ménapiens n'ont jamais habité là, 
puisque nous venons de voir qu'ils n’habitaient ni à l'Est, 
ni à l'Ouest de ce pays, et qu’au Sud étaient les Éburons 
et au Nord les Bataves; mais à l'époque de Ptolémée 
lui-même, ce pays était occupé par d’autres peuples trans- 
plantés. De plus, Kessel se trouve sur la rive gauche de 
la Meuse. 

Le Castellum Menapiorum figure sur la carte de Peutin- 
ger. C'est Cassel. Cette ville, toutefois, se trouvait dans 
le diocèse de Thérouanne ou des Morins. Ce n'est pas 
une raison pour lire avec Desjardins Castellum Morino- 
rum, parce que dans ce cas les Morins auraient eu deux 
cwitates. Cassel figure bien en territoire Ménapien, avant 
la création de l'évêché des Morins, de même qu'il figure, 
après sa création, dans le Mempiscus, qui est le territoire 
des Ménapiens. Tout le territoire situé entre l'Yzer et 
l'Yperlée, et la limite entre les pag: de Thérouanne et de 
Mempiscus, se trouve dans le même cas. Qu'en conclure? 
C'est que lors de la création du diocèse de Thérouanne, 
on a voulu lui donner à l'Est des bornes naturelles, peut- 
être parce que la limite entre Morins et Ménapiens 
n'était pas bien définie. Walckenaer, cité par M. Piot (1), 
a fait remarquer avec beaucoup d'à propos que César 
accouple toujours les noms de ces deux peuples, qui nous 
apparaissent toujours vaguement confondus. 

Quand et comment les Ménapiens ont-ils abandonné 
les îles Zélandaises? Nous l’ignorons. A l'époque de Pline 
ils ont fait place à d’autres. Ceux qui s'imaginent que 
les Ménapiens n'habitaient pas la Flandre à l'époque de 
César, ont cherché à expliquer leur retraite au Sud du 
Hont, en invoquant l'invasion des Usipètes et des Ten- 
ctères, et une transplantation de Suèves et de Sicambres. 
Le premier événement ne peut être invoqué, puisque 
César nous dit qu’il a exterminé ces peuples. Le second 


(1) Bull. Ac., 1897, p. 761. 


n'est pas suffisamment prouvé. Strabon nous dit que 
les Sicambres et les Suèves s’établirent sur les rives du 
Rhin (1). 

Les Ménapiens battirent certainement en retraite de- 
vant les Frisons, qui dépassèrent le Hont au Sud, si bien 
que l'évêché d'Utrecht, fondé au VIII" siècle, engloba 
les Quatre Métiers et même l'emplacement de l'Écluse 
et de Damme. 


x * 


C'est le moment de dire un mot des notions géogra- 
phiques que possède César sur la Hollande et ses fleuves. 
L'Escaut se jette dans la Meuse, laquelle reçoit le Wahal, 
et se jette elle-même dans le Rhin, à 80.000 pas de la 
mer (2). Le Rhin, arrivé près de la mer, se divise en 
plusieurs branches, formant beaucoup de grandes îles, 
dont la plupart sont habitées par des peuples sauvages, 
vivant de poissons et d'œufs (3). Entre la Meuse, le Wahal 
et le Rhin se trouve l’île des Bataves. Tout cela n’est pas 
également clair. Pline, qui a visité ces contrées, vient 
heureusement à notre secours (4). Lui aussi ne considère 
pas l’Escaut comme un fleuve. Lui aussi place l'ile des 
Bataves entre les bras du Rhin, et lui donne une longueur 
de 100.000 pas, ce qui est exact. Cette île est donc beau- 
coup plus grande que la Betuwe actuelle. Quant au Rhin, 
il se partage en trois bras; celui du milieu se jette pure- 
ment et simplement dans la mer (c'est le vieux-Rhin); 
celui du Sud se jette dans la Meuse (c'est le Wahal) au 
Helium; celui du Nord (probablement l'Yssel) se jette 
dans le lac Flevo. 





(x) IV, HI. 
(2) C'est sans nul doute 30.000 pas qu’il faut lire, soit 44 1/2 kilomètres. 
(3) César, VI, 33; IV, zo, 1; IV, ro. 

(4) Hist. nat., IV, 29 et 31. 


— 380 — 


Tacite (1), Pomponius Mela (2) et Ptolémée (3) con- 


_firment cette manière de voir (4). 


Pline nous apprend encore qu'entre le Helium et Flevo 
se trouvent les îles des Frisons, Chami, Frisiaboni, Sturii 
et Marsacii. Quelques-uns de ces peuples au moins habi- 
taient donc à son époque au Sud du Rhin. Il en était de 
même à l'époque de César, car par les grandes et nom- 
breuses îles dont il parle, il faut certainement compren- 
dre les îles des bouches de la Meuse et de l'Escaut. Ces 
peuples ichtyophages habitaient vraisemblablement les 
îles les plus occidentales du delta de ces fleuves, les 
Ménapiens occupant les plus orientales pour reparaître 
sur le continent au Nord de la Meuse (5). 


Les NERvVIENS habitaient le territoire de l'évêché de 
Cambrai (primitivement de Bavay). 

Au IV” siècle, il est question d'un episcopus Nerviorum, 
Superior, qui assista au concile de Cologne (346). Les 
actes de ce concile sont d'une authenticité douteuse. Il 
n'en est pas moins vrai que la dénomination d'episcopus 
Nerviorum existait. 

César nous dit qu'ils touchaient aux Ambiens (pays 


(1) Tacite, Annales. 

(2) De Situ Orbis, III, 2. 

(3) Geogr., IT, 9. 

(4) Cf. Blink, Nederlanders zijn bewoners, \, 372-374. 

(5) Il résulte de ce qui précède, que les Ménapiens doivent absolument 
habiter les côtes de l'ile des Bataves. M. Piot, qui admet que l'île des Ba- 
taves s'étend entre le Rhin et le Wahal, dit que cette île « n'avait rien de 
commun avec les Ménapiens » et d'autre part, il les place en Flandre, en 
Zélande et entre les deux branches du Rhin (Bull. Acad., p. 760, note). 

À rapprocher ici le fait que Aurelius Victor, 30, traite le Batave Carau- 
sius de Menapie civis. - 

A l'époque d'Orose, qui cite comme habitant les côtes Ménapiens « Ba- 
taves, les premiers avaient battu en retraite vers le Sud et laissé la côte 
aux derniers. 





— 381 — 


d'Amiens), et que la forêt des Ardennes s'étendait jusque 
chez eux; enfin, il cite cinq peuples clients qu'il est abso- 
lument impossible d'identifier. Rien dans tout cela ne 
contredit notre théorie. 

Strabon nous dit bien que les Nerviens étaient voisins 
des Trévires, mais il a mal lu César, qui dit quelque 
part qu'il quitte les Trévires pour se rendre chez les 
Nerviens. César dit de même qu'il arrive des Ménapiens 
chez les Trévires, peuples qui certainement ne se tou- 
chaient pas (1). César dit même (2) que les Nerviens sont 
le peuple le plus éloigné des Rémois, c’est-à-dire plus 
éloigné que les Atrébates, les Ambiens, les Morins, les 
Ménapiens, les Calètes, les Vélocasses, les Veromandois, 
les Aduatiques, les Condruses, les Éburons, les Cérèses 
et les Pémanes, ce qui est naturellement inadmissible. 


* 
xx 


Les EBurons et les ADUATIQUES n'existaient plus lors 
de la création des évêchés. D'autres peuples les avaient 
remplacés. De la sorte, la carte ethnographique de notre 
pays ne se trouva guère dérangée, et nous pouvons 
admettre d'une façon quasi certaine qu'Éburons et Adua- 
tiques habitaient l'ancien évêché dont le siège fut suc- 
cessivement Tongres, Maestricht et Liège, avec cette 
simple ajoute, qu'ils s'étendaient à l'Est jusqu’au Rhin, 
englobant donc le territoire où plus tard se fixèrent les 
Ubiens, et qui a toujours fait partie de l’archevêché de 
Cologne. 

Sur les Éburons, nous trouvons chez César de nom- 
breux détails. Ils habitaient la rive gauche du Rhin, en 
face des Sicambres. Ils touchaient à l'Océan, qui formait 
en cet endroit des îles à marée haute (du côté du Bies- 


(1) VI, 8, 1. 
(2) II, 4. 8. 


25 


— 382 — 


bosch probablement); ils touchaient aussi à l’Escaut (ce 
passage n'est pas fort clair, mais rien ne s'oppose à 
admettre cette interprétation), enfin, au territoire des 
Ménapiens, des Nerviens, des Aduatiques, des Sègnes 
et des Condruses. La plus grande partie du leur était 
située entre la Meuse et le Rhin (1). 

Des Aduatiques, nous savons, par César, qu'ils se 
trouvaient entre les Éburons et les Nerviens, et qu'Am- 
biorix traversa leur pays en quelques heures; et par Dion 
Cassius, que la part de l'Éburonie, dont les Aduatiques 
s'étaient emparés, touchait aux Nerviens. 

Sans discuter longuement, on peut conclure qu'ils 
habitaient l'Entre-Sambre et Meuse, c'est-à-dire le pagus 
de Lomme et nón les bords de la Vesdre, comme l'ont 
admis MM. De Vlaminck et Longnon. C'est dire que 
nous nous rallions entièrement aux conclusions de MM. 
Vander Kindere et Piot (2) et n'entendons pas ici recom- 
mencer leur démonstration. Selon Spruner, le pagus 
Lomacensis comprend, outre l'Entre-Sambre et Meuse, 
une bande de territoire au nord de la Meuse, en aval 
de Namur, mais ne s'étendant pas jusqu'à Huy. Si les 
limites de ce pagus sont exactes, il nous serait impossible 
d'admettre que l’oppidum des Aduatiques se trouvât sur 
le mont Falise, près de Huy, bien que cet emplacement 
semble être aujourd'hui le plus prôné par les savants (3). 

Quant à Aduatuca, c'est bien certainement l'endroit 
devenu par la suite Aduatuca Tongrorum. Ce ne peut 
être qu'un camp établi chez les Éburons par les Adua- 
tiques. Il se trouvait au milieu de l’Éburonie. Il n'y avait 
certainement pas deux Aduatuca. On ne peut qu'admettre 


(1) Ils n’étaient pas clients des Trévires, comme l’a supposé M. Vander 
Kindere. César (IV, 6, 4) en disant : in fines Eburonum et Condrusorum, 
qui sunt Nevrorum clientes, n'entend donner ce qualificatif qu'aux Con- 
druses seuls. 

(2) Bull. Acad., 1885 et 1897. 

(3) Hock, Etudes sur quelques campagnes de Fules César, 1897. 


— 383 — 


que l'Aduatuca des Éburons soit devenue celle des 
Tongres. 

Après César, le nom d'Aduatiques et d'Éburons dispa- 
rut. Strabon, toutefois, nomme encore ces derniers. Mais 
Tacite parle déjà des Tongres qui occupent l’Aduatuca 
de l'Éburonie. Ce même nom de Tongres se rencontre 
aussi chez Pline, qui, dans une énumération confuse de 
peuples, nous fait encore connaître quelques noms nou- 
veaux : les Toxandres (Ammien Marcellin cite la Toxan- 
dria) établis dans la Campine (Tessenderloo); les Baetasi 
qui rappellent les villages Geet-Betz et Walsbetz, près 
de Tirlemont; les Guberni ou Gugerni, probablement 
établis sous Auguste, en lan 8, sur la rive gauche du 
Rhin; les Sunuci, entre Aix et Duren. En lan 38, Agrippa 
transplanta les Ubiens et fonda Cologne en 50. 

Les Toxandres, cités plus haut, ne sont rien autre 
que les Ménapiens qui ont quitté les îles Zélandaises. 
Ce mouvement a dû se produire de bonne heure. Auguste 
divise les Ménapiens par l'Escaut. Dion et Strabon 
appellent les Toxandres les Ménapiens de l'Est, et Tacite 
rapporte que Civilis, quittant Vetera, passe la Meuse 
pour attaquer les Ménapiens et les Morins (1). 


* 
* * 


Le reste du pays situé entre les Nerviens, les Ména- 
piens, la Meuse, le Rhin, les Trévires et les Aduatiques, 
était entièrement habité par les Éburons et deux autres 
peuples, dont le nom indique assez la situation : les 
ConDRUSES, clients des Trévires, établis dans le pagus du 
Condroz, sur la rive droite de la Meuse, entre Liège et 
Dinant, et les PÉMANES, habitant la Famenne, au sud 
du territoire précédent. 


(1) Tacite, IV, 28. Ce passage a naturellement aidé à propager l'erreur 
de ceux qui prennent Kessel pour Castellum Menapiorum. 


a mn mt . ce - 


* 
« * 


Les TrÉvires peuplaient l’archevêché de Trèves, mais 
seulement jusqu'au Rhin, limite de la Gaule (1). Dans 
ce diocèse habitaient toutefois aussi les CÉRÈSES, établis 
dans le pagus Carucum ou Carosgau [Prüm] (2). 


* 
+ + 


A propos des SEGNI, je me permets de proposer un 
nouvel emplacement. Au dire de César, ils étaient, avec 
les Condruses, « de la race et du nombre des Germains, 
qui habitaient entre les Éburons et les Trévires », ce 


qui ne veut pas dire expressément que les Sègnes en 


particulier touchaient à ces deux peuples. 

Je crois fermement que les Segni ne peuvent se trou- 
ver qu’au Sud des Condruses, ou plutôt des Pémanes, et 
à "Est des Aduatiques, c'est-à-dire dans le S.-E. de la 
_ province de Namur et le S.-O. du Luxembourg et le 
territoire francais y adjacent. On y trouve Sugny, Signy, 
etc. Ce pays forma plus tard un pagus Castrensis, situé 
dans le diocèse de Reims. 


* 
* + 


Nous avons gardé pour la fin les AMBIVARITES, qu'on 
a placé un peu partout et que d’aucuns veulent identifier 
avec les Aduatiques. Il suffit de lire attentivement le seul 
passage de César où ce peuple est cité, pour se con- 
vaincre qu'il doit être placé au-delà de la Meuse ou même 
au-delà du Rhin. 


(1) César (III, 2, 1) se sert d'une expression étrange : les Trévires sont, 
dit-il, « proximi flumini Rheno ». Ils y touchent certainement. Mais d'autre 
part, les Eburons ne sont-ils par aussi près du Rhin? 

(2) VANDER KINDERE, Jntroduction à l’Hist, des institutions de la Belgique. 


— 385 — 


Après leurs invasions en Ménapie, les Usipètes et 
Tenctères se répandent chez les Éburons et les Con- 
druses, au moment où César revient de Normandie. Ils 
lui envoyent une ambassade pour le prier de ne pas se 
rapprocher de leur camp, et s'offrent de revenir négocier 
dans trois jours. Mais César apprend qu'ils ont envoyé 
leur cavalerie chez les Ambivarites, au-delà de la Meuse, 
et suppose avec raison qu'ils en attendent le retour. Ils. 
reviennent trois jours après et demandent de pouvoir 
envoyer une délégation aux Ubiens : ils demandent en- 
core trois jours dans ce but. Le lendemain, ils attaquent 
les Romains (ils avaient eu le temps de rappeler leurs 
cavaliers d’au-delà de la Meuse) et sont exterminés. 

Ce long terme, cette délégation chez les Ubiens, tout 
concourt à faire admettre que les Ambivarites sont bien 
un peuple d'Outre-Rhin. Witkamp (1) place les Ambi- 
varites sur la Geulle et la Roer, et y rattache le nom 
du village Amby près de Maestricht. D'autre part, Gré- 
goire de Tours (2), cite parmi les peuples transrhénans, 
et Witkamp les connaît aussi, les Ampsivarii ou Amsi- 
varii, habitants de Ems (Amsis). M. Vuylsteke propose 
d'identifier les Ambivarites avec les Ampsivarii, et nous 
croyons pouvoir nous rallier à cette hypothèse. 


Les idées que je viens de développer forment un sys- 
tème qu'il faut admettre en bloc ou rejeter de même. 
J'ose croire que les bases sur lesquelles il repose sont 
autrement sérieuses que les discüssions de textes fort 


(1) Geschiedenis der Zeventien Nederlanden, 1, 30 (1873). 

(2) Hist. Franc., II, 9, p. 75 (M. G.) : Arbogastis..…. transgressus Rhenum, 
Bructeros ripe proximos, pagum etiam quem Chamavi incolunt depopu- 
latus est, nullo unquam occursante, nisi quod. pauci ex Ampsivariis et 
Catthis, Marcomere duce, in ulterioribus collium iugis apparuere. 


— 386 — 


souvent inconciliables auxquelles on s'est trop souvent 
livré, ou les hypothèses innombrables sur l'emplacement 
de certains lieux, qui, pour ainsi dire toujours, n'ont 
qu'une valeur très subjective. Qu'on admette mon système 
et beaucoup de tâtonnements disparaîtront : on pourra 
commencer par déblayer le terrain de toutes les conclu- 
sions qui y sont contraires, ce qui fatalement circonscrira 
de beaucoup le champ des hypothèses pour les objets 
qui restent à découvrir. 

Concluons : | 

À l'époque de César, on trouvait sur l'emplacement de 
la Belgique actuelle, les peuples suivants : 

1° les Morins, entre l'Aa et la limite orientale du pagus 
de Thérouanne; 

2° les Ménapiens, sur la rive gauche de l’Escaut, dans 
les îles Zélandaises et Hollande, jusqu’au-delà du Vieux- 
Rhin; 

3° les Nerviens, sur la rive droite de l’Escaut, dans 
l'évêché de Cambrai ou les paer de Rijen, Brabant, Hai- 
naut et Cambrai; 

4° les Aduatiques, dans l'Entre-Sambre et Meuse ou 
le pagus de Lomme; 

5° les Condruses, dans le pagus du Condroz; 

6° les Pémanes, en Famenne; 

7° les Éburons, entre les cinq derniers peuples, les 
bouches de l’Escaut, la Meuse, le Wahal, le Rhin et les 
limites des diocèses de Trèves et de Reims; 

8° les Trévires, dans le diocèse de Trèves jusqu’au 
Rhin; 

ge les Cérèses, dans le pays de Prüm; 

1o° les Sègnes, au confluent de la Meuse et de la 
Semois. 

Nous ignorons la position des autres. 


J. FREDERICHS. 


r- 





ge Section : Archéologie 


“IIIe QUESTION. 


Le fac-similé du plan, publié en 1843, par R. Chalon, comme 
étant celui de Sainte-Waudru, à Mons, n'est-il pas plutôt 
celui de la tour de Saint-Rombaut, à Malines ? 

Pourrait-on achever notre tour d'après ce plan? 


Messieurs, 


j'aurai l'honneur de traiter devant vous, je ne 
puis mieux faire que répéter ce que je disais 
il y a dix ans déjà, au sein de notre société 
(Le compte rendu de cette communication, plus docu- 
mentée que la présente, figure dans le 1“ volume de nos 
annales, page 55). 

La meilleure preuve, selon nous, de l'erreur commise 
par M. Chalon, en affublant du nom de Sainte-Waudru 
le dessin découvert à Mons, c'est qu'il ressemble étonam- 
ment à la tour de Malines, alors que la dissemblance 
avec la tour Montoise est fort importante. 

Tout jeune, je vis, pour la première fois, dans l'atelier 
de mon père, le fac-similé du plan en question; il servait 





— 388 — 


à guider l'appareilleur dans la restauration de notre tour. 
Plus tard, moi-même je recourus maintes fois à ce docu- 
ment, pour reconstituer des fragments démolis ou dispa- 
rus. Je me demandais naturellement de bonne heure, 
comment un dessin aussi fidèle de la tour de Malines 
pouvait porter l'enseigne d'une œuvre étrangère, et je 
croyais à l'existence d’un sosie. Je fis un voyage à Mons, 
où je finis par découvrir un embryon de tour, n'ayant 
presque rien de commun avec le plan en litige. Sauf la 
masse du grand portail, l'oeuvre de Mons échappe pour 
ainsi dire à toute comparaison avec le vieux plan. L’ab- 
sence du contrefort du milieu ordonne un dispositif tout 
autre que celui que nous avons à Malines, et que l'on 
retrouve dans le plan. 

La naissance de notre société d'archéologie, que j'ai- 
dai à constituer, stimula mes recherches, et je finis par 
découvrir, avec beaucoup d'apparences de certitude, la 
cause de cette substitution de nom. 

M. l'archiviste Devillers, dans son mémoire sur l'église 
Sainte-Waudru, faisait déjà entrevoir l'erreur commise 
par M. Chalon. 

Dans les extraits des registres de la fabrique d'église, 
que le même ouvrage nous donne, je cherche mes preuves. 
Lorsqu'en 1547, les Montois songèrent à compléter leur 
magnifique collégiale, ils députèrent à Malines trois des 
leurs, pour étudier le chef-d'œuvre des Keldermans; ce 
furent le maître-macon de l’église : Jean Repu, le célèbre 
tailleur d'images Jean de Thuin, et le maître de carrières 
d'Ecaussines, Guillaume le Prinche. Les registres disent : 
« À maistre Jehan Repu, Jehan de Thuin et Guillaume 
le prinche, pour syx jours chacun par eulx employet 
avoir esté à Mallines visiter et prendre le patron de la 
thour Sainct-Rombault : leur a esté payet au prix de 
XLVIII par jour chacun, comme par descherge appert… 
XLIIJ' IIIJ* ». Dans la quittance ils disent : « de quoy 
y avons mis aller et venir chacun VJ journées ». 


Au mois de décembre de la même année, ils furent 
envoyés à Louvain et à Anvers, avec Eustache le Prinche, 
fils de Guillaume. Ils passèrent de nouveau par Malines 
et mirent 15 jours à effectuer ce voyage. 

Peu après, le chapitre se réunit et décide : « Après 
que les commis de la fabricque.et les commis aiant vizité 
les portaulx et thours de Malines, Aras, Marchiennes et 
autres; ensemble rapporté les pourtraitures en gros, 
meismes adviset la pourtraiture par eulx thirée et mon- 
strée a esté conclud besognier selon la dite pourtraiture 
par eulx advisée et a diligence D, 

Une résolution du même jour dit ceci : « C onclud faire 
venir le personnage aiant fait la pourtraiture du clochier 
de Malines pour la dite pourtraiture veoir et en faire ce que 
de raison ». 

Nous concluons de ces documents, que les Montois 
rentrèrent chez eux avec des croquis : « des pourtraitures 
en gros » et qu’une autre personne, un Malinois d’après 
nous, se rendit à Mons, pour faire voir au chapitre une 
copie, ou peut-être bien le dessin original de la tour 
Saint-Rombaut. Il faut en tout cas que ce fut un dessin 
complet, exact, attendu que des croquis leur avaient été 
soumis par leurs commettants. Ceux-ci n'ont pu faire 
mieux pendant leur court séjour à Malines. Un rendu 
fidèle aurait nécessité des échaffaudages et des frais, 
que les comptes devraient mentionner. À Malines, les 
travaux n'étaient pas définitivement arrêtés, car en 1583 
encore, les gueux enlevèrent une masse de pierres pré- 
parées pour l'édifice. Un homme de l'art était donc tou- 
jours attaché aux travaux, et ce fut sans doute lui qui 
transmit au chapitre de Mons, le plan que nous trouvons 
plus tard dans ses archives : l'original ou la copie du 
plan dressé probablement par Rombaut Keldermans. 

Nous nommons celui-ci, car nous retrouvons dans la 
pièce, sa manière de dessiner, que nous connaissons par 
le plan du Grand Conseil, reposant aux archives com- 


— 390 — 

munales. Le style est essentiellement particulier à notre 
grand artiste. La conception initiale avait nécessairement 
subi des transformations, sous la lignée des Keldermans, 
comme lacheminement vers le style fleuri et fouillé le 
démontre, à mesure que l'on s'approche du sommet de 
la tour; mais il est évident que la disposition du plan a 
nécessairement limité les libertés des successeurs du pre- 
mier architecte. Son œuvre, dans ses grandes lignes, a 
été maintenue. 

Nous croyons avoir suffisamment démontré que le 
plan, sorti des archives du chapitre de Mons, loin d’être 
le projet de la tour Sainte-Waudru, est uniquement le 
plan venu de Malines, pour inspirer les Montois, et nous 
pouvons considérer cette pièce comme notre propriété 
artistique. Précieux document qui doit nous guider 
pour donner à notre tour un couronnement digne de ce 
qui existe. 

Nous voilà arrivés, Messieurs, au point épineux de 
notre communication. 

La flèche étant connue, il s'agit de songer à sa réali- 
sation. 

Avant tout, on se demande pourquoi nos ancêtres ont 
pu abandonner un projet aussi grandiose? Nous répon- 
dons que ce sont les troubles religieux du XVI" siècle 
qui occasionnèrent ce retard, car les pierres préparées 
prirent le chemin de la Zélande. Nos pères n'avaient 
donc aucune appréhension au sujet de la stabilité de 
leur œuvre. 

Cependant, des crevasses assez importantes se décla- 
rèrent très tôt et lorsque vers le milieu de notre siècle un 
ancrage fut établi sous la seconde galerie, on reconnut, 
d'après le rapport de notre prédécesseur l'architecte de 
la ville, Bouwens, que ces lézardes étaient vieilles. II 
les attribua, avec raison d’après nous, à la différence de 
tassement que subissait l'axe du massif des fondations 
et les deux côtés de ce massif recevant toute la charge 


— 391 — 


par suite de l’évidement de la tour. Depuis lors, on ne 
constata plus aucune nouvelle fissure; preuve évidente 
que notre colosse a pris définitivement son assiette. 
L'ancrage, tout fort qu’il soit, ne peut empêcher la dis- 
location, si Jamais la tour y songe sérieusement. 

Il y a quelques années, nous avons fait creuser une 
tranchée au pied de la tour, afin de connaître ses fonda- 
tions et la nature du sol. Le croquis que voici donne le 
résultat de ce travail. L'empattement ne dépasse donc 
que de 50 cm. le nu de la plinthe, et nous obtenons une 
largeur totale de 26 m. 50 comme base de l'édifice; les 
fondations descendent à 3 m. 50 sous terre. Elles re- 
posent sur un sable graveleux, verdâtre; l'invasion des 
eaux nous obligea bientôt à cesser notre exploration qui 
se fit d’ailleurs avec les moyens les plus élémentaires. 
Nous possédons toutefois le résultat de deux sondages 
effectués par le baron Van Ertborn, à une distance de 
160 et 250 m. de la tour. Ces notes prises lors du forage 
de puits artésiens dans les brasseries Richard Lamot, 
rue des Draps, et Bernaerts, rue A-B, sont précieuses. 
Elles nous donnent la composition du sol, évidemment 
similaire à celle du terrain sous notre tour. Voici ces 
renseignements : | 


BRASSERIE LAMOT 


orifice + 5.00 


de à épaisseur 


1 Couche, sable boulant 0.00 9.00 9.00 
2 Sable fin, un peu argileux 9.00 18.00 9-00 
3 Argile sableux, bleuâtre I8.00 28.00 10.00 
4 Argile bleue 28.00 38.00 10.00 
5 Sable glauconifère, vert, 

aquifère 38.00 40.00 2.00 


6 Sable argileux, mêlé de 
rognons de grès, etc. 40.00 49.00 9.00 


— 392 — 


BRASSERIE BERNAERTS 


orifice + 6.00 


commence à 


épaisseur 


1 Terrain rapporté 0.00 0.43 
2 Terre végétale 0.45 0.25 
3 Argile d'alluvion jaunâtre 0.70 2.80 
4 Sable vert mouvant 3.50 5.50 
5 Argile bleue, sableux 15.80 9.00 
6 Argile verte 24.80 25.00 


7 Sable blanc très glauconifère, avec 
rognons de grès nummilites, etc. 49.80 


Résultats qui se corroborent à peu près. 

Jusqu’à la profondeur de g m. donc, du sable mou- 
vant, et en-dessous, respectivement d'après les deux 
sondages, de l'argile sableuse et du sable argileux (un 
mélange de sable et d'argile plus ou moins prononcé 
donc), sur 20 à 36 mètres d'épaisseur. 

Nous nous étions proposés de faire un sondage à pied 
d'œuvre, de même que nous aurions voulu exécuter une 
tranchée ayant la profondeur des fondations et s’éloi- 
gnant de la tour, à la recherche d'un cerclage en pal- 
planches qui pourrait bien exister. J'ai deux raisons pour 
le supposer; en premier lieu, la nature même du terrain 
demande un encaissement : le sable mouvant a une pro- 
fondeur relativement faible de 5 m. à 5.50 m. sur une 
couche d'argile! En second lieu, le cri populaire qui 
donne aux fondations une étendue bien plus grande que 
celle que nous connaissons. La tradition dit encore que 
la tour repose sur des peaux de vaches! Ne s'agit-il pas 
là d'un calfatage des palplanches, méthode encore en 
usage de nos jours? 

Vous voyez, Messieurs, que la tradition n’est pas si 
légendaire en apparence. Je vous répète : « cet encaisse- 
ment me paraît indispensable », car un creusage quelque 


— 393 — 

peu important au pied de la tour (à cause du peu de 
profondeur des fondations), pourrait créer des affouille- 
ments nuisibles à l'édifice. Pourquoi cet éloignement 
des palplanches? Parce que, plus il est grand, moins la 
pression exercée par le poids de la tour est directe et 
plus cette pression s'épuise. Nous exprimons le vœu de 
voir contrôler un jour cette présomption. 

Nous avons donc comme nature du sol, une couche de 
5 m. 50 à 6 m. de sable sur une couche d'argile sableuse 
de 20 m. au moins. Absence complète de terrain limo- 
neux ou tourbeux pouvant nuire à la stabilité. Examinons 
maintenant la pression que supporte la base. Le poids 
actuel de la tour (le m. cube de maçonnerie calculé à 
raison de 2000 kilogr.) serait, d’après nos calculs, de 
31,404,960 kilogr., qui exercent leur pression sur une 
surface de 7,022,500 centimètres carrés. Uniformément 
répartie, il y aurait donc une pression normale de 4 kil. 
47 par centimètres carré. Nous avons dressé différentes 
coupes de la flèche d’après le plan trouvé à Mons. Ces 
coupes nous permettent d'estimer à 8 millions 382,700 kil. 
le poids qu'il faudrait encore, pour voir la croix surmon- 
ter l’œuvre, et nous donnerait comme taux de travail à 
la base, 5 kil. 67 par centimètre carré. Ce taux très élevé 
ne nous effraie pas, car tout fait supposer que le tasse- 
ment continuera à se produire régulièrement, aucune 
dépression anormale ne nous paraissant à craindre. 

Nous faisions d'autre part la coupe de la maçonnerie, 
immédiatement au-dessus de la base dans les baies de 
fenêtres. C'est là où elle est le plus fortement compres- 
sée par suite de l’évidement qui porte toute la charge 
sur deux côtés seulement de la construction. Nous obte- 
nons pour les points les plus exposés, une pression de 
19 kilos par centimètre carré, alors que la moyenne de 
la résistance à l'écrasement, d'après des essais avec des 
vieilles briques de la tour, au banc d'épreuve, nous donne 
241 kilos. La flèche construite, la pression serait de 





A 


28 kilos 78. Le coefficient de sécurité serait donc encore 
de 8 au moins. Taux hardi, sans doute, mais remarquez 
que pour toutes les causes secondaires qui pourraient 
infirmer la stabilité, nous réservons les revêtements en 
pierre de taille, calcaire très dur, qui offre évidemment 
une résistance décuple de celle de la maçonnerie en 
briques. 

Au point de vue de l'équilibre naturel, notre tour 
resterait de beaucoup en-dessous de la proportionnelle 
déséquilibrante qui se remarque dans d'autres construc- 
tions. Ainsi, pour ne citer que Malines : la cheminée de 
la fabrique St-Léonard a 63 m. Zo de hauteur et 6 m. 10 
de côté à la base, soit 10 1/2 fois plus haut que large; 
l'ancienne cheminée du magasin central avait, dit-on, 
plus de 12 fois en hauteur sa largeur à la base. 

La tour de l'hôtel de Busleyden mesure 3 m. 25 d'un 
côté et 40 m. de hauteur, ce qui fait 12 fois sa largeur. 
La tour Saint-Rombaut aurait en hauteur un peu plus 
de 6 fois sa base seulement. 

Nous devons vous dire, Messieurs, que les calculs qui 
précèdent, pour être péremptoires, devraient être confr- 
més par un relevé minutieux du monument et un travail 
matériel préalable trop important pour que nous ayons 
pu le réaliser. Je m'appuie cependant sur des chiffres 
qui se rapprochent plus ou moins de l'exactitude. 

Nous finissons par recommander à tous l’œuvre du 
parachèvement de notre belle tour. Le grand ingénieur 
Vauban la considérait déjà comme la huitième merveille 
du monde; achevée, elle prendrait la toute première 
place parmi les monuments terrestres. Aucun, sauf des 
constructions récentes, en fer, n’atteindrait sa hauteur. 

D'après le plan que nous venons de discuter, elle 
devrait avoir 160 mètres! 

Tâchons de réaliser ce beau projet, et nous mériterons 
une place dans le livre d'or de la cité. 

Pr. VAN BoxMEER. 


ame Section : Histoire 


IX" QUESTION 


Peut-on formuler certaines règles en vue de l'explication éty- 
mologique des noms de lieux? 


A réponse à cette intéressante question com- 
porte plus d'étendue qu'il ne nous est permis 
Ÿ de lui en donner ici. Je me bornerai donc à 
Se, quelques indications sommaires, qui seront le 
reflet des leçons de deux savants professeurs, MM. d'Ar- 
bois de Jubainville et Longnon, membres de l'Institut 
de France, pour l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres. 

Tout d’abord, il faut reconnaître qu'il est difficile de 
formuler des règles générales, les recherches et les solu- 
tions devant nécessairement varier suivant la région et 
suivant la langue. Quand il s’agit d'une langue monosyl- 
labique, l'étymologie est généralement facile à trouver, 
à moins que des altérations aient défiguré la forme pri- 
mitive. Dans les langues d'agglutination, et surtout dans 
les formes polysinthétiques, le travail est plus pénible, 
car il faut démêler des éléments souvent multiples et les 
dégager les uns des autres. Dans les langues à flexion, 





l'opération devient encore plus difficile, par suite des 
‘ transformations et des altérations successives que les 


noms de lieux ont subies. | 

La première règle que les étymologistes aient formu- 
lée consiste à remonter aux formes anciennes. Assuré- 
ment rien n'est plus judicieux, mais cette recherche 
même exige de la part de celui qui s'y livre une grande 
variété de connaissances, en linguistique, en géographie, 
en histoire, sous peine de tomber dans le domaine de 
l'imagination, d'accepter des légendes et de forger de 
toutes pièces des étymologies dont la plus simple critique 
démontre la fausseté. 

Cette forme ancienne elle-même, de“ re laquelle il 


peut s'en trouver une autre plus > : encore qu'au- 
cun document écrit ne révèle, « ir l'influence de 
ja transformation du langage ou raduction en une 
autre langue, en cas de conquête exemple. On aper- 


çoit de suite les difficultés aux es le chercheur se 
heurte tout d'abord, quand il doi. ‘remonter ainsi à tra- 
vers les âges et les événements, pour chercher une ori- 
gine qui se dérobe à chaque instant et qu'il finit par 
perdre de vue, lorsque le secours des manuscrits ou des 
inscriptions lui fait défaut. 

Qu'il me soit permis de citer en passant deux exemples 
des erreurs auxquelles on est exposé quand on ne pousse 
pas assez loin les recherches en matière d'étymologie des 
noms de lieux. 

Dans la préface de ses Etudes étymologiques, historiques 
et comparatives sur les noms des villes, boures et villages du 
département du Nord, le regretté M. P. Mannier citait 
l'exemple d'une ville du Pas-de-Calais qui, suivant l’opi- 
nion d'un étymologiste, doit son nom à l'apparition d'un 
monstre marin sur ses rives, alors que la mer baignait 
ses murailles. Ce monstre n'avait qu'un ceil, et l'on disait 
de ce cyclope, monstrat oculum, d'où le nom de Montreuil- 
sur-Mer. 


— 307 _— 


M. le baron de Calonne, dans le Dichonnaire histo- 
rique et archéologique du département du Pas-de-Calais, 
a rétabli la vérité, en rappelant que cette localité, que 
les Gaulois nommaient Brayum, avait pris le nom de 
Monasteriolum, après que Saint Sauve y eut fondé, au 
commencement du VII" siècle, un monastère bientôt 
devenu célèbre dans la contrée, et que les transforma- 
tions successives : Monstriolum, Monstriceul, avaient 
abouti au nom actuel. 

En rédigeant les notices sur les communes du canton 
de Fauquembergue (Pas-de-Calais), qui m'avaient été 
demandées pour le même dictionnaire, je trouvai au - 
cadastre de Fauquembergue, un lieu dit El bout de ville; 
sur la carte d'état-major, on avait pris ces mots pour du 
patois, et on avait cru faire preuve de sagacité en les tra- 
duisant par le bout de la ville; mais en remontant à la 
forme ancienne, Hellebodehem, demeure d'Hellebode 
ou d'Helleboud, Hellebodingahem, demeure des enfants 
d'Hellebode ou d'Helleboud, je n'hésitai pas à restituer 
à ce lieu dit son véritable nom : Hellebode ville, ou, en 
patois, Helleboudeville. 

Le sujet qui nous occupe a depuis longtemps éveillé 
l'attention des savants; dans la préface de son diction- 
naire de la langue française, Littré disait : « L'étymo- 
» logie a toujours excité la curiosité. Il est, on peut le 
» dire, peu d'esprits qui ne s'intéressent à ce genre de 
» recherches... Cet intérêt n'est ni vain ni de mauvais 
» aloi. Pénétrer dans l'intimité des mots, c'est pénétrer 
» dans un côté de l’histoire, et, de plus en plus, l’histoire 
» du passé devient importante pour le présent et pour 
» l'avenir », 

M. Champellion-Figeac, dans l’article Etymologie qu'il 
a donné à L'Encyclopédie moderne, publiée par Firmin 
Didot, frères, s'exprime ainsi : « La linguistique rend de 
» trop bons services à l'histoire pour que la véritable 
» science des étymologies ne reprenne pas, dans l'estime 


26 


» publique, la place qui lui est due. C’est aux savants, 
» dont l'Europe lettrée s’honore, à la lui assurer ». 

Dans L'Encyclopédie, publiée par Diderot, le chevalier 
de Goncourt signa l'article Art étymologique, dont j'extrais 
ce passage : « J'ai droit d'appuyer sur l'utilité dont 
» peuvent être les étymologies pour l’éclaircissement de 
» l’ancienne histoire et de la fable. Les mélanges de 
» langues servent à indiquer les mélanges des peuples, 
» leurs courses, leurs transplantations, leurs navigations, 
» les colonies, qu'ils ont portées dans les contrées éloi- 
» gnées ». | 

Ce qui fait précisément l'objet de nos recherches à cette 
heure me paraît contenu dans l'article du chevalier de 
Goncourt, et je m'adresse à votre patience pour écouter 
une citation qui pourra vous paraitre un peu longue, 
mais dont l'intérêt vous dédommagera amplement : 

« L'origine d'un mot, en général, est un fait à deviner, 
» auquel on ne peut arriver que par des conjectures, en 
» partant de quelques faits connus. Le mot est donné; 
» il faut chercher dans immense variété des langues, 
» les différents mots dont il peut tirer son origine. La 
» ressemblance du son, l’analogie du sens, l’histoire 
» des peuples qui ont successivement occupé la même 
» contrée, ou qui ont entretenu un grand commerce, 
» sont les premières lueurs qu’on suit; on trouve enfin 
» un mot assez semblable à celui dont on cherche /’éty- 
» mologie. 

» Ce n'est encore qu'une supposition, qui peut être 
» vraie ou fausse; pour s'assurer de la vérité, on examine 
» plus attentivement cette ressemblance; on suit les alté- 
» rations graduelles qui ont conduit successivement du 
» primitif au dérivé; on pèse le plus ou moins de facilité 
» du changement de certaines lettres en d’autres; on dis- 
» cute les rapports entre les concepts de l'esprit et les 
» analogies délicates qui ont pu guider les hommes dans 
» l'application d'un même son à des idées très diffé- 


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rentes; on compare le mot à toutes les circonstances 
de l'énigme : souvent il ne soutient pas cette épreuve, 
et on en cherche une autre; quelquefois (et c'est la pierre 
de touche des étymologies, comme de toutes les vérités 
de fait) toutes les circonstances s'accordent parfai- 
tement avec la supposition qu’on a faite; l'accord de 
chacune en particulier forme une probabilité; cette 
probabilité augmente dans une proportion rapide, à 
mesure qu’il s'y joint de nouvelles ressemblances; et 
bientôt, par l'appui mutuel que celles-ci se prêtent, la 
supposition n’en est plus une et acquiert la certitude 
d'un fait. La force de chaque vraisemblance en parti- 
culier et leur réunion sont donc l'unique principe de 
la certitude des étymologies, comme de tout autre 
fait, et le fondement de la distinction entre les éfymo- 
logies possibles, probables et certaines. 

» Une mémoire vaste et remplie, autant qu'il est pos- 
sible, de toutes les connaissances relatives à l'objet 
dont on s'occupe, un esprit mené à observer, dans tous 
les changements qui le frappent, l'enchaînement des 
objets et des causes, et à en tirer des analogies, sur- 
tout l’habitude de se livrer à la méditation, voilà, non 
les règles de l'invention, mais les dispositions néces- 
saires à quiconque veut inventer, dans quelque genre 
que ce soit, et nous n'avons plus ici qu’à en faire l’ap- 
plication aux recherches étymologiques… 

» Il est naturel de ne pas chercher d’abord loin de soi 
ce qu'on peut trouver sous la main. L'examen attentif 
du mot même dont on cherche l’étymologie et de tout 
ce qu'il emprunte... de l’analogie propre de sa langue, 
est donc le premier pas à faire. Si c'est un dérivé, il 
faut le rappeler à sa racine, en le dépouillant de cet 
appareil de terminaisons et d'inflexions grammaticales 
qui le déguisent; si c'est un composé, il faut en sépa- 
rer les différentes parties : ainsi, la connaissance pro- 
fonde de la langue dont on veut éclairer les origines, 


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de sa grammaire, de son analogie, est le préliminaire 
indispensable pour cette étude. 

» Souvent le résultat de cette décomposition se ter- 
mine à des mots absolument hors d'usage; il ne faut 
pas perdre pour cela l'espérance de les éclaircir, sans 
revenir à une langue étrangère : la langue même dont 
on s'occupe s'est altérée avec le temps; l'étude des 
révolutions qu'elle a essuyées fera voir, dans les mo- 
numents des siècles passés, ces mêmes mots dont 
l'usage s’est perdu et dont on a conservé les dérivés. 
» Quelquefois les changements arrivés dans la pronon- 
ciation effacent dans le dérivé presque tous les vestiges 
de sa racine. L'étude de l'ancien langage et des dia- 
lectes fournira aussi des exemples des variations les 
plus communes de la prononciation, et ces exemples 
autoriseront à supposer des variations pareilles dans 
d'autres cas. L'orthographe, qui se conserve lorsque la 
prononciation change, devient un témoin assez sûr de 
l'ancien état de la langue, et indique aux étymologistes 
la filiation des mots, lorsque la prononciation la leur 
déguise… 

» La connaissance générale des langues, dont on peut 
tirer des secours pour éclairer les origines d'une langue 
donnée, montre plutôt aux étymologistes l'espace où 
ils peuvent étendre leurs conjectures, qu'elle ne peut 
servir à les diriger; il faut que ceux-ci tirent, de l'exa- 
men du mot dont ils cherchent l’origine, des circon- 
stances ou des analogies sur lesquelles ils puissent 
s'appuyer. Le sens est le premier guide qui se pré- 
sente ; la connaissance détaillée de chaque chose expri- 
mée par le mot et de ses circonstances principales, 
peut ouvrir des vues. Par exemple, si c'est un lieu, sa 
situation sur une montagne, dans une vallée, sur un 
cours d'eau, près d'un rivage. 

» La ressemblance des sons suffit pour supposer des 
étymologies, sans aucun égard à la quantité, qui varie 


» souvent dans la même langue d'une génération à 
» l’autre, ou d’une ville à une ville voisine... Lors même 
» que les sons ne sont pas complètement les mêmes, si 
» les consonnes se ressemblent, on n'aura pas beaucoup 
» d'égards à la différence des voyelles: effectivement, 
» l'expérience nous prouve qu'elles sont beaucoup plus 
» sujettes à varier que les consonnes... On ne s'arrête pas 
» même lorsqu'il y a quelques différences entre les con- 
» sonnes, pourvu qu'il reste entre elles quelque analogie, 
» et que les consonnes correspondantes dans le dérivé et 
» dans le primitif se forment par des mouvements sem- 
» blables des organes, en sorte que la prononciation, en 
» devenant plus forte ou plus faible, puisse changer aisé- 
» ment de l’une à l’autre. D’après les observations faites 
» sur les changements habituels de certaines consonnes 
» en d’autres, les grammairiens les ont rangées par 
» classes, relatives aux différents organes qui servent à 
» les former. 

» Une syllabe longue autorise souvent à supposer la 
» construction de deux voyelles, et même le retranche- 


>» ment d’une consonne intermédiaire. 


» Un peuple adopte plus volontiers un mot nouveau 
» avec une idée nouvelle, qu’il n'abandonne le nom des 
» objets anciens auxquels il est accoutumé. » 

Les diverses considérations que je viens de transcrire 
datent de plus d'un siècle; elles émanent d’un esprit 
judicieux et éclairé; ne pensez-vous pas, Messieurs, 
qu'elles renferment les règles les plus sages qu'on puisse 
formuler, et les meilleurs préceptes qu'on puisse suivre 
en matière d'élymologies? En outre, et pour mon compte, 
je me rallierai, sans la moindre hésitation, à cette obser- 
vation formulée par un spécialiste très autorisé et très 
consciencieux, c'est que l'étude préalable de la langue 
celtique est le point de départ de toute recherche sur les 
étymologies topographiques. C’est à notre région surtout 
qu'on peut appliquer cet aphorisme, formulé peut-être 


— 402 — 
d’une façon un peu vive, mais absolument sensée : « avoir 
» la prétention de donner des solutions, quand on ignore 
» complètement cet idiôme, est un véritable enfantil- 
» lage ». 

En résumé, les noms de lieux ne sont pas le produit 
du hasard, ce n'est pas à des caprices qu'ils doivent leur 
naissance; pour remonter à leur origine, on ne saurait 
mieux faire que se rendre compte de l'aspect des régions 
où ils se sont formés, rechercher les noms des tribus qui 
les ont occupées et des hommes qui les ont possédées, 
s'enquérir des événements dont elles ont été le théâtre, 
afin de discerner, parmi ces causes multiples, ce qui fut 
de nature à frapper des populations primitives et à rester 
dans leur mémoire. 


FÉLix LE SERGEANT DE MONNECOVE. 


—— 





nan TE D Re 


zee Section : Archéologie 


Vee QUESTION 


Quelles considérations devraient présider à la restauration des 
Halles et du Palais du Grand Conseil, à Malines? © 


MESsIEURs, 


Pest de notre Grand’ place, se dessinent les 
silhouettes de vieux bâtiments qui préoc- 
cupent depuis longtemps le monde archéolo- 
gique. Toute âme Malinoise vénère ces vieilles 
pierres. C'est qu'elles personnifient les époques les plus 
brillantes de notre histoire locale. Elles évoquent en 
nous les souvenirs des fastes de notre industrie et af- 
firment toujours la conquête de nos libertés et franchises 
communales. Elles nous font revivre les temps, où une 
savante princesse et un grand empereur dotèrent notre 
cité de maints privilèges et prérogatives. 

Deux constructions différentes forment le quadrilatère 
que nous désignons : les Halles et le palais du Grand 
Conseil. 

La première fut commencée en 1315, à l'endroit où 
antérieurement déjà, nos marchands faisaient le négoce. 
Certaines parties des bâtiments, d'un appareillage plus 





— 406 — 


grand, appartiennent probablement aux halles premières. 
La nouvelle Halle devait occuper tout l'emplacement, 
lorsqu’en 1529, Charles-Quint jeta les bases d’un riche 
palais destiné à la Cour de justice suprême des Pays- 
Bas. Une aile des Halles fut sacrifiée et le génie des 
Keldermans créa le bijou d'architecture que nous admi- 
rons dans la rue de Beffer. Ce palais resta inachevé 
malheureusement; nous possédons toutefois aux archives 
communales, le plan original qui nous permet d'appré- 
cier l’œuvre entière de l'artiste. La maison du Roi à 
Bruxelles, l'hôtel de ville de Gand et celui de Louvain 
ne dépassent pas en beauté et n'atteignent pas le déve- 
loppement qu'aurait eu le palais du Grand Conseil, à 
Malines. 

Nous voilà donc en présence de deux monuments 
également intéressants, mais dont l’un existe aux dé- 
pens de l’autre. Le problème se pose donc : « Faut-il 
démolir le Palais du Grand Conseil pour compléter les 
Halles? » 

Il fut répondu affirmativement à cette question; des 
plans, conçus dans ce sens, virent le jour. D'autres, 
trouvant l’intrus plus beau que le premier occupant, vou- 
lurent congédier celui-ci pour faire régner le style des 
Keldermans sur les quatre faces; projet féerique s'il en 
fut, mais qui avait, pécuniairement parlant, des chances 
de réalisation très douteuses. Il s'en trouva même qui 
jugèrent bon de tout raser et d'ériger un nouvel hôtel de 
ville sur les ruines de cette architecture qualifiée jadis 


Aujourd'hui, l'archéologie ayant fait revivre de ses 
cendres la fière architecture. ogivale, il ne sera plus 
trouvé un ignorant pour détruire l’œuvre de nos pères 
On se trouve cependant souvent devant l’écueil de al 
ternative : « ou supprimer pour compléter, ou conserver 
à une construction plus ancienne, des parties d’archi- 
tecture postérieures ». 


Ici je conclus « a priori » qu'une œuvre intéressante, 
à quelque titre que ce soit, ne peut jamais disparaître 
sous le simple prétexte d'en compléter une autre, à 
moins que des intérêts supérieurs ou des causes graves 
nous imposent ce sacrifice. 

Nous devons donc conserver l'intégrité de la concep- 
tion première aux deux éléments qui composent le mo- 
nument dont nous parlons; nous devons réaliser le projet 
de Charles-Quint et rétablir les Halles. 

Cet accouplement hétérogène déplaira-t-1l ? | 

Je vous mets sous les yeux une gravure congue dans 
ces conditions et je vous demande, Messieurs, d'exami- 
ner si les deux styles ne s'entendent pas. Pour nous, la 
Halle, sans paraître mutilée, cède volontiers sa droite au 
compagnon qu'un plus jeune siècle lui fournit; elle ga- 
gnerait à la silhouette variée de ce bon voisinage. L'ceil 

complète d’ailleurs aisément le membre tronqué du vieux 
monument. 

L'esthétique ne me paraît pas s'opposer à ce compa- 
gnonnage des deux styles et l'archéologie y gagne tout! 
II se pose maintenant une secbnde question : quelle des- 
tination donnerait-on au monument, ou pour mieux dire, 
aux monuments ? 

D'abord, nous prétendons que les monuments restau- 
rés d'après leurs ordonnances anciennes, rigoureusement 
exactes, ne doivent pas seulement servir de spécimen 
archéologique; il faut qu'ils répondent à un but pratique, 
car un bâtiment inoccupé est un corps sans vie. Il serait 
préférable sinon de respecter ces ruines, les préservant 
uniquement des intempéries; la chaude patine des murs 
démantelés inspirerait au moins la palette du peintre. — 
Nous allons même plus loin : le bâtiment occupé, il fau- 
drait, d'après nous, que chacun de ses éléments ait autant 
que possible une destination correspondante à celle qu'il 
devait avoir primitivement. C'est ainsi que le palais du 
Grand Conseil servirait d'hôtel de ville; à l'étage destiné 


— 408 — 


aux salles d'audience et de réception du Grand Conseil, 
on trouverait les mêmes salles pour nos édiles. Au rez- 
de-chaussée, les bureaux ordinaires de la maison com- 
munale, comme il fallait primitivement des appartements 
pour les greffers, clercs et valets de plume du Grand 
Conseil. Dans les locaux des halles, on établirait, outre 
la halle aux toiles qui existe toujours, un marché d’ar- 
ticles similaires; à l'étage et dans la cour, on conserverait 
fort bien les antiquités, que nul mieux que ce vieux 
vétéran pourrait garder et faire respecter. Le beffroi 
aurait ses cloches : « Uur en werkklok ». 

Ce programme, comme vous voyez, Messieurs, répond 
assez bien aux conditions posées. La question ainsi 
résolue, il me semble que les façades restaurées ne men- 
tiraient pas : en même temps qu'elles reproduiraient 
fidèlement l’œuvre des vieux maîtres, elles serviraient de 
physionomie sincère aux membres intérieurs. Pour finir, 
nous faisons un appel à tous les dévouements, afin de 
réaliser une restauration conçue dans cet ordre d'idées, et 
nous espérons, grâce à nos persévérants efforts, atteindre 
un jour notre but. | - 


Pun. VAN BOXxMEER. 





zee Section : Archéologie 


VII" QUESTION 


Lies Sonnettes des Hondeurs Dalinois 


(XVI=*- XVII®* SIÈCLES) 


par le Comte de Marsy 


Directeur de Ia Socièté Française d'Archéologie, Membre honoraire 
de l'Académie Royale d'Archéologie de Belgique 





Que connaît-on de l’ancienne industrie Malinoïse si renommée, 
de la fonderie des cloches, clochettes, carillons, sonncttes, 
mortiers et pièces d'artillerie? 


N demandant au Comité d'organisation de vou- 
SRD loir bien inscrire au programme du Congrès 
la question que je viens de transcrire, je dois 
avouer que j'avais surtout pour but de provo- 
quer des travaux de la part d'archéologues de Malines, 
beaucoup mieux placés que moi pour pouvoir approfon- 
dir cette question, puisqu'ils auraient eu entre les mains, 
non seulement des spécimens de cette fabrication en 
beaucoup plus grand nombre que je n'en ai pu rencon- 
trer, mais encore des pièces d'archives pouvant nous 







faire connaître des marchés relatifs à la vente de ces 
objets. 

Ce travail n'a pas, je crois, encore été fait d'une ma- 
nière complète, et il mérite de tenter quelque érudit. 

À défaut des études que j'espérais, je me bornerai à 
apporter quelques renseignements sur les plus modestes 
de ces produits, les clochettes à main ou sonnettes; per- 
mettez-moi de leur donner ce dernier nom de préférence. 

L'étude de ces petits monuments a pris en France, 
depuis quelques années, une certaine importance, et 
quelques archéologues du Midi se sont attachés à les 
faire connaître et à les décrire avec autant de soin que 
s'il s'agissait d'émaux limousins, de figurines de Palissy 
ou de faïences de Saint-Porchaire. 

Sans vouloir mépriser les produits des ateliers des 
Van den Gheyn et de ceux de Van den Hende, plus 
connu sous le nom de Johannes a Fine, je ne crois pas 
qu'ils méritent, par la composition et le choix des sujets 
qui les décorent, l'attention dont ils sont l'objet à Mon- 
tauban, notamment, où la Société archéologique de 
Tarn-et-Garonne semble s'être attribué le monopole de 
leur recherche, comme la Société archéologique de 
Brive a pris celui de l’orfèvrerie limousine, etc. (1). 

C'est ainsi qu'on pouvait lire dans un des derniers 
bulletins de la Société archéologique de Tarn-et-Ga- 
ronne, où Mgr Barbier de Montault fait la description 
d’une clochette flamande ayant figuré en 1895 à l'exposi- 
tion d'Angers, les lignes suivantes : (2). 

« La Société archéologique de Tarn-et-Garonne, grâce 


(1) M. l'abbé L. Morirror a publié en 1888, une Etude sur Pemploi des clo- 
chettes chez les anciens et depuis le triomphe du christianisme, Dijon, Damongeot 
et Cie, in-8°, planches, dans laquelle il a fait connaître presque toutes les 
clochettes flamandes du XVIe siècle, conservées en France, et signalé 
les publications dont elles ont été l’objet; mais les renseignements qu'il 
donne sont trop souvent mêlés de considérations étrangères à son sujet. 


(2) 1896, p. 37. 


à l'intelligente initiative de son président, M. le cha- 
noine Pottier, s'est constituée, au sujet des clochettes 
flamandes, une spécialité que personne ne peut lui dis- 
puter, par le groupement — car elles sont dispersées un 
peu partout — et la publication de celles connues jus- 
qu'ici. On ne saurait trop encourager pareilles études, 
qui profitent largement à la science sur un point déter- 
miné. Quand la série sera complète ou à peu près — en 
archéologie il y a toujours de l'imprévu —, alors seule- 
ment il sera possible de procéder à une étude d'ensem- 
ble; pour le moment, contentons-nous d'en recueillir les 
matériaux... » (1). 

Peut-être le moment est-il arrivé de tenter le classe- 
ment proposé par le savant archéologue Poitevin, et nous 
allons essayer au moins d'en poser les jalons. 

Le nombre des monuments déjà recueillis sèmble nous 
y autoriser; du reste, parmi tous ceux qui ont été décrits, 


si les variétés sont nombreuses, les types paraissent très 


restreints. 


Presque toutes les sonnettes qui ont été décrites ap- 


partiennent au XVI” siècle et semblent sortir de deux 
fabriques principales, celle de Johannes a Fine, ou Jean 
Van den Hende, et celle des Van den Gheyn. 

Cette dernière est la plus répandue, et comme les ren- 
seignements recueillis sur elle sont assez nombreux, c'est 
par elle que nous commencerons. 

Les Van den Gheyn ont leur filiation bien établie, 
seulement, ce qui rend l'attribution de leurs produits 
plus difficile, c'est que pendant trois générations, ils ont 


(1) Peut-être ne serait-il pas hors de propos de rappeler ici que la Société 
de Borda, à Dax, encouragée par la découverte de plusieurs sonnettes 
romanes ajourées, marche sur les traces de la Société de Montauban, en 
décrivant celles qui ont été trouvées dans les Landes, à Buglose et dans cinq 


autres localités du département, et dont le type rencontré pour la première 


fois à Reims a été d’abord décrit par Didron et reproduit en moulage par 
Poussielgue-Rusand. Elles représentent les symboles des évangélistes avec 
leurs noms. 


— 413 — 


porté le même prénom, celui de Pierre, et que pendant 
plus d'un demi-siècle, ils ont employé les mêmes moules, 
ce qui explique l’altération observée sur leurs produits 
les plus récents. 

Dans son guide de Malines (1), M. le Chanoine van 
Caster, s'aidant des recherches antérieures du chevalier 
Xavier van Elewyck (2), établit ainsi la généalogie des 
Van den Gheyn, dont la descendance se continue encore 
aujourd’hui. 

I. Guillaume Van den Gheyn, originaire des environs 
de Bois-le-Duc, acquit le droit de bourgeoisie à Malines, 
le 15 juillet 1506, mort avant 1533. 

II. a) Pierre I“, mort le 14 mars 1561; 

b) Guillaume, dont on trouvera plus loin la filiation. 

III. Pierre IT. 

IV. Pierre III, mort sans enfants, en 1616. 

III. b) Jean, qui fut aussi fondeur, mort en 1573. Son 
petit-fils, Pierre IV, s'associa en 1638, avec son cousin 
germain, Pierre de Clercq, pour fondre le bourdon de 
Malines, Salvator. 

« Vers la fin du XVII” siècle, écrit M. van Caster, les 
Van den Gheyn quittèrent la ville, pour aller chercher ail- 
leurs une fortune qui semblait vouloir les abandonner ici ». 

Ils s'établirent alors à Saint-Trond, Tirlemont, Ni- 
velles et Louvain (3). 


(1) Desclée et Cie, in-12, s. d. 

(2) Mathias Van den Gheyn, le plus grand organiste et carillonneur belge du X VIlise 
siècle, et les célebres fondeurs de cloches de ce nom, depuis 1450 jusqu’à nos jours (Lou- 
vain, Peeters, 1862, in-8°). Toutefois M. van Caster ne partage pas l'opinion 
de cet auteur, qui considère les Van den Gheyn comme établis à Malines 
dès 1450. Il est à remarquer que la plus ancienne cloche connue des Van 
den Gheyn est celle de Notre-Dame au-delà de la Dyle, à Malines, datée 
de 1516. Notre ami, M. Emile Travers, a consacré une note intéressante à 
cette question, à l'occasion de deux sonnettes de Pierre Van den Gheyn, 
dans son travail intitulé : Les Expositions rétrospectives de Londres (Bulletin mo- 
numental, tome LVIII, p. 372, 1893). 

(3) M. Hermans, archiviste de Malines, a présenté au Congrès de très 
intéressants extraits de documents, relatifs à la famille Van den Gheyn. 





— 413 — 


Quant à Jean Van den Hende, Johannes a Fine, il 
est certainement aussi malinois, ainsi qu'a bien voulu 
me lafhrmer M. Hermans, qui m'avait fait espérer qu'il 
lui serait possible de me fournir quelques indications 
sur sa vie. Etait-il le concurrent, et fut-il plus tard l’as- 
socié des Van den Gheyn? C’est une question que nous 
nous sommes posés, en voyant qu'ils employent exacte- 
ment les mêmes motifs, motifs pris sur la même règle de 
fondeur, ainsi que le montrent certaines défectuosités. 

Ce qui m'a frappé surtout, c'est de voir mes compa- 
triotes rechercher avant tout les sonnettes qui portent la 
signature de Johannes a Fine, les cataloguer, en quelque 
sorte, pièce à pièce, et les numéroter, comme s'il s’agis- 
sait de cachets d’oculistes (1). 

Les œuvres de Johannes a Fine remontent à 1544, et 
leur fabrication parait cesser en 1555. 

Nous en avons relevé une quinzaine de spécimens, 
dont nous donnons les dates avec l'indication des col- 
lections, dans lesquelles elles sont conservées : 

1544. Musée d'Amsterdam (2). 

1547. Musée de Toulouse. 

id. Musée de Montauban. 
id. Musée historique d'Orléans. 
1551. La Capelle-Livron. 
1552. Collection X. Cavillier, à Carrépuits[Somme](3). 


(1) C’est ainsi que dans un article intitulé Cloches et clochettes, à propos dune 
nouvelle clochette datée de 1554, de Fohannes a Fine, M. le baron de Rivières, par- 
lant d'une clochette conservée dans l’église de Castell, annexe de Vernet- 
les-Bains, semblable à une précédemment décrite par M. de Bonnefoy, et 
qui se trouvait dans l'église d'Elne (Pyrénées-Orientales), dit : « Les deux 
clochettes ont donc même légende et même millésime. Elles ajoutent deux 
anneaux à la future monographie des instruments campanaires du fondeur 
flamand et portent le nombre de ces timbres, aujourd’hui connus, au chiffre 
de neuf ». (Bulletin de la Sociëte archéologique de Tarn-et-Garonne, 1885.) 

(2) On a aussi attribué à 1544, la clochette du Musée de Langres; mais le 
catalogue la fixe à 1554. 

(3) Publiée par M. Jos. BERTHELÉ, dans le Bulletin Archéologique du Comité 
des Travaux historiques, 1893. 


27 


1553. Collection de M. de Quevauvilliers, à Paris. 

id. Musée de Bruges. 
id. Musée d’Alost. 
id. Londres. 

1554. Collection J. Ant. Bamps, à Bruxelles. 
id. Eglise d'Elne [Pyrénées orientales] (r). 
id. Musée de Langres. 
id. Eglise de Castell, près Vernet-les-Bains. 
id. Eglise de Barbonvielle. 

1555. Château de Brugny [Marne] (2). 
id. Eglise Saint-Jean, à Tarbes. 

s. d. Ancienne collection Baudot, à Dijon (3). 

Avant tout, fondeurs de pièces d'artillerie, de cloches 
pour les églises et de clochettes pour les carillons, si 
nombreux encore en Belgique, les Van den Gheyn n'ont 
dû considérer que comme une branche secondaire de 
leur fabrication, la confection des sonnettes et celle des 
mortiers, et ainsi peut s'expliquer le défaut de variété 
dans le choix des sujets et la conservation de types usés 
et qu'il aurait pourtant été facile de refaire à peu de 
frais; là est sans doute également le motif pour lequel 
un certain nombre de ces produits offrent un mélange de 
sujets, jetés en quelque sorte au hasard dans le moule 
de la sonnette ou du mortier. 

Nous laisserons de côté les cloches et les canons et 
reviendrons à nos sonnettes. 

Examinons maintenant les pièces sorties de leurs ate- 
liers; les sujets représentés sur celles qui sont datées et 
signées nous aideront dans l'attribution de celles qui 
sont anonymes. 





(1) Publiée avec dessin, par le baron de Rivieres, Bulletin de la Societé ar- 
chéologique de Montauban, 1885. 

(2) Reproduite par Dipron, dans les Annales archéologiques, t. II, p. 223 (1853). 

(3) M. l'abbé MorirLor donne, dans son ouvrage, pp. 169-176, Nindication 
des différentes publications dans lesquelles sont décrites ces sonnettes. Il 
reproduit dans ses planches, celle de la collection Baudot, 


— 415 — 


Mais, d’abord, pour faire une étude complète, il ne 
faut pas nous borner aux sonnettes, 1l est nécessaire de 
parler aussi d’une autre série, fabriquée également dans 
leurs ateliers, ce sont les mortiers; nous retrouverons 
souvent sur eux les mêmes motifs de décoration que sur 
les sonnettes, et cet examen nous amènera peut-être 
quelques: désillusions, car nous verrons que les sujets 
religieux ont également pris place dans la décoration de 
ces objets destinés à piler les drogues des apothicaires 
ou à broyer les épices dans les cuisines (1). 

Pour montrer comment les fondeurs mêlaient sur leurs 
produits les sujets sacrés et profanes, on pourrait citer 
un mortier du Musée d'Angers, du XVI” siècle, dont le 
catalogue n'indique pas l'origine, mais qui est orné de 
figurines et de médaillons en relief, parmi lesquels on 
distingue : un Ecce homo, la Vierge, un évêque, Mi- 
„nerve, Pégase, etc. (2). 

L'Annonciation. — L'un des sujets représentés le plus 
fréquemment sur les sonnettes, est la scène de l’Annon- 
citation. Nous en emprunterons la description détaillée à 
l’article que nous avons cité de Mgr Barbier de Montault : 

« L'archange Gabriel, debout, sans nimbe, les ailes 
courtes et presque au repos, remplit le message divin 
qui lui a été confié; aussi tient-il un sceptre pour attes- 
ter au nom de qui il parle. Il est vêtu d’une ample 
tunique talaire, imitée de l'antique, qui est retenue par 
une double ceinture. 

» La Vierge, nimbée, est agenouillée devant un prie- 
Dieu sur lequel pose un livre ouvert; la tête nue, elle a 
un manteau sur sa robe, ceinte à la taille. Surprise à la 
voix de lange, elle se détourne, témoignant son éton- 
nement par le geste de ses deux mains. 


(1) Le trop grand nombre de pièces fondues chez les Van den Gheyn, 
sonncttes et mortiers, ne nous permet pas d'en donner une liste, qui serait 
forcément incomplète et n'offrirait pas d'ailleurs un grand intérêt. 

(2) Catalogue, Ed. de 1884, n° 1850. 


.— 416 — 


» Suivant la tradition iconographique, un vase est 
placé sur le sol, entre les deux interlocuteurs, pour pro- 
clamer la virginité de Marie, que respectera sa mater- 
nité; de ce vase, muni de deux anses et godronné sur 
la panse, s'élance un lis, garni de deux fleurs et de trois 
boutons » (1). 

Ce sujet a fait donner à nos sonnettes, par la: plupart 
des archéologues français, le nom de clochettes de l’An- 
gelus ou de l'Ave Maria. 

La fute en Egypte. — Ce sujet est indiqué, avec des 
instruments de charpentier, sur une clochette portant la 
légende : EEN DRACHTIGE LIEF DE (amour con- 
cordant), datée de 1553 (Coll. de Cannart d'Hamale, 
Exp. de Malines, 1883, n° 276). 

Orphée. — Le motif d'Orphée jouant du violon et 
charmant les animaux, figure aussi parmi ceux que l'on 
rencontre fréquemment sur les sonnettes de différents 
fondeurs. 

Il a parfois donné lieu à de singulières appréciations; 
c'est ainsi que, d'après M. l'abbé Morillot, Mgr Barbier 
de Montault décrivant la clochette de Langres, a cru y 
voir « une fraductvon figurée du beau cantique Benedicite 
omnia opera Domini Domino » (2). M. de Bonnefoy, étu- 
diant celle d'Elne, se rapprochait plus de la vérité, en 
faisant du musicien un Apollon; mais la véritable inter- 
prétation est celle qui fait de ce sujet Orphée, et elle se 
trouve, du reste, confirmée par d’autres specimens portant 
ORPHEVS ES MINEN NAEM (3). 


(1) Une triple reproduction de cette clochette, signée de P. Van den 
Gheyn, de 1575, appartenant à M. du Chatellier à Kernuz, a été donnée par 
M. l'abbé Morillot, pl. IX de son ouvrage. Mgr Barbier de Montault en a 
donné une analogue, celle d'Angers, dans le Bulletin de la Societé arch. de 
Montauban, 1896, p. 40. 

(2) Op. cit., p. 173. 

(3) Collection de M. P. Daniels, à Zolder. Exposition rétrospective de 
Bruxelles, 1858, cat. cl. 7, 937. L'inscription porte de plus la date de 1445, 


RE — sns mma. ed  — 
« 


Ce type d'Orphée que l'on trouve à partir de 1544, 
chez Johannes a Fine (Musée d'Amsterdam) et de 1568, 
chez P. Van den Gheyn (1), continua à être employé au 
XVII" siècle, et nous le trouvons notamment sur une 
sonnette signée IACV DECLERCK. 1622 (Coll. G. van 
Melckebeke, Exp. de Malines, 1883, n° 243). 

Par une distraction qui prouve le peu de soin que l'on 
apportait au choix des sujets et des légendes, on trouve 
sur une sonnette de Pierre Van den Gheyn, de 1574, 
Orphée, et la légende O MATER DEI MEMENTO 
MEI (Coll. de M. le Sénateur de Cannart d'Hamale, 
Exp. de Malines, 1883, n° 275). 

Sur une sonnette du Musée de Bruxelles (n° 654), 
Orphée est entouré des animaux suivants, qui sont sur 
une ligne qui commence par une sorte d'arbuste ou de 
rinceau. Un ours debout, un lion, Orphée jouant du vio- 
lon, un petit singe accroupi, un autre singe, imitant 
Orphée et tenant un bâton sur lequel il racle avec un 
autre bâton, un lapin accroupi, une autruche (2), et un 
cheval avec un oiseau perché sur sa croupe (3). 

Le sujet d'Orphée se retrouve également sur un mor- 
tier, sorti évidemment de l'atelier des Van den Gheyn, 
ce qu'on reconnait à l'écusson aux armes de Malines, à 
trois pals. Ce mortier, qui appartient également au musée 
du Cinquantenaire à Bruxelles (n° 2925 — ancien R. 31 
de la Porte de Hal), porte sur la bordure inférieure, la 
légende suivante qui en fait connaître la propriétaire : 
Ecusson. VRVWE JOHANNA SANDES ABDESSE 
VAN OOST ECLOO. ANNO MDLXIII. 


Ce es 


qu’il faut évidemment corriger en 1545. IC BEN GHEGOTEN IN IAER 
M CCCC XLV. 

(1) Nous le trouvons aussi sur une sonnette de 1558, du musée de Bru- 
xelles, sans nom (n° 1176). 

(2) Sur d’autres pièces l'autruche devient une cigogne. 

(3) La légende en caractères gothiques. placée au bas de la robe de la 
clochette, porte : GHEGOTEN INT IAR MDXLVII. 4. 





— 4I8 — 


Parmi les autres sujets, nous distinguons des motifs 
d'ornementation dans le style de la Renaissance, colon- 
nades avec guirlandes, cariatides (r). 

Une très jolie sonnette, non signée, du musée de 
Bruxelles (n° 1176), datée de 1558, représente Orphée 
avec le singe l’imitant, le chien retourné ct le petit ours, 
et le reste de la bande circulaire occupée par une ronde 
d'enfants courant sous une guirlande de rinceaux; l’un 
d'eux passe dans un cerceau. 

Ce motif, très joli, se retrouve sur un mortier du 
même musée (2925) et plusieurs des animaux figurent 
également sur la sonnette n9 654. 

Avec le temps, les modèles dans lesquels on prenait 
les sujets s'altéraient, les ouvriers, comme le firent en 
d’autres circonstances les fondeurs pour les lettres, rem- 
placèrent des personnages les uns par les autres; on 
mêla les diverses compositions et il n'est pas rare de 
trouver sur la même cloche la Vierge et Orphée, les 
anges et les satyres. 

C'est ce qui nous porte à dire qu'il n'y a pas lieu 
d'attacher aux sujets reproduits sur les sonnettes fla- 
mandes, l'importance que certaines personnes ont voulu 
y voir. Du reste, au XVI” siècle, le symbolisme, dont 
on a trop souvent exagéré la portée, a presque complète- 
ment disparu, et on ne doit pas s'étonner de ne plus en 
trouver de traces sur des objets qui, perdant leur desti- 
nation primitive, ne sont plus que des ustensiles de 
ménage. 

Les légendes, nous l'avons dit, étaient faites avec des 
lettres en cire, dont les empreintes étaient prises sur la 
règle du fondeur; mais lorsque la lettre était en mauvais 
état, ou quand son attention n'était pas suffisamment 


(1) Voir la reproduction de deux de ces clochettes dans l'ouvrage de 
l'abbé Morillot, pl. VIII. 


soutenue, le fondeur substituait une lettre à une autre, 
remplaçait le v par l’A retourné, l’1 par l’1, etc. (x). 
Voici les légendes latines que nous rencontrons : : 


+ O MATER DEI. MEMENTO MEI (1559 (sans 
nom), P. G. (P. Van den Gheyn) 1564, 1574, 1575] (2). 


SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM (sansdate), 
Musée de Gand, n° 1375. 


AVE GRACIA PLENA. 1560 (3). 


SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM. Musée de 
Gand, n° 1375. 


O MATER DEI MEMENTO MEI. 


Cette légende, très fréquemment répétée, se trouve 
avec la mention de la date de fonte indiquée en flamand 
(coll. J. Frésart, à Liège). 


AVE MARIA GRACIA PLENA. 
Même observation sur l'indication de la date en fla- 
mand (1540). — Même collection. 


Nous trouvons dans les inscriptions flamandes : 

MINT - GOD : BOVE : AL - INT :- JAER ONS 
HERE : XV - XXI. | 

(Aime Dieu par dessus tout. En l’an de notre Seigneur 
mil cinq cent vingt et un) Musée de Gand, n° 1214. 


(1) Sur la sonnette 828 du musée de Bruxelles, GHEINEVS est écrit 
GHEINEYS (1574); sur un mortier à Mm° Lestraete, à Mons, GHIEN, au 
lieu de GHEIN (Exp. de Mons, 1885, n° 861); sur la clochette de M. du 
Chatellier de Van den Gheyn, Pierre, 1575, les lettres du mot recir sont 
placées irrégulièrement. 

(2) Cette inscription se trouve aussi sur un mortier fondu en 1589, par 
P. Van den Gheyn. Vente Minard, à Gand, 1883. Sect. VII, n° 269. 

(3) Avec l'annonciation et la date en flamand, Coll. Z. Frésart, à Liège. 


= D. .. 


LOF. (ou LOFT) GOT VAN AL. (Louez Dieu de 
tout) [de toutes ses œuvres]. Musée de Gand, 1376 et 
nombre d'exemples. ; 


IC BEN GHEGOTEN IN'T (ou INT) IAER ONS 
HEEREN ... (Je suis fondue en lan de notre Sei- 
gneur . . .). 


ORPHEVS ES MINEN NAEM (Orphée est mon 
nom). Voir les exemples cités précédemment. 

De même que les légendes qui indiquent les sujets ou 
rappellent une invocation pieuse, les noms des fondeurs 
et les dates se trouvent tantôt en latin, tantôt en flamand. 

Johanues a Fine signe toujours ses clochettes en latin, 
tandis que les Van den Gheyn employent indifféremment 
le latin et le flamand : 

Petrus a Gheine, 1534, 1564. 

Jan van den Ghein, 1553. 

Petrus Gheineus 1566, 1568, 1575, 1571 (1) 1574, 1575. 

Petrus van den Ghein 1578, 1580, 1589, 161. 

Peeter van den Ghein, 1648. 

La date est aussi indiquée tantôt en flamand, tantôt 
en latin : 


IN ’T JAER 1557. 
IN T IAER ONS HEEREN 1534. 
ICK BEN GEGHOTEN INT IAR 1560. 


(1) C'est évidemment à tort que la date de r4gr a été relevée sur une clo- 
chette conservée à l'Hôtel de ville de Douvres, représentant l'Annonciation. 
Cette lecture est inadmissible, d'abord, d'après le type de la clochette qui 
est analogue à tous ceux qui précèdent, et ensuite parce que jusqu'au milieu 
du XVIe siècle, ies dates mises par les Van den Gheyn sont indiquées en 
chiffres romains. Nous n'avons pu examiner cette clochette, et c'est dans 
le catalogue rédigé au moment de son exposition à Londres, que cette 
indication a été relevée par M. Emile Travers qui, comme nous, n’a pas 
hésité à la corriger en 1591 (Les Exfosilions vetrospectives de Londres, loc. cit. 
p. 372). | 


ANNO SALVTIS NOSTRE 1544. 
ANNO DOMINI MVCLXXII (1572); Ao 1552. 


Il est inutile de multiplier ces exemples. 

Certaines sonnettes portent en légende des noms qui 
ne paraissent pas avoir été ceux des fondeurs, mais bien 
ceux des possesseurs de ces objets. Il en est pour. les- 
quels aucun doute ne peut exister, par exemple, la son- 
nette aux armes de Guillaume van Liere, bourgmestre 
d'Anvers, avec l'inscription : + WILLEM + VAN + 
LIERE + BVRGMEESTER VAN ANTWERPEN. 
ANNO MCCCCC XXXI. (Musée d'antiquités du Steen, 
à Anvers, Série O, n° 1290); celle qui fut faite en 1534, par 
Pierre Van den Gheyn, pour Philippe de Schoenhoven, 
doyen d’Arschot, avec les légendes suivantes : + OPVS 
PETRUS (sic) A GHEINE. ANNO M D XXXIIII. — 
+ PHILIPPUS: DE: SCHOEN HOVEA- DECANVS 
AERSCHOTEN (1). 

Mais il en est d'autres sur lesquels nous ne sommes pas 
suffisamment renseignés, par exemple sur une sonnette 
du Musée du Cercle archéologique de Mons, avec le 
nom de FRANCHOIS MOONS. 1593 (2). 

Une clochette de bronze du musée de Bruxelles, plus 
grande que la plupart de celles que l'on rencontre habi- 
tuellement, porte au-dessus d'un écusson sommé d’un 
casque à lambrequins : IOHANNES BURGERUYS. 
M. F. 1644 (n° 2660). 

Les sonnettes malinoises sont munies d'un manche qui 
souvent est fondu en même temps que la pièce elle- 
même. Ces manches sont généralement formés de deux 
ou de trois figurines accolées, enfants, amours ou femmes 
nues et parfois de feuillages. 


(1) Belle pièce exposée à Mons, en 1885 (n° 85), par M. À. Van den Hove, 


capitaine de cavalerie. 
(2) Clochette représentant des figures d'animaux (Exp. de Mons, 1885, n° 39’. 


Nous n'avons pas vu cette pièce. 
28 


— 422 — 


La dimension des sonnettes est variable, les plus 
petites ont.environ 0"065 à 0"o7o "*. de hauteur et leur 
manche en-a 0"060; les plus grandes atteignent o”ogo non 
compris le. manche, c'est-à-dire environ o”r5. 

Les mêmés motifs servent pour les sonnettes dé diffé- 
rentes dimensions, mais il y a tantôt une bordure avec 
légende dans le bas, tantôt deux, dont une au cerveau 
de la clochette. 

I] existe. aussi des clochettes de plus grandes dimen- 
sions, mais, elles n'étaient pas d'un débit courant, aussi 
portent- elles presque toujours le nom ‘ou les arïnes de 
._ ceux qui les ont commandées. | 

Les fondeurs malinois n'ont pas été les seuls à fournir 
de cloches, de clochettes, de sonnettes et de mortiers, 
les Pays-Bas et même l'étranger; ils avaient de %rieux 
concurrents, parmi lesquels il faut citêf les Grongnart, 
ou Groignart, de Mons. Mais ce serait sortir de notre 
sujet que d’en parler et, du reste, M. [:éopold Devillers 
l'a fait beaucoup mieux que nous n'aurions pu le tenter. 

Les sonnettes des fondeurs malinois se sont vendues 
non seulement dans le Brabant et dans les Flandres, 
mais elles ont dû faire l'objet d'un important commerce 
d'exportätion, et c'est principalement par la voie mari- 
time qu'êlles semblent s'être répandues; on en trouve en 
Angleterre, dans les Municipalités du littoral (1); en 
France, c'est surtout dans le Midi qu'elles ont été ren- 
contrées. Tout porte donc à croire que, comme les œuvres 
d'art ou d'industrie qui d'Anvers vénaient à Rouen 
d'abord et de là dans les ports de l'Océan, à Bordeaux, 
à Bayonne et en Espagne, c'est par mer qu'elles ont été 
apportées à une époque où la voie de terre que suivaient 
au moyen âge les marchands gantois avait été ‘aban- 
donnée (2). 


(1) Rye et Douvres. 
(2) On trouve encore en Bretagne des œuvres de fondeurs flamands ou 





— 423 — 


Quel pouvait être le prix des sonnettes flamandes, c'est 
ce que nous n'avons pu rechercher, et cependant nous ne 
doutons pas qu'un de ces jours, dans un compte de 
paroisse ou un inventaire après décès, un de nos con- 
frères de Belgique n’arrive à trouver le prix d'achat ou 
la valeur des produits de Van den Gheyn ou de son con- 
current. 

Nous avions espéré rencontrer quelques renseigne- 
ments à ce sujet dans l'excellente publication de MM. de 
la Grange et Cloquet, sur les artistes tournaisiens (1). 
Les mentions relatives aux fondeurs y sont nombreuses, 
on y voit de nombreuses fournitures de cloches pour les 
édifices publics, ainsi que de « cloquettes » ; mais ces der- 
nières, pesant 12, 15, 20 et 30 livres, étaient destinées à 
être fixées dans la halle ou aux portes de la ville et mises 
en branle à l’aide d’une corde. La seule indication qui 
nous soit donnée, est la « livrance » en 1723, par Jean 
Colin, de « deux clochettes de métaille, scavoir l’une 
pour la chambre de messeigneurs prévost et jurés, et 
l’autre pour la chambre des enquestes, 4 livres » (t. II, 
p. 360). | 

Nos recherches ont porté surtout sur les objets conser- 
vés dans quelques Musées français, dans les Musées de 
Belgique, Bruxelles, Anvers, Gand et aussi dans les dit- 
férentes expositions rétrospectives qui ont eu lieu depuis 
une vingtaine d'années. Nous avons dans ce but dépouillé 
les catalogues des expositions de Bruxelles, de 1880 et de 
1888, de Mons, de 1885, de Malines, de 1883, de Liège, 
de 1881, mais nous avons souvent regretté de n'avoir pu 
voir les objets eux-mêmes, parce que les descriptions 
sont souvent incomplètes et parfois inexactes. 


hollandais, lustres et chandeliers d'églises, qui ont été apportées dans des 
foires, jusqu'au milieu du siècle dernier. 
(x) Etudes sur l'art à Tournai et sur les ancisns artistes de celle ville, Tournai, 


Vre Casterman, 1887-1888, in-8°, 2 vol. 





— 434 — 

Nous ne terminerons pas cet article, pour lequel nous 
réclamons toute l’indulgence de nos confrères, sans adres- 
ser tous nos remerciements à nos amis, MM. Arthur 
Dlomme, président du Tribunal de Termonde, et Léon 
Germain de Maidy, secrétaire perpétuel de la Société 
d'archéologie lorraine, à Nancy, qui ont bien voulu 
nous communiquer les nombreuses notes recueillies par 
eux sur un sujet dont nous avons surtout cherché à faire 
ressortir l'intérêt, en montrant les petits problèmes qu'il 
soulève. 





P. S. — Pendant le cours de l'impression de cette 
note, M. le baron Edmond de Rivières a donné, dans le 
Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 
une nouvelle collecte de clochettes de Fohannes a Fine (1897, 
PP. 411-413), comprenant six pièces de la collection de 
M. Jules Domergue, à Paris, et ne présentant pas de 
variantes à relever; les dates que portent quatre d’entre 
elles, sont : 1547, 1548 et 1551. Mais ce qui va mettre la 
mort dans l'âme des amateurs de ces bibelots, c'est qu'un 
mouleur a acheté dernièrement un des modèles, pour 
le surmouler, et que Paris et la province vont en être 
inondés. On en demande jusqu'à 60 francs; c'est bien 
plus, assurément, que ne coûtent les anciennes sonnettes 
authentiques. 


ame Section : Histoire 


XVI" QUESTION 


L'ORIGINE DU 


Conseil des Finances des Flnciens Pays-Bas 


par Eug. Lameere 


Docteur sx Puicosopmie ur Lerrmas 


N posant la question : quelle est l’origine du, 
RP Conseil des Finances des anciens Pays-Bas, 
nous avons émis l'espoir que des membres du 
5 Congrès, plus autorisés que nous, nous appor- 
teraient quelques renseignements nouveaux sur l'un des 
sujets les plus curieux de nos anciennes institutions. 

En même temps que Charles-Quint, à la mort de 
Marguerite d'Autriche, confiait, en 1531, la régence de 
nos provinces à sa sœur Marie de Hongrie, l'empereur 
modifiait l'organisation politique des Pays-Bas; il éta- 







— 426 — 


blissait sur des bases durables des organismes chargés de 
la gestion des affaires, à savoir : le Conseil d'Etat, le 
Conseil Privé et le Conseil des Finances qui, à partir 
de cette époque, sont connus dans l’histoire sous le nom 
de Conseils collatéraux. 

Ces Conseils existaient déjà avant 1531, mais encore à 
l'état embryonnaire. 

L'origine du Conseil des Finances n'a pas encore été 
très nettement éclaircie; nos historiens nationaux se 
contentent de nous dire qu'il fonctionnait avant 1531, 
sans entrer dans de plus amples détails. Il n'en est pas 
de même des Conseils Privé et d'Etat. L'examen rapide 
des ouvrages relatifs à leur création fera mieux connaître 
les liens qui unissaient le Conseil des Finances au Con- 
seil Privé et au grand Conseil ambulatoire des ducs de 
Bourgogne. 

En 1878, le Père Brabant, professeur au collège de la 
Paix, à Namur, avait déjà attiré l'attention des histo- 
riens sur l'institution du Conseil ambulatoire par Phi- 
lippe le Bon, en exhumant des Bulletins de la Commis- 
sion royale d'histoire de Belgique, une ordonnance de 
1446, publiée naguère par Gachard (1), et qui devait être 
la base de sa théorie (2), et récemment de celles de 
MM. Frederichs et Gaillard. | 

M. J. Frederichs, professeur à l’athénée royal d'Os- 
tende, apporta au travail] du P. Brabant quelques nou- 
velles observations pleines de bon sens et d'érudition, en 
relevant de légères erreurs que l'auteur avait commises, 
et en poursuivant son étude jusqu'en 1504, date de 


(1) GAcHARD, Aualectes historiques, 16° série (Bulletin de la Commission royale 
d'histoire de Belgique, 3° série, t. KIT, pp. 141 à 147). 

(2) P. BRABANT, Note sur le grand Conseil de Philippe le Bon (Bulletin de la 
Commission royale d'histoire de Belgique, 4° série, t. V, pp. 145 à 160). 

IpeMm. Etude sur les Conseils des ducs de Bourgogne, (Ibid., 5° série, t. I, pp. go 
à ror). [Réponse à l’article de M. Frederichs ci-contre]. 


= 427 — 
création du véritable Conseil privé (1). La théorie de 
M. Frederichs fut admise par M. Alexandre, dans son 
ouvrage sur l’histoire du Conseil privé dans les anciens 
Pays-Bas. 

M. Gaillard, chef de section aux archives du royaume 
de Belgique, a rémis sur pied toute la question en 1896, 
grâce aux découvertes importantes qu'il a faites dans les 
archives de la Ghambre des comptes de Brabant (2). 

L'opuscule- de M. Gaillard semble avoir définitive- 
ment fixé l'origine des Conseils ambulatoire et privé, 
bien que sa théorie diffère fort peu de celle de ses. 
devanciers. 


De l’Origine du Conseil ambulatoire d’après les 
auteurs anciens et modernes, avant le Père 
Brabant. 


Toutes les controverses qui se sont élevées au sujet de 
l'origine du grand Conseil ambulatoire des ducs de 
Bourgogne, proviennent de l'erreur où sont tombés les 
auteurs anciens et modernes (3), par suite de la confiance 
qu'ils ont mise en les dires du célèbre jurisconsulte 
Wielant (4). | 


(1) Frrpericus, Le grand Conseil ambulatoire des aucs de Bourgrgne et des archi- 
ducs d’ Autriche (1446504). Contribution à l’étude du droit pub lic des Pay:- 
Bas au XVme siècle. (1hid., 4° série, t. XVII, pp. 423 à 499). 

IDEM. Suile à ma nolièe sur le grand Conseil ambulatoire des dites de Bourgegne 
et des archiducs Autriche [1446-1504]. (Ibid., 5° série, t. I, pp. 79 à 89). 

IneM. Seconde suite à ma notice sur le grand Conseil des ducs de Bourgogne. (Ibid. 
5e série, t. II, pp. 124 à 128). [Réponse à l'article du P. BRABANT, Etude sur 
les Conseils des ducs de Bourgogne). 

(2) GaiLLarD, ARTHUR, L’Originé du grand Conscil ct du Conseil privé. Bru- 
xelles, Hayez, 1896, 60 p. (Bulletin te la Commission rovale d'histoire de Belgigue, 
5° série, t. VI, n° 3). 

(3) P. BRABANT, op. cit, p. 149; FREDLKICHS, Op. Cit. pr. 425. 

(4) GAILLARD, op. cit., pp. 1 et 2. 


— 438 — 


Philippe Wielant nous rapporte qu'en 1454, Philippe 
le Bon « fit tenir consistoire à son grand Conseil ». 

La plupart de nos historiens en ont conclu que c'était 
en 1454 que Philippe le Bon avait créé le grand Conseil 
ambulatoire, sans s’apercevoir que Wielant faisait allu- 
sion à un Conseil déjà existant (1). 

Le P. Brabant, MM. Frederichs et Gaillard ont par- 
faitement prouvé que la date de création du grand 
Conseil n'est pas 1454, mais bien 1446, en analysant 
minutieusement cette ordonnance de 1446, que Gachard 
publia en 1870, et à laquelle personne n'avait attaché 
d'importance avant 1878. 


Les Grands Conseils de France et de Bourgogne 


Avant de passer à l'examen des circonstances par 
suite desquelles Philippe le Bon créa son grand Conseil 
ambulatoire, il irnporte d'examiner quelle a été l’influ- 
ence des institutions françaises sur celles de notre pays. 

Les ducs de Bourgogne, princes français, ont trans- 
planté tout naturellement dans nos provinces les institu- 
tions de leurs ancêtres; 1l n’est donc pas étonnant de 
rencontrer chez nous, à leur époque, des organismes qui 
ont beaucoup d'analogie avec ceux de l’ancienne France. 

M. Gaillard fait très Justement observer que les mots 
« grand Conseil » sont d’origine française (2). Les souve- 
rains français du moyen âge ont eu toujours un Conseil 
ayant à la fois une compétence politique, judiciaire, 
administrative et financière. Sous Louis IX, une partie 
des membres du Conseil eurent leurs attributions 
propres, les uns ne s’occupèrent que de la justice, les 


(1) FREDERICHS, Op. cit., p. 439. 
(2) GAILLARD, OP. cit., p. 17. 


autres des finances, mais ils continuèrent à ne former 
qu'un seul corps : la cour ou le Conseil du roi. 

Philippe le Bel, en 1302, transforma le Conseil du roi 
en trois organismes nouveaux : la Chambre des comptes, 
le Parlement de Paris ou conseil du roi, et un grand 
Conseil ambulatoire. 

La Chambre des comptes avait la surveillance de la 
gestion financière du royaume; le Parlement de Paris 
n'avait que des attributions judiciaires. Quant au grand 
Conseil, il fut chargé de l'administration des affaires 
publiques, de concert avec le roi. Dès le début de son 
institution, le grand Conseil de France n'avait aucune 
compétence judiciaire, mais, peu à peu, 1l réussit à 
soustraire de la juridiction du Parlement un certain 
nombre de procès; c'est à tel point que Charles VIII, 
le 2 août 1497, l’installa définitivement à Paris, comme 
cour de justice souveraine (1). 

De même qu'en France, il existait aussi un grand 
Conseil en Bourgogne. L'histoire des institutions bour- 
guignonnes, sous les ducs de la seconde race, a été fort 
peu étudiée. 

Jusqu'à présent on ne possède qu'un vieil ouvrage 
anonyme intitulé : Mémorres pour servir à l'histoire de 
France et de Bourgogne, qui nous donne quelques rensei- 
gnements sur l'organisation de la Cour des ducs, à Dijon. 
L'auteur (de la Barre) de ces Mémoires a compulsé les 
archives de Dijon, et la plupart des faits qu’il avance 
sont, en général, appuyés sur un document authentique. 
Son ceuvre n'est qu'une bonne comnilation, mais elle a 
cependant une certaine valeur. 

Dans ces Mémoires, nous voyons que Philippe le, Bon 
institua pour la Bourgogne et la Franche-Comté quatre 
conseils : le Conseil étroit, composé de douze conseillers, 


(1) GAILLARD, op. cit., p. 18. 


par moitié laïques et ecckésiastiques, et ambulant; le 
grand Conseil, cour de justice jugeant en première in- 
stance ou en appel, et établie à Dijon; le Conseil de 
guerre, chargé de l'administration des affaires militaires, 
et enfin le Conseil des finances, s'occupant des comptes 
du duché. 

En 1446, suivant notre auteur, le grand Conseil de 
justice fut réformé et fit place à un grand Conseil ambu- 
latoire, qui n'est autre que le Conseil ambulatoire dont 
parle l'ordonnance publiée par Gachard. 

A côté des Mémoires pour servir à l'histoire de France et 
de Bourgogne, nous possédons la relation d'Olivier de la 
Marche, sur l'état de la maison du duc Charles de Bour- 
gogne, Cour à peu près en tous points semblable à celle 
des ducs précédents. 

D'une manière générale, en faisant abstraction de la 
mention d'un Grand Conseil en 1446, fournie dans ces 
Mémoires du XVIII" siècle, on a pu dire, en présence 
des données très pauvres que l'on avait, que les ducs de 
Bourgogne avaient quatre conseils : privé, de justice, 
des finances et de guerre. 

On n’a cependant pas démontré jusqu'à présent si les 
quatre conseils étaient exclusivement établis pour la 
Bourgogne et la Franche-Comté et si leur: compétence 
ne s'étendait pas jusque dans les Pays-Bas. 

Nous ne nous arrêterons pas au Conseil intime ou 
privé des ducs de Bourgogne, nous examinerons immé- 
diatement l'ordonnance de Philippe le Bon, créant le 
grand Conseil ambulatoire en 1446. 

De cette ordonnance il résulte que Philippe le Bon, à 
cause des affaires toujours croissantes qui surgissaient 
dans ses domaines, se vit obligé d'instituer un orga- 
nisme capable de s'occuper d'une manière efficace de la 
justice, des finances et de l'administration générale de 
tous ses pays. Ce fut le grand Conseil ambulatoire. 

Ce conseil, comme son nom l'indique, devait suivre le 


— 431 — 


duc partout dans ses voyages; néanmoins, quand le duc 
devait aller en Bourgogne, il laissait une partie du con- 
seil pour gouverner les Pays-Bas en son absence. Il se 
composait, comme le dit l'ordonnance, « de gens notables 
et de grande distinction ». 

Nous ne voulons pas nous arrêter non plus à l'examen 
de la compétence du grand Conseil, après 1446, nous y 
reviendrons plus tard. Qu'il nous sufhse de dire pour le 
moment que, d'après les travaux connus jusqu'à présent, 
le Conseil des finances aurait son origine dans le grand 
Conseil ambulatoire de 1446. 

Le résumé précédent que nous avons fait des études 
relatives à l'origine du grand Conseil ambulatoire était 
nécessaire pour faire mieux comprendre l'analyse que 
nous voulons donner d'une ordonnance, très importante 
à notre avis, que nous avons découverte dans un manus- 
crit de la bibliothèque de Tournai. 

Il s'agit d'une ordonnance de Philippe le Bon, donnée 
à Arras, le 12 janvier 1437 (1438 n. st), et réglant l'orga- 
nisation de la cour du duc de Bourgogne. Nous y lisons 
ceci : 

« Mondit seigneur le duc pour luy aider a conduire les 
» grands affaires qu'il a et qui journellement luy sur- 
» viennent à cause des haultes seigneuries en fait de 
» justice, de guerre, finances ou aultrement et pour la 
» meilleure, plus seure et briesve expedition d'iceulx ses 
» affaires et des ceulx des personnes qui auront à besoi- 
» gner devers luy a ordonné et ordonne que dores en avant 
» en quelque lieu qu'il soit aura en sa court ung conseil 
» ordinaire qui se tiendra deux fois le jour, l'ung devant 
» disner et l’autre apres disner, et pour icelluy conseil 
» tenir, a ordonné et ordonne les personnes cy après 
» nommées ou ceulx d’entre eulx qui pour le temps 
» seront devers luy, lesquels seront tenus de comparoir 
» et venir audit conseil à l'heure de huit heures au matin 
» et de quattre heures après disner, c'est assavoir : mon- 


» 


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— 432 — 


seigneur le chancelier, monseigneur l'evesque de Tour- 
nay, etc. 

» Lequel monseigneur le chancelier et en son absence 
ledit monseigneur de Tournay chief du conseil mec- 
tront en terme les matières qui seront à expédier, les- 
quelles monditseigneur veult et ordonne estre deman- 
dées et délibérées bien et meurement par singulières 
opinions et icelles matières recueilleront comme il 
appartiendra. 

» Item pourront les dits chancelier ou chief de conseil 
appeller audit conseil aulcuns aultres conseillers de 
mondit seigneur demeurans et résidens es lieux ou 
monseigneur sera, tels que bon leur semblera, toutes et 
quantes fois, et selon que les matières qui seront à 
délivrer, le requerront. 

» Item et lesdits du conseil auront advis, de et sur 
toutes les choses touchant les droits seigneuriaulx de 
mondit seigneur soit de la justice de demaine, des 
aydes et d'aultres et aussi sur les requetes des parties, 
tant de requerrans, dons, ofhces, renouvellement de 
loix, comme d'aultres que l'on est accoustumé de faire 
à la personne demonditseigneur et a son conseil et de 
ce qu'ilz auront ainsi advisé sur les choses pour l'octroy 
et conclusion desquelles conviendra parler à mondit- 
seigneur de Tournay, chief du conseil pour au surplus 
parluy ouir l'advis dudit conseil, en estre faict et 
ordonné et conclu tout à son bon plaisir. » 

Qu'il nous soit permis de « disséquer » ces quelques 


articles. 


Philippe le Bon se voit obligé de créer un « Conseil 


LT 


ordinaire » à cause de la multiplicité des affaires judi- 
ciaires, militaires et financières de ses pays. Le nouveau 
conseil est ambulant : en quelque lieu qu'il soit, le 
duc pourra convoquer ses membres deux fois par jour, 


« 


avant disner », à 8 heures du matin, et « après disner », 


à 4 heures. 


— 433 — 


Le conseil est présidé par le chancelier, et, en son 
absence, par l'évêque de Tournay. Ces deux fonction- 
naires devront demander l'avis des membres du conseil 
avant d'expédier une affaire; ils pourront du reste con- 
voquer au conseil, des autres conseillers du duc, qui 
résideraient près de lui. 

Les membres de ce conseil s'occupent de tout ce qui 
regarde les droits seigneuriaux du duc; leurs décisions 
devaient être remises à l’évêque de Tournay. 

Des différents passages que l’on prut rapprocher dans 
ces deux ordonnances, il résulte que c'est l'importance 
des affaires qui oblige Philippe le Bon à instituer un 
Conseil auprès de sa personne, conseil qui le suivra par- 
tout, conseil qui sera présidé par le chancelier ou, en son 
absence, par l'évêque de Tournay, chef du conseil. 

Les autres points des deux ordonnances n'ont pas 
_ beaucoup de points de contact. Les heures de convoca- 
tion diffèrent : en 1438, c'est le matin, à 8 heures et à 4 
heures l'après-midi; en 1446, le conseil se réunit « à telles 
heures et par tant de fois le jour qu'il sera avisé et 
ordonné ». En 1438, le chancelier ou l'évêque de Tour- 
nai pourra appeler au conseil des autres conseillers du 
duc, là où il sera. 

Dans l'ordonnance de 1438, le conseil doit s'occuper 
de droits seigneuriaux : justice de domaine, ayde, 
requêtes, dons, offices, renouvellement de lois; en 1446, 
sa compétence est un peu plus étendue, puisqu'il avait à 
pourvoir aux offices vacants. 

Constatons cependant que l'ordonnance de 1438 est 
impersonnelle, en ce sens que le protocole initial de tout 
acte se trouve après le dispositif, tandis qu’en 1446, le 
document est parfaitement conforme aux rédactions ordi- 
naires des chartes. | 

Nous remarquons dans le texte de ce protocole, que 
cette ordonnance a été faite par « grande et meure délibé- 
ration de conseil », qu'elle doit être respectée par tout 





gee en ee eee een 


l'entourage du duc et par ses fonctionnaires dans tous ses 
pays; qu'enfin elle doit être enregistrée par chacune des 
Chambres des comptes du duc. 

Nous trouvons-nous donc en présence d'un Conseil 
ambulatoire, embryon du conseil de 1446? Selon toute 
vraisemblance, nous sommes presque certain d'y voir 
une ébauche du conseil ambulatoire, surtout si nous 
comparons la liste des personnages qui nous est fournie 
par cette ordonnance de 1446 avec celle d’un état aulique 
que M. Frederichs avait primitivement daté de 1427 
et qu’il attribue plus tard au grand Conseil en 1446. En 
examinant ces deux listes, nous voyons qu'elles sont par- 
faitement identiques. 

Sans trop nous hasarder, nous croyons pouvoir dire 
qu’il ne faut pas être trop catégorique en déclarant que le 
conseil ambulatoire a été créé de toutes pièces en 1446, 
mais qu'il existait déjà avant cette date. 

De même pour.le conseil des finances, nous ne pou- 
vons dire qu'il tire son origine de cette ordonnance de 
1446, parce que cette même ordonnance nous dit que le 
grand Conseil s'occupait à la fois des affaires politiques 
et administratives de tous les Pays-Bas. 

Nous croyons qu’à cette époque le collège des finances 
délibérait simplement avec les membres du grand Con- 
seil, dont il formait une section, peu importante dès 
l'abord, mais qui devait sans cesse s'accroître. 

Mais une question ici se pose : si le grand Conseil 
ambulatoire et sa section financière s'occupent des affaires 
de tous les pays soumis à la domination ducale, quelle 
est la compétence des conseils établis en Bourgogne et 
dont nous avons mentionné l'existence en rappelant les 
renseignements qui nous sont fournis par l’auteur des 
mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bour- 
gogne? ' 

Nous savons que, d'après cet auteur, il existait un 
Conseil des finances pour la Bourgogne. Ce conseil 


— 435 — 


était-il le même pour les Pays-Bas? Oui. De même qu'il 
n'y eut qu'nn grand Conseil ambulatoire, de même, à 
notre sens, il n’y eut qu'un Conseil des finances pour 
tous les domaines des ducs. Plusieurs faits le prouve: 
ront. Quelques bribes de phrases prises dans les ordon- 
nances que nous allons passer en revue suffiront pour 
montrer qu'il n'existait qu'un Conseil des finances. 

La première mention que nous ayons trouvée, relative 
à un collège des finances, est encore dans cette ordon- 
nance de 1438. Nous y lisons en effet : « Item pour la 
» conduicte du faict des finances de monditseigneur, icel- 
» luy monseigneur ordonne et prend les personnes qui 
» s'ensuivent, c'est assavoir monseigneur le chancelier, 
» monseigneur de Tournay, nfonseigneur de Croy, mon- 
» seigneur de Charny, monseigneur de Ternant, monsei- 
» gneur de Crevecceur, monsieur le Prevost qle St-Omer, 
» monsieur le Président, monsieur de Hebourdin, mon- 
» sieur de Mesnil, Jehan de Brimeu, et maître Gérard 
» Vyon avec les gens des finances, et deffend mondit 
» seigneur audits gens des firances qu'ils ne prendent 
» argent à finances, ne facent aucune finance à la charge 
» de mondit seigneur sans l’advis que pour le temps 
» seront devers mondit seigneur pour en scavoir son bon 
» plaisir avant que l'on face icelle finance ». 

La même ordonnance nous donne quelques détails 
encore sur le mode de répartition des revenus du duc. 
Le duc leur prescrit de bien gérer ses finances et de faire 
rentrer ses revenus dans ses caisses. A côté de ces trois 
commissaires, Philippe le Bon nomme un receveur gé- 
néral et un clerc, qui seront chargés de la recette géné- 
rale et des recettes particulières. 

Nous venons de voir que la première ordonnance que 
l’on croyait jusqu'à présent avoir établi le grand Conseil 
ambulatoire en 1446, semble attribuer à tous les membres 
du conseil des attributions financières. En réalité, il n’y 
eut qu'une partie des membres du Conseil qui eut des 


fonctions financières : en effet, dès l’année suivante de 
la pseudo création du Conseil ambulatoire, le 14 août 
1447, nous voyons Philippe le Bon édicter à Bruges, 
une ordonnance par laquelle il nomme « commissaires 
sur le faict des finances trois de ses conseillers notables ». 

L'ordonnance fixe minutieusement toutes les règles à 
observer pour la bonne gestion financière de tous les 
pays du duc. En effet, nous lisons dans le dispositif de 
l'acte : « Savoir vous faisons que pour le gouvernement 
de toutes nos finances en tout qu'il concerne la recepte et 
la distribution d'icelle nous avons par grant advis et 
meure délibération de conseil fait, délibéré, et conclu 
les ordonnances cy dessus transcriptes.…… », 

Ceci est donc une première preuve de l'existence unique 
d'un conseil des finances sous Philippe le Bon. Nous en 
voyons encore une autre dans une ordonnance du 8 
février 1467 (1468. n. st.), édictée par Charles le Témé- 
raire, à Bruxelles. Le duc de Bourgogne adressant son 
ordonnance aux membres de la Chambre des comptes de 
Lille, leur dit : « Savoir vous faisons que pour le faict 
et gouvernement de toutes nos finances, tant en recepte 
que en despence nous avons fait faire les ordonnances 
cy dessus escriptes ». 

Le collège des finances se compose alors de cinq 
seigneurs, d’un receveur général, d'un argentier, d'un se- 
crétaire seul signant en finances : l'audiencier de la 
chancellerie. | 

Ce n'est qu'à l'avènement de Marie de Bourgogne que 
nous trouvons de nouvelles ordonnances relatives au col- 
lège des finances. 

Pendant cet espace de dix ans, nous croyons qu'il sub- 
sista tel quel, malgré la création, en 1473, du parlement 
de Malines, et la chambre des comptes de Malines. 

En effet, nous savons qu'en 1473, par l'édit de Thion- 
ville, Charles le Téméraire créa le Parlement de Ma- 
lines, Les attributions judiciaires du Grand Conseil 





— 437 — 

passèrent au nouveau Parlement. Quant à ses autres 
attributions — notamment financières —, le P. Brabant 
et M. Frederichs ne sont pas d'accord pour affirmer si 
elles lui furent conservées ou si elles passèrent à la 
Chambre des comptes de Malines ou à la Chambre du 
trésor (1). Pour M. Gaillard, le Grand Conseil ne perdit 
que ses attributions judiciaires et conserva toutes les 
autres (2). 

À la mort du Téméraire, le Parlement de Malines et 
le Grand Conseil furent supprimés et remplacés par un 
nouveau Grand Conseil. Cette même année 1477, Marie 
et Maximilien nomment un superintendant de leurs 
finances pour les Pays-Bas (la Bourgogne était retournée 
à la couronne de France). 

En 1487, Maximilien et Philippe le Beau désignent 
six seigneurs pour gérer les finances des Pays-Bas. Le 
chancelier, le premier chambellan, les chefs du Grand 
Conseil, les officiers qui avaient l'habitude de servir aux 
finances, avaient entrée dans le Conseil des finances. Le 
- terme « conseil » est pour la première fois usité. On 
retrouve encore le mot conseil accolé à celui du terme 
finances, dans une ordonnance de Maximilien, relative 
au domaine en 1495. 

Enfin, en 1497, par une nouvelle ordonnance, le Con- 
seil. des finances se compose d’un chef principal, d’un 
trésorier, de trois commis, d'un receveur général, d'un 
secrétaire signant en finances, et d'un greffier. Les per- 
sonnages formaient une Chambre sous laquelle ils avaient 
seuls entrée, en même temps que le chancelier et le pre- 
mier chambellan. 

À partir de 1497, le Conseil des Finances est établi 
d'une façon stable. En effet, l'ordonnance de Charles- 


(x) P. BRABANT, Etude sur les Conseils des ducs de Bourgogne, C. KR. H., 5e c., 
t. I, n° III, Pp. 98. 
(2) GAILLARD, op. cit., p. 36. 


29 


— 438 — 


Quint, de 1514, relative à ce Conseil, n'est que la copie 
de celle de 1497, et les principales dispositions de celle- 
ci se retrouveront dans les ordonnances subséquentes, à 
savoir celles de 1514, que nous venons de citer, celles de 
1517, 1520, 1522 et 1531, date de la réorganisation des 
Conseils dits collatéraux (r). 


(1) Pour les ordonnances du Conseil des Finances, Cf. manuscrit, 
n° 12459, de la Bibliothèque Royale à Bruxelles. 


pm 


ame Section : Histoire 


Vree QUESTION 


Enprunts faits par les villes de ‘Hiandre 


de 1550 à 1665 


zE règne de Charles-Quint avait présenté une 

suite continuelle de guerres. La trève de Vau- 
celles-lez-Cambrai ne dura que douze mois, 

DN puis les hostilités recommencèrent. Le ro août 

1557, les français perdirent la bataille de St-Quentin. Si 
le traité de Cateau-Cambresis fit cesser pour quelque 
temps la guerre avec la France, les réformés, soutenus 
par le prince d'Orange, ne tardèrent pas à exciter des 
troubles dans les Pays-Bas. Le duc d’Albe en avait été 
nommé gouverneur en 1567; il les réprima avec rigueur, 
mais les révoltés, soutenus par les protestants d'Angle- 
terre et d'Allemagne et mème par la France, continuèrent 
la lutte sous ses successeurs de Requesens, don Juan 
d'Autriche et Alexandre Farnèse. A la mort de ce dernier, 
arrivée en 1596, l'archiduc Albert fut envoyé pour le 


remplacer. Il trouva la lutte engagée avec Henry IV 
depuis 1595; la paix de Vervins y mit fin en 1598, et un 
armistice fut conclu avec la Hollande, en 1607, suivi 
d'une trève de douze ans, en 1609; mais la guerre re- 
commença ensuite entre les deux nations, en 1621. Enfin, 
on eonclut la paix en 1630, et les Pays-Bas jouirent d'une 
tranquillité bien nécessaire jusqu’en 1653, où la France 
chercha à reprendre une partie des conquêtes qu'elle 
avait perdue pendant la Fronde. Aidée des Anglais, elle 
alla assiéger Dunkerque, gagna la bataille des Dunes et 
prit diverses villes de Flandre; la paix des Pyrénées les 
fit rendre à l'Espagne. Mais Louis XIV recommença la 
guerre en 1665, et en trois mois conquit la Flandre fran- 
çaise. | 

Ce n'était pas sans de grands sacrifices en hommes et 
en argent que les rois d'Espagne avaient soutenu la lutte, 
et ils avaient dù s'adresser souvent, pour trouver les res- 
sources nécessaires, à leurs bonnes villes de Flandre, qui 
ne refusèrent jamais leur aide et leur appui au monarque 
très chrétien; mais comme les impôts ordinaires ne suf- 
fisaient pour fournir l'argent qu'on leur demandait, il 
fallut recourir à l'emprunt, car le gouvernement avait 
besoin de suite des fonds votés, et on créa des rentes 
rachetables, « moyen le plus prompt et le plus expédient 
pour recevoir les sommes promptement ». 

La Flandre belge se composait alors des districts de 
Gand, d'Ypres, de Bruges et du Franc de Bruges (1). Ces 
quatre membres du pays et comté de Flandre étaient ad- 
ministrés par les premiers échevins, les échevins et le con- 
seil de la ville de Gand, par le bourgmestre et les échevins 
et le conseil de la ville de Bruges, par l’avoué, les éche- 


(x) Bruges s'étant montrée fort arrogante, un certain nombre de villages 
obtinrent de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, et malgré les habitants 
de cette ville, une cour et justice séparée composée de 27 échevins, qu'on 
appela le Franc de Bruges (voir GUICHARDIN, Description des Pays-Bas). 


en ———— 


Le 


— MI — 

vins et le conseil de la ville d'Ypres, par le bourgmestre 
et les échevins du Pays du Franc de Bruges. Pour sub- 
venir à leurs emprunts, ils avaient deux moyens : la « ré- 
partition à la charge de toutes les villes et châtellenies, 
sur le pied du transport de Flandre, et lors chaçun était 
obligé de trouver sa quote-part, soit par emprunt, soit 
autrement, sans que la province s'en ait mêlé plus avant. » 
L'autre moyen consistait à ce que les états de Flandre 
imposassent des droits sur les chevaux, vaches, moutons, 
vins, eaux-de-vie et sur les grains consommés par le 
peuple dans sa famille, ce qu'on appelait droit de mou- 
laige. On donnait ces droits, comme garantie, des em- 
prunts (1). 

Nous allons indiquer les emprunts dont nous avons 
trouvé trace à partir de 1551. | 

Le 26 janvier 1551, les quatre villes consentent à 
donner au roy d'Espagne, 400,000 couronnes de 48 gros 
en deniers comptants. Cette somme était destinée à payer 
les gens de guerre «’estants au service du Roy pour la 
défense et conservation de ses pays de Pardeça ». Pour 
avoir promptement les sommes, elles créèrent des rentes 
rachetables au denier 12, 14 ou 15 et au-dessus, hypo- 
théquées sur le pays de Flandre. Le Roy en accorda 
l'octroi le g février 1551. On lit dans les contrats : « nous 
nous obligeons pour nous tous lun pour l'autre et cha- 


(1) On discutait parfois entre ces quatre villes, sur le produit de certains 
droits, pour savoir si on devait le partager en quatre parties ou l’attribuer à 
une ou plusieurs des quatre villes; ainsi on disait que le produit de la 
barque de Gand à Bruges devait appartenir à la province, parce qu'elle 
avait rendu la rivière navigable à ses frais, tandis que le produit de la 
barque d’Ypres à Nieuport devait appartenir à Ypres, à l'exclusion de la pro- 
vince, le canal étant ci-devant une rivière rendue navigable aux frais de cette 
ville. Mais la province objectait qu'elle l’avait nettoyé et approfondi en 
diverses années, par ordre du roi. Cependant l'emprunt fait dans ce but 
avait été hypothéqué sur le moulaige d'Ypres. 

Un canal avait été construit entre Bruges, Furnes et Dunkerque; la dé- 
pense et le revenu avaient été attribués à ces trois villes, 


— 442 — 
cun, pour le tout et partout, tous impôts et assises, 
rentes, revenus et autres biens appartenant auxdits 
quatre membres et autres villes et places situés dans 
ledit pays de Flandre, nulles exceptés et aussy nos biens 
et des autres habitants dudit pays, là où ils peuvent être 
situés et gisants et où ils seront trouvés. Nous soumet- 
tons et abandonnons pour être à leur exécution par-de- 
vant tous seigneurs et justices, juges et lois pour par 
arrêt de nos personnes et de nosdits biens, nous et nos 
successeurs contraindre au paiement des arrérages avec 
tous les dommages que l'acheteur ou ayant cause aura 
exposé et payé à ce sujet, etc., nous renongons par ceste 
à toutes grâces, prolongations et repits que nous pour- 
rions implorer de Notre Saint Père le Pape, de Sa Ma- 
jesté Royale, etc. « si les lettres par feu ou autre méchef 
fussent gâtées, volées, lacérées ou égarées » sur le ser- 
ment de l'intéressé, on promet de leur donner de nou- 
velles lettres ». 

Voici en quels termes le roi d'Espagne autorisait en 
général ces emprunts : « reçeu avons l’humble supplica- 
tion de noz bien aimés les quatre membres de nostre 
pays et comté de Flandre contenant qu’ils nous accorde- 
raient un régiment de six enseignes de gens'de pied et 
cent arquebusiers à cheval, levés par ordonnance de nostre 
bien cher et très aimé cousin, chevalier de notre ordre, le 
duc d’Alve (d'Albe), marquis de Corrée, etc., naguères 
seigneur lieutenant gouverneur et capitaine général de 
noz pays de Pardeça, sous la charge et conduite de notre 
cousin le comte de Rœulx estants encore prêts, comme 
ils ont fait déclarer par leur dernier accord, de continuer 
ledit paiement tant qu'il nous plaise tenir en service les 
gens de guerre, mais comme l’aide qui se traite présen- 
tement n'est encore liquide et qu'il ne leur est possible 
de continuer ledit paiement estants les vingtièmes deniers 
du revenu des années 1571 et 1572 totalement consom- 
més en iceluy paiement et de manière qu’auxdits gens de 





— 443 — 
guerre serait de bief deuz cinq mois de gages sans leur en 
faire aucun paiement dont iceulx suppliants se trouvent 
journellement interpelléz et pressés tant par les capi- 
taines que soldats n'ayant autre moyen de vivre et dési- 
rant leur donner contentement pour oter à iceulx toute 
occasioft de fouleet mangerie tant préjudiciable au pays 
et à noz aydes et n'ayant pu adviser moyen plus prompt 
ou convenable que par vendition de rentes, ils nous ont 
très hämblement: suppliez et requis que en regard de ce. 
que dit est, il nous plait de consentir et permettre de 
vendre rentes sur les pays de Flandre, etc., et sur ce 
faire depêcher nos lettres patentes en ce cas pertinentes 
sçavoir faisons que les choses susdites considérées et sur 
lesquelles en l'advis de nos amis et féaulx les chiefs tré- 
sorier général et commis de noz domaines et finances 
inclinant favorablement à la supplication et requête de 
noz quatre membres de Flandre supplians, leur avons 
par la délibération de nostre très cher et très amé cou- 
sin don Loys de Requesens et de Lumga, grand com- 
mandeur de Castille et capitaine général de noz pays de 
Pardeça octroyé, consenti et accordé, octroyons, consen- 
tons et accordons en leur donnant congié et licence de 
grâce spéciale par ces présentes que pour satisfaire au 
paiement des gens de guerre dessús mentionnés ils 
peuvent et pourront charger noëtre dit pays et comté de 
Flandre par tradition de rentes héritières et aux ache- 
teurs desdites rentes faire expédier lettres de constitu- 
tions en bonne et ample forme à la sûreté d'iceulx; à 
quoi les avons autorisés et autorisons par lesdites pré- 
sentes, pourvu que les dits suppliants seront tenus de 
racheter icelles rentes par les mêmes moyens qui leur 
seraient accordés pour le fournissement de leur quote de 
deux millions et aussy rendre compte de la levée des 
ladite somme et ensemble de l'employ d'icelle par devant 
tels nos commissaires qu'à cet effet ils seront tenus re- 
quérir de nous et en surplus de faire présenter ces mes- 











mes originales tant au conseil de noz finances qu'à la 
chambre de noz comptes à Lille pour icelles estre res- 
pectivement vérifiés, entérinés et enregistrés là et ainsy 
qu'il appartiendra. Sy donnons en mandement a noz 
amés et féaulx les chief président et gens de noz privé et 
grand consaulx, président et gens de nostre conseil en 
Flandre au président et gens de nos comptes à Lille et 
à tous autres ‚noz justiciers, officiers et sujets qui ce 
regardera que nostre présente grâce, octroi, consentement 
et accord aux conditions selon et en la forme et manière 
que dit est, 1ls fassent, souffrent et laissent lesdits quatre 
membres de Flandre suppliants, plainement et paisible- 
ment joyr et user sans leur faire mettre ou donner ni 
souffrir este fait mis ou donné aucun trouble ou empê- 
chement, au contraire car ainsy nous plaist.. Donné en 
nostre ville d'Anvers, le 17 septembre 1574 » (1). 

Le 19 mars 1552, les quatre villes sont autorisées à 
émettre pour 600,000 couronnes de rentes héritières au 
denier 12 et au-dessus hypothéquées sur la généralité 
des corps et communautés desdits pays et comté de Flan- 
dre. Cette somme était destinée à l'entretien des gens de 
guerre « estans au service du Roy tant pour la défense 
et conservation de ses pays de Pardeça que pour l'offen- 
sive et l'invasion des ennemis d'iceluy ». 

Le 15 avril 1554, nouvelle autorisation pour émettre 
480,000 florins de 40 gros la pièce de rentes héritières 
rachetables au denier 12 ou de rentes viagères à une vie 
au denier 12 ou à deux vies au denier 8. Cette somme 
devait servir à l'entretien de la gendarmerie et de l'in- 
 fanterie levées contre le roy de France et pour la sûreté, 
conservation et défense des pays patrimoniaux de Sa 
Majesté de Pardeça. 

Le 24 septembre de la même année 1554, Charles- 


(1) Ceci est extrait des archives de la chambre des comptes à Lille, re- 
gistre des chartes, commencement de juillet 1574, f° 94. . 


na a ae 


— 445 — 

Quint tâcha de relever le prestige de ses armes, qui 
avaient subi un grave échec au siège de Metz, de 1553. 
Le comté de Flandre crée encore 480,000 florins de 40 
gros de Flandre la pièce de rentes héritablement rache- 
tables au denier 12 et au-dessus et de rentes viagères à 
une vie au denier 6 et à deux vies au denier 8. Ces 
sommes devaient être employées pour le même but que 
dans l'emprunt précédent. 

La trève de Vaucelles et le traité de Cateau-Cambre- 
sis suspendent quelque temps les emprunts; mais en 
1565, la guerre civile et la guerre contre la Hollande en 
nécessitent de nouveaux, pour payer les gens de guerre. 
Le comté emprunte, le 12 janvier, 250,000 florins et un 
autre emprunt est contracté le 12 septembre. 

Le 8 novembre 1567, deux emprunts : un de 100,000 
florins, l’autre de 78,000. La première somme était des- 
tinée pour le paiement des gens de guerre; la seconde 
pour l'entretien de l'infanterie des villes frontières et for- 
teresses de pardeça. 

Le r2 mars 1568, nouvel emprunt de 340,000 florins 
fait à des négociants d'Anvers. La somme devait être 
versée à Sa Majesté au mois de novembre. 

En 1569, le Roy d'Espagne proposa aux états du comté 
de Flandre, de racheter le droit du dixième et du ving- 
tième denier, imposé sur la vente des biens meubles et 
immeubles. Les quatre villes consentent à verser dans 
ce but et pendant deux ans, commençant le 13 août 1560, 
650,000 florins de 40 gros monnaie de Flandre. Elles 
consentirent et créèrent des rentes hypothéquées sur les 
impôts, entre autres sur le droit de 3 livres tournois levé 
sur chaque pièce de vin. Le comté de Flandre offrit cette 
même année 1569, 70,000 florins pour don gratuit, à l'oc- 
casion de la Joyeuse entrée de la reine d’Espagne en la 
ville de Nimeghen, il fallùt encore créer des rentes pour 
avoir cette somme de suite, 


— 446 — 


En 1570, nouvel emprunt de 1,300,000 florins. 

En 1574, les quatre villes sont autorisées à créer des 
rentes héritières rachetables au denier 16, 14 ou 12 et 
des rentes viagères à une vie (x). 

Le 17 septembre 1575, nouvelles lettres patentes ob- 
tenues pour emprunter au denier 16, 14 ou 12, 200,000 
livres tournois de 40 gros la livre, en rentes rachetables. 
Cet argent devait servir à payer licentier, et réformer les 
gens de guerre dans le pays de Flandre. 

Le 13 avril 1576, les états de Flandre consentent à 
donner au Roy d’Espagne, en plusieurs années, 3,800,000 
florins. Le 11 septembre, ils sont autorisés pour donner 
à. valoir 400,000 livres tournois à 40 gros la livre, à faire 
un emprunt de cette importance en rentes héritières ra- 
chetables au denier 16, 14 et 12, et en rentes viagères 
au denier 8 ou 6. Cette somme était destinée au paie- 
ment de gens de guerre allemands, présentement en 
garnison en Flandre, et à l'entretien des autres gar- 
nisons. | 

Le 16 mai 1608, les villes empruntèrent 300,000 flo- 
rins, plus 150,000. Le 16 avril 1619 et le 22 janvier 1620, 
on fit de nouveaux emprunts. La paix de Vervins avait 
mis fin à la guerre avec la France, en 1598; mais elle 
recommença avec les Hollandais, en 1621. 


hd 


(x) C'est pour cet emprunt que nous avons reproduit ci-avant l'autorisa- 
tion royale, donnée en 1641, pour l'achèvement de divers ouvrages de 
défense entre la ville de Damme et les forteresses de la Sluse (l'Ecluse), 
cnsemble pour l'entretien de quelques réduits au long de la rivière condui- 
sant de Bruges à Damme. Les commis du Moulaige au quartier du Franc 
levèrent de personnes différentes notables, la somme de 360,000 florins, 
avec promesse faite au nom du Roy aux rentiers de, pour leur charité faire 
avoir à un chacun à concurrence de leurs deniers. 

Les ouvrages de Dunkerque étaient en mauvais état; le Roi d'Espagne, 
pour les rétablir, imposa en 1633, pour un certain temps, les marchandises 
entrant et sortant par ce port; il donna deux tiers du produit au magistrat 
de la ville, à la charge d'entretenir toutes les fortifications et les jetées 
et de surveiller l'entretien. En 1640, on renouvela cet impôt, dont le terme 
était arrivé, aux mêmes termes et conditions. 


Le 30 mars 1626, les quatre villes obtinrent, pour 
l'exploit de la ville de Sluse (l'écluse) et autres places 
occupées par l'ennemy en Flandre, l'autorisation de con- 
tinuer la levée de 6 patars sur chaque sac de grains, 
mesure de Flandre, qui se moud en Flandre; c'est le 
droit de moulaige dont nous avons parlé plus haut. Pour 
avoir des fonds promptement, le Roy les autorisa à 
répartir entre les villes et chatelleines de Flandre, les 
rentes à créer au denier 16, d'après les lettres d'em- 
prunt, « à l'avenant, chacune sa quote-part comme depuis 
peu la répartition a été faite selon la part d’un chacun 
devant lesdits grains réduits en pains et par ce est-il 
que nous par même délibération avis et conseil et par 
consentement mutuel ensemble de nos notables et com- 
munautés chacun dans le sien avons reconnu et recon- 
naissons au profit de (ici le nom de l'emprunteur et la 
somme), etc. ». 

Le 16 août 1644, emprunt de 500,000 florins, pour 
recouvrer Gravelines assiégée par les français et pour se- 
courir le Sas de Gand, attaqué par les hollandais. Cette 
même année, le’ 16 avril, nouvel emprunt, pour subvenir 
aux frais de la guerre, en outre par l'entremise de Dom 
Francisco de Mello, gouverneur des Pays-Bas, le roi 
accorda une patente de 84,000 florins de principal à son 
profit, au moyen de rentes au denier 16 hypothéquées 
sur le tiers du produit de l'octroi et solidairement sur 
le produit du tonlieu de Dunkerque et des Espiers de 
Bruges et à la rigueur sur les aides de Flandre. 

Les quatre villes de Flandre empruntaient aussi par- 
fois pour des travaux d'utilité publique; ainsi le 13 juil- 
let 1635, elles empruntèrent 300,000 florins pour le canal 
d'Ypres à Nieuport; le ro août 1664, 630,000 florins, 
avec octroi du roi, plus sans octroi, 176,321 florins, 
pour l'approfondissement du canal de Gand à Bruges et 
de Bruges à Pesquendal, dans le but de faire fleurir le 


commerce. Le 6 juillet 1665, octroi est accordé au magi- 
/ 





— 438 — 
strat d'Ypres, de lever à la charge de la province, les 
deniers nécessaires pour l'achèvement de l'ouvrage de la 
Sluse, nommé la corne du diable, et pour nettoyer la 
rivière d'Ypres à Nieuport. 


C' G. DE HAUTECLOCQUE. 








xe Section : Etudes préhistoriques 


VII” QUESTION 


ÉPOQUE FRANQUE A TONGRES 


" Huysriets expose qu'il a trouvé récemment 
au cimetière Romain à l’est de Tongres, une 
importante sépulture franque, à 4 m. de pro- 
fondeur, contenant des vases remarquables et 
un beau bâton de commandement, en jayet, artistement 
travaillé (1). 





(1) Le 19 février 1898, M. C. Aldenhoven, conservateur du Musée Wallraf- 
Richartz, à Cologne, a envoyé à M. Huybrigts, une reproduction du bâton 
en jayet de son musée, d'égales longueur et épaisseur, et d'un travail abso- 
lument analogue à celui trouvé par ce dernier. 

Ce bâton faisait partie d'une trouvaille importante, déterrée à 3 m. de 
profondeur, au Molktstrasje, à Cologne, composée de vases noirs en terre, 
de vases en bronze et en verre. 

M. le Directeur de ce musée, par lettre du 19 février 1898, affirme que 
tous ces objets sont de l'époque romaine. 

M. Huybrigts est d'avis que ces objets, comme ceux de la sépulture qu'il 
a trouvée le 19 décembre 1896, à Tongres, sont de l'époque franque. En effet, 
dit-il, le jayet a été fort peu utilisé à l'époque romaine, aucune sépulture 
à incinération ou même chrétienne du Haut Empire n’en a fourni. On a 
trouvé parfois un petit échantillon dans des sépultures romaines du Bas 
Empire au contraire, les sépultures franques, faciles à distinguer des sépul- 
tures romaines, tant par le mobilier funéraire que par la profondeur considé- 
rable de l'enterrement (4 m. environ), en ont fourni plusieurs échantillons. 

2° M. Lambert, professeur émérite des mines à l'université de Louvain, 


— 40 — 


Parmi les objets de la sépulture se trouve aussi une 
anse de coffre, en bronze, admirablement gravée, qui a 


déclare, par lettre du ra février 1898, que le mot jayet est dérivé du mot 
gagas, qui désignait une rivière de Lycie, près de laquelle on a trouvé 
anciennement cette substance. Rare dans l'antiquité, on la trouve aujour- - 
d'hui en couches minces, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique et 
même en Belgique. 

Caractères. Poids spécifique, 1.26, assez dur pour pouvoir être travaillé 
autour, combustible en répandant quelquefois une sensation aromatique. 

Le grand mérite de la pièce, ajoute cet éminent professeur, est donné 


Bâton du Moste Bâton de Tongres 
de Cologne après 
d'après an moulage l'original 


Ech. 1/3 


par le choix de cette substance, quasi indestructible, ses dimensions et sa 
belle conservation, malgré la fragilité de cette pierre. 

3° Le nom de bâton de commandement a été donné, parce que feu 
M. Ubaghs, page 11 de son Catalogue de 1885, et M. Fraipont, professeur 
à l'université de Liège, page 161, de son ouvrage, les Cavernes, ont donné la 
même désignation à des bâtons analogues, en os, des nations primitives. 

Enfin, l'ornementation du bâton indique clairement qu'il est destiné à 
être tenu en main; en effet, la moitié supérieure est plus mince que la par- 
tie inférieure, de plus, les huit arêtes de la partie supérieure sont barbelées 
dans les deux sens, tandis que celles de la partie inférieure sont lisses, afin 
de pouvoir être tenue aisément, 


— 431 — 


appartenu à un petit coffret qui doit avoir été placé à 
l'intérieur du grand cercueil. 

De ce coffret on a trouvé des débris doublés de plaques 
de bronze, mais une seule anse, qui doit avoir été placée 
au-dessus du couvercle, car malgré de minutieuses re- 
cherches, qui ont été continuées pendant deux jours, on 
n’a pu trouver une seconde (1). 

À Tongres, ajoute M. Huybrigts, on trouve de nom- 
breux ornements francs du V”* siècle. Le musée de Liège 
en possède beaucoup, provenant de Tongres et des envi- 
rons; on en rencontre également dans les collections de 
M. Christiaens et de M. le chevalier Schaetzen, à Ton- 
gres, Huygen de Hoesselt, Frésart de Liège; une magni- 
fique fibule franque, en or, d’un travail remarquable, 
appartient au trésor de l’église N.-D. de Tongres, elle 
doit avoir servi à fixer le manteau d'un chef ou roi franc. 

Les francs, dit-il, d'au-delà du Rhin se sont installés, 
après l'invasion des Chauques, qui s'est faite vers 176 





(1) Une analyse de l’anse, faite par M. de Koninck, professeur de l'Uni- 
versité de Liège, a donné le résultat suivant : 


cuivre 70 à 75 P. ‘Jo zinc 20 à 23 p. °/o 
étain 1à 2 p. % plomb 1/2 à 1 p. °/o 
fer traces. 


Cette analyse prouve que l’anse est formée d'une composition de matières 
approximativement identiques à celles de tous les bronzes romains des 
cinq premiers siècles de notre ère. 

MM. Laminne et de Girardot, qui ont fait heaucoup d'analyses de 
bronzes romains. ont trouvé le résultat moyen suivant : 


cuivre 80.561 
zinc 18.427 
fer 0.910 
plomb 0.075 
piste 9.027 
100. » 


On publiera bientôt tous les résultats de ces analyses. 

Toutes les anses modernes des XVIm, XVIIme et XVIIIm siècles, dit 
M. Huybrigts, sont ex cuivre; le cuivre coûte beaucoup moins cher que le 
bronze et forme une matière très malléable et élastique. 

Aux époques romaines et franques, le bronze seul était en usage, tout en 
étant absolument cassant, ne résistant ni aux déformations ni aux chocs. 


— 452 — 
après J.-C, le long du Démer, du côté de Diest, c'est-à- 
dire à une époque où le pays n'était plus occupé par une 
légion Romaine. 

Aux III" et IV”: siècles, les francs, alliés des romains, 
faisaient partie des légions auxiliaires et ont ainsi appris 
l'art de la guerre, le travail des métaux et de la poterie. 

Après la destruction de la Tongrie, vers 406, par les 
Vandales, les francs se sont installés sans opposition, à 
Tongres, à l’intérieur des fortifications, en partie démo- 
lies, de Dioclétien. 

C'est là qu'ils ont pu constituer la race Mérovingienne, 
car Clodion doit être né, à Tongres, vers le commence- 
ment du V”* siècle, peu après l’arrivée de son père dans 
ce pays. 

Le père de Clodion a occupé en même temps le Cas- 
tellum de Dioclétien, sur la colline où se trouve actuel- 
lement l'église N.-D. et importante villa romaine, aban- 
donnée, devenue au V"* siècle villa franque, dont les 
substructions se trouvent à la limite de Lowaige, l’an- 
cien Lagium. 

Cette villa a reçu ainsi le nom de Koninxheim. 

Les nombreuses sépultures franques et surtout les 
trouvailles de plus de 1000 monnaies singulières, ap- 
partenant à sa collection, trouvées, dispersées dans les 
champs et jardins vers Koninxheim, prouvent qu’incon- 
testablement les Francs ont occupé les fortifications 
d'Auguste et de Dioclétien, à Tongres, après l'invasion 
des Vandales. 

Ces monnaies sont frappées par les rois francs, à l'efñ- 
gie des empereurs romains Honorius, Constantin III, 
Arcadius, Valentinien III, etc., etc., qui tous ont régné 
à Rome ou en Orient, au V** siècle. 

On ne connaît pas de monnaies frappées à l'effigie des 
rois francs du V"* siècle. 

Notons que les fortifications romaines de Tongres 
formaient à cette époque, la défense la plus septentrio- 


— 453 — 
nale de la contrée: aussi, c'est à l’intérieur de ces fortifi- 
cations que s'est formé, au commencement du V”* siècle, 
le premier noyau d'où est sorti la nation frangaise; et le 
premier roi franc, reconnu par l'histoire, y est né. 

En résumé, a) à Tongres, les francs se sont installés 
dans le castellum de Dioclétien, dont les substructions 
des murs subsistent (1). 

Le castellum d’Auguste, dont les murs subsistent aussi, 
a remplacé le camp germain des Aduatiques dans le 
pays des Eburons. 

Le camp des Aduatiques a remplacé une occupation 
gauloise ou Celtique, comme le prouve le dépot de haches 
en pierre et en bronze que l'on trouve dans’ les décom- 
bres à 3 et 4 m.de profondeur. 

b) Au point de vue de l'histoire des Francs, deux évé- 
nements sont à retenir : 

L'invasion, vers 176, de la Tongrie par les Chauques, 
qui a permis aux Francs de s'installer aux frontières sans 
trop de contestations de la part des romains battus. 

L'invasion des Vandales en 406, qui a livré aux Francs, 
les fortifications abandonnées d'Auguste et de Dioclétien 
de l'unique ville de la Tongrie existant à cette époque. 


F. HuyBkicts. 





(1) On peut utilement consulter le plan des substructions et des routes 
romaines, au vol. XVII du bulletin de la Société scientifique et littéraire 
du Limbourg. On peut acheter le bulletin au prix de 2 fr., à Tongres, à la 
bibliothèque de la Société. 


30 


83m Section : Archéologie 


IX" QUESTION 


QUELQUES CONSIDÉRATIONS 


A PROPOS DE 


La Polychromie des Églises 


surtout au point de vue esthétique 


Messieurs, 


.N demandant aux Comités organisateurs des 
Congrès de Gand et de Malines d'inscrire à 
leur programme la question : « Quelles sont 
#5 les règles à suivre dans la polychromie des 
églises, surtout au point de vue esthétique », il n'entrait 
nullement dans mes intentions de rouvrir le débat sur la 
question posée jadis par M. le Chanoine Van den Gheyn, 
et exposée par lui avec tant de clarté et de compétence : 
« Comment faut-il restaurer les églises au point de vue 
de la polychromie; faut-il, oui ou non, polychromer les 
églises? », débat qui, entamé d'abord au Congrès de 
Bruges, au mois d'août 1887, fut continué ensuite à celui 





— 456 — 


de Charleroi, l’année suivante, et se clôtura enfin au 
Congrès d'Anvers-Middelbourg, en septembre 1889, par 
l'adoption des deux vœux suivants : 

« 1° La polychromie est l'achèvement désirable des 
» édifices; néanmoins, la sage applicatior de la polychro- 
» mie aux monuments anciens qui ne conservent plus de 
» traces suffisantes d'une polychromie antérieure, étant 
» d'une ttès grande difficulté, il n'y a lieu de la décider 
» qu'avec une très grande circonspection. 

» 29 Le Congrès émet le vœu que le Gouvernement 
» veille non seulement à la conservation des restes des 
» peintures murales découvertes dans les anciennes 
» églises, mais qu'il prenne la généreusé initiative de 
» restaurer celles qui offrent pour lart un véritable 
» intérêt ». | 

Cette question, Messieurs, a donné lieu jadis à bien 
des controverses, à des discussions longues et animées. 
Ce n’est pas seulement au sein de nos sociétés d'archéo- 
logie qu'elle a provoqué des joutes oratoires brillantes 
et mêmes passionnées. 

Dès 1863, la polychromie et la peinture murale occu- 
paient les discussions de la Chambre dcs représentants 
pendant quatre longues séances consécutives, et don- 
nèrent lieu à plusieurs remarquables discours de nos 
anciens paflementaires, notamment de MM. Kervyn de 
Volkaersbeke, Charles Rogier, Alphonse Van den Peere- 
boom, Barthélemy Du Mortier, Louis Hymans, de 
Montpellier, Tack, Mgr de Haerne, Janssens, De Boe 
et Jacquemyns. 

Cette même question a été plusieurs fois agitée dans 
les réunions de la Commission ‘royale des Monuments, 
et le plus récent débat sur cet objet eut lieu, si je ne me 
trompe, à l'assemblée générale des catholiques à Malines, 
au mois de septembre 1891, et qui donna lieu à un rap- 
port très-étudié et très consciencieux de M. Jules Helbig. 
Si aujourd’hui, Messieurs, j'ai tenu à vous en reparler, 


— 457 — 
c'est parce que bien des fois, depuis que nos congrès s'en 
sont occupés et en dépit de l'extrême réserve prêchée par 
eux, j'ai vu des critiques, parfois amères, surgir au sujet 
de la polychromie ou de la restauration de peintures 
murales de telle ou telle église ou édifice. | 

Je pourrais citer plusieurs exemples, rappeler notam- 
ment des polémiques vives dont la presse s'est fait 
organe, mais je ne veux citer aucun monument en par- 
ticulier, de peur d'éveiller de justes susceptibilités. 

Je suis d’ailleurs persuadé que beaucoup d’entre vous 
se souviennent, comme moi, de bien des appréciations 
émises par les journaux et les revues sur la question qui 
nous occupe. 

Dans le but d'éviter ces mal entendus ét ces critiques, 
parfois justifiées, mais toujours regrettables, j'ai pris la 
liberté de poser au Congrès la question de savoir s'il n'y 
a pas lieu de prescrire certaines règles plus précises à 
suivre dans l'emploi de la polychromie et dans la restau- 
ration picturale des édifices. 

S'il entre dans les vues du Congrès de donner à la dis- 
cussion de cet objet d'autres développements, je n'y vois 
aucun inconvénient et je ne m'y oppose en aucune façon. 

Pour ma part, je me bornerai à résumer la question 
aussi succinctement que possible et en m'appuyant sur 
des faits bien connus et sur des principes, qui, j'espère, 
rencontreront les suffrages presque unanimes de l'as- 
semblée. 

Le coloris charme notre vue et l'harmonie des couleurs 
répond à un sentiment instinctif inhérent à notre nature, 

Partant de ce principe, la peinture a été, dès la plus 
haute antiquité, considérée comme un art et comme le 
complément indispensable des édifices. 

Tous les peuples ont usé de la peinture architecturale 
ou murale, les Egyptiens, les Assyriens, les Perses, les 
Indous, les Scandinaves, etc. Ils l'appliquaient tant à l'in- 
térieur qu'à l'extérieur, et parfois jusqu'aux plus infimes 


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— 438 — 


bâtiments. Quoiqu'’on ne l'ait découvert que tardivement, 
les Grecs en faisaient un large usage et revêtaient même 
d'un enduit de couleur leurs statues de marbre. Les 
Romains, malgré plus de sobriété, ont imité cet exemple. 

Les parois des catacombes étaient ornées de peintures 
polychromes et le mode de décorer de cette façon les 
murs des églises et des édifices religieux était en hon- 
neur dès les temps les plus reculés du christianisme. 

Cette tradition a été suivie pendant tout le moyen âge, 
dans les divers pays chrétiens, en France, en Allemagne 
et même dans le Nord de l’Europe. « En France et en 
Allemagne, on a même retrouvé des traces de peinture 
décorative à l'extérieur d’un grand nombre de monu- 
ments » (1). 

Cette tradition atteignit son apogée aux xii” et x1117° 
siècles, et dura jusqu’à la Renaissance. Pendant la se- 
conde moitié du xv”* siècle et surtout au commencement 
du xvi“ siècle, la peinture décorative tomba en déca- 
dence. Plusieurs procédés ont été en faveur; je citerai 
notamment la détrempe, la fresque, la peinture à l'en- 
caustique et la peinture à l'huile. 

Pendant toute cette longue période du moyen âge, le 
grand, le principal mérite de la peinture monumentale 
était non de nuire à l'édifice, mais de le compléter, « d'en 
faire ressortir l'importance et la valeur... L'architecture 
et la peinture étaient unies dans une entente intime » (2), 
la secondé toujours subordonnée à la première. 

« La mission de la peinture », dit Reusens, « était 
» de faire valoir les formes architecturales, d'orner les 
» surfaces laissées à la disposition du peintre, de les 
» couvrir de peintures en quelque façon dogmatiques, 
» légendaires ou simplement décoratives; jamais elle n’a 


(x) Reusexs, Eléments d'archéologie chrétienne, 24° édition, tome I, p. 414. 
(2) ViozzetT-LE-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, tome VII, 
page 57. - ° 


» cherché à jouer un rôle indépendant ou prépondérant, 
» en appelant sur ses créations l'intérêt exclusif d'un 
» monument (1). » 

A partir de la Renaissance, la peinture s'est affranchie 
de l'architecture, l'union a été rompue et cette séparation 
s'est surtout aceentuée de nos jours. On n’a pas assez 
tenu compte des dispositions architectoniques et on en 
est arrivé à décorer d’enluminures manquant de tout 
goût et de toutes règles esthétiques, des vaisseaux qui 
auraient dû être traités d'une tout autre manière. On 
n’a pas assez songé aux dangers réels qu'il y a d’une part 
à décorer de peintures murales des espaces considérables 
dans des édifices dont les pierres ont acquis par le temps 
une teinte et une patine incomparables, et de l'autre à 
faire usage de décorations polychromes dont les procédés 
matériels étaient mieux mis en pratique, si pas mieux 
connus, et les traditions mieux observées par nos ancêtres 
que par nos contemporains. 

« Aujourd’hui », dit encore Reusens, « que les prin- 
» cipes de la peinture murale sont paur ainsi dire incon- 
» nus et ne reçoivent plus guère d’application, il est 
» d'autant plus difficile de faire bien comprendre les 
» systèmes auxquels ces principes ont donné naissance, 
» que les œuvres de cet art sont plus rares et qu’il n'en 
» existe pour ainsi dire pas qui soient parvenues intactes 
» jusqu’à nous » (2). 

Et Viollet-le-Duc ajoute, de son côté : « Alors qu’on 
» peignait tous les intérieurs des édifices, les plus riches 
» comme les plus pauvres, on avait nécessairement des 
» données, des règles qu'on suivait par tradition; les 
» artistes les plus ordinaires ne pouvaient ainsi s'égarer. 
» Mais aujourd'hui ces traditions sont absolument per- 
» dues, chacun cherche une loi inconnue; il ne faut donc 


(1) REUSENS, Eléments d'archéologie chrétienne, 2% édition, tome 1, p. 409. 
(4) Idem. 


» pas s'étonner si la plupart des essais tentés n’ont pro- 
» duit que des résultats peu satisfaisants » (1). 

Comment obvier à ces craintes et à ces inconvénients? 
Peut-être qu’à l'heure présente les dangers signalés na- 
guère par ces deux éminents auteurs ne sont plus aussi 
réels ni aussi graves qu'auparavant, peut-être est-on 
mieux à même, qu'il y a quelques années, d'achever les 
œuvres architecturales par des décorations picturales ? 

Des ouvrages des plus estimés, vrais guides en l'occur- 
rence, ont été, dans ces derniers temps, publiés en Suède 
et Norwège, en Allemagne, en France, en Angleterre et 
même en Belgique. — Peut-être s'est-on mieux pénétré 
aussi de cette nécessité que tout travail de décoration 
picturale doit faire l’objet d'une étude approfondie et 
minutieuse, qu'il ne peut être confié au premier venu, et 
aussi qu'il doit être avant tout en harmonie avec le style 
et le caractère de l'édifice qu'il s'agit de polychromer? 

Et malgré cela, il y a eu et il y a encore des mécomptes 
et des désillusions; on s'est heurté à des écueils qu'on 
aurait pu éviter. — Sans doute n’a-t-on pas toujours assez 
réfléchi à tout le parti qu'on peut tirer des matériaux 
employés dans la construction des monuments et ne 
s'est-on pas demandé s’il ne valait pas mieux les laisser 
apparents ou même leur rendre, par un heureux décré- 
pissage, leur ton et couleur propres. 

M. J. Helbig, dans son remarquable rapport, dont 
j'ai parlé tout à l'heure, disait en 1891 : « Je dois déplo- 
» rer cette manie du grattage, qui prend de plus en plus 
» un développement qui me semble peu justifié. 

» Il est certain que pour plusieurs monuments, comme 
» pour la métropole de St-Rombaut, à Malines, et quan- 
» tité d’autres églises, ce n'est pas là un procédé bien 
» artistique. Je trouve même que c'est une manière assez 


(x) Viozet-LE-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, tome VII, 
page 59. 


— 461 — 

» barbare de traiter un monument de cette nature... 
» On est très charmé aujourd’hui, de voir des murs bien 
» appareillés, on trouve cela amusant. Mais cette pro- 
» preté ne restera pas et cet appareil n’est pas fait pour 
» rester visible ». Et M. Helbig ajoutait : « Le grattage 
» des monuments n'est nullement à conseiller, et on doit 
» éviter d'y procéder quand on n’a pas quelque chose de 
» meilleur à mettre à la place du blanchissage ». 

. Je ne sais, Messieurs, si après l'essai de décrépissage 
fait tout récemment à la cathédrale de St-Rombaut, sous 
la direction immédiate de M. le Chanoine van Caster, 
et dont nous avons tous pu nous rendre compte, hier, 
lors de notre visite à l'église Métropolitaine, je ne sais, 
dis-je, si M. le rapporteur de 1891 parlerait encore de la 
même façon. En tous cas, pour ma part, je n'hésite pas 
à l'avouer, je ne saurais plus partager son exclusivisme, 
et j'estime que bien des congressistes penseront comme 
moi et diront que le décrépissage commencé, loin d'être 
blâmé, doit être encouragé. 

D'autre part, quelques-uns d’entre vous ont jugé pro- 
bablement malheureux, comme je me suis permis de 
le faire moi-même, l'essai de restauration ébauchée dans 
une chapelle latérale du pourtour du chœur, dans une 
autre église, que nous avons également visitée hier. 
Il y avait là, paraît-il, des vestiges très apparents et 
encore passablement bien conservés, de polychromie. 
On les a enlevés pour les remplacer par une sorte de 
badigeon imitant la pierre blanche, avec des lignes de 
teinte grisâtre simulant des jointures, et qui s'effacent au 
moindre frottement. 

Tout ceci, Messieurs, prouve que, malgré toutes les 
précautions prises, malgré toute la circonspection, malgré 
tous les conseils et les avis les plus sages et les plus 
éclairés, on n'a pas encore fait assez, et cela m'amène 
tout naturellement au côté pratique de ma proposition. 

Ainsi que je le disais dans les courtes considérations 


— 462 — 


que j'ai fait insérer au programme du Congrès, ne pour- 
rait-on pas, tout en maintenant les vœux précédemment 
adoptés par la Fédération, y ajouter certaines prescrip- 
tions générales dont il y aurait lieu de tenir compte, 
surtout dans la restauration des monuments anciens? « 

Ou bien faut-il tout simplement se croiser les bras, 
laisser les fautes s'accumuler et garder une stricte si pas 
coupable expectative? 

Dans une récente brochure (1), M. Josef Nève, chef de 
division au Ministère des Beaux-Arts, préconisait, pour 
la peinture décorative, quelques règles matérielles dont 
voici la quintescence : Toute restauration de pointure primi- 
twe devrait d’abord être précédée d'un levé exact et complet des 
parties anciennes, et ensuite de la production d'une esquisse 
détaillée de tout le projet de restitution. 

Au point de vue esthétique, ne serait-il pas utile de 
prescrire des conseils semblables et d'émettre les conclu- 
sions suivantes que je soumets aux délibérations du 
Congrès : 

19 Dans les édifices où une coloration naturelle peut être 
tirée de l'effet produit par les matériaux eux-mêmes, par les 
pierres, les marbres, les briques, etc., 1l est désirable qu'aucun 
autre travail de décoration pictural n'intervienne (2). 

20 Tout travail de peinture ou de décoration polychrome doit 
être en harmonie parfaite avec l'œuvre architecturale, tant au 
point de vue du système de coloration que du style du monument. 


ZEecH-Du Brirz. 





(x) J. Nève, Quelques remarques à propos de la restauration des monuments d'art 
ancien, pp. 18 et 19. 

(2) Déjà en Belgique, on peut citer plusieurs églises qui sont dans ce cas : 
Sainte Waudru, à Mons; Sainte Gudule, à Bruxelles; Saint Gommaire, à 
Lierre, etc. 





DE L'ÉTUDE 


Tissus ornés dans les Tableaux 


DES ANCIENS PEINTRES FLAMANDS 


Messieurs, 


HAQUE fois que dans un Musée ou une collec- 
tion particulière nous rencontrons une œuvre 
d’un de vos vieux peintres de l'Ecole flamande, 
ET nous sommes portés à lui attribuer le nom 
de vos maîtres les plus connus, Memeling, Van Eyck, 
Van de Weyden …. 

Ces tableaux ne sont pas signés et c'est aux critiques 
d'art qu'il appartient de reconnaitre à la composition, au 
dessin, à la couleur, l'attribution qu'il semble juste de 
leur donner; mais ces attributions sont condamnées à 
rester presque toujours douteuses, à moins que quelque 
document ancien, commande ou marché, ne vienne cor- 
roborer l'opinion de l'historien. 

Ne serait-il pas possible de chercher un moyen pra- 





tique, soit de reconnaître l'oeuvre d'un maître, soit tout 


au moins de préciser les panneaux sortis d'un même 
atelier ? 

J'ai pensé qu'on pourrait tenter ces identifications en 
étudiant dans les œuvres des maîtres flamands certains 
détails et notamment les étoffes dont sont revêtus les 
personnages de ces compositions. 

Ces étoffes sont le plus souvent couvertes de dessins, 
de fleurons, qui n'ont pas été inventés par les peintres, 
mais copiés par eux sur des modèles qui se trouvaient 
sous leurs yeux. 

C'est ainsi notamment que dans les trois grands 
panneaux attribués à Memeling, entrés récemment au 
musée d’Anvers, on reconnaît à côté d’étoffes brochées, 
d'origine italienne, des bandes qui offrent absolument les 
caractères des tissus orientaux, avec leurs décorations en 
losanges, leurs grecques et leurs croix gammées. 

Je proposerais donc : 

io De réunir en quelques planches les motifs des 
étoffes qui se trouvent sur des tableaux dont l'attribution 
est certaine; 

2° de reproduire de même les motifs qui figurent sur 
des œuvres de maîtres inconnus, et qui, lorsqu'ils se 
trouvraient répétés sur plusieurs tableaux, permettraient 
tout au moins de fournir un élément de critique, en 
groupant les compositions sorties d’une même atelier, et 
de les attribuer par suite à un auteur ou tout au moins à 
ses élèves. 

Je ne crois pas que jusqu'à présent on ait éxécuté un 
semblable travail, ou, du moins, si quelqu'un en a eu la 
pensée, je n’en ai vu nulle part la réalisation. 

Cette suite de croquis, indépendamment de l'intérêt 
qu'elle présenterait pour le but que j'indique, fournirait 
aussi aux fabricants d'étoffes et aux brodeurs, de précieux 
guides pour la composition de leurs dessins et prendrait 
utilement place à côté de la publication de Dupont- 





— 465 — 
Auberville, sur les tissus et du bel ouvrage sur la broderie 
de Louis de Farcy. 

Telle est l'idée que je soumets au Congrès, laissant à 
des maîtres, comme notre confrère, M. Henry Hymans, 
le soin d'en apprécier l'opportunité et de chercher les 
moyens d'en poursuivre la réalisation. 


Comte DE Marsy, 
Directeur de la Société Française d'Archéologie. 


Compiègne, 3 août 1897. 


8m Section : Archéologie 


XII QUESTION 


RECHERCHES & ÉTUDE 


DE 


Quelques Peintures de Roger Van der Uiepden 
EN FRANCE 


par M. Emile Delignière 


Avocat, Président de la Société d’Emulation d'Abbeville 


(OGER Van der Weyden, qui fut élève de Jean 

) Van Eyck,a laissé un certain nombre d'œuvres 

qu'on retrouve notamment à Anvers, à Bru- 

5 xelles, à Berlin, à Madrid. Celles qui existent 

en France, sont le Christ au tombeau, au musée du Louvre, 

le Fugement dernier, à l'hôpital de Beaune, et la Passion, à 

l'église d'Ambierle, en Roannais; ce dernier a été l'objet 

d’une étude très approfondie de M. Jeannez, dans la 

Gazette d'archéologie; ces peintures sont considérées géné- 
ralement comme bien authentiques. 


— 468 — 


Il existe à Abbeville, une suite de panneaux fort 
remarquables, dont trois surtout paraissent, par leur 
origine, par leur histoire, et enfin par certains caractères 
particuliers, pouvoir être attribués d'une manière presque 
certaine, à Roger Van der Weyden. 

Ces panneaux, qui sont les restes d'un grand retable 
polyptique, sont, à n'en pas douter, des peintures origi- 
nales, toutes en bon état de conservation (H. r m. 60, L. 
0,490 "*). Ils proviennent d'une ancienne abbaye de 
Chartreux qui existait, très florissante, sous le vocable de 
S. Honoré, évêque d'Amiens, au VI‘ siècle, dans un des 
faubourgs d'Abbeville, celui de Thuison. Ils étaient 
placés sur le grand autel de la chapelle où ils sont 
figurés, d'une manière naïve, mais qui ne laisse subsister 
aucun doute, dans un manuscrit dont une copie exacte 
est conservée à la Bibliothèque d'Abbeville. 

D'après une note du Kalendarium, manuscrit conservé 
à la grande Chartreuse, note relevée par M. l'abbé Le- 
febvre, dans son Histoire de la Chartreuse de Thuison, ces 
peintures avaient été données de 1437 à 1440, à la Char- 
treuse, sous le priorat de Dom Firmin le Ver, par Phi- 
lippe-le-Bon, duc de Bourgogne, dont Roger Van der 
Weyden fut, après Jean Van Eyck, l'ami et le confident. 
Ils avaient été placés sur le grand autel. 

Trois de ces panneaux, tout particulièrement la Cène, 
l’Ascension et la Pentecôte, présentent tous les caractères 
distinctifs que l’on remarque dans les peintures de Van 
der Weyden : le groupement habile et très étudié des 
personnages, la longueur des vêtements, les détails 
d'architecture, le peu de souci de la beauté dans les 
figures des apôtres, dont les traits sont bien accentués, 
énergiques et presque rudes, l'absence d'anatomie dans 
les uns, les doigts des mains surtout trop longs; d'autre 
part, on admire les types du Christ, de la Vierge et de 
S. Jean, qu'on retrouve les mêmes dans d'autres peintures 
du même maître; l'intensité de vie qui se dégage des 





— 469 — 
yeux de la plinart des personnages et que l'on remarque 
notamment, d'une manière frappante, dans les sept sacre- 
ments du musée d'Anvers, l'exquise délicatesse et le fini 
avec lesquels sont traités certains détails, tels que les 
fleurettes qui émaillent le sol au premier plan dans 
l’Ascension, la perspective et le charme du paysage qui se 
déroule au loin dans le panneau, avec la reproduction à 
vol d'oiseau d'une ville flamande du moyen âge, l'échap- 
pée sur un carrefour dans la Cène, etc. 

Quatre de ces peintures, qui étaient appliquées sur 
l'extérieur des volets, paraissent être, d'après l’architec- 
ture et les différences dans l'exécution, d’une époque 
postérieure ; ils représentent les figures en pied, dans des 
niches surmontées de dais, de la Ste Vierge, de S. Hugues, 
évêque de Lincoln, dont la Chartreuse possédait les 
reliques, de S. Jean l’évangéhste et de S. Honoré. Elles 
sont non moins remarquables; mais on ne saurait, eù 
égard aux différences, les attribuer à l’auteur des pein- 
tures de la paroi intérieure des volets, et, à défaut d'élé- 
ments de comparaison bien établis, on ne peut que les 
supposer peints par des élèves ou par des successeurs 
de Van der Weyden. 

Dans tous les cas, ces peintures étaient peu connues, 
et il y avait quelqu'intérêt à appeler l'attention sur ces 
nouveaux spécimens en France du grand art flamand au 
moyen âge. 





St 


NOTE SUR 


QUELQUES SILEX TAILLÉS 


recueillis le long du littoral belge 


PAR LE Dr D. RAEYMAEKERS 


gp ÉJA en 1875, M. le Professeur Crocq avait eu 
l'occasion de trouver sur la plage, à marée 
basse, entre Ostende et Mariakerke et près du 
fort Wellington, un couteau en silex mesu- 
rant 7.5 cent. de longueur, 3.5 cent. de largeur et 
environ 0.5 mill, d'épaisseur (1). 

Par sa lettre du 22 avril 1891, outre les renseignements 
qui précèdent, notre confrère décrit le silex en question 
de la façon suivante : « Il constitue une plaque dont 
» l'une des faces est plane, légèrement concave, tandis 
» que l'autre est divisée en trois facettes par des bords 





(1) Congrès d'Archéologie el d'Histoire, Session d'Anvers, 1892, p. 264. Bulletin 
de la soriëté d’Anthropolngie, séance du 18 décembre 1893, p. 244, tome XII, 
1893-1894. 


— 472 — 
» qui se rencontrent au formant des angles très obtus. Il 
» offre une couleur blanchâtre légèrement noirâtre vers la 
» base et le bord gauche. Il présente d'une façon incon- 
» testable le caractère de la taille intentionnelle ». 
Il y a une quinzaine d'années, un parent de M. Gérard 
Vincent, Conservateur au Musée d'Histoire Naturelle 


de Bruxelles, fit la découverte sur la plage devant 
Ostende, d'une hache taillée en silex et de petite taille. 
Nous ignorons la destinée de cette pièce et les renseigne- 
ments complémentaires nous manquent. 

Au mois d'octobre 1884, un de nos confrères, M. Jules 
Theunis, médecin à Hasselt, nous remit un beau couteau 


— 473 — 
en silex, qu'il avait recueilli au mois d'août de la même 
année, sur la grève à Ostende, à marée basse, à environ 
100 m. du fort Wellington. Cette pièce en silex noir, 
translucide quand on la place devant le jour, paraît se 
rapprocher de ceux de l'assise de Spiennes. Elle présente 
les dimensions suivantes : longueur, 5 cent.; largeur 21 
millim.; épaisseur 2 à 3 millimètres environ. Elle montre 
deux faces, dont l’une est plane et l'autre présente les 3 
façettes d'éclatement. Les bords latéraux sont ornés 
d'une série de petits éclats alignés, dénotant un travail 
intentionnel indéniable. 

Ci (à côté) deux photographies de ce couteau, exécutées 
au double de la grandeur naturelle. 

En 1887, M. l'avocat Cumont, chargé de faire le 
compte-rendu analytique: pour les sciences anthropolo- 
giques au Congrès d'Archéologie et d'Histoire de Bruges, 
fit part, dans le bulletin de la Société d'anthropologie de 
Bruxelles de la même année (1), de la trouvaille, sur la 
plage de Middelkerke, d'une belle pointe 
de flèche à pédoncules latéraux. Celle-ci 
fut trouvée par la petite fille de sa sœur, 

Mr: de Dorlodot. Grâce à l'obligeance 

bien connue de notre collègue, nous pou- 

vons en donner un bon dessin, fait à la 

plume, et représentant l'objet en grandeur : 

naturelle. Les bords montrent une quantité de fins éclats, 
et la matière première est en silex blond translucide. 

Le 26 novembre 1894, M. E. Van Overloop, rappelant 
les découvertes antérieures faites par MM. Crocq et 


(1) Bulletin de la Société d'Anthropologie de Bruxelles, tome VI. 1887-1888, 
p- 153. — Rapport par M, Cumont, sur le Congrès d'Archéologie et d'His- 
toire, session de Bruges, du 22 au 25 août 1887. — M ‘moires du Congrès d'Ar- 
chéologie et d'Histoire, session d'Anvers, 1892, p. 264. — Communication de 
M. E. VAN OverLoop, projet de carte préhistorique de la Belgique, du Bulletin de 
La société d’ Archdologie de Bruxelles, t. XII, 1893-94, p. 244. 


— 474 — 
Cumont, signale sur la plage de Middelkerke, la présence 
de silex taillés (1). | 

Récemment, M. E. Delheid nous annonçait qu'il avait 
trouvé sur la grève, à Middelkerke, un petit couteau en 
silex noir. Cette pièce fut rencontrée à 60 m. des dunes 
et en face de l’Institut Roger de Grimberghe. Un humé- 
rus humain, des ossements de mammifères et d'oiseaux, 
que l’auteur considère comme provenant également de la 
tourbe, se trouvaient à l'entour de cét instrument (2). 

En 1896 encore, M. le baron Ch. Gillès de Pélichy 
mentionne la rencontre d’une belle lame de silex sur la 
plage d'Ostende, à Mariakerke (3). 

Telles sont les découvertes de silex qui se sont faites 
jusqu’à présent le long du littoral belge et qui, à l'excep- 
tion d’une seule, ont toutes été relatées dans les bulletins 
des Sociétés scientifiques. Elles sont donc au nombre 
de 7 et ont toutes été faites entre Ostende et Middel- 
kerke. Il y a lieu également de remarquer la petitesse 
relative de tous les instruments connus; ce qui tendrait 
à les rapprocher de ceux qu'on trouve dans les Flandres 
et dans le Pays de Waes, en particulier à la surface ou 
à peu de profondeur dans le sol. L'abondance relative 
des couteaux, par rapport aux autres instruments. Mid- 
delkerke et le nord du fort Wellington semblent être 
deux stations priviligiées. Jusqu'à présent, on n'a pas 
encore trouvé à la surface du littoral, des haches polies 
ou autres pièces de la période néolithique. Toutefois, 
par extension et en se rappelant les découvertes qui ont 
été faites en France et en Hollande, à la surface de la 
plage battue par la mer du Nord et la Manche, et parti- 





(1) Geographie préhistorique de la basse Belsique, par E. VAN OverLoor. Du 
Bulletin de la sociëté d’ Anthrofolovie de Bruxelles, t. XIII, 1894-95, pp. 379-380. 

(2) Procès-verbal du 12 septembre 1896, Société royale malacologique de 
Belgique, p. Lxvir. 

(3) Congrès d’ Archeologie et d'Histoire, section de Gand, 1896, p. 30. 


— 475 — 
culièrement dans les tourbières, on peut croire à 
tence de l’homme néolithique en Belgique, le Ic 
notre Zone maritime. Tous les auteurs qui ont s 
la présence de silex éclatés le long de la côte 
s'accordent à admettre le puissant dépôt tourbeu 
terrain comme étant le gisement de ces objets. 
d’eux n'a eu l'occasion heureuse de les trouver in st 
En 1888, à Ostende, hors de la porte de Brug 
près du bois de Boulogne, nous avons pu pren 
coupe suivante, dans les travaux nécessités pour | 
struction des murs d'une écluse. Près de la po 
l’écluse et à la côte 7.75 environ au-dessus du niv: 
la mer, nous avons noté : 
a) terre végétale, sable brunâtre, un peu tassé. 
0.25 cent. épa 
1° Sable gris-blanchâtre, grossier, quartzeux, ave 
cailloux épars; morceaux de tourbe durcie avec tra 
pholades, fragments de briques et de bois flotté, 


Mollusques observés : 


Buccinum undatum L. rare. 
Cardium edule L. cc. 
Mytilus edulis L. cc. 


Donax vittatus. Da Costa. a. rare. 


La masse est traversée en tous sens par des jon 
n’ont laissé que leur enveloppe extérieure. 
Epaisseur, 1.4 
2° Argile grise-bleuâtre, fétide, plastique, sat 
montrant des traces de joncs qui ont cru pend 
sédimentation de la roche. Argile d'Ostende o 
poldres. 


Mollusques observés : 


Bythinia ulvæ Pennant. a 
Littorina littorea, L. a. 


— 476 — 
Cardium edule L. var. rusticum. cc. — bivalves. 
Tellina baltica L. C. 
Scrobicularia piperita. Gmelin. cc. 
Mytilus edulis L. rare. 
Mya arenaria L. a. C. 


Nous y avons recueilli également une monnaie en 
cuivre, de Philippe IV, frappée à Anvers. 

La partie supérieure de l'argile est assez ravinée par 
le sable sus-jacent. Epaisseur — 0.70 cent. 

3° Sable gris blanchâtre, assez doux, avec noyaux de 
sable coloré en vert clair, humide, devenant graveleux 
vers le bas. — Par ci par là, on rencontre quelques rares 
cailloux en silex, patinés, entiers ou fragmentés. 


® Coquulles : 


Cardium edule L, valves isolées, assez abondant. 
Cardita planicosta Lmk du panisélien de l'horizon 
d'Aeltre, 1 valve. 


A une profondeur de 3.80 cent. sous la surface du sol, 
par conséquent à la côte + 3.95, nous avons recueilli 
également un fémur humain droit, dont la ligne âpre 
est fortement usée. Les trochanters et la tête fémorale 
ont disparu ainsi que les condyles avec la poulie condy- 
lienne. La minceur du tissu osseux compacte et le 
développement exubérant du tissu médullaire font ad- 
mettre, avec d’autres caractères anatomiques, qu'il s'agit 
d'un os long ayant appartenu à une femme de petite 
taille, délicate, âgée de plus de 50 ans. Epaisseur du 
sable, 2.85 cent. 

4° Tourbe compacte, noire, montrant un mélange de 
plantes terrestres et d'eau-douce. En cassant parfois des 
blocs desséchés de cette roche, on y observe des débris 
de feuilles et des fragments de fruits de noisetier. Epars, 
gisent des troncs et des souches appartenant au chène; au 


— 477 — 

bouleau, au noisetier et au merisier. La masse envelop- 
pante est formée par la destruction des Hypnum, aujour- 
d'hui méconnaissables. 

A une profondeur de 6.15 
cent. par rapport à la surface 
du sol, soit à la côte + 1.60, 
nous avons retiré de la couche 
tourbeuse, le petit grattoir dont 
le croquis figure ci-contre. 

11 mesure outre 38 et 39 mill. 
de largeur et 55 mill. environ 
de longueur sur 15 mill. environ 
d'épaisseur. Sa surface est grise 
brunâtre et son lieu d'origine 
doit être la craie de Spiennes. 

Nous avons entrevu la tourbe 
sur une épaisseur de 2.30 cent. et toute la coupe avait 
ure profondeur de 7 m. 5o cent. environ. 

Cette découverte est intéressante, car elle fixe d’une 
façon définitive la position des silex taillés et explique 
leur présence à la surface du littoral de notre pays. 


Note ajoutée pendant l'impression. — Dans la séance de 
décembre 1896, de la société d'Anthropologie de Bru- 
xelles, M. Marcel De Puydt a donné lecture d'une note 
relative à la découverte d’un nucléus à Middelkerke. 
Dans la séance du 25 octobre 1897, de la même associa- 
tion, M. Cels a donné une communication sur la décou- 
verte de silex taillés sur la plage de Knocke. Les volumes 
de 1896 et de 1897 de cette Société n'ayant pas encore 
paru, nous ignorons encore l'importance de ces trou- 
vailles. 


Tirlemont, le 4 août 1897. 


A 


xre Section : Etudes Pré- et Protohistoriques 


la vallée au nord de Belvaux, on arrive à un 
immense mamelon calcaire, boisé d’un côté 
et rocheux de l'autre, qui surplombe la rivière 
d’une hauteur de 80 mètres environ. Sous les aiguilles 
du rocher, au nord, existe une grotte de peu de profon- 
deur, dans un coin de laquelle s'ouvrent des crevasses 
donnant, assure-t-on, accès à un souterrain qui s’allonge 
au loin dans la montagne. On nomme ce mamelon le 
chession de Han-sur-Lesse, et plus rarement le plateau 
du Rond-bois. Chession, c'est un synonyme de châtelet 
(castellum), et cela évoque l'idée d'un lieu qui fut occupé 
par des hommes armés. À une altitude de 198 mètres on 
voit, au pied du versant septentrional de la colline, des- 
cendre l'eau du ruisseau de Faule, venant de la commune 
de Wavreille ; son versant méridional penche sur le vallon 
de Héroigne. La colline n'est aisément abordable que 
à l'Est. Sa longueur est de 255 mètres, sa largeur de 84. 
La sapinière qui la touche au nord, partage sa dénomi- 
nation, et l'on appelle Nive-Escoisse le bois la limitant 
du même côté. 
Le plateau, d'une aridité extrème, à peine couvert 


pan sur la rive droite de la Lesse, on suit 


— 480 — 


d'une mince couche de terre végétale, est parsemé de 
roches et de rocailles qui y affluent, surtout au Sud. Cà 
et là de sombres genévriers en rendent l'aspect d'autant 
plus lugubre que l'on ne tarde pas à s'apergevoir que l'on 
se trouve sur l'emplacement d’une nécropole dont l'en- 
semble des monuments, que le travail du cultivateur n'a 
point encore anéantis, frappe l'esprit par sa singularité. 

Dès l'entrée, à l'Est, on remarque un arrangement 
symétrique de centaines de marchets alignés à perte de 
vue, sur quatre lignes parallèles. Chargés d'aubépines et 
de prunelliers, ces marchets ont une certaine variété de 
formes et se distinguent particulièrement par des con- 
tours de pierres fichées dans le sol d'une manière régu- 
lière, et par le monolithe qui les surmonte le plus sou- 
vent. L'une de ces tombelles a sept mètres de diamètre; 
une autre, plus grande, affaissée au centre, a un dia- 
mètre de vingt mètres, et une hauteur de 2 m. 50. Dans 
la deuxième rangée, vers le Nord, un marchet concen- 
trique a, jusqu'à la circonférence intérieure, 4 m. de 
diamètre sur o m. 50 de hauteur, un pourtour large de 
3 m. 50, puis une couronne de 2 m. de largeur et de 
o m. 30 d'élévation. Toutes les pierres extérieures de la 
couronne sont enfoncées dans le sol. Des sépultures 
isolées, en évidence, se produisent parfois entre les 
alignements. Nous avons constaté cette particularité en 
plusieurs endroits. Serait-ce des tombes de chefs? On 
peut répondre affirmativement. 

Deux marchets sont dessinés en amande. 

La plupart d'entre eux, revêtus d’humus, paraissent 
très anciens. Sur certaines lignes, ils sont presque con- 
tigus, ailleurs plus espacés. Généralement ils sont circu- 
laires. L'un, en ovale, par exception, a 5 mètres de lon- 
gueur sur un mètre de largeur. L'autre, d'apparat celui-là, 
se dresse au point central de la première section du pla- 
teau : il forme un cône tronqué, d'un diamètre de 12 m., 
d'une hauteur de 1 m. 50. Au nord de cette plaine, et au 


— 4Br — 


même niveau, un bois de sapins renferme des marchets 
plus clairsemés, mais de dimensions considérables. On 
en trouve aussi en alignement. Bon nombre sont surmon- 
tés de monolithes. L'une des tombes a 1 m. de hauteur, 
une autre 1 m. 50. Vers le milieu de la sapinière, un 
marchet ovoïde, haut de 1 m. 5o et entouré d'un cercle 
de pierres, mesure dans son ensemble 20 mètres de lon- 
gueur sur 12 mètres de largeur. | 

A 125 mètres en avant de l'entrée du plateau, un 
retranchement de pierres et de terre non-cimenté, d'une 
largeur moyenne de huit mètres, barre du nord au sud 
le passage jusqu'aux parties déclives. Il est distant de 
5o mètres d'un second retranchement, qui ne se prolonge 
pas sur toute la largeur de la plaine et qu'un tertre avec 
stèle et pierres d'orientation en évidence termine à l’ex- 
trémité septentrionale. Dans les interstices des pierres 
du premier retranchement, qui est le principal, pierres 
la plupart couvertes de mousses et de lichens séculaires, 
naissent quelques coudriers rabougris, et des plantes 
telles que l’euphorbe et le dompte-venin, à la fleur d’un 
blanc jaunâtre. À deux pas de là, le versant au sud-est 
s'embellit par la candide blancheur d'une multitude de 
phalangies à fleurs de lys. 

Entre les deux retranchements, le plateau se resserre ; 
l'enceinte devient plus petite, mais deux allées de mar- 
chets s'y continuent parallèles jusqu’à leur rencontre avec 
une ligne de sépultures, qui coupe le terrain du Sud au 
Nord. Au-delà de cette ligne, trois marchets se placent 
en triangle, à distance égale. 

Puis, le second retranchement dépassé, l'alignement 
des marchets se produit à nouveau. Un ensemble rec- 
tangulaire de tombes, ensemble de 20 mètres de lon- 
gueur sur 10 mètres de largeur, se présente ensuite, ct 
au Sud-Ouest de ce groupe, se trouvent encore des 
sépultures, tandis que vers le Nord un autre alignement 
aboutit à un tertre assez grand. 


.. 2 7 


— 482 — 


Presque à l'extrémité du plateau, une variété de tom- 
belles est distribuée sans ordre sur le terrain. 

Nous considérons le chession de Han-sur-Lesse comme 
une vaste nécropole, dans laquelle les tertres en relief 
désignent les sépultures des chefs. L'ethnologie com- 
parée nous apprend qu'en Tunisie, les anciens Berbères 
avaient adopté exceptionnellement des sépultures entou- 
rées d’un cercle de pierres. Ce mode n'était employé que 
lorsqu'il s'agissait d'un personnage important que ses 
hauts faits, ses vertus avaient illustré. Le but que ce 
peuple voulait atteindre par là était de marquer le res- 
pect professé envers le défunt, de consacrer en quelque 
sorte l'emplacement qu'il occupait. Nos barbares auront 
voulu aussi honorer la mémoire des leurs. Ces centaines 
de marchets disposés en allées appartiennent évidem- 
ment à la même population, aux mêmes usages, mais 
sont certainement l'œuvre de plusieurs générations. 

Les retranchements nous paraissent n'avoir constitué 
dans le principe que de simples séparations pour les 
membres des tribus. Plus tard, elles ont pu revêtir en 
même temps un caractère guerrier; le chession a pu être 
occupé par un peuple conquérant qui s'y défendait au 
milieu de ses tombes. 

La nécropole de Han-sur-Lesse offre un ensemble 
d'une disposition symbolique évidente. Elle contient les 
premiers linéaments d'un système de monuments tumu- 
laires que nous voyons plus tard atteindre son apogée à 
Carnac. Une influence étrangère a dû modifier ici le 
mode primitif d'inhumation. 

Le petit marchet antique fait place à une tombelle 
plus considérable; des tertres avec pierre centrale et 
pierres apparentes, indiquant les points cardinaux, des 
cercles concentriques, des cromlechs circulaires ou rec- 
tangulaires, tout un art émanant du génie gothique se 
fait jour et révèle incontestablement les rites d’une reli- 
gion établie. 


— 483 — 


Quelle était cette religion qui d'autre part substituait 
a l’inhumation l'usage de l'incinération des corps hu- 
mains ? 

La religion qui opère ces transformations, c'est la 
religion scandinave. Son astrolâtrie présentait Odin, le 
‘dieu suprême, sous la forme du soleil; Freya, sa fille, 
avec laquelle 1] s'était uni, sous la forme de la lune. Des 
trente-six nains enfantés par les dieux et les géantes, 


quatre symbolisaient les points cardinaux du ciel; d'au-_ 


tres rappelaient la fusion des métaux. Dans son essence, 
cette religion excitait à l'amour de la gloire et des com- 
bats, exaltait le courage guerrier, poussait au mépris de 
la mort. Odin, le soldat vainqueur divinisé, était dépeint 
comme relevant les vaillants tombés sur les champs de 
bataille, pour en composer un long cortège, avec lequel 
il parcourait les airs. Il ordonnait de brûler les corps et 
de dresser des monuments, sous forme de grandes col- 
lines, à ceux qui avaient illustré leur vie par quelque 
haut fait. Les grands marchets érigés en l'honneur des 
guerriers défunts, les alignements des tombeaux, le mo- 
nolithe central de la sépulture dédié à Odin, personni- 
fiant, sous le nom d’Irminsul la lumière du jour, les 
quatre pierres en saillie, destinées à l'orientation et à 
rendre un culte aux nains qui personnifiaient les points 
cardinaux, tout ce symbolisme n'est-il pas complètement 
appliqué dans la nécropole de Han-sur-Lesse? 

Ce sont les Belges, les Fir-Bolgs, qui importèrent ces 
croyances dans nos Ardennes, sept siècles avant notre 
ère. Ils firent passer nos tribus aborigènes d'un état 
d’abrutissement et de dégradation à une demi-civilisa- 
tion; elles franchirent de la sauvagerie à la barbarie le 
premier échelon du progrès social. Armés du bronze et 
du fer, les conquérants introduisirent dans nos contrées 
leurs dieux, leurs rites funéraires, et notamment le mode 
de l'incinération des morts. 

Deux siècles plus tard, les Fir-Bolgs effectuèrent une 





— 484 — 

migration en Angleterre. Ce fut le seul peuple du conti- 
nent qui s'y rendit à cette époque éloignée, puis il passa 
en Irlande. N'est-il pas intéressant de constater que cette 
race, issue de la grande famille gothique, y introduisit 
toutes les variétés de l’art funéraire mégalithique, notam- 
ment les cercles concentriques, en même temps que le 
mode de l'incinération? Les fouilles pratiquées dans 
presque tous les monuments funèbres de l'Irlande four- 
nissent, quant à ce dernier point, la preuve de notre 
assertion, soit par des ossements humains à demi-con- 
sumés, soit par des urnes renfermant des cendres. 
L'aménagement. de leurs nécropoles constitue l'un des 
caractères essentiels des Fir-Bolgs. A cet égard, les 
soixante-dix monuments de Carrowmore, situés à moins 
de cinq kilomètres de la ville de Sligo, offrent, sur un 
plateau élevé, d'où l'on aperçoit un paysage plein 
d'attraits, un groupe de sépultures dont l'importance 
n'est surpassée que par les avenues grandioses de Carnac. 
Mais personne n'ignore que la réalisation des alignements 
si imposants et si pittoresques de ce lieu célèbre du Mor- 
bihan a été de beaucoup facilitée par l'abondance énorme 
de granits qui, émergeant le plus souvent du sol, ont été 
laissés où la nature les avait jetés. 


ADRIEN Hocx. 


I. — Relevé des formes anciennes 


I. Le travail préliminaire consiste à recueillir les 
diverses graphies des noms, c'est-à-dire les différentes 
formes sous lesquelles ils figurent dans les textes anciens. 

Les sources à utiliser pour ce travail, sont : 

a) Les diplômes et les chartes; 

b) Les comptes, les pouillés et les livres censaux. 
Parmi ces derniers il y a lieu de signaler spécialement 
le registre de Freckenhorst, écrit en langue vulgaire de 
la Westphalie, au x1”* siècle (1). Ce document est des 
plus précieux, parce que les noms de lieux y apparaissent 
dans un état qui permet de reconnaitre encorê la nature 
de leurs éléments constitutifs, et que ces éléments se 
retrouvent dans d’autres contrées, sous des formes déri- 
vées, dans beaucoup de nomstudesques. Un autre registre, 
celui de l'abbaye de Werden (2), écrit au 1x"° siècle, est 
intéressant au même titre, car, bien qu'il soit rédigé en 
latin, les noms de lieux n'y sont pas latinisés; 

c) Les annales et les chroniques; 

d) Les chansons de geste; 

e) Les monnaies et les sceaux. 


Pad 


2. La forme ancienne et la forme actuelle, ou la forme 
romane et la forme germanique d'un même nom peuvent 
différer l’une de l'autre, au point qu'à première vue il 
semble n'exister aucun rapport entre elles. Qui se dou- 
terait, par exemple, que Angelgiagas, Wamblinis, Halut 
et Hasnoth sont des formes correspondant aux noms 
actuels de José, Wemmel, Hasselt et Assent? (3). 


(1) Publié dans Hevne, Kleinere altuiederdeutsche Denkmaäler, pp. 67 85. 

(2) Publié dans Lacomsrer, Archiv für die Geschichte der Niederrheims, 11, 
pp. 217-249, et III, pp. 180-185. 

(3) Nous reproduisons en caractères gras les formes actuelles des noms, 
et en italiques, leurs formes anciennes, fournies par des documents; celles 
en italiques, précédées d'un astérisque, sont hypothétiques. 


— 497 — 

Il est dangereux, d'autre part, de se baser uniquement 
sur la ressemblance plus ou moins grande de certaines 
graphies anciennes avec des noms modernes, pour en 
conclure à leur identité. 

En notant les vieilles formes, il ne faut donc pas se 
hâter trop de les considérer comme des noms tombés en 
désuétude. Il faut, d'autre part, s'assurer s'il y a des 
raisons suffisantes pour les identifier avec tel ou 1 tel 
nom actuellement en usage. 

Un travail d'identification de ce genre a été fait pour 
une partie de la Belgique, par Grandgagnage (r). Ce 
travail contient, à certains égards, d'excellentes indica- 
tions. Il serait désirable qu’on le complétât, ou, mieux 
encore, qu'on le reprit par provinces, en dressant pour 
les diverses localités de chacune d'elles la liste des formes 
anciennes de leurs noms. 


3. Les formes recueillies doivent être accompagnées 
de l'indication de la date ou de l’époque à laquelle a été 
fait le manuscrit où elles figurent. Cette indication doit 
servir à faire le classement chronologique des formes, et à 
établir l'ordre dans lequel elles dérivent l’une de l'autre. 


4. En citant les diverses graphies d'un nom, il con- 
vient d'indiquer si elles ont été relevées dans un texte 
original ou dans une copie. 

Les copistes n'ont pas toujours respecté la physiono- 
mie des noms. Quand ils savaient à quels endroits ils se 
rapportaient, ils en ont souvent rajeuni la forme; parfois 
aussi il leur est arrivé de les transcrire fautivement. 

Les copies n'offrent par conséquent, ni au point de vue 
de l'ancienneté des formes, ni au point de vue de leur 


(1) Mémoire sur les anciens noms de lieux dans la Belgique orientale, dans le t. 
xxvi des Mémoires couronnes, elc., publiés par P Académie Royale de Belgique, 
in-4°, et Vocabulaire des anciens noms de lieux de la Belgique orientale, Liège, 
18509. 





exactitude, les mêmes garanties que les documents ori- 
ginaux. 


5. Il y a lieu également de tenir compte de l'endroit 
d'où les écrits sont originaires. 

Un acte émanant de la chancellerie romaine, par 
exemple, ne mérite pas, au point de vue de la fidélité de 
l'orthographe des noms de lieux des contrées tudesques, 
une aussi grande confiance qu'un document écrit dans 
ces contrées mêmes. | 


6. Il faut enfin indiquer la langue dans laquelle sont 
conçus les textes d'où l’on a tiré les graphies. 

Cette langue est généralement celle à laquelle les gra- 
phies appartiennent, lorsque les textes sont en langue 
vulgaire. 

Dans les textes latins, on peut avoir affaire à des 
formes latinisées. 

Bien que latinisées, ces formes sont cependant inté- 
ressantes, car ce ne sont, en réalité, que des formes 
vulgaires, auxquelles a été adaptée une désinence décli- 
nable, 

Ces latinisations sont parfois très anciennes, et leur 
usage s'est perpétué longtemps après que de nouvelles 
formes s'étaient produites dans la langue vulgaire. 

Ainsi Namucum, qui ne diffère pas beaucoup de la gra- 
phie Namucho d'un diplôme mérovingien de lan 692 (1), 
a été employé dans les actes en langue latine durant 
tout le moyen-âge, et cependant on trouve déjà Namor 
dans le roman de Parise la duchesse (2), et Namur dans 
celui d'Ogier l'Ardenoïs (3), écrits tous deux, en roman, 
au x11"* siècle. 

Mais on ne trouve pas que des formes latinisées dans 





(1) BRÉQuIGNY et Parpessus, Diflomata, II, p. 225. 
(2) Édition Techener, p. 73. 
(3) Édition Techener, II, Pe 309. 


les anciens textes latins; on y rencontre également, et 
même plus souvent qu'on ne le pense, des formes vul- 
gaires. 

Parfois elles sont très reconnaissables. Telle est la 
graphie Naumene dont se sert, au x1” siècle, Onulf, 
moine de Gand, dans le Vifa Popponis (1), et qui est bien 
certainement la forme tudesque du nom de Namur. 

Mais il arrive aussi qu'elles se présentent avec les 
apparences de latinisations. 

Si l’ensemble du texte prouve que le scribe savait 
écrire le latin correctement, on les reconnaît parfois alors 
à ce fait que leur désinence, bien qu'elle paraisse être 
celle d’une déclinaison latine, n'est pas celle du cas 
qu'exige la fonction du nom dans la phrase. Ainsi, par 
exemple, on trouve zn Gemblaus, apud Thenis. Ce sont deux 
formes romanes. De la première dérive le nom actuel de 
Gembloux. Quant à l’autre, c'est une forme intermé- 
diaire de Thiunas et dé Thines; la mutation de a en 1, puis 
en e‚ dans la désinence as, est absolument régulière dans 
les noms de lieux romans, et peut se démontrer par de 
nombreux exemples, 


IT. — Classement des formes anciennes 


Les diverses formes d'un nom étant recueillies, on en 
fait le classement. 

Une forme postérieure à une autre n'en dérive pas 
nécessairement. D'un même primitif procèdent parfois 
plusieurs dérivés appartenant à des idiomes différents. 

Il arrive aussi que, dans un même idiome, il se soit 
produit, par suite de traitements locaux divers, plusieurs 
dérivations distinctes. Ainsi pour Malines il existe deux 
formes romanes procédant du type Maslines; l'une est 


_(z) Perrz, SMonumenta, SS. XI, p. 310. 


Malines, résultant de la chute du premier s, l'autre Mar- 
lines, résultant du changement de cet s en r. 

Ïl ne faut donc pas seulement tenir compte, dans le 
classement des formes, de l'ordre indiqué par leur 
ancienneté, mais aussi de celui dans lequel elles pro- 
cèdent l’une de l'autre en vertu des lois de transfor- 
mation. | 


III. — Lois de transformation 


1. Les lois en vertu desquelles se sont produites les 
formes successives des noms de lieux, sont généralement 
celles qui régissent la transformation des mots dans les 
idiomes auxquels appartiennent les formes qui sont à 
considérer comme dérivées. 


2. La connaissance de ces lois, requise pour faire le 
classement dont 1l s’est agi plus haut, sert encore parfois 
à trouver la voie pour arriver à l'identification de noms 
qui se rencontrent sous une forme ancienne. 

Ainsi dans une charte, délivrée en 1125, par Albéron, 
évêque de Liège, est mentionné un endroit appelé Vel- 
dunt {ou mieux, sans doute, Veldunc), qui d'après la charte 
elle-même, était situé 2n comitaiu Hoyensi (1). On consulte 
en vain les cartes ou les dictionnaires géographiques con- 
cernant les contrées qui doivent avoir fait partie du comté 
de Huy; on n’y aperçoit aucun nom qui ressemble à 
Veldunc. Mais le groupe el se changeant, en roman, en o, 
Veldunc peut régulièrement être devenu Vodunc. Or, 
Vodunc est apparemment bien la même chose que Vodon, 
forme qu'avait, en 1262, Wodon, nom actuel d'une 
dépendance de Cortil. Si les indications fournies par la 
charte de 1125 peuvent se rapporter à Wodon, l'identité 
de Veldunc et de Wodon n'est pas douteuse. 


(1) Bulletin de la Societé d’ari et d'histoire du diocèse de Liège, VIII, p. 348. 





— 49I — 

3. La notion des règles générales de dérivation ne 
suffit pas en matière de toponymie. 

Il est nécessaire de noter aussi le traitement que 
subissent certains groupes de lettres, et surtout certaines 
désinences. Par exemple, le changement de 1acas en zes, 
youé, en passant par «tes, eis ou ces, que montrent notam- 
ment les formes successives Angelgiagas, Engelzeies, Engho- 
zeies, Enjozeis, Enjosecs, José. 


4. Certaines mutations ayant un caractère absolument 
régional, sont également à noter. Tel est le changement 
de À ou ch en fs ou fz. Ce phénomène, qui s'observe en 
frison, reparaît dans la zone s'étendant de l’Escaut à la 
Meuse, et comprenant Lierre, Aerschot, Diest et Tongres. 
Archelar devient Aertselaer; Rochelar, Rotselaer; 
Buchele, Butzel; Beche, Betz; à Kachenges correspond 
Ketzingen. | 

Tel est aussi le changement des groupes de i# ou ain 
en ét, propre à toute une circonscription, dont Namur 
est le centre. Yallain devient Jallet; Bokain, Boquet; 
Mettin, Mettet; Chatclin, Châtelet. 


IV. — Aperçu sur les noms bilingues 


1. Certains noms de lieux ont une double forme : l’une 
tudesque, l’autre romane. 

L'étude de ces formes est des plus intéressantes, car 
elles constituent, en quelque sorte, une équation suscep- 
tible d'une solution qui donne lieu à la découverte d'in- 
connues. 


2. Ces formes doivent être considérées comme dérivant 
d'un type commun. Leur dissemblance, parfois très 
grande, résulte avant tout de l'action exercée par l'ac- 
cent tonique dans le phénomène de la transformation. 

En roman, cet accent se trouve sur la fin des mots; 





— 492 — 

dans les formes tudesques, au contraire, il est placé au 
commencement. Mais les syllabes accentuées se mainte- 
nant le mieux, la partie finale du type commun se reflète 
plus exactement dans les dérivés romans, et la partie 
initiale, dans les dérivés tudesques. 

Ces deux sortes de dérivés fournissent ainsi des indi- 
cations qui, en se complétant, permettent souvent de 
reconstituer le type commun. 


3. L'exemple qui suit, montre comment une semblable 
reconstitution peut se faire. 

Les noms romans ayant la désinence -age, ont des 
formes tudesques correspondantes terminées par -{h, é 
ou de. 


Rom. Br-age — tud. Beer-th 
» Wars-age — » Wers-t 
» Gammer-age — » Galmaer-de. 


Dans la finale -age, l'a ne peut être inorganique; cette 
voyelle appartient par conséquent au type commun. Elle 
s'est maintenue, parce qu'elle était accentuée, tandis 
qu'elle s'est perdue dans les formes tudesques, où elle était 
devenue atone. On peut donc la restituer à ces dernières 
formes, et l’on obtient ainsi : 


*Beer-ath 
*Wers-at 
*Galmacr-ade. 


Quant au g roman, il a la valeur de # ou dj, comme 
l'indique la graphie Asnatgia, forme ancienne d'Ernage. 
Il équivaut par conséquent aux consonnes fh, tou d + j. 

Restituons ce 7, et ajoutons encore le roman final, qui 
est une voyelle primitive assourdie. Ces restitutions 
donnent]: 


On voit par là que ce suffixe ne constitue pas une 
partie essentielle des noms qui le possèdent. C’est appa- 
remment un équivalent du suffixe latin -ensts, servant à 
former des adjectifs qui, pris substantivement, désignent 
la population. 


5. Les formes des noms bilingues ne procèdent pas 
nécessairement du type primitif de ces noms. Elles 
peuvent dériver d'un type intermédiaire, c'est-à-dire déjà 
dérivé lui-même. | 

Ainsi Haudrut, forme romane, et son correspondant 
tudesque Hauwaert (1), viennent de “Haltaruth, forme 
réduite de *Halfarothja, qui doit être aussi la forme pri- 
mitive de deux autres noms, l’un tudesque, et l’autre 
roman, à savoir : Haeltert et Hautrage. 

Le tableau qui suit indique comment toutes ces formes 
se rattachent au même primitif. 


*Haltar-othja 
nn nn 
*Haltar-uth Haut (a) r-áge (rom). 
an 


:— ”  Héelter:-t (tud) *Hautar-ui 


an 


Hauder-t (tud) Haudr-út (rom) 





Háuwaer-t — Hau (d) er-t, avec insertion d'un w euphonique 
à la place du d qui est tombé. 


Les noms romans en -age sont d'origine germanique 
tout comme ceux en -ut, et les uns et les autres ont possé- 
dé à l’origine une même désinence, seulement la romani- 
sation des derniers doit s'être produite à une époque 
postérieure à celle des premiers. Il semble y avoir là 
une source d'indications utiles pour l’histoire de lem- 
ploi des langues dans les contrées où ces différents types 
se rencontrent. 


(1) Dépendance de Maeter, On trouve Haudrut, en 1198 et en 1221; Hau 
dert, en 1248. Voir Pror, Cartulaire d’Ecname, pp. 86, 109, 252 et 254. 


— 495 — 
V. — Les formes primitives 


1. Les mutations et les contractions auxquelles sont: 
dues les transformations des noms, ont parfois modifié 
ceux-ci au point que toute trace de leur état primordial 
a disparu dans leurs dérivés actuels. 

Ensuite, le même primitif subissant des traitements 
divers, s'est modifié ici d'une manière, et ailleurs d'une 
autre, de sorte que des noms, absolument semblables à 
l'origine, ont produit des dérivés tout différents. « 

Tels sont Assent et Ernage. Le premier dérive de 
Hasnoth de la façon suivante : le h aspiré s'est perdu, lo 
est tombé, et la rencontre des trois consonnes s, # et th 
a provoqué le développement de la muette e devant #. 
Quant à Ernage, il procède de Asnatgia par changement 
de s en r. Or, Hasnoth est une forme réduite de *Hasnothja, 
qui doit être aussi le primitif de Asnatgia (*Hasnatgia). 

Il résulte clairement de ce qui précède, que l'état 
actuel des noms ne permet pas toujours de se rendre 
compte des éléments dont ils sont formés, et qu'il est 
nécessaire, pour reconnaître ces éléments, de posséder la 
forme primitive des noms, ou du moins une forme qui 
s'en rapproche de près. 


2. Mais les textes anciens ne fournissent pas toujours dc 
telles formes. On essaie alors de les rétablir, en en resti- 
tuant les différentes parties, en se basant sur les indica- 
tions que fournissent les transformations observées ail- 
leurs. Tel radical, telle désinence ou telle lettre déri- 
vant de tels autres dans tels noms, on en induit qu'il 
peut en être de même partout où ce radical, cette dési- 
nence ou cette lettre se rencontrent. 

Cette façon de procéder ne conduit, il est vrai, d’abord 
qu’à des hypothèses, mais celles-ci sé changent en certi- 


— 496 — . 
tudes plus ou moins grandes, si les formes intermédiaires 
connues viennent les confirmer. 

Ainsi, de ce que la finale é, dans José, procède de 
tacas, conclure qu'il en est de même dans Visé, serait 
„une erreur. Les formes anciennes de ce nom, qui sont 
Veosatum et Viosaz, et sa forme tudesque qui est Wezet, 
indiquent une autre origine. Mais par contre, on peut 
regarder comme certain que le primitif de Harzée est 
“Harisiacas, parce que l’on trouve pour ce nom la graphie 
Harizeis, et que é, dans José, procède de tacas, en pas- 
sant par etes, e1s. 

„Il est donc absolument indispensable, dans la restitu- 
tion des primitifs, de se guider d’après les formes inter- 
médiaires que fournissent les documents. 


VI. — Décomposition des noms 


1. La décomposition des noms consiste à séparer les 
uns des autres les éléments dont ils sont formés. 

Bien que ces éléments se trouvent pleinement déve- 
loppés dans les formes primitives, il est parfois difficile 
de les déterminer exactement. Il arrive, en effet, qu'on 
ne sait pas si certaines lettres doivent se rattacher à ce 
qui suit ou à ce qui précède, ou si elles ne constituent 
pas un élément par elles-mêmes. 

Ces difficultés peuvent se résoudre en procédant de la 
manière suivante. 

On prend un nom renfermant un élément dont la 
nature n'est pas douteuse, par exemple Heri-vurth. La 
désinence vurth est bien certainement le mot germanique 
ayant le sens de gué. On peut donc l'éliminer, et le groupe 
Heri- qui reste, constitue nécessairement un tout sépa- 
rable à son tour dans les noms où il se rencontre, tels que 





„ 497 — 


Hari-mala 
Hari-stalio 
Her-warda 
Here-bac. 


Les désinences -mala, -stalio, -warda et -bac, que l'on 
obtient en éliminant Hari- ou Heri- dans ces divers 
noms, forment toute une catégorie d'éléments qui, à leur 
tour, pourront être isolés ailleurs, et servir ainsi à dé- 
terminer de nouveaux éléments. 

Il importe d'examiner ensuite si les éléments obtenus 
de cette façon, sont simples ou composés. C'est au moyen 
du même procédé que l'on parvient à résoudre cette 
question. 

Ainsi, parmi les noms formés au moyen de l'élément 
désinentiel -mala, se trouve Wactar-mala. 

Le rapprochement de Wac-tar avec Wack-inio montre 
que far cst un élément. 


2. Les éléments qui entrent dans la composition des 
noms de lieux peuvent se diviser en trois catégories. 


I. Les RADICAUX. — Par radical il ne faut pas entendre, 
en matière de toponymie, la partie initiale des noms. Il 
convient mieux de désigner par là l'élément principal, 
c'est-à-dire celui qui exprime l'idée la plus générale, et 
auquel les autres éléments viennent s'ajouter pour modi- 
fier cette idée en la précisant. Ainsi danc Boc-holt, bois 
de hêtres, holt, qui exprime l'idée générale de bois, cst le 
radical. Dans Ros-uth, au contraire, qui est un collectif, 
c'est ros-, roseau, qui est le radical. 


IT. Les PRÉFIxES. — On désigne ainsi les éléments 
qui se placent devant un radical, pour préciser l’idée 
qu'il exprime. Boc-, hêtre, dans Boc-holt, bois de hêtres, 
est un préfixe servant à indiquer la nature du bois, 








— 498 — 

III. Les surrixes. — Le suffixe est une particule qui, 
n'ayant aucun sens par elle-même, ne s'emploie jamais 
isolément, mais qui s'ajoute soit à un radical, soit à un 
préfixe, pour en modifier le sens. 

Dans Ros-uth, uth est un suffixe de collectivité uni au 
radical ros-, roseau. Dans Jfp-inge-haim, ingo est un 
suffixe joint au préfixe Jp. 

Les suffixes sont simples ou composés. 


3. D'après leur composition, les noms de lieux peuvent 
se ranger en cinq classes. 

1° Les noms consistant dans un nom commun, sans 
addition de préfixe ou de suffixe. 

Leur nombre paraît très restreint. En voici quelques- 
uns : 

Aa, cours d'eau; Mons, montagne; Nwelle, déclivité ; 
cf. anglo-saxon „we, neovol, neol, miÿfel, præceps, pro- 
clivis. 

2° Les noms formés d’un radical et d'un suffixe. 

Birch-1, Hes-1, Tiul-1, Bas-11, Wal-1u, Sith-iu, Hreot-10, 
Bac-10, Ur-10, Leod-10, Birc-la, Sit-ila, Wid-ila, Giv-1la, 
Rik-1lo, Brak-ela. 

3° Les noms formés d'un radical et de plusieurs suf- 
fixes combinés. 

Fel-egmes (*Fel-un-ja-cas), Geld-onge (*Geld-on-ja), Ros- 
uth (*Ros-oth-ja), Burs-itia (*Bors-ith-ja), Hal-ahtron, Bar- 
ahtron, Bri-astro, Bal-astra, Bar-astro, Hal-ostron, etc. 

4° Les noms formés d'un préfixe et d'un radical. 

Fal-beki, Boc-holt, Lit-mala, Lit-beke, Hal-beke, Hal-vur- 
di, Hal-mala, etc. 

5e Les noms formés d'un radical précédé d'un préfixe 
auquel on a joint un suffixe. 

Ipp-ingo-haúm, Pap-inga-lant, Bunn-inge-rotha, Burs-it- 
bace, Buch-ilo-munti, Wac-tar-mala, Hos-en-heim, Hos-en- 
mont, Lit-en-zele, Buck-en-holt, Wis-ar-aha, Wis-en-male, 
etc. 


— 499 — 
4. Avant de faire un travail d'ensemble sur les éléments 
qui entrent dans la composition des noms, il faudrait les 
étudier chacun en particulier dans des monographies. 


Tel radical, tel préfixe, tel suffixe devrait faire l’objet 


d'études spéciales dans lesquelles on indiquerait les 
noms où chacun d'eux se rencontre, et les différentes 


formes qu’il revêt dans les dérivés. 


VII. — Snterprétation des noms 


I. Les éléments qui ont servi à former les noms 
de lieux sont évidemment puisés aux vocabulaires des 
langues parlées jadis par les populations qui ont créé 
ces noms. 

Quelques-uns de ces éléments se sont conservés avec 
leur sens, soit dans les idiomes actuellement encore en 
usage, soit dans les monuments écrits anciens, et l’inter- 
prétation des noms qui en sont formés exclusivement, 
n'offre pas de difficulté. 

Ces noms montrent que les noms de lieux, de même 
que tout autre nom, désignent leur objet en en indiquant 
la nature et les particularités distinctives. 


2. Parfois il a sufñ de désigner l'endroit dont on par- 
lait, par sa configuration, ou par l’état dans lequel il se 
trouvait, et de dire : la rivière, la montagne, la déclivité, 
De là des noms simples tels que ceux cités plus haut : 
Aa, Mons, Nivelles. 

Dans la même catégorie doivent être rangés les collec- 
tifs ayant pour radical un nom d'arbre ou de plante. Par 
exemple : Bockt (sous Perck), Bok-eth; Berquy (sous 
Grez-Doiceau), Bircut; Rosoux, Ros-uth; Varent, 
Farn-oth; Elst, Els-uth; Helmet, Elm-eth; Hasselt, 
Hassel-th. Ces noms indiquent des lieux produisant res- 





— DOI — 


au moyen de ce même suffixe, désignent apparemment 
‘aussi des arbres ou des plantes; tel est notamment Han- 
dans Han-ut. 

On vient de voir aussi plusieurs noms composés se 
terminant en beke, ruisseau, et holt, bois, dont le premier 
membre est le nom du végétal qui croît dans le lit du 
ruisseau ou dans le bois. Il est tout naturel de supposer 
qu'il en est de même dans les autres noms finissant par 
un vocable ayant le sens de cours d’eau, ou de bois. 

La signification. d'un élément obscur s'explique d’au- 
tant mieux que l'on parvient à rassembler plus de noms 
le montrant réuni chacun à un élément intelligible dif- 
férent, comme c'est le cas pour havucas. 

On trouve : 


Havuca-brunno 
Havocas-broc 
Hadekes-donc 
Havigis-dail. 


Les éléments -brunno, -broc, -donc et dail signifiant 
source, marécage, éminence au sein d’un marais et vallon, 
il est évident que havucas désigne un objet propre aux 
lieux bas et humides, ce qui, selon toute vraisemblance, 
ne peut être qu'une plante aquatique. 


5. Veut-on arriver à un sens plus précis encore, il faut 
recourir aux lumières de la linguistique, en faisant des 
‘rapprochements que l'on étend, au besoin, à toutes les 
langues indo-européennes et à leurs racines communes. 
Ces rapprochements peuvent être utiles, parce que, perdu 
dans une branche de cette famille de langues, un vocable 

st souvent conservé dans une ou plusieurs autres 

ranches, avec un sens plus ou moins analogue. 


+ 


EDG. DE MARNEFFE. 


33 


— 505 — 


naies des Cyclades, d'Athènes, de Smyrne, d'Erythrée, 
d'Aradus, de Parium, de Céos, d'Elyrius, d'Hybla, de 
Camarine en Sicile, etc. (1). Le Britisch Museum de 
Londres, la Bibliothèque nationale de Paris et le Musée 
du Vatican en possèdent quelques spécimens. 

Ephèse portait aussi une grosse abeille au revers de 
médailles autonomes, parce que les Ephésiens sc disaient 
descendus d'une colonie d'Athéniens, conduite par les 
Muses, sous la forme d'abeilles, lesquelles étaient un 
attribut des Muses et des colonies humaines, sorte d'es- 
saimage. 

Qu'est-ce que les invasions des Barbares, au moyen 
âge, si ce n'est l'essaimage de vaillantes colonies ? 

Cela infirme quelque peu l'opinion d'après laquelle les 
joyaux trouvés dans la tombe et qui ornaient le manteau 
de Childéric, n'auraient rien de commun avec linsecte, 
mais représenteraient plutôt des angons, des fers de. 
lance découpés, des sommités de francisque ou des fleurs 
de lys mal ciselées. M. le baron de Baye a publié na- 
guère, dans les Mémoires de la Société nationale des Anti- 
quaires de France (tome LIV), un travail intitulé « Note 
sur les bijoux barbares en forme de mouches ». Il déclare 
que son point de départ est le même qui a servi de base 
aux travaux de l'abbé Cochet; de sorte qu'il s'agit bien 
de « mouches ou abeilles », dont l’auteur signale diverses 
analogies archévlogiques trouvées dans d'autres tom- 
beaux francs et qu'il considère comme des réminiscences 


des abeilles de Childéric. Le baron de Baye donne divers 


dessins de broches en forme de mouche ou de cicade, con- 
servées au Musée national de Budapest, et qui par leur 
aenect se rapprochent des abeilles exhumées à Tournai. 
Peu importe du reste si les ailes, aux contours plus ou 
ins recourbés, dissimulent entièrement l'abdomen; 
sait, en effet, que dans l'écriture hiéroglyphique et 


\ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, par DAREMBERG et SAGLIO. 


— 506 — 


surtout dans l'écriture hiératique ou démotique, les an- 
ciens Egyptiens ne reproduisaient pas non plus toujours 
les images dans leur ensemble; ils se bornaient à quel- 
ques-unes de leurs parties. En des temps beaucoup moins 
éloignés, certaines figures symboliques n'étaient égale- 
ment représentées que par des contours grossiers, exagé- 
rés, parfois par une silhouette, la partie pour le tout; 
s'agit-il d'oiseaux, par exemple, la forme est souvent si 
mal définie, qu'on hésite pour décider si l'artiste a voulu 
figurer un perroquet ou un corbeau, alors qu'on doit y 
découvrir plutôt un faucon, un épervier ou un aigle. 
C'est ce que fait observer Henri Havard (1), en parlant 
des « abeilles grossières » qui, d'après lui, orhaient le 
manteau de Childéric. | 

Notre confrère, M' Fourdrignier, Ed., de Sèvres, auteur 
de fouilles dont le produit est au musée de Saint-Ger- 
main, me signale ce qui suit : 

« Collection Caranda, de Fr. Moreau-Armentières 
(planche 18, nouvelle série, fig. III et planche 21, fig. IJ): 
plaque, contre-plaque et appendice avec abeilles. — 
Réminiscence des abeilles de Childéric. 

» Voir aussi, album de la Sablonnière, une fibule avec 
abeille trouvée le 15 avril 1876 (Mérovingien). 

» Période Mycénienne. — Voir représentation de 
mouches ou abeilles sur les plaques d'er trouvées par 
Schliman dans le troisième tombeau, au centre de l'agora 
de Mycènes; il y avait près de 700 de ces plaques avec 
ornements curvilignes, spiraliformes et représentations 
d'insectes, etc. » 

Le même archéologue m'envoie en outre une: planche 
d’un travail qu'il a donné en 1876, où peut-être on pour- 
rait voir un repoussé représentant des mouches (” £ 
une œuvre nettement datée du rv‘ siècle, au 


(x) Histoire de l'orfévrerie française, ouvrage très considérable. 


— 507 — 


avant notre ère. Y aurait-il précursion des abeilles 
mérovingiennes ? Peut-être, dit M. Fourdrignier. 

Nôus avons rappelé au Congrès de Tournai, que la 
dynastie napoléonienne, ainsi qu'une douzaine de villes 
françaises, ont porté sur leurs écussons l'abeille légen- 
daire. Nous. aurions pu ajouter que le même insigne 
figure largement, au château de Pierrefonds, dans les 
décorations commandées à Viollet-le-Duc, par Napo- 
léon III. Pourquoi ne serait-ce pas la continuation de 
réminiscences des Francs mérovingiens? 

L'abeille (blason) est au nombre des petites pièces héral- 
diques, en sigmifiance d'industrie, disent les anciens 
auteurs; « Aussi bien est-il rare qu'elle ne soit pas d'or, 
et voyons-nous peu d'anciennes familles en porter dans 
leurs écus, ou le plus souvent ne servent-elles que pour 
accompagner des fasces ou des chevrons, à titre de . 
remplissage, on pourrait dire ». Mais cetté opinion, 
accréditée par le P. Anselme (xvi1° siècle), est au moins 
susceptible de controverse; car il se trouve des abeilles 
sur plusieurs. sceaux du xiv° siècle et sur des emblêmes 
gothiques, en signe de vindicafion. Plusieurs familles fran- 
çaises, dont l’origine est antérieure à l'époque des premiers 
anoblissements, en ont également dans leurs armoiries. 

Au xv siècle, le pape Urbain VIII, chef de la puis- 
sante famille des Barberin, son frère ct deux de ses 
neveux, élevés par lui au cardinalat, portaient un écus- 
son d'azur à trois abeilles d'or. Cet écusson fort artis- 
tique est reproduit en tête de l’ouvrage de Petra Sancta, 
avec les mots : Presidium et dulce decus. 

Les Français qui croyaient Urbain VIII plus attaché à 
r parti qu’à celui des Espagnols, mirent au-dessus de 
‘usson ce vers latin : 


1 


Gaflis mella dabunt, Hispan's spicula fiyent. 


Iles donneront le miel aux Français et leur aiguillon 
Espagnols.) ” 


— 508 — 
Un Espagnol répondit : 


Spicula si figent, emoriertur apes. 


(Si elles nous dardent, elles en mourront.) 

Le pape fit répondre d'une manière encore plus ingé- 
mieuse, et comme il convient au père commun des 
chrétiens : 


Cunctis mella dabunt, nulli sua spicula fgent. 
Spicula nam princeps figere nescit apum. 


(Elles donneront du miel à tous et n’infligeront de 
piqûre à personne; car le prince des abeilles ne sait 
piquer.) — On sait, en effet, que l'abeille-mère (reine) 
est inoffensive, même quand on la prend avec la main. 

Quantité de maisons nobles de tous pays ont égale- 
ment adopté l'abeille ou la ruche dans leurs amoiries (1). 

Mentionnons en outre l’écusson d'une famille montoise 
portant, au xvi° siècle : écartelé : au 1 et au 4, de gueules 
à trois abeilles d'argent qui est Behault; au 2 et au 3, de 
gueules au lion d'argent, qui est Ravenne (2). 

Petra Sancta a publié, sur les armes de noblesse, un 
grand ouvrage où il reproduit, entre mille autres choses, 
une cornaline gravée, fort ancienne, qui représente une 
abeille armée d’un fouet et dirigeant une charrue attelée 
de deux de ses compagnes : allusion aux labeurs bien- 
faisants de l’agriculture, sans doute par réminiscence de 
ces deux vers de Virgile : 


Sic vos, non vobis, fertis aratra, boves; 
Sic vos, non vobis, mellificatis, apes. 


(De même c'est vous qui traînez la charrue p 


(1) Voir PArmorial général, par Rietstap, et surtout le Dichionnai,. « 
héraldiques, par le comte de Renesse (tome III). 

(2) Généalogie de la famille Malapert, dressée en 1642 et publiée sous 1 
nage du Cercle archéologique de Mons. 





— 509 — 
autres, Ô bœufs; de même, c'est vous qui faites le miel 
pour les autres, ô abeilles.) 

Lors de la célébration du mariage d'Anne-Louise de 
Bourbon, petite-fille du Grand Condé, avec le duc du 
Maine, fils naturel de Louis XIV, les courtisans imagi- 
nèrent pour elle un emblême et une devise. Comme elle 
était vive et presque naine, — ce qui la faisait appeler 
par ses belles-sœurs une poupée de sang, — ils choisirent 
une mouche à miel, avec ces mots tirés de l’Aminta du 
Tasse : « Piccola si, ma fa pur graui le ferite ». (Elle est 
petite, mais elle fait de cruelles blessures.) 

Ce furent cet emblême et cette devise que la duchesse 
ressuscita, lorsqu'il lui vint à l'esprit de fonder un ordre 
qu elle pourrait distribuer à son entourage. 

: Que voyons-nous dans le traité d'iconographie chré- 
tienne de Mgr Barbier de Montault : 

« ABEILLE. Travail, justice, activité. Le bréviaire 
romain dit de sainte Cécile : Ouast apis argumentosa. 
Symbole de la Vierge, attribut de l’Espérance, de saint 
Ambroise, de saint Jean Chrysostôme et de saint Ber- 
nard, surnommé : Apis melliflua ou Doctor mcllifluus. Les 
abeilles présagèrent leur éloquence. » 

De même, saint Basile le Grand (1) est nommé par les 
auteurs de son office : « Divine abeille de l'Eglise ». 

Saint Ambroise, une des plus nobles figures du 1v° 
siècle, est représenté à côté d'une ruche, dont les habi- 
tants voltigent autour de lui. Encore au berceau, tandis 
qu'il dormait, la bouche ouverte, dans la cour du palais 
de son père, on avait vu des mouches d'un essaim y 
entrer et en sortir les unes après les autres, ce qui fut 
regardé comme un présage de sa future éloquence. 

Ce symbolisme du beau langage remonte bien au-delà 

: l’ère chrétienne, comme on peut le voir dans les bio- 


) Il s'agit du célèbre archevèque de Césarée, dont le corps fut apporté à 
iges, en 1095, par le comte de Flandre, à son retour de Jérusalem. 


— bio — 


graphies de Pindare et de Caton, et personne n'ignore 
que Xénophon fut surnommé l’abcille aëtique, par allu- 
sion à son talent d'écrivain. 

Selon Platon, les abeilles ont quelque étincelle dela 
fureur céleste qui anime les poètes, et 1l conseillait à ses 
disciples qui voulaient conserver leur repos, de les ména-. 
ger, ainsi que les poètes : Genus irritabile vatum, comme 
disait Horace, et Fénelon rendait la même pensée par 
ces mots : « Les abeilles ne sont pas plus faciles à irriter 
que le cœur des poètes ». 

Leur dard (je parle de celui des abeilles) reste ordi- 
nairement dans la plaie, ce qui les prive de la vie. De là 
cette autre apostrophe de Fénelon : « Votre colère, qui 
pique vos ennemis, vous donne la mort, et votre folle 
cruauté vous fait plus de mal qu’à personne »… 

Souvent des mouches d'or ont été décernées par des 
sociétés savantes à titre de récompense : « Les écrivains, 
disait Balzac, sont des abeilles dont les naturalistes ont 


_oublié la classification ». Nous allons tâcher de leur en 


donner une. | 

Un critique consciencieux adoptera comme devise une 
abeille avec ces mots : spontè favos, agrè spicula (le miel 
de gré, le dard à regret). 

Plusieurs abeilles et ore legunt sobolem, se rapportent 
aux prédicateurs; une seule abeille voltigeant sur des 
fleurs, avec : Ut prosim, au savant qui consacre ses veilles 
à l'utilité publique. 

Avec ce mot d'Horace : sfudiosa florum (amie des fleurs), 
l'abeille est la devise d'un brillant littérateur; avec Ufile 
dulci, celle du savant qui joint l’utile à l’agréable : le 
sceau des ingénieurs sortis de l'école provinciale des 
mines, à Mons, porte une abeille entourée de ce ‚… 
Phèdre : Miss utile est quod facimus stulta est gloria 
est notre gloire si nous ne nous rendons utile) 
Labor omnibus unus, elle désigne une société de gt 
travaillent de concert : c'est le chacun pour tous et tous # 


— Sir — 


chacun; enfin, avec Acta non verba (plus faire que dire) ou 
avec les mots : Plus être que paraître, elle désigne l’homme 
modeste, actif et sérieusement utile. 

Je lis dans Mélusine (tome VIII, n° 4) ce proverbe 


breton : 


Petra lar ar gwenan ? 
Vit da”tum, kemer poan. 


(Que disent les abeilles? Pour amasser prends de la 
peine). 

Une qualité que les légendes ont exaltée et qu'on ne 
contestera pas à nos travailleuses, c'est l'esprit de pro- 
preté. Elles sont dix mille, trente mille et plus dans un 
panier, et le plancher reste exempt de souillures! Et 
cependant il n'y a nulle part apparence de water-closet, 
On en a conclu qu'elles gèrent, digèrent, mais n'exc- 
gèrent pas (1). 

Qui le croirait? la virginité des abeilles fut un dogme 
admis par tous les auteurs de l'antiquité; ils les faisaient 
naître surtout de la poussière des fleurs. 

Saint Ambroise, parlant de la Vierge retirée du monde, 
a dit : « Ce n'est pas sans raison que l'Ecriturc la com- 
pare à l'abeille laborieuse et chaste, ne se nourrissant que 
des rosées du ciel et du suc des fleurs. Ainsi la Vierge se 
nourrit de la parole divine... Elle travaille en commun; 
elle amasse, mais pour les pauvres, etc. ». 

Nous craindrions de trop nous étendre en rappelant — 
nous l'avons fait ailleurs (2) — les multiples comparai- 
sons, proverbes, dictons que les poètes, les philosophes 
et le langage vulgaire ont puisés dans les mœurs ou dans 
les produits de ces insectes. Leur habitat lui-même est 
==aboliqgue. Montfaucon, dans son grand ouvrage : L'an- 


C'est un peu exagérer : elles évacuent hors de la maison, en volant; 
>mme elles ne consomment jamais au-delà du nécessaire — ce en quoi 
* nous sont supérieures —, elles exagérent peu. 

Voir /’Abeille à travers les âges, volume de 200 pages (Office de Publicité ou 

# de Librairie, à Bruxelles). 


— 512 — 


tiquité expliquée, donne une figure dz l'Espérance, avec 
une ruche du haut de laquelle s'élèvent des épis et des 
fleurs : « La ruche, ajoute-t-il, se rapporte à l'Espérance 
par'les doux fruits qu'on espère en tirer ». 

Rappelons incidemment le mot de Lamennais : « La 
terre est une grande ruche, et les hommes sont comme 
les abeilles ». | 

« La ruche, a dit Toussenel, est un immense labora- 
toire où règne l'autorité, l'ordre, la liberté, l'égalité et le 
travail », \ 


Quand on a observé nos sémillantes moissonneuses, 
étrangères à nos faiblesses, qui se partagent et partagent 
avec l’homme le fruit de leur incessant labeur; quand 
on a admiré leur prévoyance, leurs mœurs, cette disci- 
pline, cet amour du travail qui, d’après Varron, leur 
fait détester le paresseux, on comprend que ces amies de 
l'homme ont tenu une place importante dans les tradi- 
tions, les présages et les superstitions populaires des dif- 
férents peuples. Entre ces diverses traditions ou super- 
stitions on remarquéra certains points de conformité. 

« Pour les abeilles, dit Pétrone (1), disciple d'Epi- 
cure, Je les crois des bêtes célestes; car elles crachent 
le miel, bien qu'on dise que c'est Jupiter qui nous l'ap- 
porte; et si elles piquent, c'est qu'il n'est point de dou- 
ceur qu'on ne trouve mêlée d’amertume ». 

Virgile, Plutarque, Quintillien et bien d’autres leur 
accordaient aussi quelque chose de divin. 

Un essaim d’abeilles venant se poser en grappe sur 
les aigles ou étendards, sur un arbre, dans le 1 
dans les camps, sur le toit des maisons et des ten 
était regardé comme un mauvais présage. 


(1) Le Satyricon, LVT. 


— 513 — 


On sait combien la divination par les songes avait de 
crédit chez nos pères. Dans le Bulletin belge de Folklore 
(tome IT), se trouve. la reproduction d'un assez long ma- 
nuscrit namurols antérieur au xvI”* siècle, où nous lisons : 

« Qui en son soinge voit eis (abeilles) combattre, c'est 
signe que on ara noise et débat a meschant homme et de 
petit estat. Mais qui en son soinge voit es (abeilles) alans 
et volans, et portans leur pastures, c'est signe de gain- 
gnage ». 

En Belgique comme en Angleterre, en Germanie, en 
Bretagne et en Suisse, il est de tradition que les mouches 


sont sensibles aux plaisirs et aux peines de leurs proprié- — 


taires : elles se dispersent s'ils négligent de leur faire 
part des événements qui intéressent la maison. Dans 
cette croyance, on attache à leurs ruches un morceau 
d'étoffe noire en cas de mort, d'étoffe rouge en cas de 
mariage ou de tout autre fête (n.. 

C'est surtout dans la Germanie que le folklore brille 
dans. tout son éclat : selon certaines traditions qui y 
sont en vigueur, les abeilles, créées expressément pour 
l'homme, suivirent Adam et Eve quand ils furent chassés 
du Paradis. Elles comprennent le langage humain et il 
faut bien se garder de médire d'elles ou de dire devant 


elles ce qu’elles ne doivent pas entendre. Le bruit, les 


disputes, le désaccord les empêchent de profiter. Aussi 
sont-elles l'objet d'une sorte de culte. 

-Nous lisons, dans un ouvrage écrit en allemand (2), que 
lors d'un mariage certains mettent au-dessus des ruches 
un linge blanc et les présentent au jeune couple en les 
priant de lui rester fidèles. 

En Néerlande, un essaim possède une force magique : 


Pareilles coutumes ne font de mal à personne; mais comment voulez- 

s que ces dames, toujours à l'ouvrage et absorbées par de multiples 

&occupations d'un si nombreux ménage, puissent s'intéresser à ce point à 

gens qui ne ne se donnent pas seulement la peine de se faire présenter ? 
Woeste, Traditions populaires. 





un arbre qui en a porté a été vendu très cher. Les filles 
qui portent une branche de cette arbre ont beaucoup de 
danseurs. Si le rameau qui a porté l'essaim se dessèche, 
le propriétaire de l'arbre mourra bientôt. Une maison 
choisie par un essaim sera détruite par l'incendie. 

C'est une croyance vulgaire en certaines contrées de 
France, les abeilles possèdent le don de sagesse et ont 
l'argent et l’avarice en grande horreur. Elles veulent bien 
servir l’homme, mais non pas en être exploitées. Aussi ne 
permettent-elles pas qu'on change le prix de leur miel, 
qui doit rester toujours le même tel qu'il fut fixé dans 
l'ancien temps. Et si quelqu'un, par désir de trop 
gagner, se hasardait à l'augmenter, ne fût-ce que d’un 
sou, alors, ce ne serait pas long, les abeilles essaimeraient 
au loin, laissant l'avare seul à se lamenter devant ses 
ruches vides. Les Nouveaux contes de Noël, par Paul Arène, 
renferment à ce sujet une charmante anecdote qui, bien 
que d’hier, nous ramène à la simplicité de ces âges pri- 
mitifs où, sur la terre pure encore, sans ambition, sans 
besoins, heureux et bons comme des dieux, les hommes 
vivaient en communauté avec la nature. 

Nos folkloristes belges, Monseur, Teirlinck et autres, 
nous ont renseigné diverses traditions de l'espèce. Dans 
certains villages belges, comme en-bien d’autres lieux, on 
cherche à amadouer les mouches par des flatteries, des 
chansons, parfois avec des litanies empruntées au culte 
et où naturellement le latin est massacré de la façon la 
plus satisfaisante. Mais toutes ces pratiques tendent à 
tomber en désuétude. 


* 
* * 


Parmi les produits apicoles, la cire mérite de fix. 
particulièrement l'attention des archéologues : elle … 
un rôle important pour l'authenticité des vieux par 
mins, objets de leur prédilection. La cire avait d’e'l 


— 515 — 


d’autres emplois dignes de fixer la curiosité des antiquai- 
res et remontant jusqu’à l'origine de l’histoire et même 
jusque dans les temps mythologiques. Avons-nous besoin 
. de rappeler Icare s'échappant du labyrinthe, grâce à des 
ailes de cire? Ne voyons-nous pas dans les poètes de 
l'antiquité que Pan fut le premier à joindre plusieurs 
chalumeaux avec de la cire ? 

Anacréon, s'adressant à un excellent peintre, lui dit : 

« Peins les riantes Bacchantes jouant de leurs doubles 
flûtes et, st la cire le permet, peins aussi les lois de ceux 
qui aiment. » | 

La cire entrait donc dans les couleurs. Aussi, pour 
dépeindre une beauté simple et naïve, Pétrone dit dans 
- ses Fragments poétiques : 


Nec ceyam in faciem : mel habet illa sum. 


Traduction : Elle offre, au lieu de fard, le miel de 
son sourire. 

Sincère vient donc du latin sine ét. cera, Sans cire ou sans 
fard ; autrement dit sans déguisement. 

Les anciens Egyptiens croyaient à la résurrection de 
la chair, mais pensaient que l’homme ne se réveillait de 
son sommeil, après la mort, et n'entrait dans l'éternité 
que dans le cas où son corps demeurait intact. Il fallait 
donc que le cadavre échappât à toute corruption, si on 
voulait que l'âme demeurât près de son enveloppe maté- 
rielle; si la putréfaction gagnait ses restes, l'âme infor- 
tunée devait passer des milliers d'années dans le corps 
des animaux. Les anciens Egyptiens avaient donc plu- 
sieurs modes d'embaumements ; souvent les corps étaient 
plongés dans le miel ou la cire fondue, qui les pénétrait, 

5 imprégnait et les saturait de toutes parts (1). 

Chez les Perses, les Spartiateset autres peuples anciens, 








) Rites funéraires, inhumations et crémalions, par le D' BAUWENS (traduction 
Dr Z.), un vol. in-8°, Bruxelles, 1897. 


— 516 — 


on enduisait aussi de cire ou de miel les cadavres qu’on 
voulait conserver, cette espèce de vernis s'opposant en 
effet à l'absorption de l'humidité et de l'oxygène de l'air. 
Nousen avons relaté ailleurs desexemples mémorables (1). 

La cire, cette matière plastique, malléable et fine par 
excellence, qui se prête si bien à l'ébauchoir et obéit si 
fidèlement à la moindre pression du doigt, était tout indi- 
quée aux statuaires. Aussi, dès la plus haute antiquité, 
se sont-ils appliqués à lui donner la chaleur et la vie, par 
une foule de productions plus au moins artistiques. 

A Rome, on reproduisait en cire la tête des citoyens 
qui avaient exercé des magistratures curules. 

Il est probable que l'usage de conserver en cire les 
visages des morts est venu aux Romains des Etrusques, 
leurs maîtres en tout ce qui touche l'art et l'industrie (2). 

D'après l'historien Lampridius, l'empereur Hélioga- 
bale, le Sardanapale de Rome, se faisait servir des repas 
où tous les mets qu’il mangeait en nature étaient imités 
en cire pour ses convives. 

Après être sortie de fleurs, où elle prend son origine, 
cette matière première fut transformée à son tour en de 
nouvelles fleurs ou en fruits, créations d'une tonalité 
séduisante qui, chez nos pères, s'épanouirent longtemps 
sous des vitrines, reposant la vue et exhalant à défaut 
‚d'autre parfum le parfum du passé. 

Sous Louis XIV, un artiste célèbre, Antoine Benoist, 
était qualifié « peintre du roi, et son unique sculpteur en 
cire ». On conserve à Versailles, dans la chambre à 
coucher du grand prince, son portrait en cire colorée, 
d'un réalisme surprenant. Louis XIV conféra la noblesse 


à Benoist, dont les armoiries étaient d'or à trois abeilles 
de sable. 


(1) L'abeille à travers les âges, chap. VII. 
(2) L'art étrusque, ouvrage couronné par l'Académie des Inscrim 
Belles-Lettres. Paris, 18£9, p. 305. : 


— 517 — 


Ce portraitiste attitré de la cour ayant fait les bustes 
en cire de tout l'entourage de la reine Anne d'Autriche, 


un privilège lui fut accordé pour les exhiber à Paris et 


en province. L'exhibition de ces figures pleines de vie lui 
acquit un très grand renom. | 
Grâce à la grande vogue que lui acquit son exposition 
du cercle d'Anne d'Autriche, Benoist fit fortune. Aussi ne 
tarda-t-il pas à trouver des imitateurs, 
Vers 1780, un Allemand nommé Curtius vint inaugure 
à Paris deux véritables musées de figures de cire, dans 


un théâtre clos avec gradins et dont le succès éclatant se 


prolongea jusque dans les premières années de notre 
siècle. Curtius promena à la fin son musée au congrès de 
Rastadt, montrant les principaux révolutionnaires, Dan- 
ton en tête. 

On vit en 1788, un sieur Foulon, qualifié de 
« sculpteur-figuriste en cire », parcourir la Basse-Nor- 


mandie avec des têtes de Voltaire très ressemblantes et 


modelées d’après l'original. Parmi d’autres bizarreries 
de l'époque, on cite le fait de la comtesse d'Harcourt, 
qui, après la mort de son mari, ordonna de « jeter 
en cire la figure en grand du comte, la fit revêtir de 


sa robe de chambre et placer dans un fauteuil à côté 


de son lit ». | , 

Aux xiv°, xv°, xvi‘, xvm siècles, il était d'usage, dans 
les funérailles des princes et des grands personnages, 
d'exposer leur effigie en cire, revêtue d'insignes. Cette 
coutume d’effigies funéraires revêtues d’insignes se conti- 
nua en France jusqu'à la fin du xvur° siècle. La dernière 
dont nous avons.rencontré la mention, est celle du prince 
de Condé, en 1686. La reine Marie-Thérèse d'Autriche 

, paraît-il, la première personne royale pour laquelle 

cérémonial n'eut plus lieu. 

hez les Egyptiens notamment, la cire fut employée 

bonne heure à faire des amulettes et des figurines 

oiques. Un papyrus du temps de Ramsès III nous 
34 





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— 518 — 


apprend qu'un conspirateur avait fabriqué des hommes 
de cire, récité sur eux des mots cabalistiques, pour 
gagner l'amour des femmes du Pharaon et s’introduire 
dans le harem royal. 

C'est aux Romains que les premiers rois de France 
ont emprunté l'emploi de la cire pour leurs sceaux. Elle 
variait de couleur non seulement selon les temps, mais 
encore selon la qualité des personnes et la nature des 
affaires, sans qu'il y ait à cet égard de règle générale 
bien absolue. On scellait en cire verte les édits royaux 
et autres lettres de longu2 durée commençant par : 
À tous présents ct à venir. Les lettres royales contenant 
des concessions pour un temps étaient scellées en cire 
blanche; les actes et commissions de justice en cire 
jaune. | 

La plupart des sceaux des rois mérovingiens, carlovin- 
giens et des premiers capétiens sont en cire blanche, 
quoique, par vétusté, ils paraissent bruns. 

Il se faisait autrefois une consommation si variée et si 
considérable de ce produit de l'abeille, qu’il fallait bien 
saisir toutes les occasions de s'en procurer. En effet, 
nous voyons que, lan de Rome 571 (181 ans avant ].-C.), 
le préteur Pinarius, après une sanglante défaite infligée 
aux habitänts de l'ile de Corse, les taxa de 100.000 livres 
de cire, et cette contribution fut doublée deux ans 
après (1). | | 

Le pétrole, le gaz, l'électricité, lacétylène et toutes 
ces lampes perfectionnées qui, aujourd'hui, nous donnent 
le plein jour en pleine nuit, ne datant que d'hier; on peut 
dire qu'une: mêche entourée de cire fut le suprême des 
éclairages pour un grand nombre de génératinns T ’a- 
beille ne leur eùt-elle donné que la lumière, 
déjà un titre suffisant à sa gloire. 





(1) Dion. Sic. et Tir. Liv, 


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- mn — 519 — 


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Voulant marquer l'abondance de la Terre promise, 
l'Ecriture disait aussi qu'elle découlait de lait et de 
miel (1), ce qui n'est pas si hyperbolique qu'on pourrait 
le croire; Car les abeilles sauvages se logeant souvent 
dans le creux des rochers, il arrive que, pendant les 
grandes chaleurs, leur miel, devenu très liquide, coule 
et se répand par les fentes de la pierre; des pèlerins ont 
vu récemment suinter le miel le long des flancs de cer- 
taines roches poreuses. Ainsi se vérifie à la lettre ce que 
dit Moïse (2), que Dieu a voulu placer Israël dans un 
pays où vl sucerait le miel de la fnerre. | 

Voulant de même annoncer un état de grande prospé- 
rité, David s'exprimait ainsi (Psaume 80) : « Mais Israël 
sera nourri de la fleur du plus pur froment; je tirerai de 
la pierre même un miel dont je vous rassasierai, à mon 
peuple ». 

De quelqu'un à qui l’on veut du bien, certains disent : 
« Dieu le conserve! » Les anciens avaient l'équivalent 
dans : Mella fluant illi (3) [que le miel lui coule dans la 
bouche|, et l’on se le passait autrefois à la fin du repas, 
avec la formule : « Dieu vous donne la santé! » 

Nos pères en préconisaient l'usage comme remède dans 
une foule de cas. 

Le far cum melle connu des Egyptiens, des Grecs et des 
Romains de l'antiquité tenait ci-devant un rang distin- 
gué sur les menus, même dans les repas de cour. 

À toutes les époques de l'histoire, on vit l'emploi du 
miel apprécié, non seulement pour les aliments solides, 

is aussi pour boissons diverses, sous les noms d'agua 

a, apomeli, oximel, hydromel, etc., etc. 


Exod., C. III, v. 8, etc. 
Deut., C. XXXII, v. 13. 
Voir la 3° églogue de Virgile. 





— 520 — 
Il paraît que le falerne vieux, mélangé de miel, était 
si enivrant que les femmes avaient défense d'en boire. 

„Quand Frédégonde voulut empoisonner le Seigneur 
indiscret qui lui reprochait le meurtre de l'évêque Pré- 
textat, elle se servit de vin d'absinthe au miel, dans 
lequel, subrepticement, cette méchante reine avait intro- 
duit un consommé de ciguë. 

Par les temps de chaleur, nos pères buvaient volontiers 
l'oximel ou mélange de miel et de vinaigre, qu'ils tempé- 
raient avec beaucoup d’eau pour se rafraîchir. 

L'hydromel (miel fermenté), mod du Nord, était la 
boisson favorite des anciens habitants de la Germanie et 
de la Gaule, alors couvertes de forêts, qui fournissaient 
une prodigieuse quantité de miel sauvage. Plus tard, ils 
l'allièrent à la bière. 

Nous voyons dans l’histoire de Flandres que Philippe- 
le-Bel, roi de France, supprima, en 13o1, les impôts 
prélevés à Gand sur la bière et l'hydromel, afin de se 
concilier la faveur des Gantois : le vin et l’hydromel se 
disputaient les faveurs des gourmets. 

Après le meli-melo qui précède, il ne nous reste plus 
qu’à signaler certaines pratiques vulgaires des mouche- 
tiers et les évolutions de leur art, en évoquant à cette 
- occasion quelques souvenirs bibliographiques. 


* 
* * 


L'usage de faire un vacarme d'enfer sur les poêlons, 
chaudrons, pelles ou vieilles faulx, quand un essaim 
s'envole à la recherche d'un nouvel abri, était autrefois 
très répandu. 

On lit dans les lois de Platon (liv. VIII): 

« Si, se laissant aller à la passion des abe:. 
s‘approprie les essaims d'autrui et qu'on les attir- 
soi en frappant sur des vases d'airain, on dédomr. 
celui à qui ces essaims appartiennent », 


— 521 — 


Dès lors. donc on s'imaginait que les mouches sont sen- 
sibles aux appels qu'on leur fait à l'aide de sons métal- 
liques. 

Ce préjugé sur l'influence des sons métalliques s'est 
perpétué jusqu'à notre époque. C'est ainsi que dans le. 
Glossaire de l'ancien théâtre français, on lit : « Il ne faut 
pas faire tant de bruit; ce ne sont pas des abeilles : on ne 
les assemble pas au son du chaudron » (1). 

Aristote, dont les écrits pendant un grand nombre de 
siècles posèrent la' borne du savoir humain, s'occupe 
beaucoup des abeilles dans son Histoire des animaux, et 
il résume à peu près toute la science apicole de son 
temps. Virgile n’a fait que la revêtir des charmes de la 
poésie. Caton, Pline, Varron, Columelle, Palladius et 
d’autres auteurs venus ensuite n'ont fait, pour ainsi dire, 
que copier Aristote. En somme, ils n'avaient que des 
idées fort incomplètes sur la physiologie de l'insecte. 

Le mot ruche paraît avoir une étymologie celte qui 
signifie à la fois écorce et ruche. De même dans notre 
ancienne langue, rusque, en bas latin rusca, signifiait à la 
fois écorce d'arbre et ruche, parce que les ruches étaient 
faites d'un seul ou de plusieurs morceaux d'écorce, ainsi 
que Virgile nous l’apprend lui-même : 


Ipsa autem, seu corticibus tibi suta cavatis (2). 


Les systèmes de ruche ont varié selon les époques et 
se sont multipliés à linfini. Souvent ce fut simplement 
un tronc d'arbre excavé; on en fit en terre cuite, en 
écorce, en liège surtout, ou bien en jonc tressé, en paille 


(1) On peut donner deux explications plus raisonnables à cet immémorial 
‘sage. Quand le tounerre gronde au loin, les apiarides s'empressent de 
etourner à la ruche. Certains villageois veulent donc imiter la foudie pour 
mpêcher l'essaim de s'éloigner. D'autre part, ce vacarme avertit les voi- 
ins de la poursuite d'un essaim, moyennant quoi le propriétaire de l'es- 
aim peut suivre son vol jusque sur le terrain du voisin et l'y recueillir, sans 
“pondre d'autre chose que des dégâts qu ’il pourrait y occasionner, 

2) Géorgiques, IV, 33. 


— 522 — 


mastiquée avec de la terre glaise ou de la bouse de 
vache, etc. : 

On a découvert, à Pompéï, une ruche artificielle en 
métal, dont la figure assez singulière se trouve dans le 
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de DakEu- 
BERG ct SaAGLi0. Montfaucon donne une ruche d'après un 
bas-relief romain, dans ses Antiquités expliquées (1, 204). 
Longtemps, dans la Gaule et ailleurs, on logea l'abeille 
dans des espèces de fours construits en briques, ce qui 
ne devait pas être très commode. Enfin, Pline nous ap- 
prend que sous l'empire romain, on faisait des ruches en : 
corne transparente ou en pierre spéculaire, permettant 
d'observer plus ou moins l'intérieur. 

La généralité des anciens qui nous ont laissé des écrits 
sur l'économie rurale, regardaient le rucher comme devant 
tenir une place importante dans toute exploitation; ce 
qui est d'autant moins étonnant, qu'on ne connaissait 
d'autre sucre que le miel, lequel jouait un grard rôle, 
non seulement dans l'alimentation, mais aussi dans les 
cérémonies du culte et des funérailles. La cire était aussi 
un objet de première nécessité. 

Voulant enseigner les devoirs et les principes qui 
doivent régner, surtout dans le gouvernement des mai- 


_sons religieuses, principes de l'observation desquels 


dépend le bonheur, Thomas de Cantimpré, écrivain 
ascétique du xvri° siècle, n'a pas dédaigné de faire un 
volume ayant titre : Bonum umversale de apibus (le bien 
universel tiré des abeilles). La traduction française, im- 
primée à Bruxelles, en 1650, prend soin de rappeler que 
l'auteur a cu pour but de faire « voir la très certaine doc- 
trine de l'Eglise, reluire et esclater en la nature, es admi- 
rables emploies et industrieuses œuvres des abeilles - 


(1) Voir dans les bulletins de l Académie royale de Belgique (t. 42. 
partie, 1852), une dissertation intitulée : Thomas de Canlimpré indiqué con 
une des sources où Albert le Grand et surtout Maerlant ont puise les matrvenr 
leurs écrits sur l'histoire naturelle. par BoRMANS. 


— 523 — 


Quant à lapiculture, le” plus ancien traité flamand 
qu'on connaisse est celui de Clutius, ou Augier Cluyt, . 
né à Leyden. En voici le titre traduit en français : des 
abeilles, de leur origine merveilleuse, nature, propriété, 
Ouvrages Inouis et rares. 

L’apiculture, cette suprême poésie de la vie rurale, 
fut presque toujours encouragée chez nos aïeux. Henri IV 
se fit gloire de la stimuler par des récompenses, et, au 
siècle dernier, Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, 
tehta de lutter contre l'indifférence : elle institua des 
cours spéciaux, et un étudiant d'Erfurt écrivit, en 1770, 
pour l'obtention du grade de docteur dans la faculté de 
philosophie, une dissertation latine en 82 paragraphes, 
traitant de cette industrie champêtre. 

Nous avons vu, à la Bibliothèque royale de Belgique, 
que l'abbaye de Postel possédait 2.344 ruches, et le 
mémoire statistique de M. Thomassin porte qu'il y avait 
en 1806, rien que dans le département de l'Ourthe, 
12,798 ruches. 

Les méthodes raisonnées furent très lentes à remplacer 
empirisme. | 

Il y a moins d’un siècle, les masses croyaient encore 
que la cire provient tout simplement de la poussière des 
étamines. De là cette devinette calembourique et tinta- 
maresque connue dans nos Flandres : 


Wat was was 
Eer was was was? 


/ 


Traduction : Qu'était la cire avant que la cire ne fut 
cire? La réponse était : poussière de fleur. 

Enfin, on vit se produire successivement les véritables 
élateurs de l’apiculture moderne. 

la suite du bruit fait autour des trois remarquables 

rages publiés par Schirach, la Société des Sciences 

des Arts de Druxelles eut l’idée d'ouvrir, en 1777, un 

“ours sur les meilleures méthodes à suivre pour la 


\ — 524 — 


culture des abeilles. Trois prix furent décernés, le pre- 
mier à un M. Seghers, curé de St-Léonard, près d'Hoog- 
stracten. Les mémoires récompensés, qui se trouvent à 
la Bibliothèque Royale de Bruxelles, ne sont pas sans 
mérite. 

Parmi les observateurs les plus distingués, on cite par- 
ticulièrement François Huber, né à Genève, en 1750, 
qui, quoique aveugle, en remontra aux plus clairvoyants, 
grâce au concours actif, zélé et intelligent que lui prê- 
tait son fidèle domestique Burnens. 

Mais nous ne pouvons abuser de la bienveillante 
attention du lecteur, 


Bornons ici notre carrière 
Les longs ouvrages me font peur; 
Loin d'épuiser une matière, 

11 n'en faut prendre que la fleur. 





Jurres De Soie, 


Membre d'honneur de la Fédération Aficole 
du Hainaut ct extensions, 








RAPPORTS 


Travaur des Sociétés fédérées 


BELGIQUE 


BRUGES 


Société Archéologique de Bruges 


cours de l'exercice 1897, par la Société Ar- 
chéologique de Bruges, nous mentionnerons 
les suivantes, d'après l'ordre d'entrée : 

1° Vase en terre cuite, apode et sans anses (x1v"* siècle) ; 
2° Un pendentif de balustrade d'escalier en bois de 





‘chêne (xvni"* siècle); 


3° Tableau obituaire de Françoise de Beer, épouse de 
Nicolas de Schietere (xvn" siècle); 

4 Plan du manoir « Ter panne » à Coolkerke 
(v”° siècle); 

5° Plan terrier de la place du grand marché à Bruges, 

ec indication nominative des maisons et monuments 

blics qui bordent cette place (1760); 

5° Taque de foyer, représentant le jugement de Salo- 

n (xvu”* siècle); 

.° Taque de foyer, représentant l'adoration des mages 

vi” siècle); 





Cs ] 


— 528 — 


8° Trois flûtes de dimensions diverses, dont une petite 
en bois noir (xvir1"° siècle); | 

9° Horloge en cuivre, forme cartel losangé (xvur 
siècle); 

10° Tableau obituaire en losange de Jean-Lopez Gallo, 


me 


. baron de Maele (xvi”* siècle); 


11° Briquet à armature de pistolet avec crosse (kvi11" 
siècle); | 

12° Trépied, support de fer à repasser, avec plaque en 
cuivre ajourée (xvir1"* siècle), 

13° Fac-similé de la peinture d'un tombeau découvert 
place St-Jean, à Bruges (xv”* siècle); 

14° Fac-similé de la peinture d'un tombeau découvert 
dans la chapelle St-Basile, à Bruges (xv”* siècle); 

15° Taque de foyer avec inscription : Joannes Baptista, 
(1640); 

16° Treize grenades, dont quelques-unes munies de 
leur porte-mèche en bois, et 16 silex pour armes à feu 
(xvirr”"* siècle); 

17° Six panneaux de lambrissage en bois (xvi1"" siècle); 

18° Fragment d'arcature en pierre des Écaussines, 
avec sculpture en ogive (1528); | 

19° Madone sculptée en bois de chêne (xv”* siècle); 

20° Reliure en veau brun jaspé, aux emblêmes dorés 
de la corporation des chirurgiens (xvn" siècle); 

21° Etouffoir en terre de poterie rouge (xvin”* siècle); 

22° Chaise à porteurs pour malades et infirmes (xvr11"* 
siècle) ; 

23° Branche de luminaire en fer forgé, aux armes de… 
(xvu siècle); 

24° Huche à bois, en bois de chêne, avec anneaux 
sculptés en feuilles de parchemin (xvi” siècle); 

25° Reproduction sur carton d’une peinture … 
découverte dans l'église St-Basile (xv® siècle); 

26° Jeton en cuivre à l'effigie de Philippe II ec. 
banal français (xvi” siècle); 


— 529 — 


27° Fer à gaufres représentant en creux l'agneau pascal 
et un écu héraldique (xvr1"* siècle); 

28° Huche à bois, en bois de chène, avec panneaux 
sculptés en feuilles de parchemin (xv”* siècle); 

29° Lot de briques recueillies à Coxide-lez-Furnes, sur » 
l'emplacement jadis occupé par l’abbaye des Dunes (x111"* 
siècle); 

30° Une boîte en bois avec poids de balance de préui- 
sion, pour médecin (xvi1”* siècle); 

31° Boulets en pierre ou projectiles de canon. Divers 
formats (xvi” siècle) [13 exemp.|; | 
32° Pierre schisteuse renfermant l'empreinte d'un 
lézard (antédiluvien); | 

33° Quatre panneaux de jubé en chène sculpté, aux 
attributs de la musique (xvir1"* siècle); 

34° Une huche à bois, en bois de chêne portant six 
panneaux sculptés (xv”* siècle); 

35° Douze cuillers en étain, de forme ronde (1641); 

36° Médaillon en fonte, représentant en relief et de 
profil, l'effigie du graveur de Meulemeester, né à Bruges 
en 1774. | | | 

35° Peintures murales découvertes dans l'église Ste- 
Walburge, à Furncs, 18 toiles (xv"“ siècle); 

38° Caisse de clavecin avec couvercle. décoré d'un 
paysage peint à l'huile (xvir1"* siècle); 

39° Une lampe de tisserand et une petite cruche en 
terre cuite (xvi”" siècle). 

Grâce à la générosité de l'Administration communale 
et à celles de plusieurs de nos concitoyens, nos collec- 
tions se sont accrues dans des proportions très satis- 
faisantes. | 

Le musée, qui occupe une partie notable du rez-de- 
‘haussée des Halles, continue à recevoir de nombreux 
isitcurs. Tous les dimanches de l'année il est accessible 

1 public, gratuitement, de rr à 1 heures. Aux autres 
ars de la semaine, il est ouvert contre payement d’un 


— 530 — 


droit proportionnel, à savoir : pendant la période d'hiver 
les mardi et vendredi matin, de 10 à midi, de 2 à 4 
heures; pendant la période d'été, tous les jours ouvrables, 
le matin, de ro à 1 heures, et l'après-midi, de 2 à 5 
heures. 

Le Comité Directeur de notre Société est composé 
comme suit : Président, Mgr le chanoine baron F. 
BETHUNE; 1° Vice-président, M. le docteur pe MEYER: 
2° Vice-président, M. Alfred Ronsr, membre de la Cham- 
bre des Représentants: Trésorier, M. Alf, Van DE WALLE, 
conseiller communal; Conservateur, M. A. MAERT, archi- 
tecte provincial; Conservateur-adjoint, M. Ch. DE Wurr, 
architecte communal; Secrétaire, M. Jules Corens, con- 
servateur des archives de l'Etat; Membres, MM. Vincent 
STEYART ; L. DE LA CENSERIE, architecte; E. FEys, comte 
HerwynN et baron J.-B. BernuNe, membre de la Dépu- 
tation permanente de la Flandre Occidentale. 


Le membre Secreluire, Le Président, 
Jurres CoLeEns. | B" FéÉLix BETHUNE. 


Société d'Emulation pour l’étude de l’Histoire 
et des Antiquités de la Flandre 


Pendant l'année 1897, la Société d'Emulation pour 
PEtude de l'Histoire et des antiquités de la Flandre a 
distribué le tome X de la 5"* série de ses Annales. 

Ce volume de 514 pages comprend L'œuvre de Jean 
Brito, prototypographe brugeois, par M.-GiLLionrs-VAN 
SEVEREN, archiviste de la ville de Bruges. 

L'auteur donne d’abord l'exposé des opinie … 
textes des principaux biographes qui ont traité ant 
rement, surtout à la fin du siècle dernier, de "evt 
et de la valeur de Jean Brito. 


— 531 — 


Il s'occupe ensuite de ses ouvrages connus et des pièces 
nouvelles qui ont été découvertes aux archives de Bruges. 
Puis il s'efforce de remettre le personnage dans sa vérité 
historique, de combattre les préventions, de dissiper les 
erreurs qui ont été accumulées pour l'obscurcir et l'amoin- 
drir; en un mot, de le poser dans sa vraie lumière, en 
le montrant dans sa double qualité de prototypographe 
et de littérateur. | 

Il conclut que, conformément à la fameuse inscription 
latine de son « Doctrinal », Jean Brito était brugeois, 
qu'il était imprimeur et qu il était inventeur de l’art de 
l'imprimerie. Il démontre la véracité de la triple affirma- 
tion de Brito, à l'aide de faits et de textes authentiques, 
irrécusables, et après l'avoir justifiée, il détruit, par la 
critique, les assertions contraires des bibliographes. 

L'auteur ajoute, en fac-similé, trois feuillets du « Doc- 
trinal », d'après des épreuves qui ont été trouvées par . 
son prédécesseur M. Bossaert, dans la couverture d’un 
vieux registre du dépôt confié à sa garde. L'un d'eux 
contient précisément, à la suite de l’'Explcif, le sixtain 
latin précité. 

Il cite, entre autres, un document de la plus grande 
importance, un texte des Mémoriaux de Jean-le-Robert, 
abbé de Saint-Aubert, à Cambrai, disant que deux 
exemplaires d’un « Doctrinal » imprimé en caractères 
moulés, jetés en moule (geste en molle), furent achetés à 
Bruges, en janvier 1445 (v. s.). 

Il existait donc à Bruges un ouvrage imprimé en ca- 
ractères mobiles, 12 ans avant l'apparition de la fameuse 
Bible de Gutenberg, qui date de 1457. 

Or, diverses séntences échevinales de 1403 et de 1426 

ouvent qu'il eût été matériellement et moralement 

1possible, à Bruges, au xv”* siècle, de vendre des pro- 
its de la typographie étrangère. D'autre part, ce 

Doctrinal » imprimé ne peut être que le « Doctrinal » 

Gerson, imprimé à Bruges, par Brito, et dont il 


— 532 — 


n'existe plus qu’un seul exemplaire connu : car il est 
caractérisé par les termes mêmes de la souscription, gette 
en molle. C'est un volume de 32 feuillets, sans date, con- 
servé à la Bibliothèque de Paris, et les 3 feuillets trouvés 
à Bruges en sont des épreuves. . 

L'auteur prouve ensuite que les premiers ouvrages 1im- 
primés à Bruges, par Colard Mansion, ont paru en 1453 
et même en 1450, assurant ainsi à Bruges l'honneur de 
la découverte de l'imprimerie en caractèrés mobiles, en 
lettres moulées, car l’art de l'imprimerie xylographique 
existait déjà antérieurement et était en usage à Bruges. 

Le savant archiviste établit, en outre, que la Bible de 
Gutenberg n'est pas imprimée au moyen de caractères 
en fonte, mais que la composition en a été faite tout au 
plus en caractères mobiles, mais syllabiques et gravés ou 
taillés. 

Le véritable inventeur de l'imprimerie fut celui qui, le 
premier, imagina de graver en relief des poinçons, d'en 
frapper des matrices et d'y couler des caractères; d’im- 
primer au moyen de caractères coulés dans un moule, 
jetés dans un moule, gefte en molle. | 

M. Gilliodts produit ainsi, en faveur de l'école de 
Bruges, un monument typographique, pièce réelle, 
tangible, d'une authenticité incontestable; spécimen de 
caractères mobiles en fonte, non taillés, par lames ou 
gravés par planches, portant le nom du typographe ct 
l'attestation de sa triple qualité de citoyen de Bruges, 
d'imprimeur et d'inventeur, 

La ville de Bruges n'est pas seule intéressée dans 
cette question. La Belgique toute entière y revendique 
sa part. 

Au Congrès, dont la session a été tenue à Ma 
1897, par ia Fédération des sociétés archéolog.… 
historiques, M. Henri Cordemans a fait conna: 
découverte de trois incunables qui prouvent qu'on. 
mait déjà en cette ville en 1457, peut-être mêr 


— 533 — 


1455, au couvent de Béthanie. Le fait qu'on imprimait 
à Malines dès 1457 se comprend facilement, s'il est vrai 
que Jean Brito, bourgeois de Bruges, fut l'inventeur de 
l'imprimerie, et imprimait en caractères typographiques 
avant l’année 1445, et il n’étonnera plus ceux qu'au pre- 
mier abord il a surpris et peut-être laissés incrédules. 


Le Secrétaire, . | Le Vice-Président, 
LÉON DE FoERE. L Feys. 


nae en ee 


BRUXELLES 
Société d'Archéologie de Bruxelles 


Nombre des membres. — La Société, à la fin de l'année 

1897, comptait 717 membres. 
_ Séances. — Elle a tenu, au cours de cet exercice, trente 
séances, qui se dénombrent comme suit : une séance 
générale annuelle; neuf séances générales mensuelles ; 
dix séances de la commission administrative; huit séances 
de la commission des publications et deux séances de la 
commission des fouilles. . 

Communications. — Au cours des séances générales, ses 
membres ont suivi la lecture ou entendu l'exposé de 
nombreux rapports et études sur les sujets les plus divers 
de l'archéologie et de l’histoire de l'art. 

MM. J. Destrée, le docteur Raeymaekers, Van Haver- 
maet, l'abbé J. Claerhout, Bigwoord, Sibenaler, Poils, 
Depoin, le docteur Tihon, A. Joly, van Malderghem, 
Hankar, de Raadt, G. Cumont, Ed. Laloire, Lhoest, 
de Latre du Bosqueau, C.-A. Serrure, Leclerq, Merghe- 

nck, Vannerus, Schweisthal, Michel, Chibert, Bekaert 

tle B°" de Loë ont entretenu tour à tour leur confrères 
ie l'accroissement de nos musées, de nos excursions, du 


mmm 


résultat de nos fouilles scientifiques, de la protection des 
monuments, des procédés à employer pour assurer la 
conservation des objets d’antiquité exhumés, de l’histoire 
proprement dite, de l'archéologie des monuments anciens 
de Java, de l'art barbare, de numismatique, d'héraldique 
et de généalogie, de nos anciens sculpteurs et peintres, 
de l’histoire des arts somptuaires, de la tapisserie, de la 
céramique d'art, des armes et des armures, enfin, de 
l'histoire des confréries flamandes à l'étranger. 

Expositions. — D'intéressantes exhibitions d'objets 
anciens ont, en outre, précédé chaque séance générale. 
Une mention toute spéciale est due à deux expositions 
qui ont été offertes à la Société, en dehors de ses locaux 
et de ses séances. 

Le 3 février, M. A. Hannay recevait chez lui les 
membres de la Société qu'intéresse particulièrement 
l'étude de la céramique d'art. Cette obligeante pensée a 
permis à un grand nombre de nos confrères d'admirer et, 
_ d'étudier la collection très complète d'objets de ce genre 
qu'il a réunie. 

Les 5, 6 et 7 avril suivant, M. et M"° Paul Errera 
ouvraient aux membres de la Société, leur hôtel de la rue 
Royale, où ils avaient fait disposer les nombreuses et 
remarquables pièces que composent leur collection 
d'étoffes, de tapisseries et de tissus anciens. 

Conférences. — M. Jules Leclerq, le voyageur intrépide 
et érudit bien connu, a entretenu la Société des monu- 
ments de la civilisation hindoue qu'il avait pu étudier au 
cours d'un voyage aux Indes néerlandaises, accompa- 
gnant son intéressante conférence de projections de vues 
photographiques. 

Fouilles. — Des fouilles ont été faites sur plu 
points différents du pays : à Anderlecht, à Sair 
Sart, à Tirlemont, à Piétrain, à Noduwez, à Mari 
Enines, à Op-Heylissem, à Florenville, à Mar 
Champlon, à Menil-Hotton, à Helderghem, à Ou 


— 535 — 


Liedekerke, à Teralphene, à Santberghen, à Jodoigne, 
etc... 

Collections d'étude. — Nos collections d'étude se sont 
enrichies d'un certain nombre d'objets intéressants reçus: 
de la commission des fouilles surtout, ou offerts par de 
généreux donateurs. | 

Bibliothèque. — L'exercice écoulé a été satisfaisant aussi 
en ce qui concerne les accroissements de la bibliothèque : 
au point de vue des périodiques, nous échangeons à ce 
. jour nos annales contre 150 publications d'anthropologie, 
d'archéologie et d'histoire. Quant à la bibliothèque pro- 
prement dite, elle s'est augmentée de 315 ouvrages. 

Excursions. — Rappelons aussi les excursions fort 
attrayantes et toutes très suivies que nous avons faites à 
Floreffe et à Namur, à Villers-la-Ville et à Tongres. 

Publications. — Nous avons fait paraître le tome XI de 
nos Annales et notre Annuaire 1897, tome VIII. _— 

Le premier représente un beau volume in-8° de 488 
pages, illustré de 13 planches, dont une en couleur, et 
de 7 dessins dans le texte. 

Le second constitue une importante brochure in-12 de 
151 pages. 

Le Secrélaire-Général, 
B" ALFRED DE Lot. 


- Bruxelles, le 14 mars 1898. 


en — ma — 


BRUXELLES 
Société royale de numismatique de Belgique 


a société royale de numismatique tient chaque année 
ix assemblées générales, au cours desquelles sont 
ités des sujets intéressant la science des monnaies, 
rt de la médaille. En 1897, ces réunions ont eu lieu à 


— 536 — 


Tournai, le 25 avril, à la Halle aux draps, et à Bruxelles, 
le 18 juillet, au Palais des Académies. Diverses com- 
munications y ont été faites. A Tournai, par MM. Van 
Hende, Simonis, Bordeaux, Vanden Broeck, comte de 
Limburg-Stirum et A. de Witte; à Bruxelles, par MM. 
Picqué, baron Bethune, abbé Daniëls, Alvin, Vicomte 
B. de Jonghe et A. de Witte. Cette dernière assemblée 
a été marquée par une petite manifestation en l'honneur 
de M. Ed. Vanden Broeck, qui rendait compte, pour la 
trente-troisième et dernière fois, de sa gestion de tré- 
sorier de la Société. | 

Le volume de la Revue belge de numismatique, que 
chaque année fait paraître la Société, contient cette fois : 


IT. — Monnaies en or des empereurs Trébonien Galle 
et Volusien, par M. [.-A. Blanchet (France); 
II. — Monnaies de Reckheim, par M. le Vicomte B. 
de Jonghe; 
III. Monnaies des comtes de Limburg-sur-la-Lenne, 
par M. le Comte T. de Limburg-Stirum; 
IV. — Sous tapés et sous marqués, par M. F. Alvin; 
s V. — Les pièces d'or et d'argent à l'effigie de l’empe- 
reur François [“, frappées à Anvers, en 1751, par M. À. 


de Witte; 


VI. — La médaille de Geneviève d'Urté, duchesse de 
Croy, par M. C. Picqué; 

VII. — Notes sur quelques plateaux de balance, par 
M. Maxe-Werly (France); 

VIII. — Les deniers consulaires restitués par Trajon, 
par M. M. Bahrfeldt (Allemagne); 

IN. — Les jetons et les médailles d'inauguration. 


frappés par ordre du gouvernement général aux 
Bas Autrichiens (1717-1794), par M. A. de Witte 

X. — Médailles de l'école des Beaux-Arts de 
de Lille et origines de cet établissement, par 4. … 
Meunynck (France); 


— 537 — 


XI. — Le nom de Jésus employé comme type sur les 
monuments numismatiques du xv" siècle, principale- 
en France et dans les pays voisins, par M. J. Rouyer 
(France); 

XII. — Un sceau de Burckard, seigneur de Fénes- 
trange ou Vinstingen, par M. le V“ B, de Jonghe; 

XIII. — Un denier frappé à Mayence, par l'Empereur 
Lothaire I*, avant le traité de Verdun (843), par M. le 
V' B. de Jonghe; 

XIV. — Une conclusion, par M. Lemaire; 

XV. — Quelques mots sur deux monnaies Okha- 
niennes, par Mubarek Ghalib bey (Turquie); 

XVI. — Deux testons inédits de Sébastien de Mont- 
faucon, évêque de Lausanne, par M. C.-F. Trachsel 
(Suisse); | | 

XVII. — Des fausses monnaies, par M. J.-E. Ter 
Gouw (Pays-Bays); 4 | | 

XVIII. — Pierre Lorthior, graveur en médailles du 
Roi, par M. E. van Hende (France); 

XIX. — Un cinquième d'écu de Philippe IT, frappé à 
Arras, en 1582, par M. le V“ B. de Jonghe; | 

XX. — Le « civitat » de Jeanne de Merweede, par M. 
l'abbé P. Daniëls; 

XXI. — Les ducats d'or d'Aymon de Montfaucon, par 
M. C.-F. Trachsel (Suisse); 

XXII. — Médaille gravée de Marie de la Châtre, 
dame de Châteauneuf-sur-Cher, femme de Guillaume de 
l'Aubespine, maitre des requêtes de l'Hôtel du Roi, par 
M. J. Rouyer (France); 

XXIII. — Note sur les sceaux des corporations de 
nétiers de la ville de Hasselt, par M. C. Bamps. 


Les mélanges qui rendent compte des menus faits de 
| numismatique, ont été fournis par MM. Bordeaux 
(France), Ed. Vanden Broeck, Vicomte B. de Jonghe, 
baron de Chestret de Haneffe, chevalier Von Ernst (Au- 


— 538 — 


triche), F. Alvin, L. Blancard (France), J. Mayor (Suisse), 
van der Beken, Ter Gouw (Pays-Bas), Comte T. de 
Limburg-Stirum, Baron Bethune, J. Simonis, Lemaire 
et A. de Witte. 

Les médailles belges contemporaines ont été décrites 
par M. A. de Witte. Le comité directeur de la Revue 
belge se composait, pour l'année 1897, de MM. le Vi- 
comte B, de Jonghe, Comte T. de Limburg-Stirum et 
A. de Witte. 

Au 1“ octobre dernier, la Société royale de Numisma- 
tique de Belgique comptait en tout 207 membres. 


+ Le Secrctaire- Bibliothecaire, 
ALPHONSE DE WITTE. 


Société Centrale d'Architecture de. Belgique 


La tâche qui nous incombe aujourd’hui de vous pré- 
senter le rapport des travaux effectués cette année par 
la Société Centrale d'Architecture, nous est particulië- 
rement agréable et facile. 

Une solennité importante a marqué l'exercice écoulé. 
La Société Centrale d'Architecture a célébré avec éclat 
le XXV"° anniversaire de sa fondation. C'est pour nous 
un véritable plaisir, à cette occasion, de rendre un hom- 
mage mérité à ceux qui, en 1872, constituaient la modeste 
association qui devait être le noyau de l'importante 
Société d'aujourd'hui, à ceux qui ont réalisé cette idée 
de grouper tous les architectes du pays, d’unir leurs 
efforts unanimes pour la prospérité de l'Art archite-*- 
et la revendication intégrale de nos droits. 

Depuis vingt-cinq ans, ces mêmes hommes n'ont. 
de travailler dans ce but; les idées qu'ils ne cesse 
d'émettre et dont l'application ne pouvait que conc 


au bien-être de tous, ont aujourd'hui triomphé. L'’utilité 
des mesures à prendre, dont l'initiative leur revient sans 
partage, l'organisation d’expositions rétrospectives et 
modernes, tant d'autres travaux sont leur œuvre et font 
honneur à ces vaillants. 

L'année 1897 a été marquée pour nous d’un autre 
fleuron de gloire. 

Je veux parler du Congrès international des Archi- 
tectes, tenu à Bruxelles, du 28 août au 2 septembre, sous 
le haut patronage de S. M. le Roi, Congrès auquel vous 
avez tous assistés, et dont vous avez pu apprécier l'indis- 
cutable et probant succès, qui a surpassé nos éspérances. 

De toutes parts nos confrères sont accourus, empressés 
et nombreux. Trois cent trente-sept architectes ont pris 
part à ces intéressantes assises; parmi eux se trouvaient : 
70 Allemands, 7 Autrichiens, 153 Belges, 5 Américains, 
69 Français, ro Anglais, 3 Italiens, ro Hollandais, 
1 Portugais, 2 Russes, 4 Suédois, 1 Suisse, 1 Turc et 
1 Egyptien. | 

Je n'entreprendrai pas de rendre compte ici du détail 
des travaux effectués par ce Congrès, ni des solennités 
auxquelles ont donné lieu ces assemblées. Vous en avez 
tous été témoins et tous nous avons le droit d’être fiers 
du résultat de l’entreprise. Qu'il me soit simplement per- 
mis de constater que le Congrès, qui vient à peine de 
se clore, a puissamment servi non seulement la cause des 
architectes et affirmé une fois de plus le bien fondé de 
leurs revendications; mais qu'il a servi également la 
cause de l'Art, dont nous sommes les adeptes, et qui fut 
et restera notre préoccupation constante. 

Permettez-moi également, Messieurs, d'exprimer en- 
core en votre nom à tous, nos remercîments à notre. 

voué président, M. V. Dumortier, qui a conduit et 

rigé les travaux du Congrès, non seulement avec 
ntant de tact et d'autorité, mais encore avec la courtoi- 

z et la cordialité d’un confrère et d'un ami. 


— 540 — 


Grâce aux circulaires que nous avons envoyées à tous 
les architectes belges, grâce surtout aux démarches per- 
sonnelles de notre président, l'effectif de notre Société 
est considérablement augmenté. Notre Assaciation compte 
actuellement 30 membres d'honneur, gi membres eflec- 
tifs, 135 membres correspondants belges et 43 corres- 
pondants étrangers. Elle est, de plus, en rapport avec 
27 sociétés correspondantes. 

Malheureusement, il nous est -pénible, Messieurs, de 
devoir consigner les pertes irréparables que nous avons 
éprouvées par la mort de M. Félix Laureys, architecte, 
membre de l'Académie royale de Belgique, membre 
d'honneur de notre Société, et par celle de M. Pinchart, 
membre effectif. 

Lors des funérailles de ces regrettés confrères, notre 
président s'est fait un devoir de rappeler les qualités de 
ces artistes universellement respectés. 

La Société a pris part à la souscription ouverte pour 
l'érection d'un monument commémoratif à la mémoire 
de M. Pierre Dustin, afin de.prouver sa reconnaissance 
à celui qui a toujours défendu avec tant de désintéresse- 
ment les intérêts de la Société. | 

Nous avons demandé et obtenu la mise au concours 
de l'hôpital et de l’école de garçons à Etterbeek, et de 
l'école d'Huyssinghen. 

L'administration communale de Schaerbeek, accédant 
à notre désir, a mis au concours les façades appelées à 
encadrer la maison communale, ce qui a donné à plu- 
sieurs d’entre nous l’occasion de se distinguer. 

MM. Van Massenhove, Van Beesen et Grothaest ont 
obtenu de nombreux prix à ce concours. 

Puisque nous parlons de succès, signalons la pro1 
tion ou la nomination dans l’ordre de Léopold, de M 
Bordiau (commandeur), Blomme, Delacenserie (officie 
Cloquet, Maukels, Licot, Senten, Saintenoy et Thiri 
nommés chevalier. 


me ile 


— $41 — 


La Société, toujours fière de-l’honneur qui est fait à 


ses membres, a reçu solennellement ces messieurs, et le 
président leur a adressé un discours empreint d'une 
parfaite cordialité. 

L'exposition de Bruxelles 1897, ce grand élément 


d'émulation, a été également pour nos membres une 


cause de succès. 

Nous devons signaler, parmi ceux qui se sont distin- 
gués : 

Pour l'architecture : MM. Saintenoy, De Wulf, Thi- 
rion et Verhelle. | | | 

Pour la sculpture : M. Samuel. 

Pour les habitations ouvrières : MM. Defontaine, Van 
Beesen, Gellé et Van Dormael. 

Hygiène publique: MM. Poupinel et Fernand Symons. 
Architecture, Industrie du bâtiment : M. Brunfaut. 
Ameublement : M. Crespin. | 
Industrie du bâtiment : MM. Delpy, Ghysen, Lam- 

bot et Marcq. 

M. Lucas membre d'honneur, obtient la médaille d'ar- 
gent pour la Caisse de défense mutuelle des architectes 
français. 

Nos confrères hollandais ont célébré avec éclat, le 17 
mai dernier, le 70”° anniversaire de M. Cuypers, l'émi- 
nent architecte hollandais, et membre d'honneur de notre 


Société, qui a obtenu la médaille d'or de l'Institut royal 


des Architectes britanniques. 

De grandes fêtes ont été données à Amsterdam, à cette 
occasion. Nous nous sommes associés à ces manifesta- 
tions, en envoyant des télégrammes de félicitations à 
notre membre d'honneur. 

L'Institut royal des Architectes britanniques a célébré, 

te année aussi, son 50" anniversaire. 

Nous avons également témoigné à nos confrères anglais 

tte notre sympathie en cette solennelle occasion. 

‘n Congrès national des architectes français avait licu 


30 


=. Morte climat 


= Mate. LORS de ee er 


a 
and. me me me cote me 





| AR — 
cette année, à Lille, le 18 juin dernier. Votre Comité, 
de commun accord avec la Société Régionale des Archi- 
tectes du Nord, organisa une excursion qui a dû.se bor- 
ner, faute de temps, à la visite sommaire de Tournai, 
Bruxelles et Anvers. 

Soixante-sept congressistes, sous la conduite de MM. 
Lucien Etienne, Boileau, Poupinel et Georges, respec- 
tivement Vice-Président, Secrétaire général et Secrétaire 
de la Société Centrale des Architectes français, et de 
M. Dubuisson, Président de la Société des Architectes 
du Nord de la France, ont pris part à ces excursions. 

Ces Messieurs ont été reçus à Tournai, par une délé- 
gation de la Société Centrale d'Architecture de Belgique, 
et par nos confrères tournaisiens, sous la conduite des- 
quels ils ont visité les principaux monuments. Ils sont 
arrivés le soir à Bruxelles, nous les avons reçus dans 
notre local, où nous avions organisé un raout en leur 
honneur. 

Le lendemain, nous leur avons fait voir les différents 
monuments de la ville, le nouveau quartier Nord-Est 
et l'Exposition de Bruxelles 1897; le jour suivant, les 
congressistes et les membres de la Société ont visité 
Anvers, sous la direction de nos confrères anversois. 

De retour à Bruxelles, les architectes français prennent 
le train pour Paris, enchantés de leur réception en Bel- 
gique et en promettant de revenir lors du Congrès inter- 
national du mois d’août. 

Nous avons vu que ces Messieurs ont tenu parole et 
nous avons été heureux de les recevoir en grand nombre 
lors de notre Congrès. 

Indépendamment des travaux du Congrès, notre So- 
ciété s'est occupée, cette année, de questions de le : 
haute importance, entre autres de la nomination d'e:. 
auprès des tribunaux. L'année dernière déjà, vous : 
décidé de tenter un accord entre les Sociétés des Ci 
rations des Géomètres, des Entrepreneurs, des Ingén: 


et se mettre d'accord avec l’auteur. 

Les excursions qui ont été faites cette année sont les 
suivantes : | 

1° Château des Comtes, à Gand; 

2° Visite aux travaux de la gare d'Anvers; 

3 Visite auxtravaux de l'Exposition de Bruxelles, 1897. 

M. Daniel Franken vous a lu un très intéressant rap- 
port sur les deux premières excursions, et M. Gaston 

nciaux, un non moins intéressant sur la troisième. 

Les membres ont eu également la bonne fortune de 

‘siter en détail, au mois de juillet dernier, la section 

:s Sciences à l'Exposition de Bruxelles 1897. 


ge 
_ 544 —_ 

Guidés par MM. Dollo, Van den Broek et Cuvelier, 
ils ont successivement parcouru l'Exposition des marbres 
et des matériaux de construction. 

Notre bibliothèque s'est enrichie, cette année, de nom- 
breux volumes : volumes de la Fédération des Archi- 
tectes allemands; volume des Congrès internationaux 
des Architectes français; ouvrage intéressant de M. Otto 
Wagner; splendides photographies de monuments des 
Etats-Unis. 

Nous possédons actuellement 2,000 volumes et 60 col- 
lections de périodiques, dont la plupart sont échangées — 
contre le journal l’Emulation. 

Puisque nous parlons du journal Emulation, permet- 
tez-moi d'adresser tous nos éloges et nos sincères remer- 
ciments à ses dévoués collaborateurs. 

Lors de l'organisation du Congrès, le journal, par ses 
publications, nous a été un précieux auxiliaire; grâce au 
dévouement et à l'activité de tous ses membres, / Emula- 
tion reste l’une des premières publications d'architecture. 

Nous terminons, Messieurs, ce rapport, qui rappelle 
aussi fidèlement que possible le résultat des travaux de 
la Société. Comme nous le disons plus haut, l'avenir 
s'ouvre à nous sous d'heureux auspices; cefte année nous 
a fait voir la force de notre association; cependant, de 
nombreuses ct importantes questions restent encore sans 
résultat et demandent à être réétudiées. Ne nous repo- 
sons pas trop sur les lauriers obtenus, mais que chacun 
apporte, dans la mesure de ses aptitudes, une part de 
travail dans l'intérêt général. 


Le Secrétaire, 
H. BERNIMO 


æ 


ENGHIEN 
Cercle Archéologique d'Enghien 


Le Cercle a terminé la publication du tome V de ses 
Annales, il contient notamment une notice de M. le comte 
d'Auxy de Launois, sur une pierre tombale retrouvée au 
château de Warelles, à Petit-Enghien; une bonne mono- 
graphie de la commune de Bièvene, par MM. Delvin et 
Guignies, ornée d'un ancien plan de ce village; une note 
sur la grange des pauvres à Braine-le-Comte, par Ernest 
Matthieu; une biographie de Benjamin et Edouard 
Mary, par le même; une lettre de M. G. Cumont, sur 
des monnaies du xv" siècle, découvertes à Hoves; des 
Mélanges et des Notices nécrologiques. | 

En conformité de la résolution prise dans l'assemblée _ 
générale de clôture du Congrès de Malines, le Cercle : 
archéologique d'Enghien s'occupe activement d'organiser 
de la manière la plus fructueuse, la XIT["° session de la 
Fédération des sociétés d'archéologie et d'histoire de 
Belgique. 

Le Secrétaire, 
E. MarrHieu. 


HASSELT 


Société chorale et littéraire « Les Mélophiles » 
de Hasselt 


Comme le titre l'indique, la Société comprend deux 
ctions : une musicale, qui organise des concerts et des 
ls, et une scientifique et littéraire, qui organise des 


— 546 — 


conférences données par ses membres ou des étrangers 
et qui publie chaque année un bulletin de 100 à 360 
pages, comprenant des travaux historiques ou archéalo- 
giques concernant surtout la province de Limbourg. Le 
34°° volume de ces bulletins annuels est en ce moment 
sous presse. La Société envoie ses bulletins à toutes les 
sociétés qui lui en proposent l'échange. Elle met à la 
disposition de ses membres, une bibliothèque d'environ 
2000 volumes. 


LIÈGE 
Société Géologique de Belgique 


Nous avons achevé la publication des tomes XXII et 
XXIII de nos Annales et fait paraître le premier fascicule 
du tome XXIV. Les retards proviennent des planches. 

La session extraordinaire de cette année s'est tenue 
aux environs de Huy, sous la direction de MM. H. Forir 
et Lohest. | | 

Nos séances se sont tenues régulièrement. Voici le 
relevé des communications qui y ont été faites. 

Pour la minéralogie, M. Buttgenbach nous a fait diffé- 
rentes communications sur Orientation des cristaux d'an- 
glésite de quelques localités, les Cristaux de céruse de Mores- 
net, une Forme nouvelle de la calcite, les Cristanx de pyrite 
accompagnant la Zunyite, le Gvpse dans la Richelhite, - Une 
forme nouvelle de la calamine et un Nouveau trapézoèdre tri- 
gonal du quartz de Nil-Si-Vincent. M. G. Cesâro nous a 
fait connaître le Trapézoèdre a ; dans la galène, la Py. 
Muso (Nouvelle-Grenade) et la Pyrite du Bois des L… 
près de Maisières, dans la craie grise; avec son disri 
M. Buttgenbach, il nous a aussi donné une note, 
miraire Sur un sulfate basique de cuivre qui semble con 


T4 — 

une nouvelle espèce minérale; avec M. P. Destinez, il nous 
a fait connaitre du Grenat en roche à Salm-Château, M. H. 
Fortr nous a renseigné un gisement de Chalcopyrile, azu- 
rite et malachite à Chanly, et dom G. Fournier, le Quartz 
violct de Marédsous .et la Découverte de wavelhite à Bioulx. 
M. L. De Koninck nous a fait une communication Sur 
le chlorure de sodium du terrain houiller ; MM. Lohest nous 
a présenté du phyllade salmien renfermant des nodules 
de sidérite qui font penser à des fossiles; M. E. Nihoul 
nous a donné une note bibliographique sur un travail de 
M. Schloesing, fils, Efude sur la composition du grisou; 
enfin, j'ai présènté une lunonite de Bovigny et des arbori- 
sations de pyrite, simulant des feuilles de fougères, sur : 
du schiste houiller de nos environs. 

Pour la géologie, nous devons à M. C. Malaise une 
liste d’Espèces nouvelles du Caradoc en Belgique, une autre 
d'Espèces nouvelles de la bande siluricnne de Sambre-ct-Meuse, 
la Découuerte de Monograptus vornerinus et de Retiolites 
Geinitzianus dans le massif silurien du Brabant, et enfin la 
Découverte de graptolites à Almaden, province de Ciudad-Real, 
Espagne. Il nous a annoncé aussi qu'il rapporte à Lingu- 
locaris lingulæcomes des traces de fossiles qu'il considéra 
jadis comme Lingula. | 

Pour le système devonien, dom G. Fournier nous a 
fait connaitre Un nouveau fossile de l'étage couvinien, Harpes 


macrocephalus, dont M. C. Malaise a indiqué une autre 


localité. J'ai signalé un nouveau gite de fossiles givetiens 
dans l’ancien poudingue de Burnot, à Cornesse. Enfin, 
M. J. Gosselet nous a envoyé une Réponse à la note de 
M. Forir sur la série rhénane des planchettes de Felenne, de 
Vencimont et de Pondrôme, laquelle a donné lieu à une 
Réponse de M. H. Forir. 

Pour le carbonifère, nous avons à enregistrer un 
aémotre de M. À. Briart, Les couches du Placard (Maric- 
„iont), suite de ses études sur la structure du bassin 
houiller du Hainaut dans le massit du Centre; deux 


— 548 — 


notices de M. P. Destinez, l'une sur Quclques fossiles de 
Pair (Claviel), l'autre Sur deux Diplodus et un Chomato- 
dus de l’ampélite alunifère de Chokie et sur deux Cladodus 
de Visé. M. M. Lohest nous a annoncé la présence de 
fossiles marins, Produetus et Spirifer, dans le schiste du 
toit, d'une couche de houille au charbonnage d'Ouspensk 
(Donetz). 

C'est ici le lieu de mentionner le grand travail de 
M. J. Cornet, Observations sur les terrains anciens du Katan- 

ga, faites au cours de l'expédition Bia-Franqui (1891-1893). 

Pour le groupe tertiaire, j'ai donné une notice Sur le 

forage de Wyneghem et présenté Cardita planicosta, trouvé 

‘dans les sables scaldisiens d'Anvers, par M. Rollier, ce 
qui nous a valu un article de M. Raeymackers, À propos 
de Cardita planicosta des couches d’ Anvers, et un autre du 
même confrère, Sur la présence d'un corps gazeux fétide dans 
les sables et les ossements des couches tertiaires d'Anvers. Nous 
devons à M. G. Velge, un mémoire Sur l’âge des sables 
boldériens et un autre sur La carte géologique de la Campine 
et les grands sondages d'exploration. MM. le baron O. van 
Ertborn et G. Velge nous ont donné un autre mémoire 
sur Le puits artésien de Westerloo; observations nouvelles sur 
les étages ledien et lackenien. 

Enfin, M. M. De Puydt nous a adressé une lettre sur 
les Suter de Fouron-le-Comte, qui ne sont point taillés. 
Nous avons rapporté la Déclinaison magnétique à Paris, au 
1” janvier 1897, et donné une notice sur L'exploitation de 
l'or en Ardenne, une note sur La diabase du Pouhon des 
Cuves, à Malmedy (Prusse) et une communication préli- 
minaire sur Le granit de la Helle, à la frontière prus- 
sienne, dans Hertogenwald. M. Halleux nous a fait une 
communication sur l’Amélioration de la distribut 
à Spa, laquelle a amené des Observations de r°- 
observations qui ont amené M. Forir et l'auteu- 
rer qu'ils ne croyaient pas opportun de répondr 
nant, mais qu'ils maintenaient tout leur articl. 


— 550 — 


vies : nos confrères ont l’occasion de s'y initier à des 
études qui ne sont pas sans importance et embrassent les 
multiples subdivisions du vaste domaine qui comprend 
les beaux-arts, l'archéologie, l’histoire, le folklore, etc. 
La brève nomenclature des commünications faites dans 
le courant de l'année, en témoigne : 


M. Coninxcxx. Notes sur les fondeurs d’artilleric malinoss; 

Quelques signatures de notaires maltnots des XIV, XV et 
XVI siècles ; 

Een woord over het graf der Berthouders in Sint Rombouts- 
kerk; 

Choses d'antan; 

Une chasuble brodée du XV* siècle, à à l'église SS. Pierre et 
Paul, à Malines; 

Les sculptures des poutres de la salle du rez-de-chaussée de 
l'ancienne maison échevinale à Malines ; 

Les lais d'Aristote, d'Hippocrate et de Virgile, leur ori- 
gine, leur reproduction plastique au moyen âge (à propos 
des sculptures ci-dessus) ; 

Fayd'herbe et les religieux d'Hanswyck pendant la construc- 
tion de leur église; 

Etude sur la stabilité de la rotonde d’Hansuwyck ; 

La Saint-Nicolas (Etude de traditionnisme comparé). 

M. pe Marnerre. Origine des maisons de Berthout et de 
Grimbergen; 

La vie au temps de la féodalité ; 

Extrait d'une lettre de Marie de Hongrie à Charles-Quint, 
au sujet de l'explosion de la Sant-Poort. 

M. pe Wourrrs. La décoration polychrome de l'église No- 
tre-Dame au-delà de la Dyle (à propos de découvertes 
récentes de printures murales). 

RrypaMms. Acquisition d'un cens srigneurtal en Campr 
L.-7. Mazaruu, duc de Nivernais; 

Une descendance au NIN siècle, de Gérard de M 
Marie Estor. 





— 551 — 


Louis STRrooBANT. Notes sur les anciennes prisons de Malines; 
Généalogie des Kerremans de Malines ; 
Notes sur des artistes malinois ; 
Notes sur les fondeurs malinass. 


VAN CASTER. La chaussure aux siècles passés. | 
Fr. VAN DEN Beren. Herinneringen aan de slachtoffers van 
1798. | 
Van DoorsLaEr. Mélanges d'art et d'histoire; . 
Notes sur des fondeurs de cloches malinoss. 


Paur ANDRÉ. L'indifférence et l'imustice belges en matière 
littérarre (conférence publique à l'hôtel de ville). 


Nous avons organisé des excursions; notamment au 
château de Gaesbeek, visité les collections de M. Som- 
zée et le Palais du Roi, à Bruxelles, et ce, indépendam- 
ment des promenades archéologiques faites à Malines 
même. Ceux de nos confrères que l'objet de leurs préfé- 
rences archéologiques désignaient tout spécialement pour 
nous servir de cicerone, se sont acquittés de leur mission 
avec la plus. parfaite bonne grâce. Ils ont vivement 
éveillé l'attention de leurs camarades, par des commen- 
taires et des renseignements des plus utiles. 

Nous nous sommes surtout intéressés à la conservation 
ou à la restauration des monuments du passé, encore 
nombreux à Malines. Toutes les fois qu'il nous a été 
possible. d'exercer une action favorable dans ce sens, 
nous n'avons pas failli à notre mission. 

C'est ainsi qu'un tableau en faïence de Delft, d'environ 
six mètres carrés de superficie, et d'une conservation 
admirable, sera transporté au Musée. Jusqu'à ce jour il 
était encastré dans un mur. d'une école de la ville, exposé 
par conséquent à subir des dégradations de la part des 

lèves (en général peu conservateurs). Nous avons signalé 
st état de choses à l'administration communale, qui 
est empressée de faire droit à notre demande. 

Nous avons été moins heureux dans nos démarches 


— 552 — 


pour éviter la construction de bâtisses sur l'ancienne 
place St-Pierre, qui fait face à la façade latérale de notre 
magnifique palais de justice. 

La désaffectation de la place en question est désor- 
mais un fait accompli. Les nouveaux propriétaires n'ont 
rien eu de plus pressé que d'utiliser le terrain qu'ils 
venaient d'acquérir, et ce coin pittoresque de Malines 
vient de perdre définitivement son caractère archaïque, 
de banales maisons modernes cachant l'artistique façade 
de l'ancien palais de Marguerite d'Autriche. 


Le Secrétaire, 
H. CONINCKX. 


MONS 


Société des Sciences, des Arts et des Lettres 
du Hainaut 


La situation de la Société est prospère. Les concours 
triennaux portant sur les sciences historiques, les sciences 
physiques, chimiques et mathémathiques, la philologie, la litté- 
rature française, les sciences philosophiques, le droit, les 
sciences naturelles et médicales, les beaux-arts, les sciences 
sociales, donnent des résultats très satisfaisants. 

L'impression des Mémoires et Publications se poursuit 
régulièrement; le tome IX (5"° série) sera prochainement 
distribué; il comprend notamment un savant travail de 
M. le docteur Nuyens, d'Anvers, sur l'alimentation des 
enfants nouveaux-nés, et une très intéressante étude de M. 
Jules Declève sur les Complaintes célèdres. 

Les conférences organisées par la Société, ave. | 
cours de savants belges et étrangers, obtiennent == : 
grand succès. 

Le Secrét... 
EMmirE Hur 


— 553 — 


MONS 
Cercle Archéologique de Mons 


_ Le Cercle archéologique a publié, en 1897, les tomes 
XXVI et XXVII de ses Annales. Le tome XXVI contient 
les Annales de l'abbaye de St-Ghslain, par Baudry et Du- 
rot, avec introduction et notes par le P. Albert Poncelet, 
Bollandiste. Les mémoires et notices que comprend le 
tome XXVII sont : Excursion archéologique à Wiers; Hugues 
Capet et ses enfants Hainuycrs et Brabançons ; La légende du 
scribe de l’abbaye de Liessies ; Fean Crignon, facteur d'orgues 
à Mons; Les œuvres de Jean le Maire; Ellezelles. Lieux dits 
anciens et modernes; Observations sur quelques camps romains 
de la Belgique et du nord de la France; La ferme de l’abbaye 
d'Alne à la Louvière; La littérature du sacrilège de Cambron; 
Monographies des villages de Noirchain et de Virelles; Le 
télégraphe en Belgique; Les silex de Sfprennes; Ellezelles. 
Industrie et commerce; La procession de Mons; Exorcismes 
à Attre et à Chièvres, en 1675; Concours de tir à l’arc à 
Neufville, en 1551; Découverte d’antiquités belgo-romaines à 
Maffles; Rapport sur la fouille de Montignies-lez-Lens ; Pri- 
vilèges de l’église de Sainte-Waudru, à Mons; La charte de 
Vergne; Une illustration Montoise; Variétés, 

Le premier fascicule des Bulletins des séances du 
Cercle a paru (1895-1897). 

Plusieurs objets ont été offerts ou achetés pour les 
collections, notamment un denier d'argent frappé à 

ons, des chefs-d'œuvre de la corporation des serruriers 

cette ville, des médailles, etc. 


Pour le Secrétaire, Le President, 
CH. HODEVAERE. | Léor. DEVILLERS. 


— 554 — 


Société des Bibliophiles belges, séant à Mons 


Primitivement composée de vingt-cinq fauteuils, elle 
avait, le 12 novembre 1893, décidé de doubler le nombre 
de ses associés et d'y comprendre les Compagnies sa- 
vantes du pays et de l'étranger, lesquelles auraient la 
faculté de se faire représenter par un délégué aux assem- 
blécs générales. Les exemplaires destinés au commerce 
furent en même temps supprimés et les publications sur 
papier de choix, sont depuis réservées aux seuls mem- 
bres, sauf au bureau à décider un plus grand tirage. 

Ï. — Cette année, le nombre de cinquante a été atteint 
parmi lequel la Société a l'honneur de compter, outre 
_un grand nombre de savants nationaux : le british mu- 

scum de Londres; les Bollandistes de Bruxelles; les 
Bibliothèques de Berlin, de Strasbourg, de Saint-Péters- 
bourg et de la Cour Impériale et Royale de Vienne. 

10 La publication actuellement sous presse, est le 
tournoi de Chauvency, narration précieuse revue avec le 
plus grand soin sur le manuscrit unique qui repose à la 
bibliothèque publique de notre ville. Ce poème de 4499 
vers, œuvre anonyme de Jacques BRETEX ou BRE- 
TIANS, d'une écriture de la fin du xin”° au commen- 
cement du xiv"* siècle, fut publié en 1835, par Henri 
Delmotte, d'après la copie de Philibert Delmotte, son 
père. Mais par suite des découvertes récentes de l’archéo- 
logie et de la philologie, une nouvelle édition s'1mpo- 
sait. M. le capitaine Gaëtan Hecq s’est chargé de cette 
lourde tâche et il s'en est acquitté avec honneur. L'art 
de la guerre, les usages somptuaires, l’histoire d" - 
tume et des instruments de musique de cette €, 
éloignée sont expliqués dans un glossaire archéolog:- 
marqué au coin de la science actuelle la plus cert: 

Un 1ésumé fait d’abord connaitre ce curieux poèrr 


ville, elle a reconnu une série de bas fourneaux à fer 
remontant à l'époque romaine. Elle fit fouiller à Emp- 
tinhes, Vodecée et Franchimont, des tombes belgo-ro- 
maines, franques et gauloises. 

Ses travaux dans la forteresse antique de Jemelle furent 
repris en juillet. Jusqu'à ce jour, n'avaient été mis à dé- 
couvert, que la première muraille extérieure et les tours 
avec la porte d'entrée. Ces défenses avaient été recon- 
nues comme appartenant à une époque de décadence et 
datant de la fin de l'empire romain. Les fouilles de 1897 
sont venues confirmer cette première supposition. 

Dans un cimetière mérovingien, à Bouvignes, fut re- 
cueillie une grande boucle en bronze, sur laquelle est 
gravée l'image de Daniel dans la fosse aux lions : sujet 
que les premiers chrétiens aimaient à reproduire sur 
leurs monuments. Quelques menus objets ont encore 


.— 556 — 


été recueillis dans un petit cimetière franc situé à 
Dinant. | | | 

Dans le courant de l’année 1897, la Société a publié 
la suite de l’histoire des Seigneuries et terres féodales 
du Comté de Namur, ainsi qu’une autre livraison de ses 
Annales contenant les études suivantes : 1° une notice 
biographique sur la fondatrice des sœurs de la Charité 
à Namur; 2° la relation des fouilles du riche cimetière 
franc de Pry, formant un essai historique; 3° Phistoire 
de la tannerie à Dinant et des curieux bâtiments dans 
lesquels cette industrie se pratiquait; 4° une notice sur 
la corporation des maçons à Namur et leur ermitage. 
De nombreuses planches, dont une en couleurs, accom- 


pagnent cette livraison. 
Le President, 


ALPH. BEQUET. 


SOIGNIES 
Cercle Archéologique du canton de Soignies 


Notre Cercle, fondé en 1893, compte actuellement 
130 membres effectifs et 20 membres correspondants. 
{| a organisé pendant l’année sociale 1896-1897, quatre 
excursions et donné six conférences. 

Le musée archéologique, ouvert l’année dernière, est 
accessible au public le premier dimanche de chaque 
mois, de 10 heures du matin à 4 heures de relevée. 


Le Secréta , 


_ FÉLIXx NOEFNr 


TONGRES 
Société scientifique et littéraire du Limbourg 


But de la Société, — Elle a été fondée en décembre 
1851, dans le but de sauver les choses du passé de la des- 
truction et de l'oubli. Ce but, dès le principe, n'a jamais 
été perdu de vue, et la Compagnie persévère avec cou- 
rage dans la voie où elle s'est librement engagée. 

Nombre de membres. — Elle compte des membres 
effectifs, des membres honoraires et des membres cor- 
respondants. Les membres effectifs, actuellement au 
nombre de 5o, choisissent dans leur sein un Comité 
exécutif de 9 membres. 

Publications. — Elle a, depuis sa fondation, publié 
XVI tomes in-8° de ses divers travaux, avec plans, gra- 
vures, reproductions et fac-similé. Le fascicule du tome 
XVII, n° 1, a paru; les fascicules 2 et 3 du même tome 
sont à impression. 

Collections. — Si les collections de la Compagnie 
laissent à désirer sous le rapport de la quantité et de 
l'éclat, elles se recommandent cependant par la qualité; 
car, nonobstant les moyens restreints dont la Compa- 
gnie dispose, ses collections renferment quelques objets 
aussi rares que précieux. En tous cas, son exemple a 
fructifié, et elle a, de façon efficace, développé autour 
d'elle l'esprit collectionneur et conservateur. 

Exposition. — La preuve en est dans la remarquable 
Exposition d'Art ancien qu'elle a su organiser aux mois 
d'août et de septembre derniers. De tous côtés, des ama- 
teurs distingués sont venus nous confier leurs trésors, 
parfois inestimables, et la grande salle de l'hôtel de ville 
de Tongres, a, pendant ces jours trop tôt écoulés, pré- 

enté une accumulation vraiment saisissante d'objets 


37 


— 558 — 


anciens, trouvés la plupart dans et sur ‘notre vieux sol 
gallo-romain. Monnaies, médailles, vases antiques, 
bronzes, dinanderies, tombes, plans, manuscrits, livres, 
tableaux, gravures, etc. ont éveillé l'attention du public 
et révélé l'importance de notre domaine archéologique. 
Aussi, plus de 1200 personnes ont visité notre Exposition 
et les gens des Flandres, d'Anvers, du Brabant, du pays 
de Liège, même de l'étranger, nous ont honoré de leurs 
présence. 

Des départs obligés, des maladies, des décès, etc., ont, 
pendant quelque temps, apporté un arrêt sensible dans 
l'activité de la Compagnie; mais elle a repris vigueur, 
et nous osons croire qu'elle continuera vaillamment son 
œuvre si utile et si éminemment nationale. 


Le Secrétaire, Le Preñdent, 
BERTRAND. COMTE DE GRUNNE. 


TOURNAI 
Société historique et littéraire de Tournai 


Communications faites dans les séances mensuelles : 

Un chirurgien tournaisien du xviij”* siècle, note bibliogra- 
phique. 

Un chirographe de 1340, deux notes relatives à des tour- 
naisiens. 

Un manuscrit des offices de Cicéron, exécuté à Tournai. 

Note sur le tombeau de Childéric, par M. le comte 
Marsy. 

Le seing manuel de Jacques d'Ablaiges, une lettre de 
Bonteiller, par M. A. Allord. 

Un carreau en terre cuite du xvin” siècle. Substn 


— 559 — 
tions de l’ancienne halle des Consaux, par M. KR. Des- 
clée. 

Note sur la domination française en Belgique, de M. de 
Laborie, par M. Maurice Houtart. 

Lettres de rémission pour Jacqmart Bouteiller et 
Guillaume de Moriaumez. Notices nécrologiques sur 
Emile Desmazières, le chanoine Huguet, Justin Bruy- 
“enne. Notes de voyage en Bretagne. Une bague en or 
de l'époque Mérovingienne, par M. E. Soil. 

Recherches sur la maison de Condet dite de Bailleul 
et de Moriamez. Note sur Pierre d'Oudegherst. Un jeton 
de la ville d'Amiens, par le comte P. du Chastel. 

La troisième enceinte de Tournai et le Pont des Trous, par 
M. A. de la Grange. 

Un plan-relief de Tournas en 1701, conservé à l'hôtel des 
Invalides à Paris, par MM. KR. Desclée et E. Soil. 

La société a apporté quelques modifications à son 
règlement; elle a modifié son titre de société historique 
et littéraire, en celui de socrété historique et archéologique ; 
elle a commencé la publication d’une nouvelle série de 
ses travaux qui portera le nom d’'Annales. Le premier 
volume de cette nouvelle série, paru au mois de décembre 
1806, renferme les procès-verbaux des séances du 12 
avril 1894 au 9 juillet 1896, et les travaux qui ont été 
communiqués à ces séances. 


Le Secrétaire, 


E.-T. Soir. 


— 560 — 


ÉTRANGER 


ABBEVILLE 
Société d'Emulation d’Abbeville 


Fondée le 4 octobre 1797, d'après les recherches les 
plus récentes, elle a célébré son centenaire avec un cer- 
tain éclat en juillet dernier, au moyen d'une exposition 
d'œuvres d'art et de curiosités qui a été remarquée; c'était 
la première en ce genre à Abbeville. 

La société d'Emulation d'Abbeville, reconnue d'utilité 
publique, compte 25 membres titulaires résidants et un 
nombre illimité de membres correspondants; ce nombre, 
qui ne cesse de s’accroitre ct qui s'élève aujourd'hui à 
145, indique assez que cette société qui a son siège dans 
un chef-lieu d'arrondissement, est en pleine voie de pros- 
périté, correspond avec 135 sociétés tant de la France 
que de l'étranger, par l'échange des publications. 

Les travaux sont. publiés sous trois formes différentes 
et comprennent : 1° des bulletins se composant des 
extraits des procès-verbaux dressés à chacune des séances 
qui ont lieu une fois par mois, et des travaux courants; 
2° des volumes des mémoires dans le format in-8° et 
paraissant régulièrement chaque année; 3°-des fascicules 
sous Je format in-4°, renfermant des travaux particuliers; 
ce dernier mode de publication, inauguré 1l y a quelques 
années, comprend à ce jour une importante étu. 

M. Arcius Lepieu, sur les reliures artistiques et arn 
de la Bibliothèque Communale d'Abbeville, avec planch 
catalogue raisonné de M. Emirr DELIGNIÈRES, de | 
gravé de Facques Aliamet, graveur Abbevillos, ret 


— 561 — 


également de planches, le Cartulaire du Ponthieu, relevé 
avec autant de soin que de méthode par M. ERNEST 
FRAROUD, qui va faire paraître dans le même format /a 
traduction par le Marquis Le VER, de la Chromque de 
Saint Riquier du moine Hariulfe, augmentée de tables et 
des notes par l’auteur de la publication. 

Les autres travaux de la Société d'Emulation d’Abbe- 
ville ont été relevés dans le rapport adressé en 1897, à la 
suite du Congrès de Gand de 1896, et qui a paru dans les 
Annales de la Fédération archéologique et hastorique de Bel- 
gique, tome XI, seconde partie. 

Le volume des mémoires, format in-octavo, et qui a 
paru récemment, contient : Notice historique sur les trois 
villages de Marquivellers, Griselleurs et Armancourt, par M. 
l'abbé J. GosseriN, Brodoux, graveur d' Abbeville, biographie 
et étude de son œuvre, par M. Em. DeLiGniÈREs ; Bray-lez- 
Mareuve, par M. F. Marrer; Création du franc marché 
d'Abbeville, 1506-1519, par M. Arcrus LEDIEU. 

Et dans les derniers bulletins, de nombreuses commu- 
nications par MM. l'abbé Danicourt, Alcius Ledieu, 
Henri Macqueron, comte de Brandt de Galametz, F. 
_ Mallet, comte de Marsy, correspondant, et Emile Deli- 
gnières. Le relevé détaillé nous entraînerait trop loin. 


EM. DELIGNIÈRES. 


BEAUVAIS (Oise) 
Société académique d’archéologie, sciences et arts 


Il résulte du compte rendu des séances de l'année 
1897, comprenant 63 pages, que M. le chanoine Marsaux 
a bien voulu communiquer au secrétariat général, que 
la Société académique de Beauvais a tenu régulièrement 


— 562 — 


ses réunions. De nombreux et intéressants travaux y ont 
été lus, notamment par MM. Wuilhorgne, sur Gui Patin; 
Bellon, sur le conventionnel Francastel; Gouyer, sur des 
enlumineurs du moyen âge; de Carrère, sur la découverte 
d'une tombe gallo-romaine; le chanoine Marsaux, sur 
l'excursion dans la vallée de l'Aunette; le chanoine 
Muller, sur l'ornementation des églises; Thorel-Perrin, 
sur des documents de l'époque révolutionnaire; Vignon, 
sur des poteries gallo-romaines, etc., etc. 


DUNKERQUE (Nord) 
Comité flamand de France 


Le comité flamand de France compte ‘actuellement 22 
membres d'honneur, 253 membres titulaires et 20 
membres correspondants. Il se réunit trimestriellement 
et à tour de rôle, dans chacune des villes de l'ancienne 
Flandre maritime. Il se fait représenter à chaque session 
des congrès de la Fédération archéologique et historique 
de Belgique. 

Il a publié, en 1897, le tome XXIII"* de ses Annales. 

Ce volume contient les mémoires suivants : | 

La keure d’'Hazebrouck de 1336, traduite et commentée 
par MM. Edw. Gaillard et A. Vermast. 

Notice généalogique sur la maison d' Hondschoote, par 
MM. Bonvarlet et Bouly de Lesdain. 

Le culte de Saint Thomas de Cantorbéry à la Motte-au-Boss, 
par M. l'abbé R. Flahault. 

Poperinghe et ses seigneurs, par M. l'abbé TJ. Opdedrinck. 

M. de Calonne, candidat aux Etats-généraux à Baille 
L'assemblée de la noblesse de la Flandre maritime, de * 
par M. E. Cortyl. 

Deux châtelains de Bourbourg, du XII" siècle. Thémaru 
Martyr ct Henri-le-Glorieux, par M. l'abbé G. Montenn: 


Pd 


savantes communications de notre collègue M. Tilmant, 
par exemple, celles relatives à la division décimale de 
l'heure, touchent à la mathématique. Les questions de 
statistique. deviennent attrayantes quand elles sont pré- 
sentées par M. Turquan, sous la forme d’un voyage en 
Tunisie et en Algérie, ou bien quand elles s'appellent 
recensement en Russie, avec M. Haumant. Le brillant 
professeur à l’Université de Lille avait déjà montré 
toute sa compétence en matière d'ethnographie, dans sa 
conférence sur la Bulgarie et les Bulgares. On peut dire 
que M. de Lanessan nous a fait un véritable cours de 
philosophie, quand il nous a parlé des puissances euro- 
péennes en Extrême-Orient. Nous avons fait de l’har- 
chéologie avec M. Vieuille, et son étude sur les armes 
des peuples anciens. 

Nous avons même fait de la géqgraphie! M. Guillot, 
notre ami de la première heure, nous a résumé dans une 
magistrale conférence, l'histoire del'exploration africaine; 
c'était nous préparer à mieux entendre les explorateurs 
eux-mêmes, le commandant Toutée venant nous raconter 
son voyage du Dahomey au Sahara par le Niger; le lieu- 
tenant de vaisseau Hourst, exposant devant nous, avec 
quelle chaleur et quelle conviction, vous vous en souve- 
nez tous, cette belle traversée du Niger, accomplie pour 
la première fois par un Européen et sous pavillon fran- 
çais! Enfin le capitaine Voulet et le lieutenant Chanoine, 
que nous avons écoutés avec une émotion extraordinaire, 
parce qu'il est bon, il est réconfortant de voir ainsi des 
jeunes gens, avec des moyens si modestes, accomplir 
simplement et sans pose des choses aussi considérables 
que leurs exploits au Mossi et au Gourounsi. Vous “>= 
comment tous les explorateurs nous ont honorés de 
présence. Faut-il vous rappeler que nous n'avons …. 
eu un moment d’inquictude sur le sort de la miss 
Marchand; comment, le premier en France, M. Cr. 
s'est trouvé en mesure de démentir les nouvelles = 


— 565 — 


mistes; et cela, grâce à un Lillois, membre de l'expédi- 
tion, qui confond là-bas dans un même sentiment d'affec- 
tion... laissez-moi dire filiale, notre Société de Géo- 
graphie et son si digne Président. 


NANCY 


Société d'Archéologie Lorraine et du Musée 
Historique Lorrain 


Notre Société qui, elle aussi est à la fin archéologique 
et historique, manifeste son activité de deux manières : 
d’une part pour l'entretien et l'accroissement de son 
Musée, et d'autre part pour ses publications. 

Du Musée historique lorrain, je puis dire seulement 
que de nombreux dons et acquisitions sont venus, 
comme tous les ans, grossir ses collections, et que 
notamment -la Société a exécuté ou subventionné plu- 
sieurs fouilles qui ont produit d’heureux résultats. 

Quant aux publications, nous avons édité, suivant 
notre coutume, deux volumes : l’un de Mémoires, l’autre 
formé par la réunion des fascicules de notre Journal 
mensuel. 

Le tome 47° de nos Mémoires est un in-octavo de 
520-xx111 pages, avec onze planches ou figures. Les 
travaux qui le composent sont les suivants : 

Histoire de l'abbaye de St-Sauveur ct de Domivre, 1" par- 
tie, par M. l'abbé Chatton. 

Note sur le prétendu tombeau de Henri V, sire du Blamont, 
par M. le commandant Larguillon. 

Note iconographique sur le tombeau d'un comte de Solm, 
par M. L. Germain. - 


— 566 — 


Etudes sur les voies romaines dans la région de Metz, par 
M. le colonel Gentil. k 

Le chapelet, emblème du roi Kené, par M. L. Germain. 

L'abbaye de Kemrimont, par M. l'abbé Didier-Laurent. 
* Etablissement du Séminaire de Toul, par M. l'abbé E. 
Martin. | | 

Le Journal, volume in-8° de 288 pages, avec 9 
planches ou figures, comprend outre les procès-verbaux 
des séances et les rapports divers lus à la Société, un très 
grand nombre de travaux sur des sujets forts variés, qui 
témoignent du zèle et, de la compétence de nos colla- 
borateurs. | | 

J'ajouterai enfin que la Société compte plus de 500 
membres, non seulement en Lorraine, mais dans toute 
la France et à l'Etranger, et qu'elle se propose de célé- 
brer en 1898, le cinquantenaire de sa fondation. 


Le Président de la Société d'A rchéologie lorraine, 
CH. Guyor. 


ee” 


ST-OMER (Pas de Calais) - 
Société des Antiquaires de la Morinie 


La Société des Antiquaires de la Morinie, dans le 
courant de l’année 1897, a fait paraître le tome XXIV de 
ses Mémoires, consacré à la première partie de l'Histoire 
du Baillage de St-Omer, de M. Pagart d'Hermansart. La 
compétence de l'auteur en ce qui concerne l'étude des 
autres villes de la région, où les représentants du £ 
voir central avaient, à côté des libertés communales 
attributions analogues dont l'étude se rattache à t: 
les branches de l'histoire administrative. 

La Société a entrepris également la publicatinr 


notices et monographies spéciales et a donné place à de 
nombreuses communications archéologiques numisma- 
tiques, épigraphiques, etc. 

Outre ces travaux ordinaires, la Société a continué 
l'édition dés chartes de St-Bertin. Cet important travail, 
continué sans interruption, malgré les difficultés de tout 
ordre qui se sont rencontrées, s'est toujours maintenu à. 
la hauteur de l'intérêt exceptionnel qu'il apportait dès le 
début à l'histoire du Nord de la France et des provinces 
occidentales de la Belgique. Le dernier volume a été 
commencé par la publication, en 1897, d'un premier fasci- 
cule, le second est actuellement en cours d'impression et 
paraîtra en 1898. 





Liste des (Membres du Congrès 


(ADDENDA ET ERRATA) 


N 
MM. 


Begerem, ministre de la Justice, rue de la Loi, 16, Bruxelles, Président 
d'honneur. 


Bruylant, Jacques, étudiant, rue des Vaches, 95, Malines. 

Crets, G.. rue des Lépreux, 14, Malines. 

Coolen, avocat, rue de l'Empereur, Malines. 

De Coca, Ed., avoca’, rue du Bruel, 71, Malines. 

Guerlin (Mme), rue Lemercier, 23, Amiens. 

Helsen, L.. curé-doyen de Notre-D..me, Anvers. 

Herremans, Directeur de l'École Moyenne, rue du Bruel, 117, Malines. 
Hônhon, L., Prieur des chanoines Croisiers, Diest. 

Jamart, Ed., curé à Baulers. 

Leyten, Fr., curé-doyen à Assche. 

Mortier, Et, architecte, quai des Augustins, Gend. 

Noel, L. (abbé), rue Conscience, 5o, Malines. 

Peeters, J., chanoine, économe du Petit-Séminaire, Malines. 
Rommel, chanoine, inspecteur de l'enseignement moyen, Bruges. 


Rosier, J.. directeur de l'Académie des Beaux-Arts, rue Léopold, Malines, 
membre honoraire. 


Somers, brasseur, rue des Tanneurs, Malines. 


| — 570 — 
Steinmetz, ingénieur, quai de la Mélane, Malines. 
Stroobant, Eux., curé à Hulshout. : 
Suetens, J:, Bailles de fer, Malines. 7 
Van Ballaer, J., curé de N.-D. du Sablon, rue de Ruysbroeck, 6, Bruxelles. 


Van den Branden de Reeth, archevêque de Tyr, rue du Bruel, 82, Malines, 
membre honoraire. 


Van den Brande, F., Boulevard des Capucins, Malines. 

van Hoobroeck de Ten-Hulle, Gentbrugge. 

Van Reusel, Ch., Professeur à l'École Moyenne, rue du Bruel, 43, Malines. 
Van Roey, J. (abbé), directeur de l'Institut St-Josse, rue de Spa, Bruxelles. 
Verhaegen, A, ingénieur-architecte, Quai au bois, 31, Gand. 

‘743. Verhavert, Ed., curé à Cobbeghem. 











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